Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

01/20
Chroniques CD du mois Interview: JAYPEE JAYPAR Livres & Publications
Portrait: SUNNYLAND SLIM Interview: THE YELLBOWS  
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2020

Bag Of Nails
The Wolf Inside Me

Genre musical: Blues-rock, stoner-soul
Label : NASONI RECORDS
Distributeur :
NASONI RECORDS     

Ah ça, c'est sûr, vue la situation politique actuelle de leur pays, les Grecs doivent avoir le blues. Ce n’est peut-être pas celui du Delta du Mississippi, mais c'est assurément celui de la baie de Thessalonique. Fondé à Athènes en 2014 par le guitariste-chanteur Panos K, le bassiste Georges A, et le batteur Agis Gk, Bag Of Nails a écumé les petites salles du pays sans grand espoir de se voir propulser sur les plus grandes scènes européennes. The Wolf Inside Me est leur premier album, et c'est un sacré bon disque. Enregistré et composé loin, très loin de tout modèle anglo-saxon actuel, les Bag Of Nails ont forgé leur propre son à partir de Jimi Hendrix, Buddy Guy, BB King et John Mayall. Le résultat est une musique brute, puissante, viscéralement blues par la détresse non feinte qui s'en dégage. La guitare de Panos K est belle, inspirée sans être inutilement démonstrative. Ça racle le bois avec feeling, les chorus emmènent l'auditeur dans leur voyage. Sa voix de vieux roublard le rend éminemment sympathique. Il est régulièrement secondé par des chœurs soul qui font penser aux Blackberries qui accompagnaient Humble Pie. Il y a bien sûr un ce je-ne-sais-quoi d'halluciné et d'acide qui rend cette musique si palpitante, à seulement quelques encablures de Radio Moscow. Bag Of Nails est peut-être l'espoir du blues électrique de l'année.
Julien Deléglise

Bai Kamara Jr & The Voodoo Sniffers
Salone

Genre musical: Blues multicolore
Label : MOOSICUS
Distributeur :
baikamara.com/bkj/index.php#album    

Les mélodies et les rythmes sont multicolores, s’y révèlent blues et soul mêlés de world music, la voix est chaude, expressive, porteuse d'une réelle sensibilité, mélange de sérénité et de puissance. Bai Kamara Jr. qui a partagé de nombreuses scènes avec pas mal d’artistes internationaux a déjà 5 albums à son actif, et cette nouvelle production baptisée Salone (qui signifie Sierra Leone en langue krio) est un retour tout en nuances à ses racines africaines. Né en Sierra Leone, grandi à Londres, installé à Bruxelles il se dit inspiré par Big Bill Broonzy et John Lee Hooker et confie : « J’ai été prédestiné à vivre entre deux continents, l’Afrique et l’Europe, mais les sons et les rythmes africains ont toujours vécu en moi. La réalisation de cet album où j’ai joué de tous les instruments et chanté toutes les voix a été une introspection spirituelle, joyeuse, rafraîchissante et gratifiante ». Le travail sur le son est impeccable. La musique de Bai Kamara Jr. est chaleureuse, son interprétation tout en délicatesse avec un chant pénétrant et sensuel accrochera sans aucun doute l’auditeur le plus rétif. La set-list aligne 15 compositions originales et il se dégage de l’ensemble une beauté lumineuse. L’album à l’image de l’interprète est d’une sobre élégance. Une production très soignée qui met les sens en éveil.
Gilles Blampain

Be-Bop Deluxe
Modern Music

Genre musical: New-wave rock progressif
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur :
CHERRY RED RECORDS     

En 1977, tout était réglé. Seuls quelques vieux dinosaures comme les Rolling Stones ou Led Zeppelin avaient survécu au punk, qui emporta tout. Tout le monde s'était converti au standard rock de trois minutes, même le public, hein. Sauf que non. Genesis, Jethro Tull et Yes faisaient encore le plein, Status Quo aussi. Be-Bop Deluxe était une formation audacieuse menée par le guitariste-chanteur Bill Nelson. La carrière de son groupe émergea en pleine période Glam, il brilla totalement avec l'album Futurama en 1975. Modern Music de 1976 est le troisième album d'un line-up stable jouant sur une apparence froide et inspirée des années trente, et notamment de l'expressionnisme allemand. Des références qui serviront à David Bowie et Iggy Pop quelques mois plus tard. Pendant ce temps, Bill Nelson développe de merveilleuses chansons rock bien plus subtiles que Queen, bien plus virtuoses que UK. Tout le monde a oublié ce garçon, mais ce disque est sans doute le plus bel album de rock anglais de 1976. Tout est là : l'extravagance acoustique de Bowie et Mott The Hoople, la complexité des arrangements de Yes et Queen. Un beau disque vient de resurgir de l'oubli, ne le loupez pas.
Julien Deléglise

Breezy Rodio
If It Ain't Broke Don't Fix It

Genre musical: Chicago blues
Label : DELMARK
Distributeur :
www.breezyrodio.com/store, Amazon     

Voici un guitariste avec timbre de voix remarquable au grain feutré agrémenté d'un léger vibrato que l'on reconnaît dès la première chanson. Le noyau dur de ses sidemen est quasi le même que pour son précédent album Sometime The Blues Got Me. Le pianiste en est Sumito Ariyoshi, le bassiste Light Palone et le batteur Lorenzo Francocci. Une section cuivre bien fournie et des invités de qualité viennent compléter le tableau (Monster Mike Welsh, Kid Andersen, Correy Dennison, Quique Gomez). Breezy Rodio, travailleur infatigable et créatif fût pendant presque dix années guitariste dans la formation du grand Linsey Alexander. Son jeu est coulé, discret mais terriblement efficace, jamais agressif même quand le rock’n'roll n'est pas loin, 'A Minute Of My Kissing'. Ce type, devenu maintenant une des figures principales de Chicago, nous offre là, seize titres dont le ressenti nous emmène des années quarante, 'Look Me In The Eyes', en passant par les sixties, 'The Breeze', à un blues plus actuel, 'If It Ain't Broke Don't Fix It' qui est une vraie tuerie avec ses changements de rythme (blues nerveux / heavy boogie). Ses titres lents sont imparables, 'I Need Your Love’, 'I'll Survive' qui auraient pu être écrits par un Otis Redding de la grande époque. Le feeling d'un Buddy Guy n'est pas loin non plus avec 'Dear Blues' et ses miaulements de guitare. On doit aussi saluer le savant dosage des cuivres qui étoffent juste ce qu'il faut les chansons de cet album qui nous montre un artiste au mieux de sa créativité.
César

Dave Specter
Blues... From The Inside House

 

Genre musical: Blues, soul, jazz, funk & gospel
Label : DELMARK
Distributeur : Amazon, Spotify,
www.davespecter.com

Imaginez le blues comme de multiples couleurs issues de la décomposition de la lumière du soleil à travers un diamant : ainsi Dave Specter, définit-il son nouveau projet. Ce musicien né en 1963 à Chicago est d'abord un guitariste qui a contribué à plus de 40 albums, soit comme accompagnateur lead, rythmique ou producteur. On le retrouve par exemple derrière Son Seals, Hubert Sumlin, Buddy Guy ou Otis Rush. Et chez Delmark, il est l'auteur depuis 1991 de 13 albums sous son nom ou en duo pour être finalement introduit l'an dernier au Chicago Blues Hall Of Fame. Le gars ne chôme pas. Et puis un jour, à force de chanter avec les poteaux, on lui a mis la pression : « Hé man ! C'est quand que tu le fais ton album en tant que chanteur ? » C'est chose faite. Timidement certes, puisqu'il ne chante que sur 3 titres. 'How Low Can One Man Go ?', avec Jorma Kaukonen (Jefferson Airplane/Hot Tuna), un boogie façon John Lee Hooker et une diatribe envers leur Donald de Président. 'Asking For A Friend' et le titre éponyme où l'on devine sa principale influence, T.Bone Walker. Sur 4 titres la relève est assurée par son clavier et collaborateur de longue date, Brother John Kattke. 'Pontchatoula Way' et 'Opposites Attract', parfaitement louisianais, et où les doigts, en chaloupé, du Professor Longhair hantent rythmiquement encore les touches du piano. Un titre, gospel blues, qui cause de tolérance et d'unité, 'March Through The Darkness', et 'The Blues Ain't Nothin'', un jump blues où l'on retrouve l'ex-Jefferson Airplane et la section de cuivres, la Liquid Soul Horns. Et puis une chanteuse, Sarah Marie Young, interprète avec émotion cet étrange 'Wave's Gonna Come’, une ballade acoustique et psychédélique, on y entend le ressac de l'océan. La guitare de Specter est tout bonnement magnifique. Un des grands titres de cet album. Pour apporter du lien entre tous ces titres chantés, quelques instrumentaux ou guitare et claviers dialoguent, au gombo Meters pour 'Sanctifunkious', épicé Santana pour 'Minor Shout', aérien Peter Green sur 'String Chillin'' et mod pour 'Soul Drop'. A noter la belle pochette ; peinture abstraite qui résume bien en fait cette musique : une ode polychrome à la guitare électrique.  
Juan Marquez Léon 

Franck & Damien
You Can Find Your Way

 

Genre musical: Folk, folk-rock, Americana
Label : SOULBEATS RECORDS
Distributeur : Baco, Spotify, Amazon

Americana? Folk-rock ? Plus fortement dosé en folk qu’en rock, dans ce cas. Ce duo de guitaristes bordelais sort son premier album, chanté par Franck, voix blanche, haute, souple, plutôt dolente. Le bottleneck appartient à Damien. On entend plusieurs types de guitares, des percus, peut-être du violoncelle, peut-être une sorte d’orgue, quelques effets d’électricité sur la slide, et même une touche psyché avec ou sans wah-wah. Ce serait, dans l’ensemble, du folk servi avec une énergie et une densité rock. Présenté ainsi, il ne faudrait pas croire qu’on commente un de ces albums atmosphériques dont l’americana s’est fait une spécialité. Franck et Damien sont des compositeurs remarquables dont les mélodies arrivent naturellement, sans s’annoncer. On part sur la bande-son d’un travelling autour d’un canyon, on se retrouve avec un refrain pluvieux et pénétrant qu’on ne voit jamais venir. Dix chansons pour pleurer dans sa bière, comme on dit. Encore que ce soit tout de même exagéré, car les deux Bordelais s’adonnent plus à la mélancolie qu’au désespoir, et semblent davantage parler de convalescence que d’agonie. Franck et Damien démarrent avec ce bel album fait de mélodies, qui vous prennent par surprise et s’imposent sans forcer, et avec un drive qui lui donne un squelette, une logique et une direction.
Christian Casoni

Kern Pratt
Greenville, MS... What About You

 

Genre musical: Blues groovy
Label : Endless Blues Records
Distributeur : iTunes, Amazon, Spotify, CdBaby

Le nouvel album du guitariste-chanteur originaire du Mississippi navigue entre morceaux aux rythmiques groovy et ballades énamourées. C’est un grand écart qui se produit entre le premier titre aux accents funk ‘Loving That Feeling’ et la reprise toute en émotion et en retenue de la très belle ‘Rita Don’t Live Here No More’ composée par Larry van Loom. Kern est rejoint sur plusieurs morceaux par la choriste Denise Owen, déjà présente sur le précédent album Broken Chains. Les morceaux s’enchaînent entre accords saccadés à l’orgue et soli de guitare maîtrisés. Loin de la démonstration de rapidité, le jeu de Kern s’articule autour de l’émotion, et semble s’appliquer à retranscrire l’atmosphère de chaque chanson. A chaque chanson son histoire, mais Kern dédie plusieurs de ses morceaux et reprises à l’amour, sous différentes formes. Que ce soit un souvenir heureux (‘Loving That Feeling’) ou l’amertume d’une histoire qui tourne mal (‘Baby’s Got Another Lover ‘), Kern nous rappelle que le blues est toujours là pour nos états d’âme. Que l’on voit la vie en rose... ou en bleu.
Marion Braun

Leon Newars
Unboxable

 

Genre musical: Soul voluptueuse, mais pas que
Label : VELVET COLISEUM
Distributeur : BIG WAX DISTRIBUTION

Leon Newars n’est pas très vieux, mais il a déjà monté beaucoup de groupes et fait beaucoup de choses, comme résider deux ans à La Nouvelle-Orléans, deux ans pendant lesquels il a accompagné de ses claviers Bryan Lee, une institution de la ville. Leon Newars (ce n’est pas son nom) est né en Côte d’Ivoire, vit du côté de Bordeaux, a enregistré ce troisième album en Bretagne et l’a mixé en Suède. La boussole du disque pourrait s’affoler. Eh bien, elle s’affole… mais on ne s’en rend pas compte tout de suite, tant le chant et la production donnent le diapason. Quand le disque cesse de tourner, on retient une somme de mélodies versées par une soul-funk néo-orléanaise (devinez de quelle ville Leon Newars est l’anagramme) au groove voluptueux, une touche un peu slow jam parfois ou Hi-Records, à peine troublé par quelques lignes de hip-hop, un gros barda de cuivres et une batterie qui sonne devant, arrangé avec beaucoup de goût et taillé dans la lustrine par une production limpide. En fait oui, mais seulement pour la première partie du programme. On découvre que, finalement, les cuivres sont plutôt rares, le barda pas si gros que ça, que Leon Newars y a fourré aussi un peu de blues, un peu de rock, un éclat sixties, une soufflette psyché, et des chansons au style indéfinissable sur le compte desquelles il ne s’étendra pas. « Ici, les gens ont besoin de repères et d’appellations. » De La Nouvelle-Orléans, il se souvient de musiciens désinhibés sur une scène en renouveau perpétuel, « qui gardent un grand respect de leurs traditions musicales ». D’ailleurs l’album s’appelle Unboxable (inclassable), et il est excellent !
Christian Casoni

Marcus King
El Dorado

Genre musical: Rock-soul-blues-country
Label : Fantasy records / Concord Music Group
Distributeur : UNIVERSAL MUSIC

Cette fois Marcus King ne se présente pas comme The Marcus King Band puisqu’il n’est plus accompagné par son orchestre habituel mais sous son seul nom. Il explique : « Ça ne ressemble pas à un disque du Marcus King Band. ... C'est différent ... Nous voulions juste faire un disque classique d'Americana. Dan a eu cette idée et nous voulions la mettre en pratique. Je pense qu'à long terme, ce sera bénéfique pour moi et tous les autres... ». Il est entouré par Dan Auerbach guitariste des Black Keys qui produit l’album, Billy Sandford à la guitare, Bobby Wood aux claviers, Gene Chrisman à la batterie et Dave Roe à la basse. S’il change d’accompagnateurs Marcus King ne modifie pas le cap et continue d’interpréter son jam-rock sudiste, autrement dit une explosion de rock classique, de blues, de r’n’b et de country-soul. Avec un son bien particulier l’ensemble est assez excitant. On ressent une belle énergie, de bonnes vibrations et bon feeling. Les 12 titres sont cosignés King et Aeurbach, appuyés par 3 autres auteurs. Que la guitare qu’il tient entre les mains soit acoustique ou électrique ou encore une pedal steel, les interventions de Marcus King sont toutes aussi lumineuses. Il révèle également une vraie sensibilité d’interprète avec sa voix soul il n’y a aucun doute qu’il va imprimer sa marque dans les années à venir.
Gilles Blampain

Martha High and The Italian Royal Family
Nothing's Going Wrong

Genre musical: Soul funk
Label : Blind Faith Records
Distributeur :
MODULOR

Une des dernières diva soul en activité. Un CV long comme le bras et un carnet d’adresses dans lequel figurent les plus grands noms de la soul et du funk. Une carrière entamée au début des années 60, une vie qui a épousé les convulsions de l’Amérique contemporaine. Chanteuse des Four Jewels qui fréquentaient toutes même école et même église ; adoubée dès son plus jeune âge par Bo Diddley puis Jaaaames Brown, dont elle a été choriste, choriste principale et amie proche pendant plus de trente ans. Assassinat de Martin Luther King, guerre du Vietnam, combat  Ali-Foreman à Kinshasa, la carrière de Martha High s’inscrit en filigrane de soixante années de guerres, de séismes sociaux, d’évènements mythiques. Avec ce neuvième album enregistré en Italie, elle est naturellement dans la continuité des grandes soul sisters, de Etta à Aretha. Dans Nothing’s Going Wrong, les arrangements sophistiqués exhalent un doux parfum de vieille Europe, réminiscence de BO de films ou de série TV vintage. Ils servent d’écrin à une voix d’exception, qui excelle dans des registres hauts. Les textes sont politiquement et socialement engagés, à l’instar du Marvin Gaye du début des années soixante-dix. Parmi ces dix compositions d’excellente facture, je retiendrai tout à fait subjectivement deux merveilles absolues qui justifient à elles seules l’achat de ce CD : ‘The End Of The Rainbow’, où rythmique nonchalante et climax HI Records sonne comme un hommage aux productions de Willie Mitchell et au ‘I Can’t Stand The Rain’ d’Ann Peebles.  Plus loin, l’immense et urgent ‘Land Of Broken Promises’ où jamais la voix de Martha High ne desserre  son emprise d’un morceau lancé à un train d’enfer, dans un crescendo sans fin, comme la bande son d’un James Bond qui se préoccuperait de problèmes de société. A se procurer toutes affaires cessantes bien entendu.
Laurent Lacoste

Moonstone
Moonstone

Genre musical: Doom-blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : moonstonedoom.bandcamp.com/

Vous êtes en train d'avaler votre troisième coupe de champagne, qui fait suite à la sangria maison et les multiples vins. Vous commencez à perdre pied, des relents de la ripaille du repas plein le fond de la gorge. Il est minuit et tout le monde se souhaite une bonne année, on se fait la bise, on envoie cinquante sms et plein de photos de sa soirée réussie trop lol. Mais vous savez que demain, outre le casque en cuir synthétique que va constituer votre crâne, rien n'aura changé. Vos emmerdements seront toujours là. Les Polonais de Moonstone le savent aussi. Originaire de Cracovie, ce trio fantomatique œuvre depuis 2017. Il vient de rugir ce premier album féroce, avec sa curieuse pochette psychédélique. Pourtant, ne vous y fiez pas. Il s'agit d'un heavy-metal doom empreint d'un blues intense. Cinq pièces de musique sont au programme. ‘Pale Void’ vous saisira sans doute au vol avec son riff féroce et lancinant, porté par une rythmique brutal et obsédante. Le chant est ectoplasmique, hypnotique. Musicalement, les références sont plutôt évidentes : Black Sabbath, Pentagram, The Obsessed. Pourtant, il y a une mélancolie intense, viscérale. Peut-être est-ce l'âme slave de cette ville historique d'Europe Centrale, où bien tout simplement l'air d'une génération cherchant un peu d'évasion dans ce monde infect. Et si le blues était finalement là, lorsque les gamins cherchent à expulser leur désespoir intérieur avec des guitares ? Moonstone est un véritable bloc de métal fumant sorti des forges post-soviétiques annonçant la colère à venir.
Julien Deléglise

Moonshine Society
Sweet Thing

Genre musical: Blues contemporain
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, iTunes, Spotify, Deezer

Pour son deuxième album, Moonshine Society secoue le blues traditionnel en y ajoutant sa patte : un son agressif et saturé. La frontgirl Black Betty nous régale de sa voix irrévérencieuse et de son attitude sans concession. Dans cet esprit, le morceau éponyme s’approprie un riff bien connu du blues que le band métamorphose à sa sauce. Sweet Thing n’est pas un album que l’on passe avant de se coucher : il vibre, il sautille, il invite son auditeur à taper du pied et se secouer en rythme. Le solo de trompette sur ’Mama He Treats Your Daughter Mean’ sonne d’ailleurs comme une injonction à la danse. L’harmoniciste Jason Ricci se joint à la formation sur deux morceaux, dont ‘Southern Road’, un titre plutôt rock. ‘Biscuit, Bacon And The Blues’ met quant à lui le piano et la voix en avant mais c’est avec la reprise de la célèbre ballade ‘I’d Rather Go Blind’ que l’on prend conscience de la vulnérabilité que peut montrer la chanteuse. L’album se clôt sur un titre bonus, ‘The One Who Got Away’, dédié à la cause contre le cancer. Toute en émotion, cette chanson est probablement la plus personnelle de l’album, et un très beau choix de clôture.
Marion Braun

The Betty Fox Band
Peace In Pieces

Genre musical: Blues-soul
Label : Foxycavanagh productions
Distributeur : bettyfox.net, Amazon

C’est une voix d’extra-terrestre qui chante l’âme humaine en un peu plus d’une heure, sans jamais se répéter, et qui nous envoie valser dans les nuages, les oreilles et les yeux écarquillés : Betty Fox, avec ce troisième album attendu depuis quatre ans, devient une femme qui compte dans le cercle fermé des grandes artistes blues’n’soul. Régulièrement awardisée depuis le début de sa carrière, labourant les festivals américains et européens sans faillir en ouverture des pointures du genre, de Mavis Staples à Marcia Ball en passant par Robben Ford, la diva aux cheveux d’or a sorti le grand jeu en allant enregistrer ces quatorze morceaux aux studios Fame de Muscle Shoals, en Alabama, embauchant au passage des musiciens légendaires comme Spooner Oldham au Wurlitzer et l’organiste maison Clayton Ivey. Le résultat est renversant de richesse mélodique, de groove, d’inventivité, de puissance brute dans le traitement du son, en dépit du caractère officiellement autoproduit de l’opus. Bien sûr, Betty est d’abord une vocaliste, souvent apparentée à Janis Joplin, Aretha Franklin ou Bessie Smith, mais la réalité se trouve à la croisée des chemins : son approche s’avère unique, décomplexée, gracile, bourrée de sensualité et d’énergie créatrice, s’aventurant parfois jusqu’à l’élégante dissonance, à la manière des maîtresses du jazz. Ici, elle signe également treize compositions aux paroles profondes et poétiques, percutantes, autour des péripéties de l’existence, le souvenir, la mort, la paix intérieure, l’amour. La pièce qui clôture le disque est en revanche une reprise modernisée d’un gospel tout droit sorti de l’église du quartier. Les titres s’articulent autour de lignes rythmiques impitoyables, aromatisés aux solos bigarrés, tranchants, qu’ils soient assurés par la guitare, les cuivres ou le piano. Les choix de donner la priorité à l’émotion et de laisser le naturel s’exprimer font de ce Peace In Pieces une œuvre qu’on chérit sans restriction dès la première écoute. La classe interplanétaire !
Max Mercier

The Meters
Gettin’ Funkier All The Time –
The Complete Josie / Reprise & Warner Recordings (1968-1977)


Genre musical: Funk originel
Label : SOUL MUSIC RECORDS
Distributeur : CHERRY RED RECORDS

Cherry Red vient de réunir la discographie complète des Meters, dont les albums ne sont plus disponibles depuis 2001. Ce quartet noir américain se forma à la Nouvelle-Orléans en 1967. Arthur Neville tenait l'orgue, Georges Porter Jr la basse, Leo Nocentelli la guitare et Joseph « Zigaboo » Modeliste la batterie. La belle équipe signe sur le label Josie et enregistre des albums instrumentaux dans la lignée de Booker-T And The MG's. Sauf qu'il y a quelque chose dans leur musique qui les différencie de leurs influences. The Meters jouent une soul rude, avec des interventions de batterie très inspirées par l'Afrique et les Caraïbes. A partir de 1972, les Meters passent sur le label Reprise et développent leur musique. Art Neville prend le chant, et la musique se fait plus funk. Elle devient redoutable. Cinq albums voient le jour entre 1972 et 1977. Le son est poisseux, la virtuosité est discrète mais parfaite. Le swing chaloupé est obsédant. Cabbage Alley, Rejuvenation, Fire On The Bayou, Trick Bag et New Directions sont de superbes albums gorgés d'une musique intense baignée dans la culture noire américaine : la Nouvelle-Orléans, le Mississippi, le blues, la soul de la Côte Ouest. Les Meters ne connaîtront hélas qu'un succès d'estime. Joseph Modeliste sera recruté en 1979 comme batteur des New Barbarians fondés par Keith Richards et Ron Wood. Quant à Art Neville, il fondera les Neville Brothers et connaîtra le succès avec ‘Yellow Moon’ en 1989.
Julien Deléglise

Tinsley Ellis
Ice Cream In Hell

Genre musical: Blues-rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Comme sa précédente production celle-ci a été enregistrée à Nashville. Son blues-rock est plutôt musclé et son style toujours aussi dynamique. Tinsley Ellis à la guitare et au chant est entouré de Kevin McKendree aux claviers qui est également coproducteur de l’album, Steve Mackey à la basse et Lynn Williams à la batterie et aux percussions. Ils sont rejoints par Jim Hoke au saxo et Quentin Ware à la trompette qui donnent une coloration Stax à 2 titres : ‘Last One To Know’ et ‘Hole In My Heart’. Ce rassemblement de pyromanes met le feu en moins de deux et la température monte immédiatement. Fort de ses 11 chansons originales, Ice Cream In Hell est, selon Ellis, l'album le plus brut de toute sa carrière. Chanteur puissant et imposant, son jeu de guitare affiche un haut degré d'octane avec des solos intenses et de brillants gimmicks. Si pendant cet enregistrement il a principalement utilisé sa Cherry Red Freddie King ES-345, il a aussi joué sur une Fender Stratocaster 1959, une Gibson ES-345 1967, une Gibson Les Paul Deluxe 1973, une Gibson Moderne 1983 et une Martin D-35 1969 (les amateurs apprécieront). On voit donc que l’homme d’Atlanta ne fait pas de fixation sur un modèle particulier. Nous avons affaire à un artiste plein d’enthousiasme, hardi et vigoureux qui envoie un blues-rock des plus jouissifs.
Gilles Blampain

Vaneese Thomas
Down Yonder

Genre musical: Blues soul 
Label : SEGUE RECORDS
Distributeur :
Amazon, Spotify, iTunes

La comédienne et chanteuse originaire de Memphis Vaneese Thomas nous propose du très lourd avec cette nouvelle sortie. Outre la maîtrise incroyable de sa voix puissante et chaude, elle s’accompagne de musiciens qui, loin de se battre pour être au premier plan, savent la mettre en valeur. L’excellent ‘Gone’, à l’intro dépouillée de tout artifice, met son vibrato à l’honneur en le soulignant d’une rythmique implacable de simplicité. Les morceaux se suivent et coulent avec une logique irréprochable. Le slow ‘Handle Me Gently’ est une merveille d’émotion et de technique. La formation délivre une atmosphère qui lui est propre, perdue entre deux rives du temps : un passé qui n’est pas tout à fait imité et un avenir qui n’a pas encore dénaturé l’héritage de la musique. Le disque s’achève avec douceur sur le morceau éponyme, un titre coloré où se mêlent l’orgue et le piano pour un rendu quasi solaire. L’album dégage une chaleur qui est presque familière tant elle met à l’aise : on s’imagine aisément lancer ce disque et se pelotonner dans son canapé pour passer au chaud ces jours d’hiver.
Marion Braun