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02/19
Chroniques CD du mois Interview: BATON BLEU Livres & Publications
Portrait: CHARLEY PATTON Interview: ROSEMUD Dossier: DOO WOP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2019

Andres Roots
Breakfast in September

Genre musical: Blues en solo
Label : Roots Art Records
Distributeur : Playground Music Estonia, Spotify, iTunes    

Andres Roots a déjà eu droit à nos critiques positives en avril 2018 au sein du « Sawmill Roots Orchestra » où il tenait la guitare car ce garçon est un guitariste blues prolifique et de grande qualité au toucher léger et précis. Cet Estonien a traversé l'Europe dans tous les sens pour porter la bonne musique, fort de son étiquette méritée « Roi du Blues Estonien ». Cette fois, Roots a décidé de se la jouer en solo, à part sur 'Tango Walk' où son ami et guitariste Halvo Liivamägi est invité sur ce morceau éthéré et aérien. Sur les douze titres, souvent d'un format court, une seule reprise, 'When The Saints Go Marching In', enjouée comme il se doit tout comme l'est 'The Sheik Of Hawaii' qui ouvre et ferme l'album, le premier en acoustique et l'autre en version électrique. Les quatre guitares ainsi que les amplis utilisés pour cet album sont nommés. L'AMG-2 Tricone résophonic sonne d'enfer et le garçon sait manier le bottleneck. Je recommande même l'écoute au casque pour saisir la moindre petite vibration comme pour cette valse blues 'Waltzin' Blue' qui pourrait faire office de berceuse. Que dire de 'Jook Jones' au rythme entêtant, picking aux cordes qui claquent comme drapeaux au vent. Voici encore un vrai artiste qui non seulement joue du blues mais le vit. Électrique aux glissades ravageuses '7th Heaven' au son sale réussira sûrement à vous convaincre si vous êtes du genre roots. Roots le bien nommé ne chante pas. Pas besoin de chant ni de percussions, son jeu est suffisamment expressif et les ambiances sont tellement différentes d'un titre à l'autre que l'on peut écouter cette œuvre plusieurs fois de suite sans lassitude, le son est actuel et l'esprit intemporel. Cet album ravira autant les classiques que les modernes. Qu'on se le dise !
César

Bobby BlackHat
Put On Your Red Shoes

 

Genre musical: Blues classieux
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : iTunes, Amazon, Spotify

Le sourire bon, la voix de velours et le blues dans la peau, Bobby BlackHat a signé dix des douze chansons de ce sixième album. Pour l'accompagner il est allé chercher le bassiste Brian Eubanks et s'est adjoint trois membres du Tom Euler band avec qui ils avaient été finalistes de l'EBC 2016. Tom Euler guitariste à l'avenir prometteur, le batteur au frapper musical Michael Behlmar et aux claviers, miss Lucy Lawrence Kirkpatrick et, tous ces musiciens qui se connaissent parfaitement ont participé aux arrangements. Il en ressort une musique vivante et gorgée de feeling. Le titre éponyme 'Put On Your Red Shoes' et son mambo-blues enthousiaste donne envie de pousser les meubles pour danser, à l'égal de 'Baby Drama Blues' et son rock décoiffant alors que le 'Hallelujah' de Leonard Cohen tout en retenue et instrumental impose le recueillement par sa simplicité. Où je trouve que Bobby BlackHat excelle, c'est quand il entame des blues lents avec une pointe de nostalgie 'I Hear Mama's Voice' et ses dix minutes et surtout quand il demande 'May I Have This Dance' tout en douceur (et en espoir) avec la Pedal Steel de Larry Berwald. Dans 'You Got Me Running' de Jimmy Reed, l'orgue de Cal Hamlin donne la réplique à l'harmonica de monsieur Bobby avant le solo final dévastateur de Tom Euler. 'This Grey Beard' et son accompagnement tissé aux guitares acoustiques est un vrai bonheur de tranquillité. La classe naturelle est au rendez-vous de cette sortie qui nous emmène dans le Delta, à Chicago, à Memphis et au pays du feeling.
César

Catfish
Morning Room

 

Genre musical: Rock indie, blues
Label : ODEVA EDITIONS
Distributeur : ODEVA EDITION

Au vu de la pochette champêtre, ceux qui ne connaissent pas encore le duo jurassien risquent d’être quelque peu secoués. C’est que d’entrée ‘Mama Got The Devil Eye’, blues mutant au riff abrasif, puissant et offensif, renverse tout sur son passage. Les initiés par contre – tournée triomphale nous dit- on en Amérique latine – goûteront cette logique évolution… Un premier album en 2014, Muddy Shivers, très blues comme l’intitulé le laisse supposer, un second deux ans plus tard, Dohyo, à tendance electro rock, et aujourd’hui cet EP cinq titres qui synthétise en quelque sorte les tendances des deux premiers essais. Amandine Guinchard (chant, percussions, basse, claviers) et Damien Félix (guitare, chant, percussion, claviers) proposent une musique brute mais mélodieuse, les plages suivantes faisant régulièrement songer aux Kills, et leur frontwoman affolante Alison Mosshart - et pas seulement pour le côté félin. Enregistré live en studio, cet opus au son actuel est cependant fort soigné, intégrant guitare fuzz, touches de farfisa et giclées electro, éléments à priori peu conciliables, mais ici efficaces en diable. ‘Death Army’, sombre et majestueux, clôt ce mini album, où le power duo ne renie en rien ses influences mais sait apporter sa touche personnelle.
Marc Jansen

Chase Walker Band
Live at the Woodshed

 

Genre musical: Blues live 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Spotify, Amazon, iTunes

Ce garçon a une vingtaine d'années et déjà cinq ou six albums à son actif. On l'a connu sans poil au menton mais avec un appétit de blues rare pour un enfant de dix/douze ans ce qui en a fait un jeune prodige de cette musique. Il a sorti son premier album à dix-sept ans, ouvert pour les plus grands et nous propose maintenant un cinq titres enregistré live avec deux formations différentes histoire de nous montrer où il en est. Deux morceaux en quatuor avec Yates McKendree aux claviers, Gregg Garner à la basse et Peter Kastaris à la batterie. Les autres titres sont joués en trio avec le bassiste Victor Franklin et le batteur Edward Cleveland. Petite salle et chaude ambiance les soirs où ont été enregistrés les prestations. 'Honey Jar' et ses parties de guitare étourdissantes ouvre cet album électrique avec un groove et un feeling des seventies. La wah wah et le son saturé lui servent à appuyer les parties fortes de 'Red House' qu'il avait reprise sur son album de 2016 No Quite Legal. 'Blues De Luxe', blues lent, nous transporte entre Hendrix et SRV. 'I Warned You' affiche une image folk-blues électrique avec ce morceau qui balance grâce au trio bien soudé. On termine en quatuor avec 'Woodshed Jam' funk-blues qui, d'entrée, rentre dans le tas, et après une mise en orbite lancée par la guitare en chaleur, chacun y va de son solo. 7'30'' de bonheur. J'aurais bien aimé être le 3 Août 2017 au Kulak's Woodshed. D’ailleurs les vidéos des concerts sont visibles sur le site de l'artiste.
César

Chris O'Leary
7 Minutes Late

 

Genre musical: Blues coloré  
Label : American Showplace Music
Distributeur :
Clay Pasternack Inc.

Cet ancien US Marine avait rejoint, en tant que chanteur, le groupe Levon Helm And the Barnburners pour 6 ans. Levon Helm... faut-il le rappeler, était le batteur de cette formation mythique qu'était The Band, le groupe Dylan de 1965 à 1974, et qui a influencé tant de gens dont Eric Clapton avec l'album, Music From Big Pink (1968). Mais revenons à nos moutons. Depuis 2010, Chris O'Leary s'est lancé dans une nouvelle aventure avec cette nouvelle formation. Banco! Premier album Mr. Used To Be nominé et primé. Quelques albums plus tard, voici qu'arrive le 5ème. Et ce n'est que du bonheur. Il est traversé de purs instants cuivrés à la sauce Stax ('What The Devil Made Me Do') et de déambulations au gumbo louisianais avec Docteur John comme chef cuisinier ('Driving Me Crazy'). Groove funky moite ('One More Chance At Love') se partage l'espace avec d'autres titres plus colorés à la Little Feat ('Circus Just Left Town'). Boogie de l'enfer ('Second Time Around'), intro pub-rock' ('Heartbreak Waiting For Happen') ou blues sales et méchants ('Bones') se tapent la carmagnole. Et pour ralentir le propos, ambiance brumeuse à la Quentin Tarantino ('Your Day Will Come') ou jolie ballade à la Otis Redding ('Daddy's Here') dont la voix d'O'Leary rappelle souvent celle du chanteur disparu. Harmoniciste hors pair, il a enregistré avec Hubert Sumlin, le gars écrit aussi des choses comme ça : « ...give me an uncracked bottle of number 7 black label, a slow train out of Memphis... When I come back home to you... a thousand miles to drink, a couple hundred more to think ‘bout what I'm gonna tell ya ‘bout... what the devil made me do... ».  Ce qui, vous en conviendrez, augure un vaste programme.
Juan Marquez Léon

Daisy Driver
Nulle Part

 

Genre musical: Rock français 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Dooweet Agency, Spotify, Deezer

Daisy Driver, actif depuis 2015, s’inscrit dans la continuité d’un certain savoir-faire à la française - on parle de Noir Désir, des Infidèles, des Innocents… Soit un rock estampillé nineties, qui n’exclut pas quelques incursions en d’autres territoires (le disco funk ‘I Love Paris’, pour ne citer que celui-là), aux thèmes variés, hédoniste sur le titre précité, plus grave lorsqu’ils abordent les attentats (‘De New York A Madrid’), ou la lutte contre le cancer (‘Une Rose Un Espoir’). Titres souvent accrocheurs, voire percutants (‘Drowning', au riff concassé, les frénétiques 'On Est Tous', 'El Loco'), mélodies puissantes, voix impérieuse – qui pourrait cependant en crisper quelques-uns –  l’album aligne les moments toniques. Qui ne nous sont pas tous inconnus, puisqu’avant ce premier effort, DD avait mis en images léchées quelques-unes de ces plages, visibles sur la toile, dont la reprise du ‘Morgane De Toi’ de Renaud, qui subitici un traitement énergique. La seconde reprise de l’album n’étant autre que l’inattendue bluette de Marc Lavoine, ‘Les Yeux Revolver’, pour un autre lifting audacieux. 
Marc Jansen

Elise and the Sugarsweets
It Can't Go Wrong

 

Genre musical: Soul  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.sugarsweets.fr

La soul est l’autre grande inclinaison du blues français depuis quelques années, avec le swamp rock et ses assimilés hypnotiques. Et c’est globalement de soul qu’il s’agit sur ce premier album d’un trio à l’expérience déjà riche : Olivier Raymond (guitare), Jérôme et Olivier Ferrie (section rythmique), eux et leur chanteuse de vingt ans, Élise, jeune mais juchée sur la voix expérimentée d’une guerrière du rhythm’n’blues. Bala Pradal ajoute un orgue Hammond en service continu. Soul donc, mais pas toujours. Gospel parfois (‘Stupid Lover’), Élise pouvant prendre la voix d’une chanteuse country (‘Humble Woman’). C’est presque obligé, mais on peut parfois penser à Janis Joplin (‘It Can’t Go Wrong’) ou à Carmel (‘Shake Your Legs’). Ils ont enregistré ce superbe disque aux émulsions de soul-à-guitare en quatre jours seulement. Évidemment, les Sugarsweets sont irréprochables, et le plus beau c’est la pépite qu’on découvre sur la deuxième plage, une position précoce pour placer le slow de la décennie, merveille intitulée ‘Room 26’. A lire la feuille de présentation, ils représenteront la France à l’European Blues Challenge cette année. ‘Room26’ quand même…
Christian Casoni

French Boutik
L'Ame de Paris

 

Genre musical: Pop rock     
Label : Heavy Soul Records
Distributeur : Clearspot/ Juno 

Ils sont quatre, deux filles, deux garçons : Gabriela Giacoma, Zelda Aquil, Serge Hoffman, Jean-Marc Joannès, respectivement : chanteuse, batteuse, guitariste, bassiste. Ils sont parisiens. Ils ont à leur actif une poignée d’EP et deux albums, dont celui-ci, sous label anglais. Ils militent pour une pop rock mod, cultivent un certain dandysme et embrassent Paris jusqu’aux cent jours de la Commune, qu’ils assument sur la couve, avec la photo d’une barricade, un canon, la statue de Napoléon Premier dégringolée d’une colonne de la place Vendôme, et un écho de ‘L’Internationale’ en intro de la dernière plage (‘L’Âme De Paris’, la chanson). On leur attribue les Kinks ou les Jam comme références cueillies au nord de la Manche, Nino Ferrer, Polnareff ou Dutronc au sud. L’Âme De Paris est d’ailleurs produit par Andy Lewis. Mais on pourrait les éreinter longtemps à coups de références, tant le swinging Paris dont ils font leur bannière a traversé des décennies de hit-parade hexagonal, depuis le durcissement du yéyé, les premiers clins d’œil identitaires de la new-wave (‘Re-Bop’), et la suite. On pourrait par exemple affirmer qu’ils sont plus racés que Les Calamités et plus rock que Les Valentins, ce genre de réminiscences. Leur seule reprise est signée Michel/Salvador (‘Bêta Gamma’). Ils promèneraient presque quelque chose de la rive gauche. Ils ne sont pas si loin de certains titres de Benoît Blue Boy. Finalement, malgré cette fureur rock qui éclate sporadiquement, French Boutik renvoie davantage à l’histoire de la chanson française qu’à celle du beat londonien des 60’s. Leurs mélodies ne sont pas aussi simplistes qu’elles en ont l’air, chaudement riffées mais conçues avec la froideur d’un Elvis Costello, looks étudiés, Rickenbacker, Danelectro douze-cordes, chœurs, orgue farfizoïde (Olivier Popincourt), une flûte traversière (Suzanne Shields), et une véritable dynamique aérienne qui soulève les chansons et les fait voler.
Christian Casoni

In Volt
Free

 

Genre musical: Heavy blues-rock 
Label : M&O MUSIC
Distributeur : BELIEVE

Voilà ce qui arrive quand on met les doigts dans la prise, un choc extrême du genre In Volt. Antoine Gauthier, alias Enton, est au chant (en anglais et en allemand), son frère Jérôme est à la guitare, ils ont tous deux ont écrit et composé ; avec Rodolphe Perroquin qui est batteur et Karim Hamida bassiste, ils forment In Volt. Avec ce nouvel album ils reviennent en force. Production sous haute tension qui fait monter la température, Free a été enregistrée à Cologne sous la houlette de Jon Caffery, maître des consoles qui sculpte les notes, orfèvre du son qui œuvre depuis les années 70. Résultat, pas de retenue dans les décibels. Le band a une belle puissance de feu. Ça pulse, ça cogne, ça envoie un son intense, explosif, avec des riffs agressifs et un chant fougueux qui s’appuient sur une section rythmique éclatante. C’est fort et on en redemande. C’est audacieux, on sent le souffle du blues, l’énergie du rock, la pulsation du funk, ça accroche l’oreille et ça tiraille l’intérieur dans tous les sens. Un CD très tonique dont les 11 titres sont envoyés en 41 minutes sans qu’on reprenne son souffle.
Gilles Blampain
 

Jamie Saft, Steve Swallow, Bobby Previte
You Don't Know The Life

 

Genre musical: Jazz instrumental 
Label : Rare Noise Records
Distributeur : Differ-Ant

L’album s’ouvre sur ‘Re : Person I Know’ de Bill Evans et se termine sur ‘Alfie’ de Burt Bacharach, deux compositions que l’on retrouve sur celui enregistré en janvier 1974 par Evans. Cela en dit long sur l’état l’esprit du trio : une vision trans-générationnelle de la musique et une admiration pour les figures avouées (Bill Evans, Tom Moore, Bacharach…) ou inconscientes (Walter Wanderley ?). Mais tout en les invoquant, Jamie Saft (claviers), Steve Swallow (basse) et Bobby Previte (batterie) poussent l’exercice jusqu'à s’en défaire en instillant leur propre voix instrumentale. Avec virtuosité, ils libèrent des espaces, où chacun s’exprime tout en gardant une belle synergie. La richesse des arrangements oblige à prêter attention à leurs conversations pour en saisir toutes les subtilités. Dans cet album constitué pour moitié de reprises, les compositions du trio (‘Dark Squares’, ‘The Cloak’…) ne dénotent pas. L’expérience de ces trois musiciens est certainement pour beaucoup dans la maitrise de cette alchimie. Là où d’autres seraient tombés dans le piège d’une musique jazz easy listening, leur jeu décomplexé et retenu résonnent profondément en nous. Ils font écho à Bill Evans qui déclarait : « le jazz n'est pas autant un style qu'un processus musical ».
Stedy Salin

John Mayall
Nobody Told Me

 

Genre musical: Blues mayallien  
Label : Forty Below records
Distributeur : Bertus France

Contrairement à son album précédent Three For The Road où il se présentait simplement en trio, cette fois John Mayall, au chant, aux claviers et à l’harmonica, rassemble des musiciens et ouvre la porte aux invités. En effet en plus de ses compagnons habituels, Jay Davenport à la batterie et Greg Rzab à la basse, on peut entendre Billy Watts à la guitare rythmique et une section de cuivres ainsi que quelques hôtes remarquables qui ont pour noms, Joe Bonamassa, Larry McCray, Alex Lifeson, Todd Rundgren, Steven Van Zandt et Carolyn Wonderland à propos de qui Mayall disait dans une récente interview : « Ce sera une avancée historique dans la mesure où je n’ai jamais eu de femme guitariste solo dans aucune de mes nombreuses formations. Elle fera sentir sa forte présence ». Très classique dans sa forme, la prestation de cette nouvelle production est haut de gamme, cela va de soi. Les 10 compositions du CD, le 67ème à ce qu’il paraît, sont signées Sam Maghett, Jeff Healey, Joe Bonamassa, Gary Moore et bien sûr John Mayall. Comme pour ses productions antérieures, John Mayall ne s’est pas contenté de jouer et chanter, il a été producteur des sessions aux côtés d’Eric Corne fondateur du label Forty Below records. Après quelques petits soucis de santé, à 85 ans le vieux semble avoir toujours la pêche.
Gilles Blampain

Mick Clarke
Steppin' Out

 

Genre musical: Blues, rock
Label : Rockfold records
Distributeur : BGO records

Quand paraît un nouvel album de Mick Clarke, on sait qu'à un moment ou à un autre, on va 1° battre la mesure, 2° balancer la tête d'avant en arrière, 3° faire le tour de la table à pieds joints ou 4° mimer le guitariste en plein solo. Ce guitariste Londonien qui était déjà sur scène durant les années septante et dont on ne compte plus les albums, a gardé, à travers les décennies, sa spontanéité et sa ferveur communicative que ce soit en électrique ou en acoustique. On bat donc la mesure avec, par exemple, deux instrumentaux acoustiques 'Early Bird' et 'Nuthin' Burger Blues' où les notes pleuvent comme une pluie de printemps. Pour taper du pied, on a aussi 'Honky Tonk Blues' dans une version bien grasse genre Bulldozer. Pour le headbanging, on a le nerveux 'Backroom Boy' qui ouvre l'album et 'Can't Help Myself' moitié texan, moitié stonien. Pour le tour de la table en sautant, le 'Watch Your Step' de Bobby Parker me semble être la bonne solution avec cette version tribale entraînante et sa guitare bien rock. En ce qui concerne l’air guitare, vous pouvez vous faire la main sur 'Right And Wrong' franchement rock’n’roll avec l'aide de l'harmoniciste Dangerous Dave Newman qui intervient sur plusieurs titres et sur '20th Century Man' genre Britain ZZ Top. Mick Clarke aime bien les gros rythmes bien soutenus sur lesquels il peut faire naviguer sa guitare à coups de riffs soutenus et d'envolées rapides. Mick Clarke où l'art de marier le blues et le rock.
César

Moshka
In Dust We Trust

 

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.starassoprod.com/les-news/boutique-en-ligne/ , Amazon

Citoyen du monde, je ne vois pas d'autre appellation concernant Moshka. Franco-norvégien vivant en Espagne, dans ses chansons il s'exprime en anglais comme en français et son nom d'artiste est tiré de la philosophie hindouiste signifiant éveil, émancipation, libération... Il est tantôt one man band, et tantôt Moshka un groupe entier. C'est ce deuxième cas de figure qui a été retenu pour cet album qui dès la première écoute, m'a collé une claque comme celle que j'ai ramassée quand j'ai entendu pour la première fois Ben Harper. Ce côté captivant, envoûtant des gens qui mettent leur cœur, leurs tripes et leur esprit en jeu. Seulement sept compositions très, très bien arrangées par le groupe entier. Outre Stene Moshka au chant, guitare acoustique et harmonica, on trouve Pepe Soler (batterie, percussions) Nil Falgarona (basse, contrebasse, saxophone) Raul-Marc Portell (claviers) et Alverd Oliva (guitare électrique). 'Our Father' ouvre le bal comme une prière mi-folk électrique, mi-rock seventies. 'Blind Light' a le rythme d'un cœur qui bat pour soutenir une belle mélodie avec chœurs efficaces mais discrets. 'Burden Of Fear' met en valeur l'orgue et la wah-wah, comme la glace et le feu avec toujours cette voix pleine de passion au-dessus de la mêlée. 'Still On The Road' fait penser à une musique de western moderne menée tambour battant. 'Le Graal' seul morceau en français, blues vitaminé, prouve que la langue de Molière sied parfaitement à ce genre de musique pourvu que l'on sache l'employer. 'Freedom Calling' commence par une marche stricte qui s'évapore pour se funkiser avec l'adjonction de cuivres. Pour clore l'album, 'Into My Cradle' commence et finit en douceur avec entre les deux, une montée en puissance amenée gentiment avec le piano, puis les instruments, petit à petit, se greffent et les chœurs s'installent et envoient une grosse respiration. Violon et trompette apportent leur contribution. En bref, un feu d'artifice compose cet album pour débuter une année qui mérite d'être profitable à cette formation qui doit pratiquer ce que l'on appelle l'Americana. Le plus est le prix modique demandé pour l'achat de ce CD sur le site de Starassprod. Encore un bon point.
César

Phil Manca
Signs

 

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.difymusic.com/phil-manca , Amazon, Spotify

Vous dire si Phil Manca aime la guitare est une évidence... et j'ajouterai : « Faut qu'ça sonne, faut qu'ça pète ! ». Le garçon s'est évidement tourné vers ses premières émotions. Le blues-rock. On l'a entendu jouer sur le premier album d'Era, tourner avec un tribute à Gary Moore, créer un opéra rock (Ypse) et une comédie musicale rock (Jack et le haricot magique). Tout ça pour dire que ce type blouseux dans l'âme est infesté par le rock, et les amateurs vont se régaler avec son gros son. En garde rapprochée, il a fait appel à Josselin Jobard (guitare, chant, claviers) et à l'artillerie lourde basse/batterie à savoir David Jacob et Eric Lafont. Cette équipée de « rentre-dedans » nous propose cinq compos et autant de reprises. Le 'Yer Blues' des Beatles est puissant et torturé. 'Down Payment Blues' d'AC/DC est tout aussi puissant mais joué sur un tempo plus lent que l'original et dure plus de sept minutes. Les cordes, qu'elles soient de guitare ou vocales sont mises à rude épreuve. Johnny Guitar Watson est à l'honneur avec un 'I Love To Love You' qui balance et un 'Hot Little Mama' qui envoie du bois mais sans cuivres, faut pas pousser quand même, c'est du blues-rock ! Alors que John Mayall voit son 'Little Girl' gavé au nitrométhane. Au niveau des compos, 'S.M.I.L.E' chantée par Renaud Hantson possède une mélodie accrocheuse et les montées et descentes de manche n'arrêtent pas. 'Colorblind' où Loïc Landois prend à son tour le micro est exécutée sur presque toute la longueur à la guitare acoustique jusqu'à ce que vienne se greffer l'électricité pour faire exploser le truc comme l'aurait fait Led Zeppelin. 'Lay By My Side' est une chanson calme inspirée par le style de Gary Moore et 'Signs' sonne comme un Black Sabbath des années septante. Pour conclure, si vous possédez une mobylette de grosse cylindrée avec un grand guidon et le sac de couchage en travers du porte bagage, c'est peut-être bien le genre de musique que vous affectionnerez.
César

Tedeschi Trucks Band
Signs

 

Genre musical: Soul, rock, etc  
Label : Fantasy records/Concord Music group
Distributeur : Universal

Il y a déjà 9 ans qu’ils ont eu la bonne idée d’arrêter de se produire séparément et de réunir leurs deux groupes en un seul pour ne plus se quitter à la ville comme à la scène. Depuis, la guitare experte de Derek Trucks soutient le chant habité de Susan Tedeschi pour le plus grand bonheur des fans. Ce quatrième enregistrement en studio qui mêle agréablement soul, rock, ballade, est, nous dit-on, le fruit de l’apport de chacun des 12 musiciens du band dont la finesse d’exécution est l’atout majeur de cette formation. Et comme cette tribu ne reste pas repliée sur elle-même, deux invités de marque, amis proches du couple, ont été conviés à participer à l’évènement : Warren Haynes et Doyle Bramhall II. N’hésitant pas à aborder des thèmes qui traversent et divisent la société américaine, les chansons parlent de politique ou d’écologie. Les ambiances sont variées, certains titres se laissant aller au lyrisme tandis que d’autres versent dans la mélancolie. La chaleur des cuivres, la subtile intervention des claviers, la ferveur des chœurs, l’énergie de la section rythmique soutenant des riffs de guitare lumineux, et bien sûr la superbe voix de Susan Tedeschi, puissante et nuancée, rien ne manque pour faire de l’entreprise une évidente réussite. La qualité est là et l’émotion est au rendez-vous Les 11 plages de ce disque de belle facture se déroulent en 46 minutes.
Gilles Blampain

The Marshals
Les Bruyères Session

 

Genre musical: Swamp rock
Label : Freemount Records
Distributeur : Differ-Ant

A l’occasion de leur quatrième et avant-dernier album, en 2016, nous tentions laborieusement de définir ce style à la lisière d’un blues atmosphérique à peine raffiné et d’un rock’n’roll terreux et lancinant. La locution la plus appropriée semble bien être swamp rock, et ce n’est pas ce cinquième épisode des Bruyères Session qui la prendra en défaut. Les Bruyères sont un lieudit de l’Allier dans lequel nos trois lascars sont enracinés. Et c’est dans un studio des Bruyères que cet excellent disque est né, comme les quatre qui l’ont précédé sans doute. Le swamp rock, la hill country ou le blunk, aujourd’hui, c’est un peu le mainstream de l’underground, le stigmate de Funhouse et de Miami, de Jr Kimbrough et de Tony Joe White, sur le blues européen. Les groupes qui en font connaissent les limites commerciales de leur périmètre, et son exiguïté. Ce n’est pas un genre qui rayonne vers une infinité de directions chatoyantes. Mais ce n’est pas une raison pour s’en détourner, surtout quand l’exercice est conduit avec cette assurance pointue et cette humilité. A force, le swamp est peut-être devenu l’identité crédible du blues européen. Julien Robalo (chant et guitare), Laurent Siguret (harmo) et Thomas Duchézeau (batterie – toujours pas de bassiste, mais Fabien Larvaron aux percus) revendiquent ainsi, naturellement, leur enracinement territorial avec la musique d’un autre territoire. Attention, la pédanterie du mois arrive, elle est là : l’appartenance métaphysique prime ici sur la vérité géographique (cf. la touche de leurs visuels). Tout ça pour dire : cet album est très bon, achetez-le, et achetez aussi, tant qu’à faire, les précédentes Bruyères Session. Puisqu’on parlait de swamp rock, la seule reprise de l’album est ‘Run Through The Jungle’ de Creedence.
Christian Casoni

Tommy Castro and the Painkillers
killin' It Live

Genre musical: Blues-rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Enregistrés dans 5 clubs différents entre l’état de New York, la Californie, le Michigan et le Texas, les 10 titres de cet album captent le son brut et l’énergie débordante du band. Tommy Castro envoie un blues-rock teinté de soul de la meilleure veine. The Painkillers, Randy McDonald à la basse et Bowen Brown à la batterie assurent une rythmique des plus solides quand Michael Emerson aux claviers met en valeur la mélodie. La sélection affiche 8 compositions signées Castro et deux reprises, ‘Leaving Trunk’ de Sleepy John Estes dans laquelle est injecté une belle dose de funk et ‘Them Changes’ de Buddy Miles. La prestation dure 55 minutes sans faiblesse. Avec des riffs accrocheurs, un son puissant et dynamique, sa voix qui a du grain et une interprétation toujours assez fougueuse, Tommy Castro mène un show plein de vigueur, l’ensemble est assez torride, brut et nerveux. Après plus de quatre années en compagnie des Painkillers et des centaines de soirées sur scène avec eux, le Californien est au meilleur de sa forme. Cet enregistrement saisit l’instant magique qui se produit lors d’un concert et la performance est au top car tous les quatre savent s’y prendre pour faire monter la température dans la salle.
Gilles Blampain

Travellin' Blue King
Wired Up

Genre musical: Blues-rock
Label : NAKED
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Super groupe issu de différentes formations de la scène de Belgique et des Pays-Bas, les Travellin’ Blues Kings se composent de Stephan Hermsen au chant, à la guitare et à l’harmonica, de Jimmy Hontelé à la guitare, de Winne Penninckx à la basse et de Marc Gijbels à la batterie. Forts d’une  expérience  puisée lors de nombreuses tournées sur la scène européenne au sein de leurs bands respectifs, les quatre gaillards nous assènent avec nonchalance mais grande compétence et groove un véritable florilège musclé des genres musicaux divers et variés que le blues a engendré, au travers de ces onze compositions originales et reprises choisies : blues des collines hypnotique et répétitif des ploucs géniaux ressuscités par Fat Possum, Chicago blues puissamment électrifié, British blues. Les Travellin’ Blues Kings savent tout faire, et le font bien. On trouvera niché au milieu de cette pépite gorgée d’âme un magnifique instrumental western clin d’œil, suivis par du néo-punk- blues façon Jon Spencer, Gallon Drunk ou Hugo Race ou un classique blues New-Orleans. En résumé : Un concentré d’intelligence, de maîtrise et de malice, exécuté avec classe, rigueur et punch. Denis Sire, pilier du magazine culte Métal Hurlant, rocker,  dessinateur, motard, artiste protéiforme et maître en élégances qui nous a quitté ce 16 janvier 2019 aurait dûment approuvé.
Laurent Lacoste

Willa Vincitore
Choices

Genre musical: Blues, Gospel, Rhythm blues 
Label : Building Records
Distributeur :
CdBaby, Itunes, Spotify, Amazon

Une chanson groovy et langoureuse appuyée par des chœurs, c’est comme ça que démarre le deuxième album de Willa Vincitore. Sa voix à la fois profonde et toute en émotions nous emporte au fil des chansons, notamment sur la ballade éponyme de l’album. Tantôt slow (‘Trust’), tantôt gospel (‘Need A Little Help’), l’album offre une variété de styles ce qui permet à Willa de dévoiler tous les aspects de son chant, entre envolées éclatantes et retenue feutrée. Les chœurs apportent une belle densité à l’album et le piano, omniprésent au fil des chansons, donne une couleur particulière à l’ensemble. Saxophone, percussions et cordes s’ajoutent à la guitare et à la section rythmique selon les influences. Véritable petite perle, ‘It Is What It Is’ est une jolie ballade au piano qui monte en intensité et témoigne de la délicatesse et de la dévotion des musiciens pour le style. La dernière chanson est une reprise de l’atmosphérique ’Money Can’t Buy It’ d’Annie Lennox devenue très funky sous l’influence de Vincitore et ses acolytes. En ces jours de froid et de mauvais temps, la voix chaleureuse de Willa et la technique toute en retenue et en douceur des musiciens (comme en témoigne la très jazzy ‘These Days’) réchaufferont nos oreilles pour notre plus grand plaisir.
Marion Braun