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10/20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

janvier 2012

IN VOLT
In Volt

 

Genre musical: Blues Rock et plus si afinités
Compositions: 12 sur 12
Livret : Très bien
Label : QUART DE LUNE
Distributeur : SOCADISC

Ils sont bodybuildés, chacun dans sa partition, mais leurs quatre cerveaux phosphorent comme un seul homme, créature enragée par l'appétit de réussir. En rut pour la gloire dans l'enfer des décibels, où ils revendiquent leur place avec un classicisme blues rock de haute lutte, qui s'étoile vers une somme de tentations convenues, péages obligés dans ce genre de marathon sprinté : hard boogie, metal tranchant, et les deux ballades de rigueur, dont une un peu vaine, dispensable poussée de caramel à la Scorpions. La ballade n'est pas leur cheval de Troie d'ailleurs, même si la qualité de l'exécution, leur absence de complexes et leur instinct de prédation compensent les hiatus de la composition. Mais tout le reste est un joyeux carnage : quatre Français inconnus des rings (hormis dans le microcosme du blues), se jetant dans leur deuxième album en brûlant soudain les étapes, briguant d'emblée la plus belle ceinture du championnat. Ils campent tous dans la trentaine. Enton Genius chante avec une emphase massive et l'insolence du prétendant conscient de la marge qu'il a encore devant lui. Son frangin Rony tranche sans timidité dans le gâteau de bruit, chasse de musculeux serpents dans les cordes graves et, dans les aiguës, trace des solos à l'équilibre remarquable malgré une écriture aigre et nerveuse. Et cet équilibre est l'œuvre d'une section rythmique au souffle inextinguible, qui contient la bête à mesure qu'elle naît, la camisole avant qu'elle ne devienne monstrueuse. Le batteur Jeff Panss et le bassiste Micha Sanchez courent devant, avec les deux frères Genius. Personne pour les couvrir. In Volt est un commando qui joue sans les arrières.
Christian Casoni

Jeff Zima
Live à la javanaise / Ragged but Right

 

Genre musical: Blues, Boogie, Rag
Compositions: 23 sur 33
Livret : Beau digipack
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : JEFFZIMA@FREE.FR

Avec sa nouvelle livraison, Jeff Zima fait coup double. Deux disques pour le prix d’un seul. La générosité sied bien au personnage ! Si l’emballage est beau mais sobre, le contenu, lui,  est un vrai feu d’artifices. C’est un festival de virtuosité, d’entrain et d’allégresse. Le premier CD est la captation d’un spectacle d’un peu plus d’une heure, dans une salle où le public est assez proche des musiciens pour que le contact soit bien restitué sur l’enregistrement. La formation est réduite mais le rendement est grand. Entouré de Fred Jouglas à la contrebasse et Didier Brassac à la batterie, Zima mène le bal en conquérant son auditoire dès les premiers titres. Il ouvre le spectacle avec trois standards chantés en anglais, et attaque la suite en français avec de beaux textes de sa plume, plein d’humour et de double sens (blues et paillardise font souvent bon ménage). Cette soirée à la Javanaise, où les titres s’enchaînent dans des slides chauffés à blanc, se termine avec la participation, pour quelques titres, de Jersey Julie qui emballe l’assistance avec son saxo alto. Sur le deuxième CD on retrouve Jeff Zima seul en studio, plus américain que français pour le coup, mais qui ne se prive pas de mettre Brassens dans sa set list. Ici encore la sonorité acoustique est de mise, mais le bottleneck est laissé de côté  afin de mettre en valeur de subtils rags joués en finger-picking.
Gilles Blampain

Molly Gene One Whoaman Band
Folk Blues and Booze

 

Genre musical: One woman band
Compositions: 10 sur 13
Livret : Digipack
Label : SOLID AUDIO PRODUCTION
Distributeur : IMPORT WWW.NAYATIDREAMS.FR

Molly Gene est une tempête. Déjà responsable de l'efficace Hillbilly Love qui nous décrassait les tympans du début à la fin, la jeune femme revient avec Folk Blues & Booze. Partageant les mêmes scènes que l'inébranlable Scott H Biram lors de ses tournées US, Molly progresse sur cet album. Sa voix est moins dans la force, sans pour autant perdre de son impact. Maltraitant l'idiome sur ce disque, c'est avec impatience que nous l'attendons dans notre vieille Europe. La cowgirl du Missouri s’améliore encore et débute l'album par une reprise à capella d'un morceau de Mississippi Fred Mc Dowell ‘When The Train Comes Along’, ce qui prouve qu'elle a les bonnes références et du goût. Place ensuite aux compositions plus tranchantes, dans le style country/blues éraillé qu'on lui connaissait déjà sur le précédent CD. Si Molly chante toujours comme une locomotive, elle donne cette fois à sa voix des temps de repos en variant la puissance du chant, ce qui affine la qualité globale des morceaux. De son Dobro métallique, sa musique fait voyager, et en plus, vous pourrez chanter avec elle, les paroles des chansons étant incluses dans l'album.
Nicolas Miliani

Restavrant
Yeah, I carve Cheetahs

 

Genre musical: Punktry
Compositions: 11 sur 12
Livret : Digipack
Label : HILLGRASS BLUEBILLY RECORDS
Distributeur : WWW.NAYATIDREAMS.FR

Après avoir sérieusement secoué mes esgourdes lors de leur concert au Bataclan (Cool Soul Festival), un de mes groupes préférés, Restavrant, revient avec ce nouvel album. Les deux  Texans admirent Elvis et font une musique personnelle à base de saillies country, de refrains scandés et de boucles entêtantes. Ces fils bâtards d’Hank Williams et d'Hasil Adkins sont le Real Deal. L’album débute sur un rythme punk constellé de salves d’harmonica ‘Six Years’. Le ton est donné d’entrée : pas de prisonniers ! Le riff de guitare country en milieu de morceau vient faire la synthèse et illustre le terme Punktry qui à ce jour définit le mieux le son du groupe. Le disque se poursuit sur une atmosphère pesante et dense, solide avec ‘Yes, I Guess’, où la voix gueularde de Troy Murrah est saupoudrée de notes de piano bastringue et de touches de musiques délicates, avant le réveil des punks qui sommeillent en eux. ‘Wild Witch’ est le tour de force de l’album, rythmique entêtante à vous faire secouer la tête pendant des heures, jeu de guitare tranchant, gimmick grisant, le morceau est taillé pour faire remuer vos séants. ‘BEV D’ s’ensuit, l’album passe la 6ème vitesse, même si les Américains ne connaissent pas la boîte manuelle. Un peu de répit avec les deux morceaux suivants. ‘Watch Me Drive’: le groupe gardera son triple AAA à vie avec des titres de ce calibre. C’est intense de la première à la dernière seconde, production impeccable, 7′15 de bonheur musical !
Nicolas Miliani

The Bilbocks
Public Domain Storytelling

 

Genre musical: "Very heavy soft rock" dixit les Bilbocks
Compositions: 12 sur 12 avec les collages sonores
Livret : Superbe
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.BILBOCKS.FR

En voilà une idée : un concept-album qui n'a de conceptuel, finalement, que sa liberté et une propension revendiquée à l'éparpillement... Une dizaine de situations à peine insolites, des moments de vulnérabilité dont l'angoisse dégage une joie de vivre inattendue... Les chansons sont écrites en anglais. A chacune correspond une photo d'artiste (voir le livret) volontairement atone, déshumanisée, absurde donc par la force des choses. Le mélomane cinquantenaire s'interroge sur le style de ce rock serré, qui s'ouvre épisodiquement en éventails mélodieux. Il cite parfois Ziggy Stardust, un tout petit peu les Doors, il lui trouve aussi les tournures d'une new-wave de fraîche date, dans le sillage immédiat du punk, et n'ose pas en appeler "americana" les arpèges folk-rock, tant la couleur des Bilbocks penche du côté britannique. Eux quatre, qui sont dans la vingtaine, résument l'affaire en deux références communes : Franz Ferdinand et Artic Monkeys. Peut-être un poil de Joy Division. Le quatuor d'Hazebrouck, parachuté sur la capitale, défend son premier album, formidable, pêchu, touchant, enregistré en plusieurs séances sciemment espacées, qui sauvegardent la spontanéité du patchwork. Emilie (batterie), Ronan (Basse), Sébastien (solos et atmosphères) et Timothée (chant, rythmique, claviers), s'étonnaient, après chaque séance, que leurs chansons soient tendues par une vibration aussi "propre et puissante". Et puis, Kesako Bilbocks ? Juste un mot qui leur permet de "se retrouver pas loin des Beatles, des Bees et des Beach Boys dans les discothèques et sur iTunes".
Christian Casoni

THREE CANE WHALE
Three Cane Whale

 

Genre musical: Folk anticrise
Compositions: 20 sur 20
Livret : Magniperbe !
Label : IDYLLIC RECORDS
Distributeur : ?!?

Chuck Berry habite de l'autre côté du trou noir. Ici, pas l'ombre d'une blue note et aucun pogo possible. Ces lignes pour signaler que cet album existe et qu'il est superbe. N'entrant dans aucun des idiomes pour lesquels nous nous autorisons à faire les malins, nous devons confesser notre ignorance et renoncer à comprendre, par défaut de temps, la géographie de cette terra incognita, qu'un confrère de Trad Mag cartographierait les doigts dans le nez. Nous avons affaire à vingt instrumentaux atmosphériques qui pourraient être les séquences d'une musique de film, les accalmies d'une bande de François de Roubaix par exemple. Three Can Whale est un trio britannique, domicilié à Bristol semble-t-il. L'album a été enregistré dans les conditions du live, dans une église du coin. Les musiciens s'appellent Alex Vann, Pete Judge et Paul Bradley. Ils viendraient de groupes dits légendaires chez les amateurs de folk, Spiro ou Organelles, et ont posé leurs malles chez Idyllic, un label d'outre-Manche qui s'est spécialisé dans la musique acoustique. Il y a de la guitare sèche, de la mandoline, du psaltérion, de la trompette (sereine), de la lyre, de l'harmonium, du glockenspiel (sorte de xylophone) et de la music box. On pourrait s'attendre à quelque galéjade médiévale, mais non, ce n'est pas de la musique à danser en costume d'époque, en se tenant par les auriculaires. On est plutôt dans la contemplation, une torpeur de félicité. La beauté n'est cependant pas un ectoplasme dévitalisé, les compositions de Three Can Whale ont leur système nerveux, un réseau de baleines (hé, hé) qui donne une dynamique à toute cette gaze onirique (cf. 'Tilth'). Bref, un angle mort providentiel où se retirer pour rire du fracas des marchés.
Christian Casoni

Toronzo Cannon
Leaving mood

 

Genre musical: Modern Chicago Blues
Compositions: 10 sur 14
Livret : 3 pages
Label : DELMARK
Distributeur : DELMARK

Une voix très légèrement râpeuse, avec un tout p’tit peu d’accroche, une maitrise du manche impressionnante et un feeling à vous emmener loin font que ce type est un des meilleurs jeunes bluesmen du moment. Comme dirait l’autre : « A star is born ». Le label Delmark ne s’y est pas trompé et la production de ce CD est parfaite. Les chansons sont teintées de soul, de funk et le blues délivré par Mr Cannon est intense surtout quand il attaque ses chorus. Ce n’est pas qu’une succession de notes, ce gars là est habité par sa musique. Deux artistes de renom sont venus lui prêter main forte pour quelques morceaux. Ce sont le guitariste Carl Weathersby et l’harmoniciste Matthew Skoller, ce qui n’est pas rien. Peut-être que je pousse le bouchon un peu loin, mais je me demande s’il n’y a pas « un son » Toronzo Cannon qui aère le Chicago sound en lui apportant un peu plus de vitalité avec des fois un toucher Hendrixien comme dans ‘She Loved Me’ qui ouvre ou ‘Not Gonna Worry’ qui clôt cet album. Et puis il y a son complice qui tient la rythmique et qui co-signe pas mal de titres, Lawrence Gladney qui le seconde parfaitement. CD pas ennuyeux du tout que l’on peut se passer plusieurs fois de suite sans se lasser.
César

Woodoo Skank
The legendary "Golden Megaphorn"

 

Genre musical: Fanfare entre jazz old-time et chanson napolitaine rock !
Compositions: 7 sur 12
Livret : Superbe !
Label : WOODOO MUSIC
Distributeur : WWW.WOODOOMUSIC.FR

Du temps de Blues Again (version papier), nous avions bombardé le premier album de Voodoo Skank disque de l'année. Si ce glorieux trimestriel sévissait encore, la rédaction aurait promu derechef ce deuxième tour d'électrophone album de l'année 2011. Le sextet limousin mise davantage sur les chansons que sur l'atmosphère et, après un coup d'essai magnifique, ce sophomore magistral. Le groupe tire un peu dans toutes les directions sans jamais perdre son identité, Voodoo Skank reste une fanfare qui rêve de la Louisiane. (Quand on ne sait pas définir un style, on dit louisianais…) Façon Tontons Flingueurs : de la soul ? Il y en a (cette voix !). Du jazz old-time aussi. Un poil de rag obligatoirement. Du rock, oui (les injections de wha-wha, la tornade 'Voulez-vous Danser ?'). De la country ? Cf. le banjo, le ukulélé, le banjolélé, la lapsteel… Et du vaudeville et du tin pan alley, avec des covers de Leon Redbone, des frères Neville, Otis Taylor et Tom Waits. Un mix des quatre, voilà à quoi pourrait ressembler leur identité. Plus quelques réminiscences du sud italien ou du centre européen ('Hairy Friends'). En fait, un son aussi copieux n'est pas vraiment décryptable. Cette parade stylistique avance dans un cahot de fanfare, mouvements racés d'une musique des rues quasiment expiatoire : grosse caisse, caisse claire, saxos, trombones et tuba. Ils sont quatre à donner de la voix. Le premier shouter a une présence incroyable, volumineux, tellurique, tempétueux, fatal, lyrique en diable quand il s'étrangle avec un soupir de vieux chien blessé ! Chadu, Momo Fari, DD Grall, Michel Laporte, Thierry Lieutaud, Christophe Renaud sont Voodoo Skank. Et Fidel Fourneyron aussi, un peu.
Christian Casoni