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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2014

Les Chics Types
Alabama blues

Genre musical: Pop-rock.
Label : BLUESIAC
Distributeur : SOCADISC

Le titre est trompeur : pas de blues roots dans Alabama Blues, mais du pop rock. Mieux : des chansons françaises rock, comme on pouvait en entendre dans les années 80 et le début des 90’s, avec cette touche sixties rétro-moderne qui en faisait la singularité. En revanche, le nom du groupe est impeccable. Chic… encore un adjectif rétro qui circulait beaucoup dans les 80’s. Oui, leur style est chic et les intentions, la facture, élégantes et légères. Une moitié compos, une moitié reprises. Côté reprises, les Chics Types ne se la pètent pas livreurs de secrets. ‘Sittin’ On The Dock Of The Bay’, ‘Jumpin’ Jack Flash’ glissent sans effort mais, traitées avec le même optimisme qui éclaire tout l’album. Ces deux versions manquent peut-être d’ambiguïté, de ce côté rentré qui fait le mystère des originaux. Alors qu’ ‘Alabama Blues’, empruntée à JB Lenoir, interprétée avec la même sobriété radieuse, conserve toute sa grâce. Leurs compos sont portées par une sociologie des petits riens, une esthétique de la désillusion. Les Chics Types, qui ne se vautrent jamais dans la vulgarité d’un premier degré passionnel, font penser à quelqu’un, mais qui, bon sang ? Dutronc ? Thierry Hazard ? Les Calamités ? Les Innocents ? Avec ses brefs solos juteux, leur guitariste rappelle bien Jello, celui de Starshooter… Merde, Kent ! Cette reprise d’ ‘A Nos Amours’… D’ailleurs, ne viennent-ils pas de la région lyonnaise, eux aussi ? Et Kent n’a-t-il pas participé à l’album précédent ? Voilà, Starshooter, période Mode. Alabama Blues, scellé dans le vinyle, a été présenté comme la bande son du livre dont il partage le titre et l’illustration, un projet mené avec l’auteur Maryvonne Rippert. Sur quel titre prennent-ils congés ? ‘Bare Necessities’, la chanson du Livre de la Jungle en déshabillé country-folk. Ce troisième album sera donc « sexy et intelligent ». Les Chic Types : Christian Biral (chant, guitare), Jean-Yves Demure (batterie, percus), Cédric Vernet (basse, harmo, ukulélé), et leurs copains : Christophe Annequin (piano), Eric Corbet (saxo) et Philippe Crova (guitare bis).
Christian Casoni

Robin McKelle & the FlytonesHeart of Memphis

Genre musical: Soul, Country pop.
Label : OKeh
Distributeur : SONY MUSIC

Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Dès le premier titre, avec une section de cuivres flamboyante, aucun doute n’est possible, on est assurément au cœur de Memphis. Robin McKelle ne tombe pas dans le piège de la nostalgie, la sonorité est bien au goût du jour, mais imprégnée du son Stax de la grande période, elle livre avec cet enregistrement un album dans la pure tradition de la soul des sixties. Une voix puissante et des titres qui naviguent entre soul, country music et rhythm’n’blues accrochent l’oreille dès la première mesure. Les parties de guitare et les interventions de l’orgue sont des plus efficaces, et quelques passages de cordes viennent ajouter du moelleux à l’ensemble. Seule ou en collaboration, Robin McKelle signe 11 titres et nous offre 2 reprises dont un formidable ‘Please Don’t Let Me be Misunderstood’. Et il n’est pas interdit de penser que certaines compositions possèdent déjà un ticket pour devenir un standard du genre. Revendiquant l’héritage de Janis Joplin, Aretha Franklin ou Tina Turner, Robin McKelle n’a aucun mal à faire passer le frisson, vecteur essentiel de la soul music, et l’osmose avec les Flytones, compagnons de longue date, est parfaite. Ajoutons à cela que la production a été assurée par Scott Bomar, une signature de référence qui a soigné les plus beaux enregistrements d’Al Green ou d’Isaac Hayes.
Gilles Blampain

Sena Dagadu
Lots of trees

Genre musical: Soul
Label : SOULBEATS RECORDS
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Sana Dagadu est née à Accra, capitale du Ghana. Son ascendance s’écartèle entre l’Afrique de l’Ouest et la Hongrie, où elle vit. « Soul, pop, rock, electro, ou encore afrobeat, forment un cocktail groovy hors du commun. » La com’ de cette diva en gestation exagère un peu, c’est son rôle, mais, effectivement, toutes ces touches sont perceptibles, fondues dans une même torsion incandescente. Le chant est presque chorégraphique, musculeux, tentaculaire, circulant avec aisance d’un registre à l’autre. L’intro du premier titre (‘Pressure’) commence par foutre les jetons. Boîte à rythmes et bidouillages synthétisés, on voit venir la grosse machine aren’bi fabriquée pour MTV. Et puis non. La consistance et la dynamique de la voix, semée de gimmicks percutants, amènent doucement la chanson vers la soul éternelle, hybridée mais solidement campée sur ses fondamentaux. On est définitivement rassurés en entendant passer les cuivres sur ‘Buckets-Full Of Love’. Les arrangements et les mixages ne jouent pas sur la sobriété. Les charges sont capiteuses, mais la superposition des lignes acoustiques, électriques, électroniques, n’entrave jamais l’élan des compos, qui s’envolent sur les ailes d’une voix décidément irrésistible. En cours de route, l’album se défroque de sa soul et prend une couleur de plus en plus jazz, sans renoncer au cosmopolitisme de ses sources. Et pour ce qui est de mélanger les genres avec homogénéité, Sena et/ou ses auteurs ont un tour de main infaillible. ‘Accra City People’ par exemple : tapis de percus frénétique, guitare à la wha-wha funky et scat. ‘Heavy Boots’ : stop-time hard-rock et chant lourd de menace, le timbre s’écrasant sur sa masse, serré comme un poing prêt à partir. Sur le pont de ‘Dubabdu’, l’avant-dernier titre, on est quasiment sur du big band. Et pas le moindre grumeau déplacé dans cet appareil, aucun raccord malheureux. Sena sort ce premier album sur Soulbeats, label indépendant de Bordeaux. Elle dit vouloir « réveiller l’Europe ». Ses ambitions ont une envergure clairement continentale. Les rossignols du aren’bi américain n’ont pas de concurrents offensifs dans le Vieux Monde. Se peut-il qu’une Ghanéo-Hongroise succède à Amy Winehouse ? Ghanéo-Hongroise… sacrée diagonale !
Christian Casoni

Tio Manuel
4 Stones 

Genre musical: Country blues "de la frontera"
Label : La fugitive records
Distributeur : iTunes, Amazon, Quobuz

Voici un disque comme je les aime. Disque de la 'Frontière' ; ligne où tout est possible. Entre musiques latino, blues, country et punk. Entre langue espagnole et anglaise. Entre électricité et acoustique. Tio Manuel nous chante de sa voix granitique sa 4ème Stone. Dans 'AK 47' : 'Me gusta tu pelo negro, el odor de tu piel' au son de la slide et du dobro ; une sorte d'amour kalachnikov à répétition ? 'Warhead' qui ouvre ce disque est la reprise de ce titre mythique des UK Subs. Paul Slack, le punk co-auteur est d'ailleurs présent ici avec El Tio. L'autre reprise, 'Stones In My Passway' de Robert Johnson devient un country habité comme savait si bien les interpréter Jeffrey Lee Pierce du Gun Club. Sur le punk blues 'Wicked Bouquet' traversé de tirs d'harmonica, el hombre ne rigole pas! Le regretté Kevin Coyne n'est pas loin. 'Mister Rev. Gary Blues" accompagné au guitarron, est sans doute un hommage au Blind Reverend Gary Davis. Beaucoup de compositions en castillan et en mid tiempo jouées par Lolo Ganzaman à la basse et Léon Teocquer à la batterie, les guitares étant le job de Manu Castillo, (El Tio Manuel, ex-Wunderbach, groupe punk parisien des 80's) dont cet hommage au poète Salvadorien, Roque Dalton. : « 'Yo, como tú, Amo el amor, la vida, el dulce encanto de la cosas, el paisaje celeste de los días de Enero' 'Como Tú' Roque Dalton Garcia”.
Juan Marquez Léon

Tommy Castro and the Pain Killers
The Devil you know

Genre musical: Blues, rock, soul.
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Tommy Castro prouve une fois encore qu'il est dans le peloton de tête des acteurs de la scène blues-rock aujourd'hui et montre pourquoi il est l'un des artistes les plus populaires. « Pour ce nouvel album, je me suis mis au défi d'ajouter différents sons et de nouveaux rythmes à mon style tout en restant fidèle à mes racines. J'ai écrit en utilisant des idées pour des chansons et des idées pour les sons et mixé tout ça comme je ne l'avais jamais fait auparavant. ». Ce CD est donc plein de blues et de soul avec juste ce qu’il faut de rock pour pimenter l’ensemble et où le funk est bien présent. Un son rauque et dynamique, une interprétation pleine de fougue et de puissance maîtrisée qui font que les 13 chansons de l'album (9 originales et 4 reprises) s’enchaînent avec une réelle fluidité où se mêlent plaisir et excitation. Pour cette production Tommy Castro a rompu avec son habituelle section de cuivres pour revenir au fondamental : guitare, basse, batterie, orgue, la plupart des titres mettant les percussions en valeur. Quelques invités, et non des moindres, ont été conviés à participer à cet enregistrement : Marcia Ball (chant, piano), Tab Benoit (chant, guitare), Joe Bonamassa (guitare), Samantha Fish (chant), Magic Dick (harmonica), The Holmes Brothers (chœurs), ce qui ne nuit en rien à l’affaire, bien au contraire. Un album accrocheur, vigoureux, plein de tension et de bonnes vibrations, qui en ravira plus d’un.
Gilles Blampain

Tom Walbank
Live at les Escales St Nazaire France

Genre musical: Delta blues
Label : Les Escales Music
Distributeur : Differ-ant

En plein cœur de la 22ème édition du festival Les Escales, les organisateurs proposaient un focus sur les représentants actuels de la scène si foisonnante de Tucson - Arizona (Chicha Dust duo formé par Brian Lopez et le sublime Gabriel Sullivan, Mariachi Luz de Luna) rendue célèbre avec des formations comme Giant Sand, Calexico, attirant de nombreux français, Amor-Belhom, d'anciens Little Rabbits, Katerine, Françoiz Breut... Ce 3 août 2013, le label 'Les Escales Music' a voulu immortaliser le passage de Tom Walbank, anglais immigré depuis 15 ans at 'The Old Pueblo'. Ce riffeur/slideur fou, hypnotique, accompagné par le batteur nantais, Ronan Daniel,  cogne sa Danelectro, comme si dans son dos le Diable d'un souffle brûlant murmurait : 'cours, cours, man, t'as plus qu'une minute à vivre!' Pour éviter de se reposer à un crossroads et être forcé de signer 'Le Pacte' fatal, l'homme fonce et convie Muddy Waters, Robert Johnson, The Clash, Hambone Willie Newbern, Jimmy Reed (souvent), Son House (merveilleuse version a  capella de 'John The Revelator'), Hound Dog Taylor, Elmore James. Le 'Whoopin' de Sonny Terry est l'occasion de souffler dans son harmonica des perles cristallines au sein d'un geyser de métal transaméricain poussé à 200 miles/h à travers le désert. Damned! Et si je vous dis que le gars hurle comme le Dr Feelgood, cela devrait vous suffire pour vous procurer cet excellent 'live'. Ah oui, si vous constatez des courbatures ou autres tremblements résultant de son écoute, c'est que vous êtes 'condenado'!
Juan Marquez Léon