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été 17
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Portrait
YANK RACHELL
16 mars 1910 (Tennessee) – 9 avril 1997 (Indiana) 


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blind willie mc tell
BIG BILL BROONZY





James Yank Rachell a poussé son premier cri le 16 mars 1910 (quelques biographies affichent 1908) dans une ferme près de Brownsville dans le Tennessee. Sa carrière a duré presque soixante-dix ans. Connu surtout comme l'un des rares maîtres de la mandoline blues, il a également joué de la guitare, du violon et de l'harmonica.
L’histoire raconte qu’alors qu’il a 8 ans, sa mère lui demande de prendre soin d’un cochon qui sera abattu à l’automne. Un jour blues yank rachellse promenant sur la route il entend un voisin jouer de la mandoline assis devant sa maison. Ce son lui plait immédiatement et il veut cet instrument. Bien que très jeune il ne manque pas d’aplomb, Rachell demande à l’homme combien il souhaite pour sa mandoline, la réponse est : « cinq dollars ! ». Etant donné qu’il n’a pas la somme le cochon sert de monnaie d’échange. De retour à la maison sa mère n’est pas des plus joyeuses : « L'automne prochain, à la place du porc, tu pourras manger ta mandoline ». Mais Yank apprend vite à jouer avec l’aide de son oncle, et dès 1923 il anime des soirées country dances. Il jouit d’une belle notoriété aux alentours de son fief et côtoie les musiciens de la région de Brownsville comme les frères Walter et Stoke Franklin (guitariste et bassiste) et Hambone Willie Newbern (mandoliniste) avec lesquels il apprend un répertoire de ballades et de chansons country, mais il est plus attiré par le blues et le boogie. Il fait alors également la connaissance de Sleepy John Estes qui est un peu plus jeune que lui.

En 1926 Rachell gagne sa vie durant quelques temps à la compagnie de chemin de fer L&N qui assure la liaison Louisville (Kentucky), Nashville (Tennessee). A cette époque, il joue fréquemment avec Estes et ils sont rejoints rapidement par l'harmoniciste Hammie Nixon. Le trio sillonne le Tennessee, le Mississippi, le Kentucky. Au milieu de la décennie, ils s’installent à Memphis, donnent des concerts et jouent également dans Handy Park. Plus tard, Rachell, Estes et le pianiste Jab Jones forment le Three J’s Jug Band qui devient une attraction populaire dans les clubs de Beale street. En 1929, remarqués par un producteur, Sleepy John Estes et Yank Rachell enregistrent ensemble pour le label Victor. Le titre ‘Divin’ Duck Blues’ restera comme l’un des grands standards du genre, (les deux hommes resteront amis jusqu'à la mort de Estes en 1977). Mais la situation économique s’assombrie et avec la crise de 1929 les clubs sont moins fréquentés, il devient difficile de gagner sa vie en musique, Rachell se fait cuisinier.
Les mois défilent, la situation semble s’améliorer, les clubs reprennent légèrement leurs activités, et la musique attire les clients. Il lâche les casseroles pour reprendre sa mandoline et revient sur scène. En 1933 Rachell joue en compagnie de John Lee Sonny Boy Williamson et Homesick James au club Blue Flame à Jackson (Tennessee). De 1934 à 1938 il se produit régulièrement avec John Lee Sonny Boy Williamson avec qui il va à Saint Louis puis à Chicago où ils enregistrent chez Bluebird. Même s’il y a des interruptions dans leur compagnonnage, Rachell et Williamson seront partenaires musicaux jusqu’à la mort de Williamson en 1948.
En septembre 1937 il épouse Ella Mae, fille d’un prêcheur. Ils auront quatre enfants, deux filles et deux garçons. Il continue la musique mais part un peu moins sur les routes pour rester près de sa femme.
Durant la fin des années 30, Rachell grave de nombreux disques pour ARC et Bluebird, sous son nom et en tant que musicien de studio (‘Yellow Yam’, ‘38 Pistol Blues’, ‘Skin And Bones’, ‘Up North Blues’, ‘Down South Blues’, ‘Peachtree Blues’…). Il révèle alors de véritables talents de compositeur et ses titres seront repris par Big Joe Williams, Blind Boy Fuller, John Lee Hooker, Muddy Waters, Jimmy Rogers… son influence est largement reconnue et BB King dira à son sujet : « Ce sont des gens comme lui qui ont fait des gens comme moi. ».

blues yank rachell

Comme beaucoup de musiciens ayant joué dans les country picnics ou les medecine shows, Rachell avait une réputation de clown musical avec des prouesses instrumentales qui incluaient une certaine sophistication dans son jeu et des tours visuellement impressionnants comme jeter sa mandoline en l'air et gratter une corde une fois l’instrument rattrapé. Ayant appris à l’oreille, il ne joue pas de manière conventionnelle, il a développé ses propres accords et un style de picking qui n’appartient qu’à lui. Il a un débit foisonnant, une sonorité envoutante et un chant accrocheur.

Au début des années 40, Yank Rachell retourne à Brownsville mais son art ne suffit pas à faire bouillir la marmite et il renonce à la musique pour faire vivre sa famille. En 1955, il repart vers le nord. Il se fixe à Indianapolis où il a trouvé un emploi. Sa femme décède en 1961, il se décide alors à reprendre son instrument. En 1962, Bob Koester patron de Delmark le retrouve et lui remet le pied à l’étrier. L’homme de Chicago lui fait enregistrer un nouveau disque et lui trouve quelques engagements ; d’abord sur les campus universitaires dans le cadre du revival du blues puis dans différents clubs folk. En 1964 avec Sleepy John Estes, Big Joe Williams, Hammie Nixon et Mike Bloomfield, il sort chez Delmark sous le nom des Yank Rachell’s Tennessee Jug Busters un album intitulé Mandolin Blues. Toujours la même année et encore en compagnie de Estes et Nixon il monte sur la scène du Newport Festival. Il gravera durant la même période quelques faces pour Delmark et Blues Goose avec ses anciens complices. En 1966 il effectue une tournée européenne avec l’American Folk Blues Festival. Il participe encore à différents festivals aux USA, en 1969 on le voit à Memphis, Ann Arbor et Chicago, en 1970 à Washington D.C. Il grave quelques albums en solo pour les labels JSP, Wolf, Blind Pig. Au début de la décennie 70 il se produit avec JT Adams et Shirley Griffith.

En 1986, Yank Rachell enregistre Blues Mandolin Man qui paraît chez Blind Pig. Alors qu’il avait toujours joué en petite formation il est rejoint pour la première fois sur ce disque  par une section ryblues yank rachellthmique. Sa virtuosité instrumentale garde encore toute sa puissance tout comme sa voix.
Mais à la fin des années 80 la santé de Yank Rachell devient fragile. Il marche avec une canne, lit avec une loupe et doit subir une dialyse rénale trois fois par semaine. Il souffre d'arthrite, mais il réussit à contrôler sa douleur lorsqu'il est appelé à se produire sur scène. Il continue en effet à jouer pour des raisons financières.
Comme beaucoup de joueurs de blues plus âgés, il finit par recevoir tardivement une partie des royalties qui lui étaient dues. Dans une interview il a estimé avoir fait 30 à 40 disques au début de sa vie, ce qui explique cette rétribution qui aurait pu venir plus tôt. ‘Divin’ Duck Blues’, ‘She Caught The Katy’, ‘Up North Blues’, ‘Gravel Road Woman’, ‘Ludella Blues’ ont fini par payer!

Yank Rachel quitte ce bas monde le 9 avril 1997 en fermant les yeux à son domicile à Indianapolis. Il venait de terminer pour le label Flat Rock Records un nouvel album intitulé Too Hot For The Devil.
Celui qui était considéré comme un auteur compositeur doué et novateur et qui inspira bon nombre de musiciens de la génération suivante disait à son biographe Richard Congress dans Blues Mandolin Man The Life And Music Of Yank Rachell : «  Je n’ai jamais écrit une chanson. Arrivé au studio, ça me venait toujours juste comme ça. Les paroles se mettaient en place. Il faut croire que c’est en moi. Il y a des gens qui viennent en studio avec plein de papiers griffonnés, moi non. Je viens, je joue ce qui me plaît et ça marche. »

Gilles Blampain