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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2020

Albert Cummings
Believe

Genre musical: Blues, rock, country
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE     

Avec des riffs de guitare hypnotiques, une section de cuivres dynamique et des chœurs puissants l’auditeur est accroché dès le premier titre. Maître de la Fender Stratocaster doté d’un jeu de guitare énergique, mélodique et passionné Albert Cummings nous livre un savoureux mélange de blues, de country et de rock’n'roll. Et côté vocal il ne s’en tire pas si mal. Il ouvre l’album avec un rhythm and blues à l’ancienne de la meilleure veine, ‘Hold On’ de Sam and Dave, se réapproprie quelques standards comme ‘Red Rooster’ et ‘My Babe’ signés Willie Dixon en y insufflant un feeling très personnel. On reconnaît également ‘Me And My Guitar’ de Freddie King, et ‘Crazy Love’ de Van Morrison. L’homme du Massachusetts a assimilé l'influence de ses inspirateurs avec un son qui lui appartient et un style bien distinct, pétillant et puissant. Il interprète avec autant d’énergie que d’intensité 11 chansons en tout avec ses propres compositions. Enregistré dans les studios FAME à Muscle Shoals, Alabama, Albert Cummings a mis la barre assez haut avec l'aide du producteur émérite Jim Gaines. Et le résultat est là, c’est une belle réussite. Tout est joué avec une grande ferveur, le son est superbe et il se dégage de l’enregistrement une belle dynamique.   
Gilles Blampain

Archi Deep
I Ain't No Monkey

Genre musical: Rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
contact@archideep.com, Spotify, Deezer    

Nous avions déjà parlé dans cette rubrique de ce duo Oléronnais, Arthur Di Piazza (guitares) et Julien Audigier (batterie). C'est avec plaisir de les retrouver ici à l'occasion de leur premier LP/CD, puisqu'auparavant, il n'avait sorti que des EP. 4 en tout ; dont un carrément enregistré à Memphis, aux Ardent Studios, là où un des plus grands groupes de l'histoire enregistrait ; j'ai cité Big Star ! La musique d'Archi Deep, est quand même assez différente de ce dernier. Ce qui m'a frappé à l'écoute de ce nouvel opus, est, par rapport à ce que je connaissais du groupe, un travail plus en avant de la mélodie les rapprochant par moments du célèbre autre duo, The Black Keys. Comme eux, le blues est l'influence principale, et comme eux, il y a la volonté de mettre de la pop dans leur blues rock. Toutefois nous restons quand même dans les 70's, et de bien belle manière, comme dans le titre 'Gold', choisi pour la promotion du disque, où l'on pense à Aerosmith. 'Morning Routine', avec ses arpèges, en est aussi un bon exemple. On pense aussi aux Beatles dans certains titres, ou carrément au Lennon de 'Cry Baby Cry' dans cet agréable 'Everyone 44' acoustique. Mais je vous rassure, d'autres titres ont leurs lots de guitares sursaturées, de réverbération, de punch Zeppelinien. 'Love Dysfunction' qui ouvre l'album aurait pu être interprété par Josh Homme des Queens Of The Stone Age, sûrement une des grandes influences d'Archi Deep. Mon titre préféré est 'Got The Sun Rising For Me', folk blues, Lennonien, certains citeront Lenny Kravitz ; ce mélange d'acoustique et d'électrique leur va si bien. Dans un monde meilleur, il y aurait au minimum 3 tubes dans cet album. S'il arrivait à ces (No) Monkeys de quitter leur île et de rocker par chez vous, n'hésitez point ! Satisfaction guaranteed.
Juan Marquez Léon

Eric Burdon & The Animals
When I Was Young – The MGM Recordings 1967-1968

Genre musical: Rock psychédélique
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur :
CHERRY RED RECORDS     

En 1967, les Animals originels sont déjà loin. Après deux petites années d'un succès international colossal, première formation de blues anglais avec les Rolling Stones à s'imposer aux USA, les affaires des Animals tournent court. Eric Burdon et ses camarades découvrent que l'organiste Alan Price s'est attribué à lui tout seul les droits d'auteur de leur premier grand tube ‘The House Of The Rising Sun’ en 1965. La belle alchimie est brisée. Le bassiste Chas Chandler devient manager et découvre Jimi Hendrix à New York, qu'il ramène à Londres en septembre 1966. Burdon se passionne pour le nouveau rock américain psychédélique. Il monte en compagnie du batteur Barry Jenkins de nouveaux Animals avec le violoniste de Family John Weider, le guitariste Vic Briggs de Brian Auger & The Trinity, et le bassiste Danny McCullough. Leur musique s'imbibe de ces nouvelles sonorités acides. Inspirés et prolifiques, ils publient chez MGM quatre albums en deux années : Winds Of Change, The Twain Shall Meet, Everyone Of Us et Love Is. Ils pulvérisent ‘Paint It Black’ des Rolling Stones, signent un manifeste anti-Vietnam avec ‘Sky Pilot’, une belle ballade nommée ‘San Franciscan Nights’ et deux brûlots proto-heavy : ‘When I Was Young’ et ‘Monterey’, entre autres exploits. Ce coffret réunit les quatre albums, tous les simples, bref, tout ce qu'a sorti cette incarnation brillante des Animals, sans doute l'une des périodes les plus riches de la carrière d'Eric Burdon.
Julien Deléglise

Johnny Burgin
Live

Genre musical: Blues Chicago to West Coast
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC     

Commencer sa carrière de musicien dans les clubs du West Side de Chicago ne peut qu'aboutir à la réalisation de très bons disques ; dont celui-ci, son 8ème, et le 4ème pour l'excellent label Delmark. Rockin' Johnny, qui au début s'est formé auprès de bons petits gars comme Tail Dragger, Pinetop Perkins ou Billy Boy Arnold, se fait appeler maintenant Johnny Burgin, et c'est donc un retour au concert qui nous est proposé. Le dernier enregistrement live remontait à 20 ans. Celui-ci correspond à la captation d'une soirée au Redwood Café le 5 janvier 2019 à Cotati, Californie. La prise de son est claire et sans façon. On y devine même l'exiguïté du lieu, l'endroit idéal pour le blues en quelque sorte. Le disque est composé de 10 titres originaux et de 4 reprises (Earl Hooker, Robert Lockwood Junior, Lindy Lou Adams et Jimmy Rogers). Le chant de Johnny se veut souvent dramatique, à la façon du Buddy Guy des années 50 (‘You're My Trinket’). L'esprit du grand Jimmy Dawkins inonde le 'She Gave Me The Slip'. Mais l'héroïne de cette soirée est bien la guitare Gretsch demi-caisse, un jeu subtil, des solos puissants, du lyrisme. J'ai rarement entendu une ascension dans les aigus comme ici, ‘'The Leading Brand' de Hooker. Pour étoffer cette prestation, interviennent le sax rageur de Nancy Wright, la voix puissante de Rae Gordon, et pour quelques titres cela devient une histoire de femmes. Charlie Musselwhite est invité pour les 3 derniers titres du concert. Citons aussi l'autre harmoniciste Aki Kumar, le guitariste qui seconde Johnny, Kid Andersen, puis la section rythmique composée de Chris Mateos à la basse et de Steve Dougherty à la batterie. Eddie Shaw disait qu'il fallait au moins 20 années pour former un bluesman, le voilà donc prêt ; Johnny Burgin nous offre 68 mn de blues intense, sincère et sans détours.  
Juan Marquez Léon

Mitch Ryder and the Détroit Wheels
Sockin’ It To You - The Complete Dynovoice / New Voice Recordings

 

Genre musical: Detroit Sound, rythm'n'blues
Label : RPM RECORDS
Distributeur : CHERRY RED RECORDS

En 1966, Mitch Ryder et ses Detroit Wheels débarquent de leur Detroit natal pour envahir les ondes américaines. Le simple ‘Devil With A Blue Dress On’ est n°4 des ventes aux Etats-Unis, et ‘Sock It To Me Baby’ n° 6 l'année suivante. Mitch Ryder fait entrer par la grande porte la scène rock de Detroit avec son rythm'n'blues sauvage, ouvrant la voie à MC5, Stooges, The Frost, Amboy Dukes… Le succès ne durera pourtant pas. Les Detroit Wheels n'existent déjà plus en 1968, et Ryder entame une carrière solo. Le chanteur a du talent, sublimant tout ce qu'il interprète de sa voix puissante, mais il n'est pas un compositeur. Il s'enfonce également rapidement dans les caprices de star et les excès lysergiques, ce qui va le conduire à l'oubli entre 1972 et 1978. Pendant ce temps, le guitariste des Detroit Wheels, Jim McCarthy, rejoindra Cactus en 1970 avec Tim Bogert et Carmine Appice. Le batteur, John Badanjek, formera Detroit avec Ryder en 1970 avant de créer les Rockets avec McCarthy. Ce magnifique coffret réunit les trois albums de Mitch Ryder avec les Detroit Wheels : Take A Ride, Breakout !!!  et Sock It To Me auxquels s'ajoutent les premiers simples en solo du chanteur. La musique crépite, féroce, véloce, cuivrée, annonçant l'énergie du MC5 alors que le quintet n'est qu'un groupe de garage à Detroit.
Julien Deléglise

Paco Duke
Only Dreams Come True

 

Genre musical: Blues-rock
Label : PACO DUKE MUSIC
Distributeur : InOuïe

Le nom ne vous dit rien, pourtant vous connaissez l’artiste. Cherchez du côté du Blues Power Band. Ce petit nouveau dans le paysage musical est en fait un vieux routier qui a un bon nombre de séances de studio derrière lui et quelques centaines de concerts au compteur. Pour cette évasion en solo il est accompagné par Olivier Picard à la batterie et aux percussions et Nicolas Paullin à la basse auxquels viennent s’ajouter selon les titres, orgue et cordes. Il présente avec cet album qui fait penser aux plus belles productions des seventies sans pour autant s’engluer dans la nostalgie, 10 compositions originales aux couleurs blues-rock de la meilleure veine. La chanson d’ouverture ‘Mr. Johnny’, hommage à Johnny Winter, donne le ton. Les ambiances passent d’un titre à l’autre de l’allégresse à la mélancolie, de la noirceur à la lumière. Il est évident que Paco Duke fait preuve d’une réelle maestria aux guitares et cet enregistrement à la réalisation irréprochable qui ne manque pas d’éclat révèle qu’au chant il a une indiscutable aisance d’expression. L’ensemble est très enlevé et la tension ne retombe jamais du début à la fin du disque. Il serait difficile de résister à cette musique entrainante délivrée avec un enthousiasme non feint.
Gilles Blampain

Paul Macmannus and the Old Timers
3

 

Genre musical: Boogie n’blues  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.paulmacmannus-oldtimers.com/boutique

La musique de monsieur Paul et ses Old Timers est comparable à une vieille bonne Harley étincellante que l'on regarde passer tranquille et qui file la banane. Le gros son (basse/Paul, batterie/Hervé) et le mordant de la guitare de Luc font que ces types nous emmènent en balade au gré de leurs états d'âme, route tranquille 'I'm Keen On You', 'Skill And Illusions' ou putain d'accélérations qui laissent de la gomme sur la route 'Mister Boogie' 'The Kid And The Go-Go', d'ailleurs on est plus souvent dans le registre du tempo burné que dans la bluette. Rappelez-vous quand même que ces trois lascars sont les rois du boogie -rock hexagonal. 'Take The Boogie Train' 'The Power Of Boogie' 'It's Ok, It's Allright' en sont trois beaux exemples. C'est leur troisième album (digipack avec livret) ensemble, et chaque fois, c'est de mieux en mieux tant au niveau du visuel soigné que de la musique, bien entendu. Toujours entraînant sans être bourrin, le boogie et le blues façon MacMannus ont le pouvoir de ne pas lasser et d'apporter musicalité et émotions 'The Power Of Blues' quatorzième titre de l'album en est une belle preuve. Il va bien y avoir deux ou trois programmateurs de festivals qui vont avoir la curiosité d'écouter ce que font ces musiciens afin que l'on puisse les entendre un peu partout en France, quand même ! Ces valeureux musiciens méritent le live à fond pour propager cette musique joyeuse et source de bonnes vibrations. Je vous le dis, c'est comme une bonne vieille Harley, généreuse, captivante décontractée et indémodable.
César

Peter Green
The End of The Game - 50th Anniversary Remastered & Expanded Edition

Genre musical: Jazz-rock, drone-blues
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur : CHERRY RED RECORDS

A la fin du mois de mai 1970, le guitariste Peter Green quitte Fleetwood Mac, le groupe de blues qu'il créa avec le batteur Mick Fleetwood, tous deux anciens membres des Bluesbreakers de John Mayall. Pour les musiciens, ce départ n'est pas une surprise, puisque Green l'annonça deux mois auparavant, désireux de jouer une autre musique. La légende voudrait que le départ de Green, qui plongera quelques années plus tard dans la schizophrénie, soit lié à une soirée à Munich en mars 1970. Après le concert, le guitariste fut invité par un mystérieux couple d'Allemands dans une villa, et qu'il fallut l'en exfiltrer au petit matin, sous l'emprise du puissant LSD local. En réalité, il passa la soirée à jammer avec des musiciens locaux, dont des membres de Amon Duul II et Can. Le résultat de cette nouvelle optique se concrétise avec ce disque, dont le titre indique la fin de l'ère blues-rock marquée par Fleetwood Mac. Il grave six titres les 8 et 9 juin 1970 produits par Martin Birch. Green est accompagné de Zoot Money au piano, d'Alex Dmochowski à la basse, de Nick Buck au piano électrique et à l'orgue, et de Godfrey MacLean à la batterie. La musique y est brillante, déroutante. Chaque note est un mot. Les atmosphères hallucinées, parfois malsaines, sont accentuées par l'approche de la guitare de Green. Quatre morceaux issus de deux simples de 1971 sont ajoutés. La musique plonge un peu plus dans la folie, et notamment ce ‘No Way Out’ bourdonnant de basse.
Julien Deléglise

Popa Chubby
It's a Mighty Hard Road

Genre musical: Blues-rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur : PIAS

Peu de chances qu’un jour Ted Horowitz vire vegan ! D’ailleurs au départ il comptait n’inclure dans cet album que des morceaux dédiés à la cuisine… Après un divorce douloureux et de sérieux problèmes de santé, ne subsiste finalement du projet que la plage initiale (‘The Flavor Is In The Fat’, la saveur est dans le gras, donc – un premier Fuck Off à ses détracteurs, qui lui reprochent souvent de manquer de délicatesse). Tout cela ne l’empêche pas de prouver qu’il a toujours les crocs... Et ce après 30 ans de carrière (35 albums !) sous le pseudo Popa Chubby – Pop a Chubby = avoir une érection en argot US, double sens phonétique et salace, dans la grande tradition du genre. Natif du Bronx, élevé dans une confiserie, Theodore Joseph Horowitz reste bien entendu fidèle au blues-rock new-yorkais, ce blues juteux qu’il parsème à l’occasion de soli mesurés (‘It Ain’t Nothin’, ‘If You’re Looking For Trouble’). Mais il n’hésite pas à ralentir le tempo, et, prenant en charge la quasi-totalité des instruments, reste fidèle à la soul (‘The Best Is Yet To Come’, ‘More Time Making Love’) tout en titillant le funk (‘Enough Is Enough’) ou le jazz sur ‘Lost Again’. Ce n’est certes pas le meilleur album de l’irascible colosse, mais il y a largement de quoi s‘en mettre sous la dent, le seul titre réellement dispensable demeurant un instrumental lénifiant, vaguement latino pop à la Santana (bâillement…). Treize titres originaux, et deux reprises pour clôturer, ‘I’d Rather Be Blind’ de Leon Russell, et ‘Kiss’ (celui de Prince). Car il considère le kid de Minneapolis comme ungénie de la guitare, l’égal ou presque d’un célèbre gaucher, victime il y a bien longtemps d’une grosse indigestion d’alcool et de somnifères. 
Marc Jansen

Robert Glasper
Fuck Yo Feelings

Genre musical: Jazz/Hip Hop
Label : Loma Vista Recordings
Distributeur : Amazon, Spotify

8 AM à Houston, Texas. Robert Glasper se lève, boit son café devant CNN, se dit qu’il faut faire quelque chose. Il saisit son téléphone, crée un groupe WhatsApp, ajoute d’un pouce moite ses meilleurs potes musiciens, et bat le rappel des troupes : viens comme tu es, on va faire une mixtape. On va dire Fuck au système. A l’écoute du résultat, ça sonne plutôt comme Flûte. Bien sûr, la production est parfaite et les invités sont stylés, mais les interludes parlés sont soûlants, et les idées mélodiques noyées dans la confiture (jam = confiture : humour !). Raflé au hasard des invitations, Herbie Hancock débarque au studio. Coup de bol total : un cameraman filme la scène. La vidéo promo de l’album le met clairement en avant : c’est Depardieu en visite à la MJC. On se marre, on se checke, on jamme, man. Parfois, au bout de 3 minutes d’un morceau qu’on a déjà oublié avant d’arriver à la fin, on entend un piano, tellement gracieux, tellement délicat : celui de Robert Glasper. Et on se dit qu’il n’est pas fait pour être en colère. Il dénonce les travers de la société dans laquelle il vit, mais malgré sa sincérité, il est complètement à contre-emploi. Typiquement le genre d’album qu’on a envie d’aimer, et puis non.
Cranberry Gordy

Thorbjørn Risager & The Black Tornado
Come On In

Genre musical: Blues-rock profond
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Cette musique déboule de Scandinavie sans crier gare : l’homme est un Danois prolixe tombé dans le brasero à l’âge de dix ans grâce aux cassettes de Muddy Waters et de Fats Domino au son desquelles il s’endormait le soir. Thorbjørn Risager présente depuis 2004 son univers chatoyant sur les scènes d’Europe du Nord et le voici déjà rendu à son onzième album. L’expérience parle, la virtuosité et l’imagination font le reste pour assurer la réussite du projet. Pan ! En dix titres originaux et quarante-deux minutes de piste, les Black Tornado défarçouillent tout sur leur passage. Imbibé de musique roots américaine, le groupe a inventé un son riche, moderne, qui vêt avec élégance ces pièces panachées où joutent sans cesse les cuivres, la guitare et les claviers. Les codes du milieu sont intégrés à la perfection : les lancinances mères toupillent d’un bout à l’autre de ‘Sin City’, la mélancolie se niche au cœur de ‘Two Lovers’, puis il y a aussi le rock’n’roll punchy de ‘Love So Fine’, presque australien dans le riff rageur, la rédemptrice ballade ‘On And On’, jusqu’au rythme simili-tropical d’un ‘Nobody But The Moon’ émotionnel en diable. Thorbjørn, c’est également une voix puissante et une âme au service d’autrui. D’aucuns voient en lui un greffon de Ray Charles, de Joe Cocker, de Tony Jo White. En réalité, il suit sa propre route : son chant ferme fait sens avec le propos, marqué du sceau de la clairvoyance sur le destin des êtres et des choses. La recherche de la lumière est au programme de ce CD hors du commun. En conviant l’auditeur à frapper dans ses mains et à s’extasier de l’élasticité des danseurs qui tournoient sur le parquet, en évoquant sans transition le sort des migrants qui sombrent en Méditerranée, Risager offre un tableau charnel et jouissif de la Boule telle qu’elle tourne. Et nous restons sous le choc quand s’évanouit l’ultime accord de ‘I’ll Be Gone’, un blues des racines hyper dépouillé, organique, guitare acoustique, voix, stomp au pied : « Un de ces jours, je reviendrai vers le lieu auquel j’appartiens ». Comme chacun d’entre tous.
Max Mercier

Tom JJ - Greg Miller
Traveller

Genre musical: Blues roots 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
petit-vodo.wixsite.com/traveller-album

Petit rappel. Fin 2015, sortait l'album de Greg Miller Destination For Dreamers, véritable petite perle de sensibilité dédiée à l'harmonica dont le sieur Greg en est un joueur hors pair. Il est aussi, excusez du peu, le fondateur de la London Harmonica School. Son acolyte, Tom Julian Jones, est un des meilleurs guitaristes chanteurs de Londres. Pour sceller cette rencontre, ce disque nous propose de faire un voyage en direction des racines du blues de Chicago avec cœur et intensité, certes, mais avec un son et un feeling tout à fait modernes. Deux compositions de Tom JJ, 'Traveller' qui ouvre l'album, dont on voit les notes de l'harmonica s’envoler comme des papillons multicolores et 'Black Dog', blues lent d'une facture assez classique. Les six autres titres sont des reprises. Deux de Jimmy Reed. 'Baby What You Want Me To Do' chantée en duo et 'Shame Shame Shame' plus mordant que l'originale. Même traitement pour 'The Things That I Used To Do' de Guitar Slim où l'on entend qu'un duo bien rodé a autant de pêche qu'un orchestre de rhythm and blues. Jimmy Rodgers est aussi honoré avec un 'Act Like You Love Me' chaud bouillant. 'Dealing With The Devil' assez roots est aussi chanté par les deux musiciens et enfin 'Got My Eyes On You' de Jackie Rae et Les Reed, succès de la fin des sixties qui dans cette version blues, n'a plus rien à voir avec la version d’origine. Voici donc huit morceaux de belle facture, qui nous font voyager de belle manière.
César