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05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2017

Aaron Keylock
Cut against the grain

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Aaron Keylock a tout juste 18 ans, réside à Oxford et joue de la guitare depuis une dizaine d’années. Il se réfère à Johnny Winter, Rory Gallagher, Gary Moore, Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd… Il a déjà fait pas mal de concerts outre-Manche et pour ce premier enregistrement il est allé à Los Angeles. Il signe 11 titres originaux et s’est assuré la collaboration de Jordan Maycock à la basse et Sonny Miller Greaves à la batterie. Un trio fougueux, puissant, explosif qui envoie riffs agressifs, slides bien coulés et boogie bien frappé. Inspiration blues, indéniablement, puissance rock, incontestablement. De ce rock bluesy s’échappent quelques échos des influences qui ont marquées le jeune  homme, Stones, ZZ Top, Led Zep… Toute la presse spécialisée britannique conquise et fascinée par son jeu de guitare incroyable a déjà encensé Aaron Keylock qui déclare : « Je suppose que ce que j'ai toujours aimé dans le rock'n'roll, c'est que vous êtes libre de vous exprimer de bien des façons et d'utiliser de nombreuses techniques de guitare pour transmettre différentes émotions. Mes influences sont vraiment variées ». Pour s’en convaincre les 47 minutes du CD suffisent. Il est toujours intéressant de voir un nouveau talent émerger.
Gilles Blampain

Betty Bonifassi
Lomax

Genre musical: Blues, soul, roots
Label : L-ABE
Distributeur :
UNIVERSAL

Révélée par sa participation à la BO du film d’animation Les Triplettes De Belleville, Betty Bonifassi se lance dans une carrière solo en 2014 en rendant un premier hommage à la genèse de la culture afro-américaine. Elle y réinterprète, en les modernisant, des prisoner’s songs des années 20 captées par Alan Lomax, le célèbre ethnomusicologue. Dans ce deuxième album, elle s’attache à la même tâche, mais de manière plus épurée, plus proche des chants d’origine tout en y apportant la même modernité. Elle nous propose huit grands moments de l’histoire afro-américaine. Cette fois, elle privilégie les sonorités roots, les sons rugueux et les riffs lancinants. Du très beau travail ! La couleur particulière de l’ensemble est liée à cette voix sombre et envoutante par moment appuyée par des chœurs qui, loin de la mièvrerie des arrangements gospel, claquent comme des coups fouet. Lomax  est un très bel hommage aux chants du bayou, à la sueur et aux larmes de ceux qui les ont chantés. Si vous avez 33 minutes à tuer (le temps d’une messe), vos savez ce qu’il vous reste à faire !
Robert Bolaers

Dario Mars and the Guillotines
The Last Soap Bubble Crash

Genre musical: Rock
Label : VAN RECORDS
Distributeur :
dariomarsandtheguillotines@gmail.com

Question crédibilité, ces gens-là sont au-dessus de tout soupçon. Renaud Mayeur, c’est La Muerte, Hulk – le second album fut mis en boîte en Californie au Rancho de la Luna, centre de gravité du rock stoner – Les Anges, tous fleurons de la scène belge la plus vivifiante, celle du rock sans concession. Suivirent une tournée avec Triggerfinger, en remplacement du bassiste, et des BO pour le cinéma, celles notamment d’Eldorado ou des Géants, les films de Bouli Lanners. Il s’entoure de David Kostman (basse, guitare acoustique, claviers) et de la vocaliste Bineta Saware, pour ce qui est le second opus du groupe. Si les brûlots purement rock’n’roll ne manquent pas (‘Summer Ice’ , ‘I Wish I Was With You’), le combo manie les contrastes, perceptibles jusque dans les titres (‘Summer Ice’ donc, ou encore ‘Strange Happiness’). La nuance est de mise, mais l’esprit demeure résolument rock, et les morceaux de bravoure s’enchaînent : ‘Walk Baby Walk’, épopée à deux voix, tout en tension/rupture, ‘Far From You’ ou ‘Keep Smiling’, et leurs ouvertures sur les grands espaces, ’Vertigo’ et sa rythmique tribale. Nous avons affaire à des perfectionnistes, l’enjeu étant de sonner spontané – ce qui est bien le cas en l’espèce. S’ils semblent avoir gommé quelques aspérités, le résultat n’en est que plus efficace. Le tout s’achève sur ce ‘Strange Happiness’, où la voodoo mama, au timbre soul impressionnant, montre l’étendue de son talent, et in fine sur une délicieuse friandise, la reprise improbable de ‘I Wanna Be Loved By You’, qu’elle susurre telle une Marylin des faubourgs.
Marc Jansen

Elvin Bishop
Elvin Bishop's big fun trio

 

Genre musical: Blues, rhythm and blues
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC (France), V2 (Benelux)

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Elvin Bishop n’est pas un débutant ! Il commence sa carrière au début des années soixante, comme guitariste au sein du Paul Butterfield Blues Band avec une multitude de concerts et trois albums à la clé, sans oublier qu’en 1965, ce groupe devient le « backing band » de Bob Dylan. Quelques années plus tard, Elvin entame une carrière solo et sort son premier disque sous le nom d’Elvin Bishop Group, en 1969. Quelle peut être la motivation d’un gaillard de 74 ans, ayant enregistré plus d’une vingtaine d’albums sous son nom, à sortir un nouvel opus en trio sous le très respecté label Alligator ? Accompagné par ses deux comparses, les très expérimentés Bob Welsh (guitare et piano) et Willy Jordan (percussions), Elvin nous sort un petit bijou qui démontre, une fois encore, que « c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes ! » Rien de particulier au niveau de la production : cet album semble avoir été enregistré live, dans un club anonyme qui sent bon la Budweiser et le tabac froid, par des musiciens qui vivent le blues et le maîtrisent à la perfection, s’en fichent des modes, et ne revendiquent rien d’autre que le plaisir de jouer leur musique. Une originalité, cependant, en lieu et place de la batterie, un cajon, cette étonnante percussion sud-américaine, caisse de résonance en bois agrémentée de cordes de guitare qui donne à cet album un « grain » très particulier. Titres originaux et reprises presqu’à parts égales, on notera au passage l’interprétation très réussie de ‘It’s All Over Now’ de la famille Womack, immortalisée par les Stones. Bref, que du bon et de l’authentique… à quand le prochain, Elvin ?
Jean Charles Cremers

International Blues Challenge #32

Genre musical: Blues challenge
Label : THE BLUES FOUNDATION
Distributeur : THE BLUES FOUNDATION

Belle idée que celle de proposer à l'écoute quelques formations finalistes qui ont participé à l'International Blues Challenge 2016, 32ème du nom qui s'est déroulé à Memphis, comme tous les ans au mois de janvier. Chaque groupe ou artiste représentant la société Blues de sa ville ou de son état. Ce sont les efforts conjugués de Barbara Newman, présidente de la Blues Foundation, et de Frank Roszak, promoteur de renom, qui ont mené à la réalisation de ce CD. Paul Deslauriers Band, trio survitaminé Canadien, ouvre le bal avec un boogie électrique sans répit ‘I’m Your Man’ et ça enchaine de suite, chaud bouillant avec du rock & roll grâce à InnerVision  et son ‘Hound Dog’. Sonny Moorman, seul avec sa slide profonde et solennelle interprète de sa voix cassée ‘You Make All My Blues Come True’. Du blues funky avec the Norman Jackson Band et son saxophoniste furieux qui interprètent ‘Norman's Blues’. De la générosité avec le duo guitare/harmonica Trey Johnson and Jason Willmon pour ‘When The Money Run Out’. Encore une guitare vitaminée à la rythmique bien marquée pour le Hector Anchondo Band et son ‘Tall Glass Of Whiskey’. Encore de l'alcool avec ‘Drinkin' And Drivin' Blues’ de Bing Futch qui a remporté le « Best Solo Guitarist 2016» avec cette histoire triste. Dave Muskett et son groupe à renfort d'effets wah wah interprète ‘Can't Move On’. Encore des gagnants dans la catégorie solo/duo, Ben Hunter et Joe Seamons avec ‘Black Sheep Moan’ guitare voix/harmonica, simple, efficace et désarmant de beauté. Et là... on reste sur sa  faim. Il n'y a que neuf morceaux d'excellente facture, les choix sont judicieux et éclectiques, alors, pourquoi pas un double album pour l'IBC #33 ?
César

Jack Mack & the Heart Attack Horns 
Back to the shack

Genre musical: Soul-blues
Label : SSR FREEROLL
Distributeur : iTunes, CdBaby

D'entrée, on sait que c'est une galette qui va dépoter grave. Le premier titre ‘Standing Before The King’ est un  véritable rouleau compresseur, duo entre Mark Campbell, le chanteur, et son invitée Mélanie Taylor (Aerosmith, John Mayer...) en hommage aux trois rois (BB, Albert, Freddie) avec des cuivres tonitruants, une rythmique d'enfer et une guitare qui tire dans les aigus. Ce Mark Campbell est un des meilleurs chanteurs de New Orleans, voix forte, puissante, avec son vibrato naturel il est capable de monter haut  sans baisser  d'intensité. C'est qu'il en faut pour tenir tête à une section cuivre qui a pris pour nom The Heart Attack Horns. Vous aimez le groove qui balance, il faut alors écouter ‘Never Too Late’ ou ‘Somethin' In The Water’, titre auquel est convié Mike Finnigan. Sinon, c'est Carlos Murguia qui tient le Hammond B-3, il ne pouvait en être autrement pour ce genre de musique. ‘Bad Habit’, ‘Serves Me Right’, ‘Change My Ways’, auraient pu sortir sur des labels comme Stax, Volt ou Atco durant les années 60/70 avec le petit plus d'un gros son et d'arrangements plus modernes. Le dernier morceau ‘Let Me In’ aurait pu figurer dans une bande son des Blues Brothers avec sa rythmique rock et ses chœurs gospel. En tout, dix titres pour un dixième album à écouter en boucle.
César

Jeff Healey
Holding on

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Jeff Healey nous a quittés en 2008. Il aurait fêté ses 51 ans en mars 2017. Depuis son décès prématuré, ses ayant-droits œuvrent pour s'assurer que sa mémoire et son héritage musical continuent de briller. Cette nouvelle parution rappelle effectivement le talent, la puissance du jeu vif et pétillant et l’aura du guitariste Canadien qui avait un chant habité. Cet enregistrement présente cinq chansons laissées de côté lors de la sortie de l’album Heal My Soul en 2016 qui présentait déjà des titres inédits de l’artiste. Selon Roger Costa, producteur de la compilation : « Ces cinq chansons ont été laissées de côté pour Heal My Soul  principalement parce qu'elles n'étaient pas tout à fait dans le ton de l’ensemble, mais elles étaient trop bonnes pour ne pas être partagées ». Après ces 5 ‘nouveautés’ on enchaîne sur un concert capté au Rockefeller Music-Hall d’Oslo le 18 juillet 1999.Et là encore la magie opère tout au long des 15 titres interprétés où l’on retrouve l’artiste au sommet de son art. On reconnaît au passage quelques standards comme ‘Dust My Broom’(Elmore James), How Blue Can You Get’ (BB King), ‘Yer Blues’ (The Beatles). Studio et live, la qualité de l’enregistrement est indéniable. Cette petite gâterie sonore dure 75 minutes.
Gilles Blampain

King Biscuit
Well, well, well

Genre musical: Blues hanté
Label : LABEL VIBRANT
Distributeur : MUSICAST

Voici un ovni au pays du blues. Ou plutôt deux extraterrestres dans le même vaisseau : Sylvain Choinier. Guitare, chant et 'pieds'! Frédéric Jouhannet. Violons cannette et autres, percussions, mégaphone et 'pieds'! On pense aux Black Keys, mais en plus barrés. Il y a là aussi la crasse électrique de RL Burnside, comme sur le titre d'ouverture 'Down And Below-Slow', pieds lourds sur une électricité métallique, froide, se clôturant sur un washboard de l'enfer, là où toutes les âmes damnées dansent dans l'éternité. Plancher amplifié, 'Mess Around' c'est du John Lee Hooker interprété dans le métro avec John Cale en invité. 'Son House', c'est le Velvet Underground au complet se mettant au blues. 'Turn Out' commence comme du Pink Floyd acoustique, avec encore ce violon trafiqué et hanté qui mène le bal, alors que la guitare grince et bastonne salement. Inconsciemment ou pas, 'Well, Well' sonne celtique, comme un andro breton, avec l'ankou comme meneur de danse de squelettes. 'Follow The River' emmène tout ce petit monde vers une terre inconnue, même des vivants! Il y a des réminiscences de l'Europe de l'Est ici. Magnifiques country-blues que sont  'Lonesome Shark', 'Holly Land'. Puis l'album, avant le très Nico (Velvet…) 'Down The Shore', se referme sur un 'Down And Below-Fast' ; mégaphone industriel, pieds qui martèlent le sol, alors que le violon hystérise l'ensemble. L'existence de telles formations nous rassurent en ce sens que c'est grâce à ce genre d'album que le blues n'est jamais une musique figée dans le temps, mais que bien au contraire, il innove. Encore et toujours.
Juan Marquez Léon

Landon Spradlin
Blues Mondays

Genre musical: Blues-gospel
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby

Ce disque a été enregistré en Grande-Bretagne, au siècle dernier, en 1995 et il doit en exister quelques copies en 33t. Le contenu est très orienté vers le christianisme dont l'interprète se réclame à haute voix, qu'il a d'ailleurs puissante et il met le blues au service de sa foi. Eh oui, il se sert de la musique du diable pour faire passer son message. Pour faire bref, Landon Spradlin après avoir été un temps militaire, a commis tous les excès, testé toutes les substances illicites et un jour, il a eu la révélation et s'est assagi. Musicalement, on est dans un blues qui flirte tout naturellement avec le gospel. Pour l'enregistrement, L.S. a profité d'être en Angleterre pour se faire accompagner par une belle brochette de musiciens. Jugez plutôt.  Le batteur est Henri Spinetti (Clapton, Mc McCartney, Gerry Rafferty...) le bassiste Dave Markee (Dave Greenslade, Alan Price, Leo Sayer...) le clavieriste Dan Cutrona (Joe Cocker, Al Green, Dion, The Archers...) également producteur de cet album, le second guitariste étant Norman Barratt, aujourd'hui disparu. Les titres parlent d'eux même. 'My Friend Jesus', 'My God', ‘I Got Jesus Name', 'He Is There', 'Seminary' En tout, neuf morceaux, dont cinq compositions, qui vont de l'entrainant Gospel 'My Help' avec trois choristes dynamiques au poignant 'No More Blue Monday' où la voix déchirée et les guitares ont la part belle.
César

Lisa Biales
The beat of my heart

Genre musical: Blues nostalgie
Label : BIG SONG MUSIC
Distributeur : www.lisabiales.com, CdBaby

Avec une dizaine d'albums à son actif, Lisa Biales n'a plus à faire de preuves de son talent et doit posséder un carnet d'adresses long comme le bras. C'est pour cette raison qu'elle a fait appel à Tony Braunagel, producteur, batteur, pour l'aider à monter ce projet qui a pour départ la découverte d'un 78t de 1947 découvert par Lisa Biales. Celui-ci avait pour titre ‘Crying Over You’ interprété par Alberta Roberts qui n'était autre que la maman de la précitée. Bien sûr on retrouve cette chanson dont le premier couplet est chanté par la mère et le reste par la fille. Séquence émotion. Les claviers (Steinway, Hammond A 100...) sont tenus par Jim Pugh (Robert Cray, Etta James, Van Morrison). Johnny Lee Schell (Taj Mahal, Delbert Mc Clinton, Lucinda Williams) tient toutes les guitares vintages ou pas. Trois bassistes ont participé au travail, dont Larry Taylor (Canned Heat) et Larry Fulcher (Smokey Robinson, Ruthie Foster, Third world, the Wailers...). Les cuivres appelés en renfort sont : aux saxophones, Joe Sublett et aux trompettes, Darell Leonard. Tous deux ont travaillé avec BB King, Buddy Guy, Keb Mo, Taj Mahal et bien d'autres. C'est un brillant album de reprises (Eric Bibb, Nina Simone, Henry Glover...) avec un côté club select décontracté et joyeux. Ce CD qui débute avec des titres entraînants et finit avec d'autres  plus jazzy cool, sort exactement 70 ans jour pour jour après la sortie du titre évoqué en début de chronique.  Joli, non ?
César

Luke Hilly & the Cavalry
Shake your bones

Genre musical: Blues roots
Label : ROAD SWEET ROAD RECORDS
Distributeur : lukehillythecavalry.bandcamp.com

Premier album pour ce duo formé en 2012. Les types se sont rencontrés dans le sud de leur pays, la Suisse, et leurs amours vont vers le blues et la country folk, mais vraiment roots de chez roots, à tel point qu'on dirait que leurs compositions sont des classiques. Ces deux garçons (Luke et Gianluca) se partagent, pour l'un, la guitare, la cigar box, la grosse caisse, la charleston et le chant, et pour l'autre, l'harmonica, le chant et la planche à laver... Et roule ma poule ! Souvent les sons sont saturés juste comme il faut et l'énergie est palpable, pas de déluge de notes, les gars jouent  la simplicité et la sincérité dans les dix titres de ce CD, c'est d'ailleurs ce qu'il faut pour ce style de musique. Neuf morceaux en anglais et un en Italien ‘L'Americano’ un tube pétillant de 1958. M'enfin, tout ça commence sur les chapeaux de roue avec ‘Home Sweet Road’ tout de suite enchaîné avec ‘You Shook Me All Night Long’ pour lequel le turbo est mis. Puis vient un ‘Diggin' My Soul’ country blues ré-arrangé, qu'ils avaient déjà enregistré sur un quatre titres. Que les chansons soient plutôt calmes ou sur le grill, il y a toujours de l'intensité dans les interprétations, car tout est enregistré dans les conditions du live et il est clair que ces gars aiment s'amuser avec leur musique..
César

Mark « Porkchop » Holder
Let It Slide

Genre musical: Blues brut
Label : ALIVE RECORDS
Distributeur : ALIVE

Vingt-sept secondes : c’est ce que dure la première plage, celle qui donne son titre à l’album. Mais Mark Holder ne tente pas de se mesurer aux Ramones, ou au Pink Flag de Wire – la durée des morceaux est ensuite plus conventionnelle. Juste une préface, pour justifier le propos, un paraphe, de quoi marquer son territoire. Membre fondateur des Black Diamond Heavies, redoutable combo blues punk, il a joué partout, ou presque : dans la rue, les clubs, festivals, hôpitaux psychiatriques… jusque dans les toilettes publiques, si l’on en croit la bio officielle. Après s’être remis de diverses addictions (air connu), il réapparaît en trio. On passe sur la pochette assez peu engageante – le gaillard, torse poil, affiche, heu, un certain embonpoint (porkchop = côte de porc, ce qui laisse entendre qu’il ne manque pas d’humour, en tout cas d’auto-dérision). La formule est basique, guitare – basse (Travis Kilgore) – batterie (Doug Bales), tout juste s’autorise t’elle quelques giclées d’harmonica. Un disque de blues pur et dur, sans calcul : l’homme et ses deux acolytes parcourent la gamme du genre, blunk, boogie, blues rural… Et toujours un son brut, rugueux, bourré d’échardes, qu’il soit acoustique, distordu, sauvage ou apaisé. Manifestement ils se sont fait plaisir, et c’est éminemment contagieux. Enregistré à Chattanooga, un nom qui résonnera toujours joyeusement aux oreilles des francophones.
Marc Jansen

Otis Taylor
Fantasizing about being black

Genre musical: Militant
Label : IN-AKUSTIC
Distributeur : HARMONIA MUNDI/PIAS

Album au titre ironique sans doute, car son concept est à propos de la souffrance du peuple afro-américain. Pour ce 15ème album, Otis Taylor s'est entouré à peu près des mêmes partenaires que pour ses dernières productions ; le batteur Larry Thompson, le bassiste Todd Edmunds, la violoniste Anne Harris, et le fidèle, magnifique et lunaire cornettiste Ron Miles, un proche de Bill Frisell. Un jeune guitariste de 13 ans (à 10 ans, Greg Allman l'a invité sur scène... c'est dire le prodige!) du nom de Brandon 'Taz' Niederauer complète l'équipe. Trois chansons déjà publiées sur d'anciens disques figurent ici. 'Twelve String Mile', avec à la koa wood lap guitar (guitare hawaïenne) Jerry Douglas du Alison Kraus And Union Station. 'Walk On Water' et sa belle intro flamenco. L'obsédant 'Jump Jelly Belly' et son rythme effrayant. Les 8 autres chansons sont de nouvelles compositions. L'hypnotique 'Banjo Bam Bam' est l'histoire d'un esclave enchaîné et désespéré. Faut-il rappeler d'ailleurs que les premiers instruments utilisés par les afro-américains ont été le banjo et le violon? Le très John Lee Hooker 'Tripping On This' est à propos d'enfants interraciaux, thème qui revient souvent chez Otis Taylor. 'D To E Blues' parle du désir de liberté. Les Droits Civiques sont abordés dans 'Jump Out Of Line'. Un sudiste blanc amoureux d'une femme noire ne veut pas que cela se sache dans 'Just Want To Live With You'. Le jeune Taz est ici merveilleux à la guitare. D'ailleurs le petit se lâche carrément sur le très rock 'Hands On Your Stomach'. L'album se clôt sur 'Jump To Mexico'. Un homme dans une relation interraciale se voit obliger de passer au Mexique et de quitter son pays où il risque de se faire 'buter'. Pure coïncidence sans doute, ou prémonition, on pense au Trump Wall qui doit être bâti à la frontière ; ainsi Otis Taylor nous parle du passé pour mieux exprimer le présent. Ce qui est navrant est que je doive écrire sur de tels sujets d'actualité en 2017. Rien ne change et tout recommence.
Juan Marquez Léon

Robert Randolph & the Family Band 
Got Soul

Genre musical: Soul incendiaire
Label : MASTERWORKS
Distributeur : SONY

Soul certes, mais avec une puissante énergie rock. Robert Randolph envoie les 12 titres de l’album comme si sa vie en dépendait. Ça jaillit comme un trop-plein de musique. Maître de la pedal steel guitar, Robert Randolph ne manque pas de créativité dans son jeu, c’est dynamique, incisif, et il entraîne l’auditeur dans des ambiances assez chaudes. Il revisite le genre en y apposant sa marque et c’est explosif. Et s’il reprend ‘I Thank You’ de Sam and Dave, c’est pour lui faire un sérieux lifting. Se reconnecter à ses racines, savoir d’où l’on vient pour avancer, pour justifier cette formule Randolph déclare : « Des gens comme Robert Johnson et Muddy Waters, Elvis ou les Stones étaient tous en accord avec leur âme. Quand on creuse profondément au fond de son âme, on trouve toujours l’originalité. Les gens tirent cette ‘soul’ de partout ». Et lui pour être original, il l’est. Il se voit, dit-il, comme ‘un pasteur rock’n’roll’ sur ce disque. Il dit puiser son inspiration dans son passé de musicien d’église, alors le gospel transparaît évidemment en filigrane, mais on est loin de la bigoterie, des éclairs de funk jaillissent ça et là, des déflagrations incendiaires de soul plutôt musclées soutiennent un chant bien enlevé. Et rock et blues ne sont jamais loin.
Gilles Blampain

Ronnie Baker Brooks
Times have changed

Genre musical: Blues-soul
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Dix ans qu’il n’avait rien enregistré. Ça valait le coup d’attendre car le résultat est bon. Mais pourquoi attendre si longtemps ? Ronnie Baker Brooks nous livre 11 titres de très belle facture d’un blues mâtiné de soul. Enregistré au Royal Studio à Memphis, le son est accrocheur avec une succession de temps forts assez piquants et de pauses veloutées. L’album mêle des compositions originales écrites au cours des dix dernières années avec quelques excellentes reprises d'artistes comme Joe Tex, Curtis Mayfield, Robert Cray et Alvin Cash. Un univers musical qui rappelle les grandes heures de Stax auxquelles s’ajoutent en écho des réminiscences de Sly Stone et Isaac Hayes. Les invités défilent d’un titre à l’autre à commencer par Steve Cropper sur le premier (‘Show Me’), bien évidemment son père Lonnie Brooks, Al Kapone le rappeur de Memphis, Angie Stone et quelques autres et… Bobby Blue Bland qui est décédé en 2013, donc un enregistrement tiré des archives. En s’inspirant d’époques et de styles différents Ronnie Baker Brooks arrive à créer un son dynamique assez personnel et très actuel.
Gilles Blampain

Rossington
Take it on faith

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Gary Rossington, membre fondateur et seul survivant de Lynyrd Skynyrd, transcende constamment les genres. En dehors de Lynyrd Skynyrd son Rossington Collins Band a connu en 1980 un hit rock ‘Do Not Misunderstand Me’, mettant en vedette sa compagne Dale Krantz-Rossington au chant. Take It On Faith est le premier enregistrement du couple sous une autre forme et le résultat est une belle réussite. Quelques invités de marque dont Billy Gibbons qui a co-signé ‘Good Side Of Good’ et Delbert McClinton sont de la partie. Dale Krantz-Rossington déclare : « Take It On Faith a été initialement conçu pour être un album de blues, et les pistes les plus blues ont été parmi les premières enregistrées. Mais sont venues d’autres chansons, différentes, et nous ne pouvions pas les laisser passer. Certaines étaient vraiment amusantes et ridicules, d'autres étaient plutôt bonnes et d'autres étaient des chansons douces et lentes ». L’album présente donc un ensemble, southern-rock, blues, country, folk. Un joyeux brassage qui mêle finesse du piano, riffs de guitare incisifs, nappes d’orgue moelleuses et traits d’harmonica affûtés mettant en avant une superbe chanteuse au feeling porteur d’une intreprétation puissante et sensuelle.
Gilles Blampain

Sallie Ford
Soul Sick

Genre musical: Post punk, Pop, Soul
Label : VANGUARD
Distributeur : UNIVERSAL

Cette jeune américaine de 27 ans, originaire de l’Oregon, n’en est pas à son premier opus, loin s’en faut. Après un fort intéressant bout de chemin sous le nom de Sallie Ford & The Sound Outside, Avec 2 albums à leur actif : Dirty Radio et Untamed Beast, que je vous recommande chaudement. Elle nous revient maintenant en formule solo avec un album de « producteur » (Mike Coykendal). Elle est ici accompagnée de musicien plus chevronnés, œuvrant dans une même direction et visant à donner une couleur homogène à l’ensemble. Soul Sick semble avoir été enregistré en son direct, mais ce n’est qu’une impression, il y a du taf derrière tout ça !  Les compositions plutôt pop/rock, les arrangements simples et efficaces m’ont procuré l’agréable sensation d’être revenu 30 ans en arrière (avec des cheveux !). Les influences sont diverses et variées, mais datées pareilles : Patty Smith, Blondie, Elvis Costello, voire Television. Bref, rien que du bon ! La voix de Sallie Ford est directe, puissante, spontanée. Elle ne se perd jamais dans des vibes inutiles, quitte à sonner un brin amateur face aux chanteuses actuelles. Certes, il y a des imperfections, des maladresses, mais de celles qui rendent la musique humaine et sensible. Ici, point de révolution, mais un grand plaisir d’écoute et un plein de vitamines.
Robert Bolaers

Starlite Campbell Band
Blueberry pie

Genre musical: British blues
Label : SUPERTONE RECORDS
Distributeur :
SUPERTONE

Un homme et une femme… et la musique. Suzy Starlite est à la basse et aux percussions, Simon Campbell joue les guitares et fait aussi des percussions. Tous deux chantent et signent les 11 titres de l’album qu’ils ont également produit. Ils sont accompagnés par Steve Gibson à la batterie et Jonny Henderson aux claviers (orgue Hammond et piano Wurlitzer). Danny Boy Sanchez est venu poser quelques superbes notes d’harmonica sur ‘Say What You Want’. Inspirés par les productions de la fin des 60’s, fans de Peter Green, Jeff Beck, Eric Clapton, Mike Bloomfield ou Roy Buchanan, Starlite et Campbell nous racontent néanmoins des histoires d’aujourd’hui. Cela donne un son très actuel dans lequel des échos des sixties s’entendent ici ou là. Le blues se mêle au rock et au boogie, c’est à la fois fort et moelleux, le piquant de la guitare laisse apprécier la douceur de l’orgue, le velouté de la basse apaise une batterie mordante. Plus calme, ‘Blueberry Pie’ qui donne son nom à l’album est une jolie pièce acoustique pleine de délicatesse. Voici un enregistrement fin et subtil dont il se dégage une belle énergie pleine de bonnes vibrations. C’est joyeux, parfois exubérant, la création est tout à fait originale, l’ambiance est chaleureuse et les voix sont agréables.
Gilles Blampain

Terry Davidson and the Gears
Transmission

Genre musical: Blues-rock
Label : BANGSHIFT MUSIC
Distributeur :
http://tdavidson.com, CdBaby

Nous allons voir du côté de l'Ohio pour découvrir le dernier né de Terry Davidson  qui joue de la six cordes et chante depuis une cinquantaine d'années dans différentes formations. Pour cette sortie, le garçon a laissé ses influences s'exprimer et a partagé l'écriture avec son bassiste Bill Geist. Les autres membres sont, Dewaine Cupe aux fûts, ainsi que Mike Snakebite Roberts au saxo et John Hill à la trompette, plus divers invités qui viennent apporter quelques couleurs différentes (claviers, percussions, pedal steel guitar). Terry Davidson, n'a pas oublié ses premiers émois rock n' roll grâce à ‘Bad Bad Bad’ et ‘Damaged And Blue’ à la résonnance stonienne, ‘I Feel Like Getting Loud’ et ‘This Means War’ deux titres imparables et rapides qui sonnent comme ce qu'ils jouaient à leurs débuts. On donne dans le funk avec ‘My Baby's Not Around’ ou dans la soul et le rhythm n' blues avec ‘Love Twist’ ou ‘Thirteen Hour Train’ où le feeling est de chaque instant. Le titre de clôture ‘Tuesday At Two’ est d'inspiration country, preuve que pour cet opus, Terry Davidson et les Gears ne se sont pas vraiment donné de style directeur si ce n'est d'avoir le style pour nous emmener au bout des 12 titres de cet album.
César

Tom Craig and soul Patch
Get ready for me

Genre musical: Blues and soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : soulpatchband.net

Du blues, du rhythm and blues, du jazz, voici les trois ingrédients qui ont nourri l'inspiration de Tom Craig et de ses acolytes pour sortir ce premier album dans lequel on trouve  douze compositions qui offrent une chaleur bienfaisante par les temps qui courent. C'est une  collaboration d'une dizaine d'année entre Tom Craig, guitariste chanteur, et le batteur Johnny O'Connell qui leur a donné l'envie de contacter un bassiste, un harmoniciste, un claviériste, un tromboniste et trois saxophonistes (2 barytons et 1 ténor) pour faire la musique qu'ils aiment. Ils ont été  élus pour représenter  la Central Delaware Blues Society durant l'International Blues challenge 2017. On se situe dans une musique plutôt R&B rétro telle que la pratique James Hunter, avec des saxos de velours, des chorus de guitare économes et précis et un orgue Hammond qui vous font vibrer du début à la fin de ce disque. Sans oublier le côté « howler » de Tom Craig qui a un passé de chanteur de jazz. Avec eux, la soul des années soixante continue à vivre intensément.  Pas besoin de détailler les titres, il suffit juste de se laisser embarquer.
César