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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

FEVRIER 2012

Carolina Chocolate Drops
Leaving Eden

 

Genre musical: Vintage növö
Compositions: 18 titres quasi tous des covers
Livret : Superbe
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Depuis 2005, ce groupe originaire de Durham, en Caroline du Nord, sort un album par an. La gueule de bois du dernier réveillon s'estompe à peine, que voici déjà la cuvée Chocolate Drops 2012. Que cet orphéon est énervant avec ses partis-pris passéistes ! Et plus énervantes encore l'énergie et la conviction avec lesquelles ils défendent cet honneur, si pétaradants et avec un tel entrain, que leur revival devient naturel, instinctif, quasi-inévitable. Difficile alors de traiter Rhiannon de vieille fille et les trois autres de vieux garçons, surtout après avoir entendu les flows agressifs et joyeux de 'Short Dress Girl' ou de 'You Be Illin' '. Bref, on n'a pas affaire à une bande de documentalistes geignards ni à quatre vieux bigots, mais à de jeunes harangueurs, tout ce qu'il y a de plus contemporain, qui seraient à la musique old-time ce que les Stray Cats furent au rockabilly. Carrément. Autant citer le dossier de presse, on ne fera pas plus concis : "Un cocktail détonant de folk, de blues, de bluegrass, d'old-time et de jazz. Ils flirtent même parfois avec le hip-hop." Et puis Rhiannon, quelle super voix de chanteuse de vaudeville ('No Man's Mama') ! Retour vers le futur avec Rhiannon Giddens, Dom Flemons, Hubby Jenkins et Adam Matta, banjos, mandolines, fiddles, violoncelle, bones, hambone, beatbox, etc., Dixiefrog emballant tout ça dans un digipack magnifique, comme d'habitude. "Qu'est-il arrivé à cette musique ?", se morfondait Robert Crumb en versant une larme sur ses 78-tours poussiéreux. Rien de grave, banane ! Elle attendait juste qu'on la réveille et, surtout, qu'on en fasse pas un sujet de lamentation.
Christian Casoni

Gretchen Peters
Hello cruel world

 

Genre musical: Blues, Folk, Country
Compositions: 11 sur 11
Livret : 12 pages avec paroles ds chansons
Label : PROPER
Distributeur : PROPER

Un album comme catharsis. Voilà comment est né le 10e album de cette native de New York qui a grandi dans le Colorado et autour de la fameuse Bible Belt américaine. L'idée de cet album est apparue au cours de l'année 2010 où pour Gretchen, « The universe threw its best and its worst at [her] » (pollution dans le Golfe du Mexique qui toucha l'un des endroits les plus inspirants pour elle, suicide d'un ami, inondation dans sa ville d'adoption Nashville, etc…). D'où le lancement de cet opus par 'Hello Cruel World'. Histoire de planter le décor. Histoire de dire : « les gars, on n'est pas là pour s'amuser et décrire un monde de bisounours ! ». Du coup, c'est noir, très noir même. Et toutes ses peurs, ses angoisses, ses émotions à fleur de peau transparaissent dans sa voix, sa guitare. Et pour ne pas trop cadrer l'enregistrement, elle a demandé à ses musiciens de s'ouvrir au maximum sans contrôler instrument et émotions. Cela donne de discrètes mais d'envoûtantes mélodies, justes et précises dans la mélancolie. Ecouter 'Idlewild' ou 'Saint Francis' où le piano de Barry Walsh émeut et où les chœurs envoûtent plus d'une fois. Pour Gretchen, les héros sont ceux qui endurent les problèmes de la vie... et les surmontent. Tendre l'oreille sur 'Woman On The Wheel' et 'The Matador' où la légère batterie de John Gardner et l'accordéon de Barry Walsh motivent les plus démotivés à se relever. Un album sombre donc mais porteur d'espoirs. Les plus fous.
Tristan Sicard

Heritage Blues Orchestra
And still I rise

 

Genre musical: Blues, Gospel, Jazz...
Compositions: 1 sur 12
Livret : Beau digipack
Label : RAISIN MUSIC
Distributeur :

Voilà un CD qui nous entraîne dans un étonnant voyage musical. Chaney Sims (chant), Bill Sims Jr (chant, guitares) Junior Mack (chant, guitares) entourés de Vincent Bucher (harmonica), Kenny Smith (batterie, percussions) incarnent ce formidable Heritage Blues Orchestra qui est soutenu par une redoutable section de cuivres. Formidable, superbe, épatant…les superlatifs pourraient s’aligner sans tomber dans l’outrance tant le résultat est excellent. On est emporté dès le premier titre. Les voix (réellement impressionnantes), l’orchestration, tout est parfait, et les ambiances qui en résultent distillent une puissance et une ardeur débordante. Le répertoire est constitué d’un savoureux mélange de blues, de field hollers, de gospel et de jazz qui s’enchaînent sans rupture de ton d’un style à l’autre. La set list aligne essentiellement des airs traditionnels interprétés de telle manière qu’ils retrouvent une réelle fraîcheur et une tonalité contemporaine. Mais on a également le plaisir de retrouver des classiques de Son House ‘Clarksdale Moan’, de Muddy Waters ‘Catfish Blues’, de Leadbelly ‘Go Down Hannah’ eux aussi revisités de manière très personnelle et vraiment remarquable. Les enregistrements ont eu lieu à New York, le mixage à Chicago et la production a été assurée par Larry Skoller (qui pointe le bout de son harmo sur ‘Big Legged Woman’) pour le compte du CEEM (centre européen pour l’échange musical) et le festival Aulnay All Blues. Une très belle réussite.
Gilles Blampain

Hillbilly Burlesque
Crazy life

 

Genre musical: Country blues, Gospel electrique, Blues rocking
Compositions: 5 sur 10
Livret : 3 feuillets
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : ITUNES, AMAZON, CD BABY, HILLBILLYBURLESQUE@MTS.NET

Premier CD pour cette formation Canadienne (Winnipeg) de 10 ans d’âge. A la base, c’est un duo baptisé the Calnek sisters qui au gré de ses concerts itinérants a récolté quelques acolytes supplémentaires pour devenir un quintette. Reprises et compositions balancent comme le ‘Chain Of Fools’ de Don Covay ou sautillent à l’image d’ ‘Eden’ d’inspiration gospel avec chorus de slide et accompagnement à l’harmonica. Très belle voix puissante et bien placée que celle de Angel Calnek la chanteuse de cette formation qui emmène ce beau monde dans des morceaux bien rythmés telle la reprise de ‘Me And My Chauffeur Blues’ de Memphis Minnie. Ça brûle le plancher tellement on bat la mesure. Pour se procurer cette galette, c’est à la fin de leurs concerts ou bien à sur les plateformes de vente en ligne. Pour en savoir plus, www.hilbillyburlesque.com . Mon petit doigt me dit qu’il y aurait un second CD en préparation. C’est qu’ils y prendraient goût !
César 

James Deane
Diamonds and Hearts

 

Genre musical: Pop blues mielleux
Compositions: 12 sur 12
Livret : Digipack
Label : DENZIL RECORDS
Distributeur :

Un coup dans l'eau ! C'est ce qu'inspire ce nouvel album de James Deane. Loin de nous l'idée de le mettre au ban mais force est de constater que la musique de midinette tient sur deux chansons. Au-delà c'est un chemin de croix ! Et pourtant ! Pris à part (vraiment à part), quasiment chaque morceau a quelque chose à faire valoir. Les mélodies sont simples, discrètes, harmonieuses et naviguent entre le piano de Jack Duxbury ('Diamonds And Hearts'), l'harmonica de James Deane ('Whole Heart Blue') et la basse de Gavin Scott. Nous disions « quasiment » parce que la « ritournelle » 'Reasons' nous fait penser à une chanson de fête d'année de collège où James Deane et ses acolytes viseraient le titre de « chanson la plus sirupeuse de l'année ». Le titre en poche, ils prendraient alors le 'Midnight Train', titre également sans âme. Un drame pour les oreilles !... Et pour la feuille de notes, en bas de page, nous pouvons mettre « potentiel réel mais peut LARGEMENT mieux faire ». Rendez-vous au prochain opus.
Tristan Sicard

Jet Edison
Adopt a highway

 

Genre musical: Jam Band
Compositions: 11 sur 11
Livret : Pas vu
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : AMAZON, CDBABY

La question est posée : Est-ce qu’une grande technique musicale tue le feeling ? Non, surtout pas dans le cas de Jet Edison. Quatre garçons qui sévissent dans le Colorado et dont la richesse des compositions est ahurissante pour un premier album. Guitare, basse, batterie et un clavier qui joue aussi de la trompette (ce qui a de l’importance pour la couleur de leurs œuvres). J’ai retrouvé dans cette musique des sonorités comme si on avait mis dans un shaker : Allman Brothers, Steely Dan et Soft Machine. Et croyez-moi, si vous aimez les trois groupes précités, le cocktail servi sera à la hauteur de vos espérances. Chaque morceau est une porte ouverte vers l’impro, ce doit être le côté un peu jazzy ou bien quand l’orgue Hammond se fait entendre. La galette du groupe (qu’ils ont mis deux ans à finaliser) ne vous coûtera que cinq dollars par le biais de leur site, vous pourrez même télécharger cette intelligente musique sur www.jetedison.com. Pas (encore) connus et à suivre de près, méritent le détour.
César

Joe Louis Walker
Hellfire

 

Genre musical: Blues, Rock? sOUL, etc..
Compositions: 7 sur 11
Livret : Beau digipack
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Cet enregistrement est un vrai concentré d’énergie. Avec ce premier disque sur le label Alligator, Walker frappe un grand coup. Dès les premières notes une dynamique impétueuse s’impose comme une tension inflexible. Nul besoin de présenter Joe Louis Walker, magnifique guitariste et chanteur à l’avenant. Très ancré dans le blues, l’instrumentiste a cependant la puissance du rock dans son expression et ne se prive pas d’inscrire quelques pointes psychédéliques dans son jeu, lointaine réminiscence de sa jeunesse à San Francisco dans les 70’s. Le style est flamboyant et incisif et la voix rocailleuse aux inflexions soul dont l’émotion est palpable électrise l’auditeur. Joe Louis Walker a un énorme feeling et y va sans retenue, c’est débridé, excitant, ça pulse et les 11 titres s’enchaînent avec un réel bonheur. Joe Louis Walker est non seulement brillant dans son expression mais il est également novateur dans sa création. Chaque phrase musicale semble évidente mais c’est en fait la fusion de divers styles synthétisés par Walker à sa manière propre. La production (de haut vol) assurée par Tom Hambridge est impeccable et donne un CD à placer sur le haut du panier.
Gilles Blampain

Kathy Boyé & Purple Soul
I talk to you (live & more)

 

Genre musical: Soul-blues
Compositions: 6 sur 13
Livret : Parfait
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.VOCALCOLORS.COM

On citera inévitablement Janis Joplin. Que Kathy Boyé le veuille ou non (mais pourquoi ne le voudrait-elle pas ?), le grain de sa voix, les élans et l'énergie du chant tracent une parenté chromatique évidente avec la Texane. Mieux. L'ensemble de l'album, enregistré live cet été, lors du festival de jazz de Montauban, le son et la tournure des chansons, se posent comme un hommage à l'album Pearl, avec une soul-blues dégringolant des escaliers de piano, l'haleine brûlante de l'orgue Hammond et les réminiscences de 'Half Moon' lorsque le groupe part en funk… Ces commentaires valent au moins pour les deux premiers tiers du disque. Les chroniqueurs peuvent aligner leurs analogons, Kathy et son armée de péri-Toulousains s'en fichent un peu, ils veulent seulement casser la baraque, et ils la cassent sans mollir avec un punch meurtrier. L'émotion qu'ils dégagent est entièrement la leur. Changement de braquet, donc, dans la dernière ligne droite, plus vaudeville, jazz, gospel, avec une ballade sublime : 'A Song For My Father', ragtime triste, hanté, vécu, plein de dignité et de déclarations poignantes ("Trust in me, my Father, and I will go on"). A noter aussi/au moins 'Amazing Grace' sur l'air et les arpèges de 'House Of The Rising Sun'. Les Purple Soul dans tout ça ? Sûr, ce n'est pas un power trio. L'excellent Mister Tchang gouverne la guitare, piano et orgue Hammond disait-on tantôt, basse et batterie (normal), trombone, trompette et saxo ferment le ban, du top-classe sur toute la ligne !
Christian Casoni

Papa Juke
Out of the blues

 

Genre musical: Blues, Rock, Funk
Compositions: 10 sur 10
Livret : Digipack
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.PAPAJUKE.COM, CDBABY

Trois ans que les musiciens de cette formation se sont rencontrés et, enfin, ils sortent leur premier CD. Ce doit être pour cette raison qu’ils ont la banane sur toutes les photos. Le blues que ce groupe basé dans le Colorado nous propose est contemporain avec une influence rock, parfois jazzy comme le super ‘Sizzle’ chanté par Christine Webb, bassiste du groupe qui vante le pouvoir de la femme. L’harmonica de Mad Dog Friedman est mis en avant sur certains morceaux comme sur ‘Well Baby’. La slide est omniprésente sur ‘Delivery Man’ et son rythme obsessionnel, on a les deux pieds dans les marais avec ‘Mojo Queen’ et ses petites percussions dont les 6 minutes passent trop vite. L’album se termine sur un morceau rock endiablé et sans concessions. Vous aurez compris que c’est un album riche aux influences multiples, mais avec une identité forte. Et si c’était le Juke Style ?
César

Richard Koechli
Howlin' with the bad boys

 

Genre musical: Blues
Compositions: 15 sur 15
Livret : Très bien
Label : NATION MUSIC
Distributeur : Suisse: NATIONBIZTRIBUTION. France: CDBABY (WWW.CDBABY.COM), AMAZON.FR, RICHARDKOECHLI.CH

Ce Suisse est difficile à pister. Il semble mener plusieurs vies et plusieurs carrières de front. Howlin' With The Bad Boys est son quatrième album, le premier date de 1997. "Dedicated to the pioneers of Afro-American folk blues", annonce le sous-titre, et certaines chansons le proclament sans ambages, 'Kokomo Dans Mes Rêves' ou 'Le Balai Du Sorcier James'. Quand bien même il ne s'adresse pas directement à Charley Patton ou Kokomo Arnold, Richard Koechli ne perd jamais de vue la dette dont il se sent redevable vis-à-vis des héros du blues. 'Key To The Highway' est dans 'Easy Road', 'Good Morning Little Schoolgirl' est dans 'Won't You Be my Savior', etc. Richard s'incline, mais sans s'abaisser, il acquitte son tribut comme un honnête homme et, au bout du compte, ces révérences à répétition donnent un album, sinon original, au moins personnel. L'homme conserve du blues le mystère et la dynamique, les obsessions du boogie, la tristesse latente du ragtime, il les "chansonnise" en pesant méticuleusement le son. La moindre rature slide, soulevée par un chouia de reverbe, est toujours éloquente et fait voyager l'émotion. Les atmosphères plus lourdes de 'CEO Worksong' ou 'Esclave En 2011' sont toujours sous contrôle et ne décompressent jamais d'un millibar. L'album est habité en ce sens qu'il est le fait d'une personnalité, non un simple exercice de genre. Il serait comme le film d'un homme, et coule avec aisance et simplicité. Richard Koechli, excellent guitariste (picking, slide, riffs et solos - courts), chanteur voluptueux à la voix grave et brûlée, est épaulé par quelques gentlemen discrètement racés : Fausto Medici (batterie), Michael Dometsch (claviers, accordéon) et Dani Lauk (harmo).
Christian Casoni

Straylings
Entertainment on foreign grounds

 

Genre musical: AMERICANA ?
Compositions: 11 sur 11 ?
Livret : Joli apparemment (version demo)
Label : DEADPAN RECORDS
Distributeur :

Encore une diagonale qui traverse une belle collection de styles. On n'a qu'à dire que l'album sonne country-rock, et même lâcher, non sans un peu d'embarras, le mot "americana". La chanteuse s'appelle Dana Zeera, moitié Australie, moitié Bahreïn. Elle campe dans les aigus tout du long, avec une persévérance qui peut rappeler parfois (pardon Dana) Supertramp. Sauf que le duo londonien qui a nom Straylings joue beaucoup moins variétoche. Tout bien pesé, Dana évoque davantage Kate Bush pour la voix, la marge et aussi pour le confort bourgeois des compositions. L'autre composante de ce duo est un guitariste nommé Oliver Drake. Comme ils sont nés après l'avènement de la viole de gambe, le tandem préfère se réclamer de My Morning Jacket, Calexico, PJ Harvey ou Grinderman. Country-rock, americana, bon, mais il ne s'agit en aucun cas de ce folk mignard et balladif dont on nous rebat les oreilles en ce moment. Et pourtant les chansons restent, mid-tempo, sur un registre assez sentimental. Les orchestrations sont riches, chargées par moments, cette émulsion très réverbérante peut fatiguer à la longue. Mais cette éventuelle pointe de satiété s'estompe aussitôt que leur country s'accroche au rock ('Bitter Face', 'Animal Flag'), un couplage dont David Bowie (encore lui), du temps de Ziggy Stardust (encore ce disque !), avait éprouvé la résistance et l'efficacité. Le ring reste meublé rock : la tribu de Dana, c'est guitares, basse, batterie et claviers. Très réussi !
Christian Casoni