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été 20
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Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2016

Adriano Viterbini
Film O Sound

Genre musical: Blues onirique
Label : BOMBA DISCHI
Distributeur : DIFFER-ANT

Qui est ce jeune homme ? Le Ry Cooder italien ? Slideur romain, Viterbini incarnait la moitié d’un duo qui s’appelait, accroche-toi Jeannot : Bud Spencer Blues Explosion ! Avec dix instrumentaux pour onze plages, Film O Sound, son deuxième album, ressemble en effet à un projet de musique de film, mais ce n’est pas là la raison du titre. Selon la feuille de présentation, Filmosound était, dans les années 40, le nom d’un « projecteur de marque Bell & Howell, que Viterbini a utilisé comme un amplificateur de guitare, dans sa quête insatiable de nouvelles sonorités ». Viterbini envisage chaque titre comme une séquence du rêve que raconterait l’album, avec ses plages transitoires pour articuler la narration. Les atmosphères sont sereines, légèrement voluptueuses, gagnant quelques degrés d’intensité quand le Filmosound s’enroue, comme sur la splendide reprise de Sam Cooke, ‘Bring It On Home To Me’, unique titre chanté (par un certain Alberto Ferrari). Et, comme dans un rêve, comme des voix familières entre les compos, entre des climats latinos ou africains, se mettent à flotter tout-à-coup quelques fantômes connus : ‘Sleepwalk’ ou ‘Three Hundred Miles’ (‘Et J’Entends Siffler Le Train’). Mandoline, basse, batterie, percus, piano, violon (Fabio Rondanini, Enzo Pietropaoli, Stefano Tavernese), ou la trompette de Jose Ramon Caraballo Armas dans ‘Malaika’ (magnifique), viennent de temps à autres bourdonner autour du Filmosound, avec un tact infini. Ce serait comme ressentir l’éternité d’une photo dans laquelle on se serait laissé piéger. Film O Sound respire la bienveillance, l’absolution et l’amour du travail bien fait : la musique, l’habillage du disque, et même la feuille de présentation.
Christian Casoni

Big Boy Bloater & The Limits
Luxuty Hobo

Genre musical: Blues rugueux
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE

Dès le premier titre ‘Devils Not Angels’ ça blaste un maximum. Il y a dans cet enregistrement du pub rock, du rhythm’n’blues, du rock plus classique, des sonorités sudistes (‘It Came Out The Swamp’), des airs qui accrochent et évidemment une pêche d’enfer et un feeling du diable (‘The Devils Tail’). Le mec a du style et ce qu’il faut pour sortir du lot. Jools Holland dit de lui: « C’est un des plus grands bluesmen du moment », Imelda May, que Big Boy Bloater a accompagnée sur de nombreuses scènes, déclare: « Je suis une grande fan, c’est un garçon charismatique avec une grosse voix ». La BBC l’adore, la presse spécialisée lui tresse des lauriers et la plupart des journaux d’outre-Manche empilent les déclarations élogieuses à son endroit. Big Boy Bloater est guitariste (parmi les meilleurs), chanteur (une voix impressionnante, rauque et puissante), auteur-compositeur et accessoirement animateur radio. A 45 ans, le bonhomme qui a été à l’affiche de nombreux festivals des deux côtés de l’Atlantique, annonce non sans humour : « Je suis assez vieux et assez laid pour bien connaître mon métier, j'aime ce que je fais et j’espère que ça se voit sur scène. ». A défaut de l’apprécier en live ce CD atteste clairement que Big Boy Bloater connaît bien son affaire. Il joue dans la cour des grands et balance un blues rageur avec une belle force de frappe. Mélange d’énergie et de passion, l’ensemble (9 titres en 40 minutes) est bien enlevé, riche de différentes saveurs, avec des compositions originales.
Gilles Blampain

Bobby & Sue
Spinning Mind

Genre musical: Soul douarneniste
Label : LORIENT'ARTISTE PROD
Distributeur :
L’AUTRE DISTRIBUTION

J’aime la Bretagne. Aujourd’hui je fais mon coming out. Je suis un Breton contrarié, comme on dit des gauchers. Quand la nuit tombe sur le Finistère, le vent souffle, les arbres prennent des formes étranges. Alors on laisse la Pointe Saint Mathieu et on se retrouve à l’Auberge, où l’on se réchauffe à la cheminée. La bande son naturelle de ces lieux, c’est Bobby & Sue. Ne pas se laisser abuser par la langue anglaise, par les codes du blues parfois empruntés. Cette soul qui souffle, c’est l’âme bretonne. Quel plaisir de la retrouver. On la pensait dévoyée, découpée en multitudes de « bumper stickers » ‘A l’Aise Breizh’, signe de ralliement des collectionneurs de porcelaines murales tatouées de maximes. La voix de Sue déborde de mélancolie rugueuse, gris-vert comme du granit envahi de lichen. Bobby l’habille de couleurs cohérentes mais différentes, des guitares, du piano solo comme dans ‘Freezing’ aux accents bastringues. Il y a même du gospel (‘Don’t Treat Me Bad’), du rockabilly (‘Chubby Mama’). Les 14 titres sont entre très bons et excellents. Le Télégramme de Brest a adoré. La France doit suivre.   
Cranberry Gordy

Boneyard Moan
Lies & Moonshine

Genre musical: Electric Delta blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://boneyardmoan.bandcamp.com/

Ce band a une puissance de feu incroyable. C’est la baffe dès le départ avec un gros son et une pêche d’enfer. Ils sont trois. John Vander joue de la guitare, de l’harmonica et chante, Fed Hays est à la batterie et aux percussions et Max Nominé est à la basse et au banjo. Romain Aweduti, à l’orgue Hammond, les rejoints à certains moments. Basés à Nancy, ils définissent leur style comme Electric Delta Blues, et c’est assez pertinent. Sortir de la boue du Mississippi pour se projeter sur l’asphalte du monde moderne, tel pourrait être leur credo. Avec un beat musclé et accrocheur qui s’appuie sur une rythmique solide, le style est brut et viril. Des riffs mordants soulignent un chant puissant non dénué de nuances. Slide, harmo, percus, basse rugissante, c’est un vrai tourbillon, un déferlement sonore où se mêlent jungle beat, blues-rock, boogie. Boneyard Moan fait preuve d’une réelle originalité. Doté de l’énergie du rock, de la fièvre du punk, le son est envoûtant et poisseux avec une force émotionnelle incontestable. Il n’y a aucun temps mort dans cet enregistrement, le band accroche l’auditeur dès la première plage et maintient la pression de bout en bout tout au long des 10 titres de sa composition. C’est éclatant de vitalité et la puissance le dispute au feeling. La prestation qui bouscule tout sur son passage nous plonge dans une atmosphère assez débridée. Et pour finir ajoutons que la production est nickel.
Gilles Blampain

Bror Gunnar Janson
BGJ

Genre musical: One man band entre Tommy Johnson et… Jeffrey Lee Pierce
Label : NORMANDEEP BLUES
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Contre un paravent avec motifs floraux certifiés d'origine 1950, Bror (Frère en suédois) active sa pédale de grosse caisse contre l'étui de guitare posé au sol ; sa voix habitée, hantée, envahit l'espace. Le gars joue sur Harmony, il n'aime pas le son des Fender ou Gibson ; trop moderne! 'Dead Cold Hand' ; la première fois qu'il joue ce titre c'est ici! Ça démarre comme une locomotive à vapeur, lent et lourd. 'Mary Lee' ; une chrétienne fanatique qui voyait des saints partout. Inspiré d'un titre de Julia Lee & Her Boyfriends (1947). 'Pretty Polly' ; murder ballad et traditionnel, déjà enregistré par B.F. Shelton en 1927. 'My Gal Drinks So Much Whiskey That She Staggers In Her Sleeps’; inspiré d'un titre de Walter 'Furry' Lewis de 1927. 'Heartaches And Troubles' ; de Ritchie Hart (1961). 'William Joseph Dean' ; une pendaison qui a eu lieu à Lerum, village natal de Gunnar. 'Long Gone' ; inspiré d'un 'Lonesome Road' de Sam Collins (1931). 'The Wandering Spirit Of B.F. Shelton’ ; hommage au banjoïste (1927) que Gunnar vénère. 8 titres. 8 balles en argent. Le père de Gunnar, Kjell Jansson, contrebassiste, a joué avec Chet Baker, Don Cherry. Forcément le rejeton a été très tôt trempé dans le bazar! Ce disque est sorti à 100 exemplaires en 2012, sur The Greatest Records, la presse le citait comme une perle de la discothèque de Radio France. Le voici réédité. Un second, Moan Snake Moan est sorti en 2014 : coup de cœur de l'Académie Charles Cros! Un blues intense, gothique, par un mec qui ne fait pas semblant !
Juan Marquez Léon

Crashbirds
Live In Dead City

Genre musical: Rock & Blues
Label : CRASHBIRDS ASSO
Distributeur : http://crashbirds.jimdo.com/boutique/

Douze mois à peine après l'excellent Dead City, le duo de Bondy, décidément infatigable, revient avec un album live. Inévitablement, Live In Dead City, enregistré entièrement à Paris, acquiert un sens particulier, sonne comme un acte de résistance après les attentats de novembre. Mais qu'on ne s'y trompe pas : nul opportunisme en l'occurrence, le titre était prévu de longue date - juste un écho à double sens au second album et à sa chanson éponyme, dont le sujet était tout autre. Pas d'acte militant donc, mais pour les avoir vus sur scène au lendemain du Bataclan, on peut affirmer que ceux-là ne baissent pas les bras : choqués, meurtris, mais toujours debout... L'album démarre sans crier gare avec  l'inédit 'Black Thursday' (deux autres nouveautés sont ici proposées, 'I Want To Kill You', blues particulièrement envoûtant, et 'A Perfect World', qui se permet de calmer le jeu). Le reste se partageant de manière équitable entre les deux albums studio, on épinglera plus particulièrement 'Dead City', et sa subtile allusion kinkskienne, ou encore 'No Left No Right' et 'No Fun For Punks', proposés dans des versions épiques. Le credo demeure identique : proposer un dirty rock'n'blues puissant, ravageur, élégant. Pierre Lehoulier continue à plaquer ses accords démoniaques, à martyriser sa Crashbox (cette batterie rudimentaire garantie énergie recyclable) d'un pied alerte, tandis que sa comparse Delphine, particulièrement en voix sur 'The Lions' ou 'Money' ne fait que gagner en assurance. C'est sans doute sur les planches qu'ils donnent toute leur mesure, ça tombe bien, ils tournent sans relâche. Consultez leur agenda... Entrez en résistance.
Marc Jansen

King Mud
Victory Motel Sessions

Genre musical: Muddy heavy rock blues garage’n’roll
Label : ALIVE NATURAL SOUND
Distributeur : www.alive-records.com

Quand le chanteur du Left Lane Cruiser, Freddy J.Evans IV s'associe avec le batteur des Black Diamond Heavies, Van Campbell, ça donne quoi? King Mud : Un Boueux Heavy Blues Rock Garage'n'Roll à l'énergie peu commune. Considérant la provenance de ces deux énergumènes, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose... Et la sauce prend tellement bien que j'en arrive à  dire que je les préfère ici plutôt que dans leurs formations respectives, qui, vous me direz, sont déjà exceptionnelles dans le genre blues garage cradingues. Le chant éraillé de Freddy J. IV se rapproche tantôt de celui de Keith Richards ('Take A Look') ou John Fogerty sur le merveilleux (solo guitare aérien) 'Arthur Hooked', voir Lemmy sur certains autres titres. La guitare vire psyché sur 'Smoked All My Bud'. La batterie de V. Campbell explose le studio californien dans lequel ont été captées ces 'Victorieuses Sessions'. Pour étoffer le son, et donc ne pas trop sonner comme bons nombres de duos actuels, interviennent Parker Griffs de Radio Moscow en lead guitare sur 2 titres, deux bassistes, Jaxon Lee Swain ou Wojtek Pilichiwski, Patrick French à l'harmonica presque partout, et Alex J. Galvan à l' Hammond. 'War Dancers' en public devrait se transformer en pogo général!  Et que dire des reprises, 'Keep It Out Of Sight' de Wilko Johnson période Doctor Feelgood? Dément! Et 'I Can Only Give You Everything' des Them? Des métallos sous speed! Reprises anglaises qui expriment bien vers où veut se diriger ce combo. Un très fort coup d'essai. Espérons que cela ne soit pas le dernier.
Juan Marquez Léon

Morgan
Nouveau souffle

Genre musical: Pop bluesy
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://www.morganproject.net

D’entrée de jeu le ton est donné avec ‘Je n’Aurais Jamais Dû’, une envolée blues-rock de la meilleure veine qui ouvre le disque. La voix est agréable à écouter et le tempo très dynamique. Tout ce qui suit dans ce Nouveau Souffle est fait de riffs acérés et de mots ciselés. En 10 titres originaux, Morgan, jeune artiste ardennais, réalise un subtil mélange de plans blues, de gimmicks rock, de mélodies pop qui mettent en valeur des textes bien écrits et qui ont du sens. L’écriture est simple mais ne manque pas de saveur ; que les mots s’enrobent de gravité, d’humour ou de mélancolie ce n’est jamais fade. Ça sonne vraiment bien. Morgan revendique de multiples influences qui ont en commun le blues, Gary Moore, Jimi Hendrix, Eric Clapton, John Mayer, Paul Personne, Matthieu Chédid, Jean Louis Aubert… et au niveau guitare il fait honneur à ses inspirateurs. Il se fend d’ailleurs d’un bel hommage à Gary Moore avec ‘C’est A Moore Que Je Dois’ où il exécute un très beau solo à la manière du défunt Irlandais. Il maîtrise bien son instrument et a l’intelligence de ne pas prendre la posture du guitar hero. Et à un moment où dans bon nombre de media on reprend en boucle l’expression french touch, lui, la décline en version originale.
Gilles Blampain

Sheetah et les Weissmüller
Murs du son

Genre musical: Soul
Label : Q SOUNDS LRECORDINGS
Distributeur : Q SOUNDS RECORDINGS

Q Sounds Recording est ce label vindicatif du 93, défenseur d’un nouveau genre, la Soul Vénère, mélange de Motown et de banlieue nord, Snakepit de Montreuil, et poésie urbaine de Neuilly Plaisance. A lui viennent les artistes provinciaux qui se reconnaissent dans ‘La Rage’ communicative. De Lille, et comme leur nom l’indique, infiniment cultivés et viscéralement populaires, Sheetah et les Weissmüller, proposent leurs Murs du Son. Vinyle only, voilà 10 titres originaux, en français. Un instru placé en fin de face A, ‘Ballade En Chrysler’ invite à appuyer sur le champignon, comme on disait il y a longtemps. Les chansons sont portées par orgue, cuivres et guitare, et par la voix de Barnabé, auteur complet, disciple d’Eddy Mitchell période R&B (65-70). Aucune imitation, leurs voix et intonations sont complètement différentes, mais quelque chose dans le style des paroles, le premier degré, la sincérité parfois douloureuse, le sens des formules, rappelle cette période sous-estimée ou le rocker s’était transformé en soulman de Belleville. Exemple parfait de puissance évocatrice et de simplicité : ‘Quand tu rentres tard, tu files sous la douche’ (‘Tu Sais’). ‘Le Foulard’, ‘Ne Dis Rien’, ‘Je Veux Que Tu l’Avoues’, tous les titres sont écrits avec un stylo Bic de 1965. Une façon de dire les sentiments qui n’existe plus aujourd’hui, et dont Barnabé a retrouvé la formule, sans doute au fond du pupitre d’un lycée. Et c’est frais, c’est au premier degré, ça marche tout droit. 
Cranberry Gordy

Steven Troch
Nice'n'Greasy

Genre musical: Blues large
Label : SING MY TITLE
Distributeur : www.steventroch.com, www.playhohner.com/artist/steven-troch/

On nous dit que l’harmoniciste belge Steven Troch bourlingue depuis vingt ans, d’abord au sein de Fried Bourbon, puis en accompagnant Ina Forsman et Tiny Legs Tim. Vingt ans plus tard, il sort le premier album que voilà. Nice’n’Greasy, parce que le disque a été enregistré aux Greaseland Studios de San Jose, en Californie. A examiner la pochette, Troch c’est le genre horripilant : monocle, haut-de-forme, canne à pommeau et tatanes bicolores, un excentrique clicheton entre Jean Schultheis et Leon Redbone. Le disque tourne depuis dix minutes, et on craint d’entendre Troch nous réciter une lettre de motivation recensant toutes ses aptitudes : jump, Chicago, swing, country, rock’n’roll… Cette perplexité s’évanouit sans même qu’on s’en rende compte. La bascule a dû se faire sur ‘The Jinx Is On Me’ : une rythmique reggae, un chant de tête plutôt soul et l’harmo assorti. Très personnel. A partir de là, on réévalue son premier sentiment, et le monocle n’est même plus un problème. Suivent des titres d’inspiration plus louisianaise, et l’album s’achève sur un au-revoir mélancolique, très lent, économe et particulièrement dépouillé. Troch est un souffleur de type Little Walter : peu de notes, mais des accords et des poussées volumineuses, avec des torsions puissantes et précises. Son dix-trous taille son chemin avec une assurance souveraine… Dix-trous… pas toujours, si on considère la photo au recto de la jaquette : Troch manipule quelque chose qui tient davantage de l’harmonium portatif que du sandwich à musique. ‘Rainin’ Outdoors’, l’au-revoir mélancolique dont on causait tantôt, apporte la preuve définitive de sa grandeur. La lenteur est la crête de partage des harmonicistes, et Steven Troch est un très bon. Autour de lui, l’orchestre s’appelle : Rusty Zinn, Bob Welsh, June Core, Kid Andersen et Lisa Leuschner Andersen.
Christian Casoni

The Adelians
The Adelians

Genre musical: Soul
Label : Q SOUNDS RECORDINGS
Distributeur : Q SOUNDS RECORDINGS

Florence est la chanteuse des Adelians. C’est la Diana Ross de Bobigny. A 20 ans, elle chante de la soul. Sur la pochette du 33 tours, c’est elle qu’on voit, les yeux fermés, un étrange sourire aux lèvres, et les cheveux qui accrochent la lumière. C’est pas de sa faute, elle ne le fait pas exprès. Les spots la suivent comme des tournesols. Elle reprend façon 60’s le ‘Stay’ de Rihanna, et fait sonner l’original comme une démo pourave. Rihanna peut rester dans son bain. Elle reprend ‘A Kind Of Hush’, des Herman’s Hermits et le débarrasse de toute trace de lactose. Tous les autres titres sont des compositions originales. Sur disque comme sur scène, c’est une interprète. Elle défend un rôle, souvent celui de l’amoureuse vénère, comme dans ‘Come Back’, mélange inédit de musique et de pyrotechnie. Même exaspération, cette fois-ci en français sur ‘Dis Moi Oui Ou Non’. En français aussi, la seule plage un peu plus calme que le reste de l’album : ‘Seule’, ou l’on retrouve la patte, l’approche toute en émotion de Christelle Amoussou, auteur des mélodies et des paroles. Encore un album excellent, débordant d’énergie et de feeling, du seul label de soul authentique en France : le Daptone de Montreuil.
Cranberry Gordy

The Record Company
Give It Back To You

Genre musical: Americana from Garageland
Label : CONCORD
Distributeur : UNIVERSAL

Trop noir pour du blunk, non ? Une sorte d’americana naturalisée Garageland plutôt. Lépine attend toujours le brevet de l’americana, et l’ONU ne reconnaît pas encore les frontières de Garageland, mais, bon. L’album est typé, couillu, sa posologie n’indique aucun risque de somnolence, vertus qui ne vont pas forcément de soi avec un disque d’americana. Ce psychédélisme phréatique, qui suinte par endroits, peut faire penser parfois aux White Stripes ou aux Black Keys, avec une grosse basse, lourde et plongeante, qui pose les longitudes (Alex Stiff), tandis que le batteur sabre à l’horizontale (Marc Cazorla). Chris Vos, le chanteur, guitariste et harmoniciste, n’a plus qu’à se balancer entre les barreaux. Il est souple, il a une profondeur de coffre insoupçonnée. Americana, donc on y trouve de tout, un petit peu. heavy blues, boogie, obsessions hill country, funk, obligé à cause de cette basse qui cogne dans la membrane, folk gore (on appelle ça du grunge ?), même un frisson de mélodie, même un fumet rockabilly (‘Feels So Good’, final Led Zep), ou une réminiscence de bluette country à la Stones (‘Crooked City’). Americana, donc : petit digest de la musique américaine. Pour autant ce power trio, qui démarre ici sa carrière discographique, ne laisse jamais son ectoplasme stylistique perdre sa boussole, son muscle et sa belle couleur anthracite. Pour finir, les trois de Los Angeles sont des deadheads. La dernière vestale de Jerry Garcia ayant été révoquée en même temps que l’Édit de Nantes, plus personne n’est aujourd’hui en mesure d’apprécier l’influence de cette secte sur la touche de la Record Company.
Christian Casoni