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10/20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2015

Alexandre Thollon
Opus 4

Genre musical: Jazz
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.alexandrethollon.net

Quand j'ai reçu cet album, je dois avouer que je ne connaissais pas Alexandre Thollon. Quelle lacune impardonnable ! Ce garçon est sûrement l’un des harmonicistes les plus doués du moment, avec déjà plusieurs albums à son actif, dont ce dernier ‘Opus 4’. Certes, classé comme jazzman, Alexandre Thollon emmène l'auditeur au-delà de ce style et si l'on parle de style, on peut dire qu'il y a une touche Thollon, comme il y a une touche Thielemans ou une touche Herblin. La classe naturelle de ceux qui créent sans copier. Le premier titre de cet album qui en compte onze, résume bien l'ambiance de ce disque, ‘Somewhere Between Strange And Amazing’. Celui-ci débute par un coup de tonnerre, puis on entend la pluie tomber et la musique s'installe tranquillement, sereine, légère. Le trio qui accompagne Alexandre Thollon doit être trié sur le volet et les musiciens savent se lover dans cette musique envoûtante. La basse de Laurent Salzard fait merveille, imparable sur les titres funk, le batteur Tom Moretti, également percussionniste, colore les rythmes d'une chaleur bienfaisante. La grâce et la délicatesse de la guitare d'Alicia Nikki Horton donne la réplique à l'harmonica avec un réel bonheur. Ce serait elle, plutôt qui apporte la plus grosse coloration jazz à la formation dans ses chorus qui coulent comme une rivière au printemps. Alors que l'harmonica survole ce paysage tantôt virevoltant, tantôt planant. Sa version d'‘Amazing Grace’, ne semble plus être jouée par un ruine babines, on est entre le concert d'orgue et le chant du rossignol. Essayez absolument d'aller écouter cet artiste hors normes qui a remporté plusieurs prix internationaux à travers le monde. De la pure musique avec un feeling gros comme ça !
César

Allan Harris
Black Bar Jukebox

Genre musical: Old fashioned jazz
Label : LOVE PRODUCTION
Distributeur :
MEMBRAN

Je suis né et j’ai grandi dans la cité de Montluçon. Dans mon quartier natal, il y a un vendeur de motos. Je me souviens que lorsque j’étais enfant (j’ai 92 ans), c’était une crémerie. Une vraie, qui vendait le lait à la louche dans des grands pots en métal. Quand je passe devant, encore aujourd’hui, je revois ces pots de lait. Allan Harris, il est comme moi, sauf qu’il est né à Harlem, dans une famille de musiciens. Sa mère Johanna était pianiste classique. Sa tante Theodosia a gagné un concours de chant à l’Apollo. Sa tante Kate tenait le petit restaurant en face de l’entrée des artistes de cette même salle légendaire. C’est ce restaurant qu’on voit en photo sur la pochette de l’album Home Cooking de Jimmy Smith, la 8ème merveille du monde selon Miles Davis : il contribua à la fois à la propagation des Jukebox et du Hammond B3. Allan Harris marche dans les rues de Harlem et salue les fantômes. Ils sont en lui, et il chante leur langue morte pour nous, pauvres aveugles. Comme disait Pagnol, il « rend à notre tendresse, le sourire des amis perdus ». Sinon comment reprendre ‘My Funny Valentine’ sans redondance multiple ? Il y arrive, avec une voix forte et suave, soutenue par un …Hammond B3. En 71, sortit un tube jazz chez Stax, une curiosité : ‘Compared To What’ par Eddie Harris et Les McCann. Sur cet album, Allan reprend un des tous premiers titres d’Elton John (en 70) : ‘Take Me To The Pilot’, à la manière du titre précité. Risqué et très réussi. Des reprises, quelques morceaux originaux composent ce Black Bar Jukebox. Il y a un fantastique, énergique et moderne pianiste sur tous les titres : Pascal Le Bœuf. Aujourd’hui, à côté de l’entrée des artistes du Apollo Theatre, il y a un Joe’s Crab Shack, qui sert des crevettes au cheddar. Mais pas pour moi, ni pour Allan Harris. ‘You make me feel so young’. 
Cranberry Gordy

Crashbirds
Dead City

Genre musical: Dirty rock'n'blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.crashbirds.blogspot.com

A force de travail et de concerts surchauffés, les Crashbirds commencent à se forger une solide réputation, et c’est ma foi bien mérité. Les Crashbirds, c’est donc un duo, Delphine Viane alias Delf Crashbird – chant, guitare, batterie à de rares occasions, et Pierre Lehoulier alias Pierre Crashbird – guitare, et puis cette sorte de caisse en bois amplifiée qu’il martèle d’un pied rageur, intitulée fort logiquement  Crashbox. Dead City est leur second opus, après un premier essai convaincant, No Mercy, paru en 2013. Au programme : dirty blues et garage rock. C’est donc du brut, du rugueux, ça sent le marais et le bitume, l’alcool de grain, l’huile de vidange. Ce n’est pas ça qui va révolutionner la musique, mais bon, qui s’en soucie ?  Pierre maîtrise parfaitement la science du riff acéré, tandis qu’avec un bel aplomb,  Delphine alterne cris et miaulements, et hulule au sens propre sur la dernière plage. Ces deux-là ont également le sens de la dérision – ils qualifient souvent leur style de Cui-Cui R’n’R… A écouter en priorité la plage éponyme, chevauchée inquiétante dans une ville fantôme, ‘Cretins’, hymne rageur lacéré de soli tranchants, ou encore ‘The Midnight Prowler’, un blues parfaitement maîtrisé. Signalons encore que Pierre, graphiste de formation, dessine pochette, macaron, affiches et T-shirts - ce garçon est décidément fort habile de ses dix doigts. Cela veut dire aussi que celui qui se procure l’album serait bien avisé de choisir la version vinyle, afin d’allier plaisir des yeux et de l’écoute (d'autant que les 100 premières copies sont livrées avec une BD). « There is nothing I can do/  Nothing except to play the Blues » assure Delphine dans cet excellent blues poisseux qu’est le bien nommé‘Blood’. Interprété de cette manière, cela nous suffit amplement.
Marc Jansen

Eliana Cargnelutti
Electric woman

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

On a déjà vu son nom et pu apprécier son style sur le CD Girls With Guitars paru en janvier 2015, mais ce CD est le premier sous son nom propre. Le style est nerveux et accrocheur. Les riffs sont acérés et le rythme trépidant. Le titre du CD Electric Woman reflète bien la vérité. Produit par Thomas Ruf et Albert Castiglia ce premier disque de la ragazza di blues est assez musclé et dévoile un blues-rock de très belle facture. Eliana Cargnelutti a débuté en jouant du metal mais a aussi tâté du funk, de la soul et du jazz, ce parcours formateur lui a apporté une redoutable technique et lui permet de s’affranchir de certains clichés pesants. La voix, forte et agréable révèle une réelle aisance d’expression. La jeune Italienne est accompagnée par un band redoutable : Roger Innis à la basse, John Ginty à l’orgue Hammond, Jamie Little à la batterie et Albert Castiglia à la slide guitare. La liste des titres affiche 8 compositions originales signées Cargnelutti et 3 reprises, ‘Street Corner Talking’ (Kim Simmonds), ‘Soulshine’ (Warren Haynes) et ‘There’s Gonna Be Some Rockin’ (Angus Young). Blues teinté de rock ou de soul, rythme funky, boogie puissant, la palette de la demoiselle est étendue et la route qui s’ouvre devant elle pourrait bien la mener très loin.
Gilles Blampain

Mahalia Barnes
Ooh yea the Betty Davis songbook

Genre musical: Soul funk
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Mahalia Barnes nous propose une nouveauté qui nous ramène… 40 ans en arrière. Prêtresse de la soul et du funk de 1964 à 1979, Betty Davis qui est toujours de ce monde, a néanmoins disparu du paysage musical après un dernier enregistrement en 1979. Elle était amie avec Jimi Hendrix, Sly Stone et fut l’épouse de Miles Davis durant un an. Ce rappel est nécessaire pour comprendre la démarche de Mahalia Barnes. « Je suis fan de Betty Davis depuis des années. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu ses productions, je suis devenue accro! Elle était sauvage, libre, obscène, crue, géniale, intense, puissante et sexy. J’adore l'instrumentation, j’aime les chœurs. J’ai toujours voulu faire un disque qui sonne comme ce qu'elle faisait » : bel hommage de la chanteuse australienne. Cet enregistrement est donc une violente baffe de funk offensif, accrocheur et stimulant. Ça envoie un groove d’enfer avec une énergie punk. Barnes possède un bel organe et sa voix puissante ne semble jamais forcer. Très bien entourée par les Soul Mates, elle s’est également attaché la collaboration de Joe Bonamassa pour cette entreprise. Le projet était ambitieux mais le résultat est à la hauteur et le challenge est vraiment réussi. En tout, 12 titres pour près d’une heure de musique qui fait monter la température rapidement.
Gilles Blampain

Otis Taylor
Hey Joe Opus Red Meat

Genre musical: Americana progressif
Label : IN-AKUSTIK
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Hey Joe Opus Red Meat. Que nous révèle le titre du 14e album d’Otis Taylor ? Que son service marketing donne de sérieux signes d’épuisement ! A part ça, le disque est très bon, crépusculaire, lancinant, contrasté par le cornet à pistons de Ron Miles et/ou le violon d’Anne Harris. La feuille de présentation prévient que Hey Joe Opus Red Meat « s’écoute comme un seul et même titre en dix parties ». Les dix plages sont soudées. Elles libèrent, dans un long clair-obscur, cette transe plus ou moins anguleuse, rythmée par les pulsations cardiaques de la basse (une chanson est d’ailleurs intitulée : ‘The Heart Is A Muscle Used For The Blues’). Formellement, le blues n’est pas le genre de cet album. On y entendrait plutôt un americana progressif, on parlerait presque d’amér-indiana à cause de ce pouls ininterrompu de fréquences basses, peut-être aussi à cause de la pochette. Les deux versions de ‘Hey Joe’, noires et menaçantes, sont prolongées ou introduites par trois séquences instrumentales flottantes : ‘Sunday Morning’. ‘They Wore Blue’ est, lui-même, le prologue de la deuxième prise de ‘Hey Joe’. Pourquoi ‘Hey Joe’ ? C’est une chanson emblématique dans la carrière d’Otis Taylor. Il la joue sur scène depuis des années, il l’avait déjà enregistrée auparavant. Il en fait cette fois l’axe de l’album. Joe serait le personnage consubstantiel de tous ces destins gâchés, une adolescente enceinte, un transsexuel, un type hagard avec un flingue à la main. Restent quatre plages, symétriquement réparties entre rock hypnotique et folk dur (notamment ‘Red Meat’ et sa très belle mélodie). Otis Taylor soulève toujours un problème social en mettant en situation un individu, sans théoriser. Il a toujours fait ça, et Dylan aussi. D’ailleurs Otis avait démarré comme une sorte de Dylan-en-escaliers-rococos, il arrive en Santana triomphant, la vanité en moins et beaucoup de choses en plus, comme une substance lourde et désespérée… mais toujours pudique.
Christian Casoni

Pierre Sibille
Catch me I'm falling

Genre musical: Soul-blues
Label : QUART DE LUNE
Distributeur :
SOCADISC

Pierre Sibille revient cette fois plus organiste que pianiste mais toujours harmoniciste. Il distille dans ce nouvel enregistrement une soul trempée dans le blues avec des élans funk assez chauds. Toujours élégant et décontracté, sa voix de crooner enflammé fait mouche à chaque morceau et touche l’auditeur dans son intimité. C’est entouré d’une bande d’amis fidèles dont le premier cercle comprend Richard Arame (guitare), Moses Patrou (batterie), Michel Gaucher (saxophone), Jaco Largent (percussions) plus d’autres musiciens de grand talent qui ont répondu présents que Sibille a gravé les15 titres de ce CD. Un disque où le dynamisme s’allie à la finesse, où la force compose avec la délicatesse. Un album riche et varié dans lequel Pierre Sibille signe la grande majorité des musiques et quelques textes. Comme sur les disques précédents, le nom de Jack Robinson revient très souvent au rang des auteurs parmi lesquels on peut trouver aussi Claude Lemesle et Jean Roger Caussimon. Largement anglophone cette production comporte en effet quelques titres en français comme ‘Mon Camarade’ popularisé jadis par Léo Ferré. Que les tempos soient vifs ou veloutés, le chic et le brio de l’interprétation donnent toujours une classe certaine à l’ensemble. Rythme et feeling ont toujours trouvé un bon passeur avec Pierre Sibille.
Gilles Blampain

The Marshals
AYMF Session

Genre musical: Blues-rock
Label : FREEMOUNT RECORDS
Distributeur : mike@freemountrecords.com

Ces trois-là nous viennent de Moulins dans l'Allier. De prime abord, j'ai cru qu’AYMF étaient les initiales pour After You Mother Fucker....une sorte de LAMF de qui vous savez! Et bien non.....il s'agit en fait des studios After You My Friend, à Moulins. Alors j'ai envie de répondre au 'After You' tout sourire que semble me dire le charmant jeune homme de cette splendide pochette : 'non merci, je n’en ferai rien!'. Pas envie de finir dépecé et pendu par les pieds moi! Vous l'aurez deviné, nous n'avons pas affaire ici à de la cuisine végétarienne, plutôt à un blues-rock fort en protéines. Julien Robalo le chanteur à la voix James Dewar-Jack Bruce et à la guitare Voodoo Child, Laurent Siguret à l'harmonica et Thomas Duchezeau à la batterie forment un trio assez singulier. Cette association guitare-harmo est des plus inventives. Souvent en mid tempo, les deux instruments dialoguent, se répondent. Quelques silences bien placés font respirer leur musique. Une reprise ; le 'Crosstown Traffic' d'Hendrix complètement méconnaissable, l'ombre de Jimi plane encore sur des titres comme le très bon 'Slave'. Un instrumental, caché en fin de lecture, est un blues lancinant, comme écrasé par le soleil du désert. Magnifique ! Seront concernés tous ceux qui mangent leur steak à la sauce Cream ou Black Keys, les autres découvriront.
Juan Marquez Léon