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été 18
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Portrait
SNOOKS EAGLIN
Fird Eaglin Jr : 21 janvier 1936 (Louisiane) – 18 février 2009 (Louisiane)


blues kansas joe mc coy
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A l’aise dans de nombreux styles, il était surnommé "the jukebox man" en raison de l’étendue de son répertoire.

Snooks est un musicien extraordinaire. Question style, il est assez difficile à suivre, comme tous ceux qui ont vécu dans le grand bazar néo-blues snooks eaglinorléanais, transgresseur des orthodoxies musicales. Snooks a chanté du folk, du blues campagnard, urbain, du rhythm’n’blues, rock’n’roll, soul, funk, élégances latines, il a saupoudré tout ça d’un petit sucre créole qui signe sa géographie, avec cette patte vraiment singulière exercée à l’aveuglette : Snooks perdait la vue à un an et demi. Rien n’est standard chez lui, surtout pas son jeu. Longs doigts noueux, poignet sec, main frôlante, Wilko Johnson à la sauce espagnole. L’index en ergot, il file des lignes de solo vives et fluides, entre des uppercuts d’accords balancés l’air de ne pas y toucher. Cette assise curieuse le met à l’aise dans tous les styles, jazz, surf, zydeco… Snooks a le chant galbé d’un Ray Charles, souple, dense et luisant, qui rend du corps aux classiques les plus rebattus, ‘Trouble In Mind’ ou ‘St James Infirmary’. Guitare sèche, électrique, six, douze cordes, ses enregistrements sont, la plupart du temps, formidables, dès sa période folk à la fin des années 50 (‘A Thousand Miles Away’, ‘Locomotive Train’, ‘High Society’), période Imperial au début des années 60 : (‘Don’t Slam That Door’, ‘Truly Yours’, ‘Guess Who’), période Black Top à partir de 1987 : (‘Drop The Bomb’, ‘Kiss Of Fire’, ‘Josephine’) …
A quinze ans, Snooks est déjà connu pour la richesse de son jeu étrange. Il roule pour les Flamingos, un orchestre de R&B à sept têtes d’ail, l’une d’elle offrant le visage d’Allen Toussaint, encore plus jeune que Snooks. En 1952 les Flamingos disputent les clubs à la bande rivale des Hawketts, le groupe d’Art Neville, un jeune homme de leur âge. Les Flamingos se débandent, et Snooks se retrouve derrière Sugar Ray Crawford sur un single, le fameux ‘Jock-A-Mo’. Cette année-là, il enregistre un single de gospel chez Wonder, sous le nom de Blind Guitar Ferd. Jusqu’en 1987, Snooks s’évertue surtout à creuser l’ornière dans laquelle il se débat mollement. Avant de démarrer comme chanteur folk, son principal exploit fut d’avoir ramené les Flamingos, trop cuits pour conduire, de Donaldsonville à NO (66 miles), se guidant au bruit des roues sur le bas-côté pour remettre la Studebaker sur la chaussée. 1958. Harry Oster, revivaliste et universitaire de Baton Rouge, entend Snooks dans une rue du quartier français et l’enregistre à sept reprises (1958-1960). Snooks prend une voix de vieux et incarne très bien l’édenté des docks. Il ne peut pas deviner à ce moment-là que cet emploi le grillera sur le front du R&B où il préfère voir briller sa vocation…
Car cette somme de titres circule trop bien dans le village du folk. Maintes fois rééditées, les chansons de cet épisode lui colleront au train pendant de très longues années. Comble de malchance en 1997, la télé anglaise prend sa version de ‘St James Infirmary’ pour faire le tapis d’une pub Budweiser…
Croyant tenir le Ray Charles du Croissant, Dave Bartholomew le consigne chez Imperial avec la fleur du R&B : Earl King, Roy Brown et Fats Domino, pour 26 faces un peu funky par moments, irisées de doo-wop et de variété pop. Snooks est porté par des pianistes comme James Booker, et des line-up qu’on a présentés comme des all-star bands. Quand Liberty mange Imperial, il ne se passe presque plus rien pour Snooks du côté des studios jusqu’en 1987, sinon une participation au premier microsillon des Wild Magnolias (1973) et un album Sonet : Down Yonder (1978), avec Ellis Marsalis au piano. Des jazzeux de la trempe d’Archie Shepp, d’Horace Parlan ou des frères Marsalis, commencent enfin à coblues snooks eaglinntempler le blues comme une racine indispensable, à sauvegarder d’urgence. « Interrogez-vous sur l’amnésie qui frappe les musiciens afro-américains vis-à-vis de leur propre tradition musicale », déclare le musicologue Félix Sportis à Blues Again, décriant cette « civilisation qui entretient l’amnésie par la volonté d’être original, différent des prédécesseurs, le mythe du génie qui invente de façon permanente. No past, no future. » Baby Snooks ne se fait pas prier longtemps pour se mettre en retraite. Il n’a jamais semé les kilomètres pour aller bosser. D’abord, il n’y voit goutte. Ensuite, c’est un adventiste du Septième Jour, il n’a pas le droit de travailler dans le créneau stratégique des vendredis et samedis soirs. Il se réserve pour le New Orleans Jazz & Heritage Festival. Dès la première édition de 1970, les programmateurs les remettent en selle, Snooks et son copain Fess, le Professor Longhair. L’un et l’autre sont vraiment devenus les divinités poliades de la métropole, les deux arcs de triomphe du Croissant.
1987. Black Top Records brise enfin le carcan néo-orléanais, et lâche l’aveugle à la Studebaker, ce guitariste à nul autre pareil, sur le monde. Cinq albums sont gravés, dont un Live In Japan, tous percutants, surtout le premier : Baby You Can Get Your Gun, avec ‘Drop The Bomb’ pour ouvrir les hostilités.

Christian Casoni