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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Portrait
BIG WALTER HORTON
6 avril 1918 (Mississippi) – 8 décembre 1981 (Illinois)


blues kansas joe mc coy
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Une sorte de carrière
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Le 1er décembre 1956, Muddy Waters mit en boîte ‘Got My Mojo Working’. Trois harmonicistes traînaient dans le studioblues big walter horton, Little Walter, James Cotton et leur aîné Big Walter Horton, lequel venait pour la suite. Muddy termina la séance, son guitariste Jimmy Rogers enchaîna avec quelques titres à lui. Le jump ‘Walking By Myself’ allait devenir un grand standard. Comme Little Walter, Horton donnait toujours un cachet formidable aux chansons de ses copains. Ce soir-là, dans un angle mort de la biture, il montra qu’il en avait encore sous la pédale. Il tenait ‘Walking By Myself’ roulée en boule dans les mains, attendant le solo pour l’étriper. Lors du break, il ne donna qu’une secousse, puis déchiqueta tranquillement la chanson. Little Walter voyait en lui son unique rival. Willie Dixon avait tranché : « Little Walter was a very good player, but Big Walter was a helluva harmonica player ». Le gros n’en croyait pas ses oreilles quand Horton encastrait l’harmo dans un cul de canette et qu’il en tirait ce « sonuvagun sound like a trombone ».

Horton et Little Walter s’étaient connus dans les années 40 à Memphis. A part vendre de la glace, Horton ne branlait pas grand-chose à cette époque. Little Walter ne résida pas longtemps dans la ville, mais la quitta en emportant avec lui un peu de Big Walter, cette touche si moderne qui polirait son sourire à Chicago. Horton raconta qu’il jouait amplifié dès la fin des années 30. Serait-il alors l’un des premiers harmonicistes à l’avoir fait ? Horton disait avoir enregistré avec le Memphis Jug Band en 1927, sous le nom de Shakey Walter. Il aurait donc eu neuf ans ? Bon, il avait démarré sa carrière à cinq ans, dans la rue…

La première empreinte officielle qu’il laissa dans une cire remonte à 1939 chez OKeh. Il accompagnait Little Buddy Doyle, un type fendard qui chantait comme une vieille femme. ‘Hard Scuffin’ Blues’ : des points d’orgue volumineux, jamais trop de notes mais toutes éloquentes, certaines frappées d’un accent tonique fulgurant, des phrases laconiques s’estompant en pointillés dans les prises d’air. Bruce Iglauer compare son jeu à une sculpture de verre, le vibrato logé dans le bois. Il lui manquait peut-être encore un swing fantôme sous la fantaisie, celui qui bercerait les titres de 1951 chez Sun, quand Horton relèguerait les seigneurs du genre dans les retranchements de la soufflaille. Il entra au Memphis Recording Service en février, avant Jackie Brenston/ Ike Turner (mars), avant Howlin’ Wolf (mai), et y revint en juin. Sam Phillips fourgua aux frères Bihari de quoi presser deux singles, ‘Little Boy Blue’ (Modern) et ‘Black Gal’ (RPM). Horton était crédité sous le pseudo de Mumbles. Sa voix avait plus de drive à Memphis qu’elle n’en aurait bientôt à Chicago. Toujours chez Sun, il souffla pour son compte, pour celui de Joe Hill Louis et de Jimmy DeBerry. Horton et DeBerry tombèrent une monstrueuse merveille intitulée ‘Easy’, l’harmonica vibrant de toutes ses tôles. Horton s’installa définitivement à Chicago en 1953. Il intégra tout de suite l’orchestre de Muddy Waters et en fut débarqué un an plus tard, s’étant pointé à une répète avec des yeux qui pleuraient de l’alcool. Il n’avait réalisé qu’une séance pour l’étalon du South Side, celle de ‘Sad Sad Day’. Len Chess le réserva comme musicien de studio. Horton put accompagner un nombre assez important de bluesmen, ceux de Chess et d’ailleurs, Johnny Shines, Eddie Taylor ou Otis Rush. Willie Dixon, son ange gardien, lui dégotait des plans chez Cobra et Jewel. Avec ‘Hard Hearted Woman’ (States), Horton colla encore une bonne taloche à la concurrence, mais il était trop vulnérable et trop velléitaire poublues big walter hortonr constituer un danger. Little Walter et lui faisaient mine de se menacer dans les clubs, puis se réconciliaient dans un gig époustouflant, Walter en mineur, Horton en sol, son protégé Carey Bell jouant les basses au chromatique.

Un soir Horton mettait le public à genoux, un autre, il était à chier. On l’avait beaucoup rossé dans sa vie, mais personne n’avait cogné aussi fort que l’alcool. A Chicago il avait reformé la bande de Memphis, les Floyd Jones, les Honeyboy Edwards, tous notoirement poissards. Avec un peu d’ambition et de chance, jusqu'où seraient-ils montés ! Malgré toutes ses tares, Horton poursuivait cahin-caha une carrière misérable mais, finalement, bien fléchée, toujours sous la sainte garde de Dixon : l’AFBF de 1965, le Chicago Blues All-Stars, des albums plus ou moins réussis : raté pour The Soul Of Blues Harmonica chez Argo, remarquables chez Arhoolie avec Johnny Young, chez Alligator avec Carey Bell. Horton figurait aussi sur le troisième volume des Chicago The Blues Today (Vanguard), une bretelle vers le public blanc. Il put jouer avec Fleetwood Mac, Johnny Winter et sur ‘I’m Ready’, l’un des derniers albums de Muddy Waters. L’Harmoniciste Suprême, comme il fut appelé, était un pauvre diable, c’était le minimum requis pour faire un messie convenable.

Christian Casoni