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04/20
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Portrait
ROOMFUL OF BLUES


blues kansas joe mc coy
blues kansas joe mc coy
BLUES ROOMFUL OF BLUES







Jump blues, soul, rock, jazz, c’est un véritable feu d’artifices.

Cet orchestre est devenu une véritable institution. Depuis une cinquantaine d’années sur scène et une vingtaine de disques dans son catalogue, le groupe tourne encore. Très chaud ! Ce band a la puissance de feu d’un croiseurblues roomful of blues de guerre, mais ce qu’il fait pour l’humanité est nettement plus joyeux qu’un tir de roquette. De belles voix, des solos de guitares incisifs, cuivres éclatants, orgue velouté, harmonica étincelant. On est face à une énergie débordante, un swing magistral qui emporte tout sur son passage.
Quand bon nombre de groupes sont victimes d’un turn over mortifère, Roomful Of Blues semble être une cellule auto-régénérante. Dans un processus toujours créatif. Et la perfection de la prestation est toujours de mise au 21ème siècle.
La production est sans surprise : c’est un sans-faute. Swing, blues, boogie, le spectre est large et perpétue les grandes époques de Chicago, Kansas City, Saint Louis ou New Orleans. Sur scène comme sur disque les musiciens enchaînent les titres avec un égal bonheur et une pêche d’enfer, portés par une section sax/trompette explosive et soutenus par une rythmique à toute épreuve. Guitare, harmo et chant ne sont pas en reste, et cette belle énergie emporte l’adhésion de l’auditeur le plus sceptique.  

Roomful Of Blues voit le jour à Westerly, Rhode Island, aux États-Unis, en 1967, lorsque le guitariste Duke Robillard et le pianiste Al Copley appuyés par la section rythmique du batteur Fran Christina et du bassiste Larry Peduzzi se réunissent pour jouer un Chicago blues intense et sans retenue. Hormis le blues, ils explorent rapidement le R&B et le jazz des années 1940 et 1950. En 1970 arrive une section d’anches avec les saxophonistes Greg Piccolo (ténor) et Rich Lataille (alto/ténor), plus un batteur plus swing, John Rossi ; le saxophoniste baryton Doug James se joint au groupe en 1971. Plus tard le tromboniste Porky Cohen vient épauler les saxophones. La formation gagne rapidement un grand nombre de fans en Nouvelle-Angleterre, première étape d’une large reconnaissance. En 1974, Roomful Of Blues se produit avec Count Basie, et quelques années plus tard, l'auteur-compositeur Doc Pomus aide le band à décrocher son premier contrat de disque et produit leurs débuts en partenariat avec Joel Dorn qui vient de quitter Atlantic records. En 1977, le premier album éponyme Roomful Of Blues sur Island records (réédité plus tard sur Hyena records sous le nom de The First Album) les fait connaître à l'échelle nationale. Un deuxième LP Let's Have A Party paraît sur le label Antilles en 1979.

Grâce au niveau de virtuosité de chacun des musiciens, Roomful Of Blues est un ensemble vibrant qui joue une musique à son image, vivante et colorée. La section de cuivres, avec seulement trois joueurs, est soigneusement arrangée pour mettre en valeur les riffs de guitares singuliers et propulser la chanson, sans jamais submerger la section rythmique ni le chant.

Plus de 50 musiciens et chanteurs et non des moindres, ont défilé en son sein du mini big band depuis ses débuts, gardant le même état d’esprit au fil des enregistrements faisant ainsi sa renommée. Mais on peut mettre en avant les deux guitaristes leaders qui ont accompagné le groupe pendant les deux premières décennies, Duke Robillard de 1967 à 1980 et Ronnie Earl de 1980 à 1988. Tous deux poursuivant une brillante carrière solo.
Durant les années 1980 Lou Ann Barton partage le chant avec le saxophoniste Greg Piccolo. Au fil des décennies 1990 et 2000 la place revient aux harmonicistes Sugar Ray Norcia, Mark DuFresne ou Curtis Salgado. On citera également Dave Howard, le bassiste Paul Tomasello et Mac Odom.
De son côté la section des cuivres du groupe s'est transformée en une unité indépendante recherchée, soutenant d'innombrables autres artistes tant sur scène qu'en studio. On la retrouve ainsi derrière des interprètes prestigieux comme Jimmy Witherspoon, Jimmy McCracklin, Roy Brown, Eddie ‘Cleanhead’ Vinson (Eddie Cleanhead Vinson & Roomful Of Blues - 1982), Big Joe Turner (Blues Train - 1983), Earl King (Glazed - 1988).
Roomful Of Blues s'est produit aux Etats-Unis d'un océan à l'autre et a voyagé à l'étranger dans 22 pays, dont le Liban, la Pologne, l'Espagne, l'Italie, la France, le Portugal, la Suisse, la Turquie et la Russie.
BLUES rooful of blues
Ces musiciens sont de vrais historiens experts du blues qui maîtrisent de nombreuses variations du genre : Texas, Côte Ouest, Chicago, Nouvelle-Orléans, Kansas City. Jump blues, soul, rock, jazz, c’est un véritable feu d’artifices. Au fil des années Roomful Of Blues est toujours à la hauteur de sa réputation. A huit ou neuf, selon les époques, ils sonnent comme vingt. A chaque disque le band met la barre à un très haut niveau et la qualité est au top. Les titres repris par la formation signés Dave Bartholomew, Earl King, Clarence Gatemouth Brown, Leiber & Stoller, Amos Milburn, déjà excellents interprétés par leurs créateurs, deviennent encore plus excitants avec la patte de Roomful Of Blues. Et les propres compositions du groupe sont toujours étincelantes. Ces musiciens ne cachent pas leur affection pour les orchestres des 40’s et des 50’s et si quelques échos de ces décennies-là reviennent en mémoire, on ne tombe pas pour autant dans la copie rétro. L’hommage aux anciens n’empêche pas de vivre avec son temps. Le band distille une joie, un dynamisme et une vitalité, rares.

Longtemps sur le label Bullseye, Turn It On! Turn It Up! (1995), album nominé pour un Grammy, Under One Roof (1997), There Goes The Neighborhood (1998), Watch You When You Go (2001), le groupe signe chez Alligator records en 2003 pour That's Right, et enchaîne avec avec Standing Room Only en 2005, Raisin' A Ruckus en 2008 et Hook, Line & Sinker en 2011.

Pour fêter ses 45 ans de carrière Roomful Of Blues organise en mars 2012 trois soirées de concert dans le club The Ocean Mist à Matunuk, Rhode Island. Trois fois la salle se retrouve bondée et le public ne retient pas ses ovations. Classieux, pétaradant, énergique avec un swing du feu de Dieu le band passe du bop au lowdown blues, du jump au jazz avec une aisance presque insolente. Une véritable pyrotechnie musicale ! La rythmique est en béton, la section de cuivres est au top (mais a-t-elleblues roomful of blues jamais été défaillante ?), les solos de guitare sont enflammés, le saxo est rugissant, l’orgue est vrombissant, le chant est exalté. C’est joyeux et exubérant. L’année suivante Alligator sort l'album de ces spectacles 45 Live comprenant quatorze chansons (plus d'une heure de musique) couvrant l'ensemble de l'histoire du groupe.

En 2020 l’ensemble de huit musiciens dirigé par le guitariste Chris Vachon, n'a jamais sonné aussi frais et fort. Le chanteur Phil Pemberton apporte sa voix douce et mélancolique et ajoute une nouvelle dimension lumineuse aux racines musicales jazzy et jump blues. Avec le bassiste John Turner, le trompettiste Carl Gerhard, le batteur Chris Anzalone, le claviériste Rusty Scott, le saxophoniste baryton et ténor Alek Razdan, le saxophoniste ténor et alto Rich Lataille, Roomful Of Blues fait toujours vibrer les foules. Les concerts continuent de s’enchainer et le band est retourné en studio. La réputation du groupe n’est plus à faire, il est au sommet depuis longtemps et gageons qu’il y restera encore durant quelques décennies.

Gilles Blampain