Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

03/19
Chroniques CD du mois Interview: larsen blues Livres & Publications
Portrait: blind boy fuller Interview: midnight burst Dossier: indian blues
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2019

Allan Harris
The Genius Of Eddie Jefferson

Genre musical: Jazz vocal
Label : Resilience Music Alliance
Distributeur : Resilience/ La Mission    

Allan Harris de Brooklyn, guitariste et chanteur de jazz réputé, rend hommage à Eddie Jefferson de Detroit (1918-1979), légende du jazz vocal qu’on présente comme l’inventeur du « jazz vocalese ». Un petit crochet par Wikipedia nous apprend qu’« il s’agit d’un style musical dans lequel les paroles jouent le rôle d’un instrument solo ». Jefferson déployait une verve époustouflante, galvanisée par un chant aux inflexions inattendues, capable de crooner puis de se rompre brutalement en imprécations hargneuses ou drolatiques, fragmentation qui lui vaut la dévotion de quelques rappeurs. Parmi les titres les plus célèbres de Jefferson : ‘So What’ et ‘Body And Soul’, qu’Allan Harris couvre ici, plus huit autres chansons du maître. Avec lui : un pianiste, un batteur, un bassiste et deux saxos, l’un alto, l’autre ténor. L’album est enregistré à New York. C’est sûr qu’après trois disques de blues-rock à la massue, tomber sur cet hommage rafraîchit agréablement la maison. Outre les qualités d’Allan Harris et la dignité de son projet, la première vertu de ses reprises est de donner envie d’entendre les originaux. Jefferson n’a pas usurpé sa légende. Harris s’en démarque en installant l’hommage dans un jazz très formel, intime et désincarné, quand son modèle exultait et dilatait le mercure. Ce glamour savant, cette climatisation euphorique, relèvent sans doute d’un parti-pris esthétique fort honorable. On peut aussi bien regretter d’avoir perdu la salive qui détrempait les mots. The Genius Of Eddie Jefferson reste un bel album de jazz vocal. Pour l’anecdote, Jefferson est mort dans une rue de Detroit, dans le sillage d’une Lincoln Continental, abattu par un  danseur qu’il aurait jadis éjecté d’un gig.
Christian Casoni

Boogie Beasts
Deep

 

Genre musical: Boogie punk
Label : NAKED
Distributeur : Inakustik/Harmonia Mundi

On avait été plus que séduit par le premier essai du quatuor, Come And Get Me, paru en 2015. Un boogie sale, hypnotique, teigneux, traversé de stridences et de fuzz démoniaque. Les Boogie Beasts, ce sont donc deux wallons (Mathias Dalle/Fabian Bennardo) alliés à deux flamands (Jan Jaspers/Gert Servaes), fait assez peu courant dans un pays qui part en lambeaux, désormais en affaires courantes. Les voici donc à l'heure du toujours-difficile-second-album. Le résultat se montre-t-il à la hauteur de l’enjeu ? D'emblée, on veut y croire. L'album débute en force avec 'Inside', où l'on retrouve le son craspec, la distorsion, l'harmonica dément et la slide saturée. 'Emotion' puis 'Mad' enfoncent le clou, rythmique implacable, compos obsessionnelles. Si l'influence des Black Keys reste flagrante, eux au moins n'ont pas poli leur son. C'est encore le cas de 'Long Gone', son voodoo rhythm, rêche et abrasif. Suivent deux titres plus atmosphériques, aux allures crépusculaires : 'No Good' et 'I Don't Know Why'. Et puis... la suite est moins glorieuse : quatre morceaux sans grand relief, où ils donnent un peu l'impression d'avancer en roue libre. Les quatre du plat pays semblent s'essouffler sur la longueur, une certaine monotonie s'installe... Essai moyennement réussi au total, qui aurait mérité un soigneux élagage. 
Marc Jansen

Broken Witt Rebels
Just About Anything Is Possible

 

Genre musical: Rock
Label : Snakefarm Records
Distributeur : Amazon, Deezer, Spotify

Par Dieu, l’énergie de ces quatre jeunes gars de Birmingham est enthousiasmante, qui réinventent, de leurs Midlands natales avec ce premier CD à l’artwork soigné, un hard blues qui aurait frayé avec le grunge au bord d’un bayou de Louisiane, et flirté avec la pop au cours de virées à Londres. La voix éraillée de Danny Core, également à la guitare rythmique, des compositions courtes acérées et futées, un poil d’Aerosmith, un chouïa d’Allman Brothers Band, une pincée de Clash époque ‘Magnificent Seven’ pour les quelques lignes de basse carrément funky : il y a de pires références pour ce premier vrai album, après Georgia Pine, leur premier exercice sous forme de EP. Certes ancré dans les années 70 au niveau des fondations, le disque ne sonne pourtant jamais nostalgique ou daté grâce à une énergie communicative qui traverse les époques, des murs de guitares électrisants, et la voix de Core qui porte le tout avec un aplomb sidérant. En bonus, ‘Howlin’, limite hommage au ‘Black Betty’ de Ram Jam montre tout en muscles et en énergie, portés par un ensemble voix-guitare ébouriffant, avec James Tranter à la lead et une section rythmique assurée sans faillir par Luke Davis et James Dudley. Au final, une formule éprouvée réussie et enthousiaste, un concentré de bain de jouvence qui marie avec panache la concision pop-punk et le lyrisme hard blues.
Laurent Lacoste

Danny Lynn Wilson
Peace of Mind

 

Genre musical: Blues roots 
Label : SwingNation Records
Distributeur : dannylynnwilson.com

Accompagné de son groupe, la voix tremblante et rocailleuse de Danny Lynn Wilson nous raconte les histoires d'une vie sur son cinquième album Peace Of Mind. Fort de ses influences Chicago-blues et bluegrass, Danny met son âme à nu sur des morceaux aux accents country et roots. Les enjolivements au banjo et au violon de 'Peace Of Mind' créent une atmosphère honnête et brute, suivie par la plus rythmée 'Long Way Home' dont la simplicité la rend entraînante. L'album regorge de ballades où la voix de Danny est mise en valeur. La priorité n'est pas à la technique impressionnante mais à l'émotion brute, telle que l'expérience nous la fait ressentir. Le guitariste chanteur nous conte ses leçons de vie sur fond de motifs délicats à la guitare et de rythmes doux, comme en témoigne 'Love Only You'. La guitare saturée donne la réplique au violon sur le titre 'Middle Class Blues' tandis que l'hypnotique 'Arkansas Trotter' laisse la place à l'orgue et au saxophone. Clare Moses et Danielle Gross le rejoignent sur certains morceaux afin de donner plus de couleur à son chant. Plus énergique, 'Too Many Hounds' rompt avec la douceur qui se dégage du reste du disque. La ballade 'Galway Bay' clôt l'album comme la nuit tombe et nous enveloppe : le son chaleureux et réconfortant de l'ensemble nous laisse avec une impression de bien-être en accord avec le message optimiste de l'artiste.
Marion Braun

Helen Rose
Trouble Holding Back

 

Genre musical: Country, rock, blues and soul  
Label : Monkey Room Music
Distributeur :
CPI Distribution

Sorti il y a quelques mois, ce premier disque de cette jeune chanteuse et saxophoniste séduit immédiatement par la diversité des genres abordés. Un 'Love And Whiskey' très Stones ouvre l'album. On devine l'influence de Bobby Gentry pour 'Flatlands Of North Dakota' avec son accompagnement guitare, violons. De manière assez dépouillée, chant et guitare, elle reprend le traditionnel 'When The Levee Breaks' que Led Zeppelin avait déjà interprété en d'autres temps bien lointains. Puis arrive cet étonnant 'John Coltrane On The Jukebox' ; oh... rien de très jazz ici, on serait plus près d'un groupe comme Morphine, grâce à ce qu'elle fait de son saxo. D'ailleurs sur la pochette il est indiqué que ce titre est influencé par le 'John Coltrane Stereo Blues' du Dream Syndicate, ce merveilleux groupe des 80's mené par Steve Wynn. 'Mississippi Moon', composé par Marvin Etzioni, un des fondateurs du groupe Lone Justice et producteur de cet enregistrement, nous plonge dans une ambiance assez louisianaise, sous la lune avec les Neville Brothers. Tout à fait séduisant. Le climat se fait nettement plus rampant, lourd et orageux pour 'A Dangerous Tender Man’, ‘Oh Glory Be' ou le titre éponyme. Il faut dire qu'en plus de son saxophone dont elle fait une utilisation économe, mais très présente, soulignant ses titres de souffles gras, elle possède un organe vocal bluesy des plus envoûtants. Une voix sèche qui vibre au fond de sa gorge, comme une vibration légèrement étouffée qui pourtant ne demanderait qu'à jaillir au plus loin. Autre reprise, le très bluegrass 'The Mountain' de Steve Earle, dont elle donne ici une version solitaire, mélancolique, accompagnée par quelques notes de piano. Et puis 'Love On Arrival' ou, dans un silence des plus glaçants, Helen dépense ce qu'il lui reste de voix, caresse d'un souffle court son instrument à vent sur le son très gras d'une guitare électrique (Eric Heywood). C'est bref, c'est passionnant et on salue l'exercice. Une chanteuse à suivre.
Juan Marquez Léon

In Layman Terms
Strong Roots

 

Genre musical: Blues multiple 
Label : Endless Blues Productions
Distributeur : CdBaby, Amazon, www.3inlaymanterms.com/merchandise

Pour leur premier album en 2016, ils n'étaient que deux (frère et sœur) plus quelques invités. Logan (basse et chant) et Cole (guitares et chant) Layman ont noué de solide attaches avec le trompettiste Hamed Barbarji et le batteur Nick Davidson pour nous proposer un album puissant, d'ailleurs, tout est dans le titre Strong Roots. Les racines ne sont pas laissées de côté, bien au contraire, mais elles sont traitées avec fraîcheur et modernité dans une entente parfaite pour seulement, hélas, huit titres dont la reprise de 'Fever' qui n'a rien à envier à l'originale. Guitare et batterie légères, basse ronde et confortable sur laquelle se reposent une voix et une trompette aériennes, une vraie mer de tranquillité. A l'opposé, 'I'm Somebody' est une véritable explosion, basse/batterie laminoirs et cigar box à la slide tueuse. 'Make Me Yours' est de la même trempe avec un tempo plus lourd et une trompette hurleuse. Blues lent, 'Ain't Gonna Fake It No More' nous fait lâcher prise, on suit avec attention la voix de Logan et la réponse de la trompette quand surgit un solo de guitare vibrant à tendance psychédélique qui vient supplanter cette quiétude ambiante. Ce quatuor nous balade comme il veut en installant ses ambiances. 'Heartbroken' et son gros son, 'Way Too Far' avec son intro à la basse wah wah et qui tourne funky, 'Strong Roots’ et son blues électrique métronomique. Oui, définitivement, huit morceaux ce n'est pas assez. Encore ! Encore ! S'il vous plaît. Ah, j'allais oublier. Ce mois-ci, ils représentent la River City Blues Society à l'IBC 2019.
César

Ina Forsman
Been Meaning To tell You

 

Genre musical: Soul  
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ina Forsman a déboulé dans le paysage musical début 2016 avec un album blues-rock de haute intensité dans lequel la force et la fraîcheur de sa voix étaient ses atouts majeurs. Avec ce deuxième enregistrement la jeune Finlandaise aborde un rivage soul qui lui va très bien. Elle signe les paroles des 12 nouvelles chansons et co-signe les musiques avec Anna Wilkman ou Samuli Rautiainen. L’enregistrement s’est fait au Wire Recording studio à Austin, Texas, cette fois encore sous la houlette de Mark ‘Kaz’ Kazanoff. Soutenue par un band remarquable de 10 musiciens, Ina Forsman impose sa marque. Grave ou légère, fougueuse, sensuelle, chaleureuse, avec juste ce qu’il faut de trémolos pour faire passer le frisson, qu’elle donne dans la puissance vocale ou qu’elle susurre, l’émotion est toujours là. L’ensemble est plutôt dynamique et l’appui de la section de cuivres des Texas Horns n’est certainement pas étranger à l’affaire. Tout en étant d’une facture très actuelle, certains titres font cependant resurgir des souvenirs des grandes heures de la Motown. Mais si on parle bien de soul music, Ina Forsman ne reste toutefois pas coincée dans un schéma et laisse parfois entendre des nuances de jazz ou des rythmes latinos.
Gilles Blampain

Old Riley & The Water
Biting Through (Explicit)

 

Genre musical: Blues inspiration NO     
Label : AUTOPRODUIT
Distributeur : iTunes, Amazon, Spotify... 

Pour un coup d'essai, c'est un bon coup, assurément. Ce trio sort là son premier album avec l'aide de Scott Craver à l'harmonica et surtout avec comme producteur Joshua Cook qui tient aussi, pour l'occasion, la seconde guitare. Sean Riley, guitariste chanteur qui a écrit les textes a réuni ses amis Ray Micarelli à la batterie et Andrew Landry à la basse pour nous proposer un blues électrique bien roots inspiré par la Nouvelle Orléans. Les instruments et la voix sont souvent saturés pour donner un son un peu sale qui sied à ce style, ce qui est flagrant avec 'Try And Understand'. On retrouve aussi un esprit sixties avec les deux premiers morceaux 'Howlin' For My Darlin'' et 'Blues Walking', le premier des deux étant la seule reprise sur les sept titres de ce disque. Il ne serait pas étonnant que ce groupe gagne une certaine notoriété si les musiciens continuent avec la fraîcheur naturelle qu'ils affichent dans cet album. 'Trouble’, ‘Power To Change' ce dernier étant le titre aux arômes funky qui transforme l'essai.
César

Olivier Gotti
A Way To Win

 

Genre musical: Un brassage plutôt folk 
Label : AHEAD
Distributeur : SOCADISC

Olivier Gotti est un Français, un joueur de lap-steel et un voyageur. A Way To Win, son deuxième album, est ce qu’on pourrait appeler une œuvre, et même une réflexion étant données sa profondeur et ses directions, un départ introductif, un développement et une conclusion logique. Donc un album bien construit même s’il a l’air de se développer comme une herbe folle, au petit bonheur la chance. D’où cette légèreté que ne laissait pas présager l’ouverture, ‘Cicadas Are Singin’ Today’, gospel orageux à une voix. Gotti crée une climatologie dynamique, paisible et houleuse, fragile et puissante, berçante et percutante. Le chant est aigu, tonique, Gotti jouant sur l’inflexion plus que sur la hauteur pour lui donner de l’expressivité, comme un bend de guitare (il a la voix qu’il faut pour réussir à se multiplier dans la retenue), soulevée par des bouffées mélodiques, davantage que par une mélodie tramée sur partition. Il y a bien quelques astuces digitales pour enrichir les orchestrations, mais Gotti pilote les machines avec beaucoup de doigté. Résultat : cet album qu’on pourrait qualifier de naturel et de poétique, cryptique et mélodieux, à la force et à la beauté concises. A noter cette présentation de la joue gauche dans le livret : « Je voudrais également remercier l’humanité dans toute son horreur ». Rien que pour ça…
Christian Casoni

Paul Oscher
Cool Cat

 

Genre musical: Blues et Jazz  
Label : Blues Fidelity recordings
Distributeur : CdBaby, iTunes, Amazon, https://pauloscher.com/store

On ne le présente plus, ce type est une légende vivante dans le monde du blues. Il s'exprime aussi bien par la voix que par l'harmonica, le piano ou la guitare. Cet enregistrement nous le démontre et le blues suinte à chacune de ses notes. Parmi les treize titres de ce seizième album, un discours d'introduction et une reprise. C'est 'Rollin' And Tumblin'' de Muddy Waters qui l'a accueilli au sein de son groupe dans les sixties. Il est chanté en duo avec Russell Lee qui tient aussi les baguettes pour ce morceau. J'ai compté seize musiciens qui, chacun leur tour, accompagnent Monsieur Oscher. L'instrumental 'Cool Cat' qui donne son nom à l'album est proposé en deux versions. En quartet jazz et en blues dans une version de 9'30 qui semble trop courte tellement on est pris par le thème. On retrouve le quartet jazz pour 'On The Edge'. Pour 'Dirty Dealin Mama', Monsieur Paul a fait appel à l'incroyable Miss Lavelle White dont je tairai l'âge mais qui est vraiment à sa place. Que dire de 'Ain't That A Man' dédié à James Cotton, joué en trio (voix, 2 guitares, basse) simple, profond et efficace ou de 'Hide Out Baby' qui nous emmène du côté de Chicago et de 'Money Makin' Woman' et ses ambiances de New Orleans. Essayez de jeter une oreille sur 'Work That Stuff'‘ et sa maîtrise de l'harmonica et vous comprendrez que garçon ne joue pas du blues, il transpire le blues. C'est pour moi une des meilleures productions de 2018, tout simplement.
César

Peter V Blues Train
Shaken But Not Deterred

 

Genre musical: Blues musclé  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Amazon, Spotify

Avec ce Shaken But Not Deterred c'est le deuxième album que cette formation nous propose cette année, fort du succès de Running Out Of Time sorti au mois de février. Les membres sont les mêmes. Peter V, guitare et chant. Aron Louis Gornish, claviers. Alex D'Agnese, batterie et Sean Graverson basse, plus pas mal d'invités qui ont poussé la porte du studio, dont Danny Walsh et son saxophone brillant et Jeff Levine à l'orgue B3 inspiré. Leur blues est moderne, contemporain avec des couleurs jazzy, funk et quelques attitudes rock comme pour ce 'Don't Cheat On My Lady' endiablé. 'Shaken But Not Deterred' (secoué mais pas découragé) est tout en rythmes syncopés et la voix, comme dans la plupart des titres est puissante. Puissante également est la batterie d'Alex D'Agnese qui insuffle le rythme de l'album en donnant le ton sur le premier titre 'Don't Wanna Leave Memphis'. Le son enfle et les autres musiciens viennent se greffer sur son beat. Ne reste plus qu'à enchaîner les onze morceaux restants plus le bonus tranquille 'Worried Life Blues' juste avec la guitare acoustique, la voix et le saxophone (capté live dans le studio). Outre quatre reprises d'autres artistes, le groupe rejoue 'By The River' qui ouvrait son album de 2017 On Track dans une version funky électrique où la guitare de Bob Delrosso vient s'ajouter à celle de Peter V, et cela fait des étincelles ! Voici un album qui même dans des morceaux lents, est musclé et intense. 'Alibi', 'Been So Long'. Exception faîte pour 'For All We Know', le slow qui tue.
César

Philippe Grancher & His G-Men
Live 2018 - DVD

 

Genre musical: Blues racé
Label : PLACE DES ARTS
Distributeur : atomicgrancher@orange.fr

L’apostrophe de la feuille présentation mérite d’être citée : « Le marché des CDs étant en pleine déconfiture, on ne sait plus trop quoi faire pour diffuser son travail. L’occasion nous a été donnée d’être filmés dans des conditions exceptionnelles grâce au… ministère des Finances. » Le concert a lieu à Bercy. Le ministère fournit la technique, la lumière, le son et les images, « trois caméras HD, mixage en stéréo, etc. ». La réalisation est signée Renaud Caron. Le fisc étant ce qu’il est, Grancher ayant le style qu’il a, on devine bien que dans la salle l’humeur n’est pas grand-pogo et que, sous les projecteurs, on n’a ni affaire à Iggy Pop pour le jeu de scène ni à Howlin’ Wolf pour le chant. Mais Grancher, fameux guitariste, est le roi du delay, jamais là où on l’attend, ni quand il chante, ni surtout quand il phrase sur cette guitare de luthier fuselée. Ses solos sont toujours des surprises. Il ne place jamais un plan convenu. Il cultive ce flottement dans le jeu, qui est aussi la patte de Robert Cray (dont il reprend ‘Phone Booth’ avec une belle main droite), indécision permanente comme s’il se chantait le solo en aparté, une fraction de seconde avant de le retranscrire sur le manche. Les figures qu’il place sur ‘Big Time Gambler’, l’une des deux compos du DVD, sont une remarquable combinaison d’oreille, d’instinct et d’expérience, histoire de baliser les points de chute. Après, Grancher joue Grancher : un blues posé et racé, ne faisant ni plus ni moins de température, ni plus ni moins de tension, qu’il interprète ‘Everyday I Have The Blues’, ‘Whole Lotta Shakin’, ‘CC Rider’ ou ‘Got My Mojo Working’. Les G-Men n’ont pas davantage volé leur coup de chapeau : le batteur Clément Duventru, le bassiste Paolo Coccina, et Daniel Le Noury aux claviers, qui prend avantageusement la lumière quand le faisceau vient se poser sur lui. Au fait, Philippe, par quelle diablerie un groupe de blues se retrouve-t-il sur une moquette de Bercy ? « Ils organisent des concerts pour leurs agents des impôts. Le public fut un peu dur à remuer, mais aussi très réceptif. On a battu le record de vente de CDs depuis que ces concerts y sont organisés. Voilà bien la preuve que le blues intéresse les néophytes pour peu qu’on leur en propose. ».
Christian Casoni

Randy Casey
I Got Lucky

 

Genre musical: Blues, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Spotify, Amazon, Deezer

A la première écoute de ce CD on est tout de suite assis par le gros son et les qualités artistiques du garçon. Et pour cause, Randy Casey a derrière lui une belle carrière d'ingé-son et a passé sa vie à gratter six, douze cordes et autres mandoline. Pour ce huitième album, le front man a choisi d'être accompagné principalement par une guitare qui a été son inspiratrice Et entre eux deux, c'est une belle histoire d’amour. Son nom ? 1969 Gibson Les Paul Custom. Ajoutons à ça la « bague au doigt » qu'il se plaît à porter, je veux dire le bottleneck, et on commence à avoir une idée de ce que l'on peut trouver dans ce disque. 'Bedbug Blues', 'Little Weed', 'Solo Line', 'Broken Arms', ces blues appuieront mes dires. Avec 'Racing Stripes', en 7'30 on commence dans un blues classique qui nous emmène, après avoir eu droit à une wah wah déchirante, vers des bidouillages sonores, alors qu'avec 'One Step Ahead' on est dans une ambiance stonienne simple et efficace. Guitare acoustique, picking et slide encore pour le country-blues 'That Train'. Gros blues lourd et lent avec nappes d'orgue pour 'The New Old Landlord Blues'. La wah wah bavarde est encore là pour 'The Chaperone'. Ce type a su capter tout ce qui se fait de mieux au niveau des rythmes, des sonorités, des ambiances et nous arrange ça avec finesse et précision. Douze titres sans faux pas à écouter en boucle.
César

Screaming Kids
Bien Avant Que Le Soleil Se Lève

 

Genre musical: Neo Rockabilly
Label : KEBRA'S RECORDS
Distributeur :
Screaming Kids, iTunes, Deezer

On parle clairement d'une autre époque : celle où un groupe rockabilly français, ces Kids en l'occurrence, pouvaient écouler 30000 copies d'un premier album, Don't Get Down. On était en 1990, le combo strasbourgeois sévissait depuis deux ans, et depuis n'a cessé de débander. Ecumant dans un premier temps les salles européennes (Londres, Liverpool, Berlin, Barcelone...), s'installant à Paris au milieu des nineties, trouvant refuge à nouveau à Strasbourg. Côtoyant Stray Cats, Feelgood, Meteors ou Inmates. Un autre album à notre connaissance, diverses incursions sur des compilations, jusqu'à une apparition dans un long métrage, Robert Mitchum Est Mort. Et à cet EP cinq titres, assemblage de titres personnels et de reprises étonnantes. Le titre éponyme, rapide cavalcade, du rockab' aux essences country, peut rappeler le Noir Désir des débuts, l'outrageante influence du Gun Club en moins. 'Encore Un Soir' maîtrise également son sujet, avec finesse et élégance. Et les trois reprises anglophones sont bluffantes : 'My Babe', de Willie Dixon, verse excellemment dans le psychobilly, mais les vraies surprises viennent de 'Sweet Dreams', la scie d'Eurythmics, dans une version vitaminée, et du 'Black Dog' de Led Zep, titre bourrin s'il en est, pour une relecture affolante. Une vraie réussite que ce mini album, en attendant le best of qui serait en préparation.  
Marc Jansen

Seth Rosenbloom
Keep On Turning

 

Genre musical: Blues-rock  
Label : HOLMZ MUSIC
Distributeur : iTunes, Amazon, Spotify

Premier album du jeune Seth Rosenbloom, Keep On Turning place la barre très haut. Avec une technique dynamique et irréprochable, Seth modernise le genre tout en respectant son essence. 'I Can't Help It' en est la parfaite illustration : on y retrouve la structure classique du blues avec cependant la ferveur et l'impertinence de la jeunesse. L'enregistrement se compose de six morceaux originaux et de trois reprises: 'Heartbreaker' (B.B. King), 'Look Over Younders Wall' (Elmore James) et 'Palace Of The King' (Freddie King). La chanson éponyme de l'album ouvre le bal avec effet ; on y trouve tout un panel d'émotions décrites par la voix claire du guitariste et soutenues par ses acolytes à la basse, à la batterie et au clavier. 'Right About Now' est une ballade blues-rock à l'intensité grandissante sur laquelle le chant de Seth se fait plus pur et ses soli enflammés. Le riff de 'Crawling Back' force l'auditeur à taper du pied et hocher la tête en cadence. 'Come Back Around', plus traditionnelle, offre un blues électrique moderne et technique. De l'ensemble se dégage une impression d'énergie joyeuse et du respect des traditions que l'on s'est appropriées. Avec son premier album, Seth Rosenbloom se propulse directement dans la catégorie des jeunes musiciens à suivre.
Marion Braun

Staretz
From Lead To Gold

 

Genre musical: Americana (à défaut de mieux)
Label : BANG RCORDS
Distributeur : Bang, The Orchad, plateformes

Staretz parcourt les treize titres de son troisième album en glissant d’une couleur à l’autre, plutôt imperceptiblement, car leurs nuances s’estompent en se chevauchant, lissage qui leur assure une solide unité de son. La tonalité dominante serait americana, country rock, un peu folk ici (‘Almost Blind’), plus rock’n’roll là (‘Silver Snake’), boogie (‘You Can’t Deny’), pop doucement funky (‘Lonesome King’), chant de travail minimaliste et lascif (‘Hey Sweet Mama’), plus quelques gimmicks 60’s versés par l’orgue Hammond ou le Farfisa, tout ça sans jamais perdre le contact avec la glaise qui façonne leur musique, ni le devoir d’une bonne mélodie bien arrangée, ni cette désinvolture typiquement américaine. Le chanteur (Serge Fabre) n’a pas un coffre démentiel mais sa voix est loin d’être anodine, et rappelle celle de Dominique Laboubée, celui des Dogs. Le soliste (Pablo Acedo) se tient en retrait dans les contrechants d’une harmonie touffue (‘St. John’s Eve’). Leur jeu, voire la production, semblent trahir par moments une pointe d’amateurisme, mais c’est tant mieux. Dans leur cas, pour le style de musique qu’ils cajolent, ce flou sporadique leur donne de l’incertitude et du sentiment, juste la petite fêlure qui laisse passer le danger. Les autres s’appellent Eric Baldini (basse), Jacques Raffanel (batterie), et quelques appoints : Loïc Laporte (saxo), Christian Seminor (percus), surtout Olivier Cussac, omniprésent : orgues, piano, mandoline, trompette et violon. Et ces messieurs s’ébattent du côté de Toulouse.
Christian Casoni

Stormcellar
Safe Harbour / Rogue State

Genre musical: Australiana
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Spotify, Amazon

Voilà une formation qui a commencé sa vie il y a plus de dix albums en arrière, qui se plaisait à jouer son blues jusqu'à le colporter aux États-Unis pour plusieurs tournées. Les années passant, le groupe a continué son évolution en croisant les chemins d'autres musiques, d'autres artistes, jusqu'à ce double CD qui nous offre ce mélange réussi d'histoires de vie, de musicalité, et de liberté, privilège des artistes qui savent s'affranchir des styles et des modes. Nourris par le blues, le rock, le folk … Ils sont Australiens, c'est pourquoi j'ai choisi le mot Australiana pour qualifier leur musique. Sur un boîtier sobre est représenté le pont qui relie les deux rives de Sidney. Sidney à qui les chansons de ces disques rendent hommage. Safe Harbour est une sorte d'album concept dans lequel les parties de guitare ont été enregistrées et filmées principalement par le chanteur en  différents endroits de Sidney, raison pour laquelle on entend en fond des sons de la vie (oiseaux, mer, véhicules...) Les films sont visibles sur le site du groupe https://stormcellar.com.au/ . D'autre part, un titre 'Brave With Your Heart' a été enregistré cinq fois dans des styles complètements différents et toujours avec bonheur. L'une des versions est interprétée par un trio hispanique avec au chant Rut Santamaria Llorente. On trouve 'Pirouette', titre avec violon et violoncelle en version acoustique et en version acoustique instrumentale alors que sur le second album Rogue State figure aussi ce 'Pirouette' dans une version électrique qui réveille car autant le premier album est calme et éthéré, autant le second fait parler les watts. Theo Wanders peut taper sur ses peaux sans retenue, Bill Williams et sa basse baladeuse est l'équipier idéal pour faire respirer les titres pendant que les deux guitaristes Michael Rosenthal et Paul Read donnent du rif et de la mélodie en parfait accord. Michael Barry est un grand chanteur (et harmoniciste) qui ne crie jamais, mais chante juste, même quand ça joue fort. Il Laisse le micro à Jo Fitzgerald, chanteuse qui les accompagne depuis longtemps pour 'Soul Thing'. On n’oubliera pas de signaler 'Walk In Your Heart' avec la participation d'une grosse chorale. Pas mal, même beaucoup d'ambiance rock dans sur cette galette, à part le dernier titre instrumental 'Resonate' qui est joué juste par Michael Rosenthal en acoustique, histoire de calmer le jeu et de se replonger avec délectation dans Safe Harbour. Le pari de se lancer dans une telle entreprise n'est pas évident mais ces musiciens se sont vraiment bien trouvés et avancent dans la même direction. Le bon feeling. Allez jeter un coup d’œil sur leur site pour voir et entendre ce projet ambitieux.
César

The Kentucky Headhunters
Live at the Ramblin' Man Fair

Genre musical: Southern rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Le band est sur la scène du Ramblin’ Man Fair à Maidstone dans le Kent. Richard Young est à la guitare, son frère Fred est à la batterie, leur cousin Greg Martin est le guitariste leader et Doug Phelps est le bassiste, et tous donnent de la voix. En 50 ans de carrière c’est la première fois qu’ils traversent l’Atlantique, on est en 2016. C’est leur deuxième album live et Richard Young commente : « Nous ne savions même pas que nous étions enregistrés. J'ai appris plus tard que les festivaliers avaient enregistré notre prestation. Après l'avoir entendue, je savais qu'ils nous avaient captés exactement tels que nous sommes, et je savais que nous devions la publier ». Le résultat est puissant, ils envoient sans retenue un southern rock explosif qui décoiffe. Une coulée incandescente de blues-rock submerge le public en liesse. Ils entament le concert avec ‘Big Boss Man’ dans une version musclée et continuent avec 6 de leurs compositions au milieu desquelles ils glissent une reprise de ‘Have You Ever Loved A Woman ?’. Pour cette prestation sur les terres d’Albion, comme un cadeau aux spectateurs enthousiastes ils terminent leur set avec un beau medley de ‘Don’t Let Me Down’/’Hey Jude’ des Beatles. Mais l’album ne s’arrête pas là, 3 bonus tracks enregistrées en studio en 2015 avec le concours de Johnnie Johnson au piano peu avant sa disparition nous permettent d’entendre le groupe dans un registre plus blues.
Gilles Blampain

Watermelon Slim
Church Of The Blues

Genre musical: Blues d’hier et d’aujourd’hui 
Label : Northern Blues Music
Distributeur : BERTUS FRANCE

Cet enregistrement peut probablement se voir comme un pont entre hier et aujourd’hui. La set list de cet album composée de 7 compositions originales et de 7 reprises subtilement revisitées pour honorer les grands maîtres comme Muddy Waters (‘Gipsy Woman’), Howlin’ Wolf (‘Smokestack Lightning’) ou Fred McDowell (‘61 Highway Blues’), rappelle que ce chiffre 7, considéré parfois comme magique, est ancré dans la mythologie du blues. Dans une expression brute et efficace Watermelon Slim chante avec ce timbre particulier qui est le sien et joue de la slide. En plus de son band de quatre musiciens, il a convié pour l’occasion une belle brochette d’amis à se joindre à lui sur quelques titres : Bob Margolin (guitare), John Nemeth (harmonica), Sherman Holmes (chant), Joe Louis Walker (guitare), Albert Castiglia (guitare), Nick Schnebelen (guitare). Cette réunion de fortes personnalités offre évidemment de belles envolées et de bonnes vibrations. Avec Watermelon Slim passion et puissance dans le mode d’expression, poésie et propos politique dans la réflexion ne sont pas dissociables et il impose une fois encore son style si personnel. Church Of The Blues est une église où même les mécréants pourront se retrouver.
Gilles Blampain