Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2014

Fingers and Cream
Out in a Blue Sky

Genre musical: Folk.
Label : autoproduction
Distributeur : fingerandcream@gmail.com

Fingers And Cream, entité musicale bretonne dont la raison sociale a l’air d’un private joke, est l’affaire d’un seul homme, iolo Gurrey (prénom tout aussi insaisissable), chanteur, guitariste et compositeur. Il orthographie parfois son prénom sans majuscule pour, suppose-t-on, éviter d’être lu : « LOLO » ! Selon les chansons, iolo ajoute quelques doigts à sa main : Etcétéra (chanteuse), Vincent Roudaut (batteur) et Bertrand Roudaut (clavier). Fingers And Cream sort son premier disque, un album court six-titres dont l’habillage traduit exactement le contenu : monochrome, tempéré, élémentaire et sûr de son fait. La feuille de présentation en situe la couleur entre John Lennon ou Nick Drake pour les anciens, Angus Stone ou Jake Bugg pour les nouveaux. En vérité, le concept d’Out In A Blue Sky est tellement simple que n’importe quel confessionnal en forme de guitare acoustique s’impose comme un élément de référence. iolo a une voix intime et berçante, un poignet sans moulinets inutiles, juste voluptueux sur les hammering-on. C’est une juxtaposition de mélodies éthérées qui s’ouvrent comme de la soie, et dont la réussite vient de l’énergie qu’elles sont capables d’insuffler. La mélancolie légèrement déchirante de iolo vous installe dans une douillette torpeur qui, oui, vous rend progressivement heureux ! Rien ne pèse, aucune mièvrerie mais, s’il fallait absolument chercher un poil sur un œuf pour se donner la posture d’un expert, on pourrait regretter à la rigueur une température un peu fraîche et trop régulière. Bon, il faut vraiment avoir envie de jouer les experts ! L’autre grande qualité de cet album tient à un mystère, un de plus, qu’on n’a pas envie d’élucider : le sentiment que les titres s’enchaînent si naturellement qu’ils racontent une histoire sans jamais rabâcher. Ce sont tous ces détails qui font l’élégance énigmatique d’Out In A Blue Sky. L’exercice n’est pas aussi évident qu’on pourrait le croire. La preuve ? L’immense majorité de ces albums de ballades folk acoustiques sont de véritables somnifères. Celui-ci, va savoir pourquoi, produit un effet diamétralement opposé.
Christian Casoni

Joe Louis Walker
Hornet’s nest

Genre musical: Blues, Rock, Soul, etc...
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

A chaque nouveau disque de Joe Louis Walker on est sûr de pouvoir louanger l’artiste sur le même ton que pour l’enregistrement précédent. Il est en effet difficile de ne pas céder au dithyrambe quand dextérité et feeling sont les ingrédients majeurs de la prestation. Une fois encore c’est un vrai concentré d’énergie, le style est flamboyant et incisif, et la voix rocailleuse aux inflexions soul a une dynamique impétueuse. Autant d’éléments qui assurent un plaisir maximum à l’auditeur. Cette nouvelle livraison a vu le jour à Nashville et a été produite par Tom Hambridge qui tape sur les fûts derrière Joe Louis Walker, la deuxième guitare est tenue par Rob McNelley, Tommy MacDonald est à la basse, Reese Wynans est aux claviers et la Muscle Shoals Horn section a été invitée pour un titre. Tout ce beau monde s’est réuni pour graver 12 titres dont neuf nouveaux originaux. L’ensemble est d’une vitalité débordante et distille un blues aux influences multiples. Le  jeu de guitare de Walker est toujours inventif et soutient un chant tendu et passionné. Du blues-rock électrique féroce et sauvage au rhythm’n’blues cool façon Memphis, avec un détour par le funk sans se priver d’un clin d’œil au gospel, Walker redessine le genre avec maestria. Il s’autorise comme souvent également un petit écart psychédélique des plus agréables. Joe Louis Walker dit que le blues est sa langue maternelle, une assertion difficile à contester.
Gilles Blampain

Kim Simmonds and Savoy Brown
Goin' to the Delta

Genre musical: Blues-rock, Boogie
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Depuis bien longtemps (en fait quatre décennies) la question se posait : pourquoi Kim Simmonds, fondateur et leader de Savoy Brown, n’avait-il jamais fait la démarche de s’imposer comme musicien solo puisqu’accompagné par un band à géométrie variable, les formules étant allées du trio au quintette, lui seul restant l’élément permanent ? Et bien c’est chose faite avec ce nouvel album. Il met enfin son nom en avant. Il est accompagné par Pat DeSalvo à la basse et Garnet Grimm à la batterie. Comme bien souvent, il signe tous les titres de son album, mais contrairement à nombre d’autres enregistrements, cette fois c’est lui qui chante, et si la voix manque de grain le résultat n’est pas désagréable pour autant. Si l’efficacité et l’enthousiasme de Simmonds n’ont jamais été mis en cause, il a rarement été classé parmi les ingénieux du riff ou les astucieux du gimmick, pourtant le voilà avec un nouvel album plutôt bien foutu, agréable à l’oreille et qui tient la route du début à la fin, sans faiblesse aucune. Loin de rechercher l’originalité au risque de se perdre, Simmonds et ses acolytes s’appliquent à jouer un blues basique. Le trio est très performant et envoie 12 titres musclés non dénués de feeling dont les fragrances de Chicago blues sont très prégnantes.
Gilles Blampain

Matt Schofield
Far as I can see 

Genre musical: Blues-rock à guitares
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Un petit coup de mou au cœur de l’hiver ? Le bon docteur Matt va s’occuper de votre cas. Aucune inquiétude, vous aurez le temps de kiffer sa mère : la séance de rééducation dure une heure, sacrée aubaine par les temps qui trottent ! En plus de ça, le type n’est pas un pintadeau de l’automne puisqu’avec Far As I Can See, il attaque sa cinquième poêlée de sophrologie guitaristique en studio, pile une tous les deux ans depuis 2005. Sa méthode anglaise est garantie pur blues’n’roll à lampes : il branche la Stratocaster et passe en revue toutes les nuances de l’arc-en-ciel, entouré des meilleurs assistants du moment, Jordan John aux baguettes, Carl Stanbridge à la basse, James Morton au saxophone. La virtuosité du toubib révolutionne l’ambiance des blocs opératoires, avec cette spécialité de l’intervention en son clair, sans filtre, qui tétanise l’auditoire par l’audace du geste. En infrarouge, il sort les standards nonchalants, aux phrasés mélodieux à pleurer, qui entrent parfois en éruption sur un shuffle débridé. Côté ultraviolet, il tape dans le twist à la Texane, rehaussé d’un piano façon Jerry Lee, s’envole sur des solos à carboniser les potars. Entre les deux, il y a les fragrances de la soul music qui vous remontent le moral à coups d’orgue grandioses, signés Jonny Henderson, chœurs fondants et riffs lucifériens. Trois étirements de jazz contemporain, des massages funky bourrés d’énergie cuivrée, sans négliger les deux décoctions à l’ancienne sorties des grimoires d’Albert King et des Neville Brothers…  Trente minutes en salle de réveil et hop, vous repartez du bon pied vers le solstice d’été !
Max Mercier

Mercy
Voodoo boogie train 

Genre musical: Boogie, blues, rock
Label : TEMPO ASSOCIATION
Distributeur : iTunes, Amazon, etc...

Ça démarre dans un souffle d’enfer avec ‘Voodoo Boogie Train’ qui donne son nom à l’album. On sait immédiatement que la barre est placée assez haut et que les pousse-mégots sont restés hors du studio pour laisser la place aux pros. Les musiciens font preuve de virtuosité, de nuances et de puissance sans toutefois s’étaler dans le maniérisme et la pose. C’est une expérience, l’émotion est au rendez-vous. Swamp-blues, rock, boogie, c’est du brut, taillé à même le roc. Le trio fait preuve d’une énergie fiévreuse et communicative et nous entraîne dans des ambiances cool ou trépidantes, toujours excitantes. Jean Paul Avellaneda signe tous les titres mais nous fait savoir que Leadfoot Rivet et Billy C. Farlow ont collaboré à l’écriture de quelques chansons. Le band nous offre un album ambitieux avec de très bonnes compositions et des textes non dénués d’humour: ‘I’m frenchie and charming and even funny but don’t you wake up the beast in me…’ (‘The Beast In Me), ‘Don’t cry for Mercy, don’t be a sissy, blues rockers don’t cry...’ (‘Don’t Cry For Mercy’). Jean Paul Avellaneda, voix feutrée et guitare ravageuse, est secondé par Bruno Quinonero à la basse et Romuald Lo-Pinto à la batterie. Ajoutons que la production assurée par Stéphane A (fils de Jean Paul) est nickel. A travers les continents une aura méridionale plane sur cet album puisque l’inspiration a été puisée sur les rives de l’Atchafalaya et que l’enregistrement s’est fait non loin des bords de la Durance. Une performance originale et aboutie  pour un CD présenté dans un digipack sobre et classieux.
Gilles Blampain  

Oncle Jack
Magical way

Genre musical: Southern rock, Blues rock.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : alainchopo@aol.com

Oncle Jack, est un groupe qui traîne ses guêtres sur les routes poussiéreuses du Sud Ouest où il commence à avoir une certaine renommée. Ce quintette Toulousain porte haut les couleurs du blues rock estampillé Great south. Leur premier digipack est composé de quatre titres originaux et huit reprises, le tout placé sous le signe de la puissance. Attention, je n’ai pas dit du bruit. Le CD ouvre avec un ‘Come Together’ des Beatles au tempo lourd et bien marqué qui donne une autre vie à ce titre mythique. Il en est de même du dernier morceau ‘L.A Woman’ des Doors qui va vite, fort et qui supporte bien le traitement que lui impose Oncle Jack. ‘Blues Music To Share’ est un gros blues qui tache, composition où la voix mâle et assurée du chanteur TonTon Alain C fait merveille. Deux covers de Lynyrd Skynyrd figurent à l’appel ‘Nothing Comes Easy’ et ‘Last Of The Dying Breed’ pour nous assurer que nous avons bien  à faire à du Southern blues rock. D’ailleurs ‘Being Away’ composition qui sonne comme un hymne et qui va vite, aurait pu être composé par Molly Hatchet. Les deux guitaristes (the Nedge et 106) savent se répondre et faire monter la pression. Ils peuvent se reposer sur la section basse batterie (Helmut & Felipe) solide comme du rock…et du bon !
César

Robben Ford
A day in Nashville

Genre musical: Funky blues cool, Country-jazz relax
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Impossible de résumer la carrière effervescente de Robben Ford, qui chevauche les grands mouvements de la musique américaine. Sa discographie est longue comme un T-shirt de basketteur, et ça continue ! Pourquoi A Day In Nashville ? Parce que le Californien, ses musiciens et ses invités, ont enregistré l’album en un jour, à Nashville, dans les conditions du live. Ce qui ne manque pas d’étonner quand on entend le résultat, ces arrangements complexes et millimétrés, ces séquences de cuivres introduisant de véritables chorégraphies sonores, ces ruptures dynamiques et ces relances, cette machine imposante et pourtant fluide, pleine de connivences et de second degré. Le programme a dû être soigneusement gambergé, écrit et répété. On s’en rend compte au chant, clair et nonchalant : une fois les mélodies établies, le tapis et les différentes séquences parfaitement réglés, Robben Ford s’est laissé aller sans craindre de se vautrer ni de s’essouffler. Risque minime. Sa tente à oxygène, c’est la cathédrale qu’il a bâtie avant d’entrer en studio. Pour simplifier, on pourrait dire que cette journée dans le Tennessee fut une séance de blues-rock. Le détail est plus difficile à cerner avec, selon les moments, des combinaisons de jazz relax, de funk cool, de country, des pointes de blues, des phrases de guitare palpitantes qui mettent un peu de tension, et un trombone qui zigzague du début à la fin, bonhomme et sexy. Cette riche réverbération irise une œuvre à la fois élégante et turbulente, chargée et aérienne. Or, cette palette ne vaudrait rien de spécial sans les mises en scène qui la rehaussent, sans une architecture orchestrale rigoureuse qui en active toutes les synergies. Deux reprises sur neuf titres, ‘Poor Kelly Blues’ (Maceo Merriweather) et ‘Cut You Loose’ (James Cotton). Audley Freed: guitare bis, Ricky Peterson: orgue, Brian Allen: basse, Wes Little: batterie, Barry Green: trombone. Sans parler de la pochette…
Christian Casoni