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été 17
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Portrait
SLIM HARPO


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James Moore
1924 (Louisiane), 1970 (Louisiane). 

La Louisiane aurait pu réconcilier tous les Rosbifs de la Couronne au début des années 60, les jeunes et leurs parents, leblues Slim Harpos teds et les mods, du jazz New Orleans pour les thés dansants, Fats Domino et le swamp du pays cajun pour les surboums. Les teenagers anglais s’étaient entichés de Lightnin’ Slim, Lazy Lester et surtout de Slim Harpo, le produit le plus médaillé de la petite écurie de Crowley, le microbe le plus virulent de l’épidémie rock qui couvait aux lisières britanniques, aussi influent que Jimmy Reed qui les avait tous marqués. ‘I’m A King Bee’, ‘I Got Love If You Want It’ (1957), ‘Rainin’ In My Heart’ (1960), ‘Baby Scratch My Back’, ‘Shake Your Hips’ (1966), ‘Tip On In’, ‘Te-Ni-Nee-Ni-Nu’ (1967)… Le son du swinging London dormait dans une cave de Crowley, en banlieue de Baton Rouge. Il n’attendait que l’arrivée de James Moore, qui débutait chez Jay Miller ce mois de juillet 1957. Quand il ne conduisait pas un camion, James clubbait dans l’orchestre de son beau-frère, Lightnin’ Slim. Ce bahut nourrissait d’abord son corps et lui permettait d’entretenir son propre band, en plus de ses soufflettes d’harmo chez Lightnin’ Slim, James disposant de la capacité volumétrique idoine pour transporter le matos et la sono. Peu de bluesmen pouvaient s’en targuer dans la bonne petite franquette de Baton Rouge.
blues slim harpo

Lightnin’ Slim faisait dans la cire depuis trois ans déjà. James était descendu dans la cave de Jay Miller, sous North Parkerson Avenue, dans le sillage de son beau-frère. Miller n’aima pas du tout la voix de ce type, ni même son nom d’ailleurs. Pour corser la voix, il le fit chanter par le nez, d’où ce bec-de-lièvre métallique et affecté que James eut d’abord. Pour le nom, Miller trouva que Slim Harpo sonnait plus cool et plus accrocheur. Parmi les trois titres que James enregistra ce jour-là, un hit national : ‘I’m A King Bee’. Il fabriqua tout de suite le genre d’hameçon qui flèche à jamais une chanson. Cette fois-là ce fut la basse vrombissante de ‘King Bee’, à d’autres occasions ce serait une caisse claire particulièrement sonore, une percussion un peu déplacée ou une coquetterie dans la voix. Reverbe, trémolo de guitare, swing à feu couvert doucement vallonné, James chantonne d’une voix douce et confidentielle, avec l’air de penser à autre chose. Les chansons sont réduites à l’ossature, mais tellement bien dessinées dans leurs houles infectieuses. La plupart des titres que James enregistre à Crowley ont, à la fois, ce pointillement sexy et cette neutralité de maquette bien conçue, un petit tout parcimonieux et bien agencé, obsédant comme une comptine. James laisse ainsi flotter le style de Jimmy Reed, souple, propice à toutes les orchestrations : blues pleine-peau, boogie, rockabilly, jump, country, soul, ballades mélodieuses chantées d’une voix détachée, infiniment touchante, ou complaintes cajuns telles ‘Rainin’ In My Heart’, avec son harmo gonflé comme un accordéon diatonique, qui lui livra l’ascenseur pour les charts de la pop et la thune des Blancs. ‘Rainin’ ‘ consomma l’animosité que se vouaient James Moore et Jay Miller depuis longtemps. Le boss voyait la chanson autrement, moins typée sans doute. Il eut ensuite la main lourde sur les royalties. James fugua à Hollywood et enregistra quatre titres pour Imperial, bien qu’il lui manquât ses potes de Crowley, Lazy Lester, la pianiste Kattie Webster ou le batteur Warren Storm. Excello leur colla un avocat sur le râble : Miller et ses artistes étaient liés à ce gros label de Nashville qui distribuait leurs disques à travers les Etats-Unis. James fut réexpédié au pays des rizières et du pétrole. Il retrouva son camion et ce sous-sol où il imprimait blues slim harpotoujours de la bande sous la férule de Miller. En 1966, il cassa de nouveau la baraque avec ‘Baby Scratch My Back’, aussitôt reprise par Otis Redding, l’année même où James Moore partagea la scène du Madison Square Garden avec James Brown. Les Stones avaient pêché ‘I’m A King Bee’ (et plus tard ‘Shake Your Hips’), les Kinks ‘I Got Love If You Want It’, les Pretty Things ‘Rainin’ In My Heart’, Them ‘Don’t Start Crying Now’, un groupe anglais avait choisi Moody Blues pour devise, James recouvrait suffisamment de crédit pour traiter directement avec ceux d’Excello. Il fut le seul bluesman de Crowley qui eut l’honneur d’enregistrer à Nashville. Des angoras dans des tuniques mauves venaient l’applaudir au Whisky A Go Go, l’Europe devenait une promesse tangible après quelques dates en Angleterre et, en France, quelques nuits chez le chanteur Christophe. Or, une crise cardiaque l’empêcha d’y prendre ses aises. On raconte qu’il est mort d’une overdose. D’après Benoît Blue Boy, James dirigeait un petit business de location de camions. Il bricolait dans un moteur quand il reçut le bloc sur la poitrine. Le soir il avait donné un gig dans les environs et joué la note d’harmo qui fait mal. Deux jours plus tard, il avait définitivement cessé de bourdonner autour des ruches.

Christian Casoni