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07/19
Chroniques CD du mois Interview: GROUND ZERO Livres & Publications
Portrait: JAMES COTTON Interview: FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL Portrait: ROBIN TROWER
 


Portrait
robin trower


blues kansas joe mc coy
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La quintessence de son œuvre se trouve dans la décennie 1973-1983.

Les notes pleurent en cascade sur le manche. Le son est brumeux, lourd, intense. Il prend à la gorge, pose une forme de malaise dans l'air. Une atmosphère de désespoir s'écrase sur les épaules de l'auditeur imprudent, celui qui s'attendait à entendre un énième guitare-héraut de blues. La voix renforce ce sentiment noir. On n'est pas seulement suffocant, mais atteint en plein coeur. Car ce blues touche au plus profond de l'être, bouleverse l'homme qui sait entendre le désespoir électrique du petit homme blanc.
Robin Trower a pourtant toujours été un amateur de musique noire. Il apprécie le blues, le rhythm'n'blues. Il idolâtre au plus profond Jimi Hendrix au point de quitter la sécurité d'un groupe installé pour se lancer dans une carrière solo basée sur son seul amour du blues électrique du grand Jimi et de Cream. Le Robin Trower Band va voir passer en son sein parmi les meilleurs musiciens noirs américains : Reg Isidore à la batterie et Rusty Allen à la basse, parce qu'il sait qu'ils sont les meilleurs en termes de groove. Robin Trower n'est pas une rock-star, il est incapable de se mettre en avant. Son seul rempart pour rester sur le devant de la scène, c'est sa guitare, une Fender Stratocaster qu'il adoptera dès son départ de Procol Harum en 1971.
Robin Trower est né le 9 mars 1945 dans le quartier de Catford, dans la banlieue de Londres. Comme beaucoup de ces jeunes gens de l'époque, Jeff Beck, Jimmy Page, Eric Clapton… Il découvre le rock’n’roll à la radio : Elvis Presley, Little Richard, Bill Haley… Il rencontre en 1960 un pianiste du nom de Gary Brooker et fonde avec lui les Paramounts. Le quatuor verra passer dans ses rangs un batteur nommé BJ Wilson et le bassiste Chris Copping. Pour l'heure, le quatuor joue du rhythm’n’blues et des standards de rock’n’roll avec des petits costumes à rayures et des belles coupes au bol comme les Beach Boys. Les Paramounts sortent quelques simples et EP entre 1963 et 1965 avant que la formation ne se disperse en septembre 1966.
La psychédélie arrive et Brooker fonde un nouvel orchestre en avril 1967 du nom du chat du poète et parolier de la formation, Keith Reid : Procol Harum. Un certain BJ Wilson a été embauché à la batterie, Matthew Fisher est un multi-instrumentiste de génie qui assure les arrangements complexes de la formation. Procol Harum mélange blues, jazz, musique classique et rhythm’n’blues sans complexe. Les Beatles sortent le premier vrai album original qui n'est pas un assemblage de simples : Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band en juin 1967. Au même moment, Procol Harum entre en studio pour son premier album. Auparavant, il a sorti un premier simple le 12 mai 1967 improvisé sur la Suite Orchestrale n°3 de Jean-Sébastien Bach : ‘A Whiter Shade Of Pale’. Le disque devient un immense tube international, le slow de l'été 1967. Robin Trower n'est pas encore là, il intervient sur le simple ‘Homburg’ fin septembre. Dès lors, Robin devient le guitariste de cette formation intense, mais qui va devoir vivre à l'ombre de son immense tube qu'elle sera incapable de renouveler, malgré de superbes albums et morceaux.
Les trois premiers albums, Procol Harum en 1967, Shine On Brightly en 1968 et A Salty Dog en 1969, sont dominés par la composition de Gary Brooker, Matthew Fisher et Keith Reid. Malgré des arrangements audacieux, une interprétation inspirée et des compositions sublimes, Procol Harum n'est plus dans l'air du temps. Les Moody Blues ont su habilement jouer la transition entre la pop à simples et les albums-concepts, préparant le terrain avec Procol Harum, les Beatles, The Nice et Soft Machine à l'essor de la musique progressive.
A la fin de l'année 1969, Procol Harum redevient un quatuor après le départ de Fischer. Brooker est au piano et au chant, Trower à la guitare, Chris Copping à la basse et Wilson à la batterie. Il ne s'agit rien de moins que la formation des Paramounts en 1962. A la fin de l'année 1970, les quatre se lancent dans une séance studio de classiques du rock et du blues pour le plaisir, offrant un disque appelé Liquorice John Death. Ce retour au rock, Trower en rêve. Il voit l'explosion de Jimi Hendrix, de Cream, de Led Zeppelin. Procol Harum est sur la scène du festival de l'Ile de Wight 1970 aux côtés de Cactus, Hendrix, Free, Taste, Who… Robin Trower est frustré. Derrière son visage toujours souriant, le jeune homme blond-rouquin au nez de boxeur n'en peut plus de voir la musique évoluer sans que Procol Harum n'esquisse un changement de cap.
Il obtient gain de cause partiellement sur l'album Home en 1970. Le disque débute avec le coriace ‘Whisky Train’, véritable avalanche de riffs boueux et de chorus teigneux. Un petit scopitone est filmé dans une vieille gare britannique. Procol Harum goes boogie. Trower propose quelques compositions, et affiche sa guitare sur de superbes morceaux comme ‘Still There'll Be More’. Sa Gibson Les Paul bave des éclats de lave, mais trop rares pour que l'on fasse de l'homme le prochain Jimmy Page.
Il réaffirme ses intentions, et Broken Barricades le voit s'imposer un peu plus. Sur la tournée, il est brillant. La réédition de l'album propose plusieurs sets montrant un Trower convaincu qu'il est temps de faire parler la guitare. Procol Harum reste toutefois trop timide pour lui. Et la formation est avant tout le vaisseau de Gary Brooker et Keith Reid. Finalement, Trower s'en va.
Il fonde une sorte de super-groupe nommé Jude. Clive Bunker de Jethro Tull est à la batterie, le chanteur écossais Frankie Miller est au chant, et James Dewar, ex-Stone The Crows, se positionne timidement à la basse et aux chœurs. Jude devient une entité vite difficile à contrôler. Miller est un écossais accro à la bouteille. Quant à Bunker, il a quitté Jethro Tull pour ne pas passer sa vie sur la route et rester proche de sa famille, ce qui n'est pas vraiment le projet de Trower. Dans ce marasme, les choses s'éclaircissent. Il n'est plus question de composer avec les egos de chacun, mais de laisser parler la guitare, son idée initiale. Il veut développer un blues électrique qui saura capter son spleen d'anglais certes souriant mais tourmenté. Et il veut que la Fender Stratocaster tienne le premier rôle.
Jude se dissout. Trower se retrouve seul avec James Dewar, le bassiste. Dewar assurait quelques chœurs, et sa voix chaude est plutôt intéressante. Ils jouent ensemble ‘Rock Me Baby’ de BB King sans batteur. Le guitariste découvre son alter-ego vocal. Lui qui joue prodigieusement mais a une voix de gamin maladroit, découvre un homme capable de poser la ligne vocale en adéquation au souffle épique de sa musique. Ils ont aussi en commun cette personnalité maladroite de sidemen, incapables de se mettre en avant, mais pétris de talent. Trower va chercher un batteur, et il le trouvera en la personne de Reg Isidore, suggéré par le pianiste Zoot Money. Cet homme, originaire des Antilles Néerlandaises, a une frappe précise et une vélocité contenue.
Matthew Fischer produit leur premier album en 1973 sur le label Chrysalis : Twice Removed From Yesterday. Le Robin Trower Band est un trio électrique, mais il y a déjà quelque chose de spécial. Une aura rampe sur cette musique blues et rock: ‘I Can't Wait Much Longer’, ‘Hannah’, ‘Man Of The World’, ‘I Can't Stand It’... Un fin soupir poussiéreux canalise la rage. Elle est sourde, elle imprègne les mélodies. Ce premier album est renié par la Grande-Bretagne, mais se classe 106ème dans les meilleures ventes d'albums aux USA.
Les tournées vont donc se concentrer sur le continent américain, et cela va s'avérer payant. Un second album arrive rapidement. L'ouverture ‘Day Of The Eagle’ de l'album Bridge Of Sighs se fait hard et psyché comme Jimi. Trower s'affirme encore avec sa maîtrise fulgurante du son et des chorus tordus et audacieux. Le morceau ‘Bridge Of Sighs’ tape dans le cœur des familles américaines en plein conflit vietnamien : ce blues cancéreux, avec ses paroles évoquant le passage de l'autre côté de la rivière, poignant, va conquérir l'âme de l'Amérique blessée. Quelques cloches inquiétantes teintent, avant que le riff lourd et magnétique résonne. James Dewar chante : « le soleil ne brille pas… ». L'album Bridge Of Sighs accroche la 7ème place des meilleurs ventes d'albums aux USA, et devient disque d'or. Ce succès commercial cache la progression des compositions, dont les tournures émouvantes déroutent les âmes : le triste ‘In This Place’, l'incandescent ‘Too Rolling Stoned’, les puissants ‘Lady Love’ et ‘Little Bit Of Sympathy’, et l'intensément romantique ‘About To Begin’.
Robin Trower ne sera en réalité jamais un succédané de Jimi Hendrix. Il va partir de ses influences, de ses groupes, de la musique qui l'interpelle, pour produire des albums toujours intensément personnels. C'est l'époque des guitares-hérauts : Rory Gallagher, Jeff Beck, Frank Marino, Pat Travers…
Malgré le succès du second album, il y a du gîte sur le navire Robin Trower. Reg Isidore supporte mal le rythme de tournée grandissant, et se trouve à l'étroit dans ce trio de heavy music. Il s'en va peu de temps après la sortie du disque. Le guitariste lance donc une audition, et parmi trente-cinq candidats se trouve Bill Lordan. Le musicien fait alors partie du groupe de Sly Stone, et a eu le privilège de jouer avec Jimi Hendrix en 1969. Le guitariste gaucher voulut l'embaucher pour jouer sur la scène de Woodstock, Mitch Mitchell étant retourné en Grande-Bretagne pour rejoindre sa fiancée qui venait d'accoucher. Mais le management de Lordan fut incapable de le prévenir à temps alors qu'il partait pour un autre engagement. L'audition se déroule très bien, et le blond batteur, que Trower pensait noir à cause de son jeu et de son accent particulier ressemblant à celui des noirs américains, est intronisé. Il reprend en cours de route la promotion de Bridge Of Sighs aux Etats-Unis à compter d'octobre 1974.
En janvier 1975, le Robin Trower Band joue pour plusieurs émissions de la BBC : Old Grey Whistle Test, le show de John Peel et une BBC Session au Paris Theatre. Puis en février sort le troisième album : For Earth Below. Matthew Fisher est, comme pour les deux premiers, à la production. Le disque contraste avec ses prédécesseurs par un son gras et poisseux, et par le jeu luxuriant de Lordan. Le batteur utilise avec fougue ses nombreuses cymbales, en friselis ou en accompagnement rythmique appuyé. L'homme est également plus prolixe en roulements de caisses. Outre une interprétation plus riche, les morceaux sont plus longs et laissent la place à de nombreuses improvisations de guitare d'une grande beauté. Tout y est poussé à l'extrême : la mélancolie, la sensation de combustion intérieure, le heavy, le blues, la noirceur létale. ‘Shame The Devil’, ‘It's Only Money’, ‘Alethea’, ‘A Tale Untold’... sont autant de torches incandescentes. L'album atteint la cinquième place des meilleurs ventes d'albums aux USA, et entre enfin dans les classements britanniques à la 26ème place.
Dès le début du mois de février des concerts sont organisés en Europe. Celui du 3 février 1975 au Concert Hall de Stockholm en Suède est capté par la radio nationale. La tournée mondiale va se poursuivre jusqu'à fin août, avec même quelques sets en novembre aux Etats-Unis. Durant l'été, le Robin Trower Band est à l'affiche du Festival de Reading parmi Mahavishnu Orchestra, Wishbone Ash, Lou Reed, Caravan… et du Day On The Green à Oakland aux côté de Peter Frampton, Dave Mason, Fleetwood Mac… La fin de l'année 1975 est l'occasion de se reposer un peu avant de repartir sur les routes en février 1976.
Six morceaux du concert du Concert Hall de Stockholm sont utilisés pour publier Robin Trower Live ! qui se classe 10ème aux Etats-Unis et 15ème en Grande-Bretagne. Parfaitement enregistré, doté d'une interprétation inspirée et enflammée, ce live est l'un des tous meilleurs enregistrements en concert des années 70. Le 24 mars 1976, le Robin Trower Band remplit le Madison Square Garden de New York sur son seul nom, avec Wishbone Ash en première partie. Le trio devient branché : il est photographié en coulisses avec Andy Warhol. Pourtant, cette hype ne semble pas éblouir un Trower effacé, souriant mais un peu gêné de toute cette agitation. Quant à Dewar, en bon écossais bourru, il se contente de regarder la scène d'un œil narquois.

Le disque Long Misty Days est assemblé entre deux concerts, et se révèle être un nouveau très bon cru. Le son est moins sale, les thèmes moins improvisés comme s’ils étaient interprétés sur scène. Il y a toujours ce heavy-blues puissant, mais avec toutefois une injection de groove funk dans ‘Same Rain Falls’, ‘Hold Me’, ‘Pride’ ou ‘Caledonia’. Les trois musiciens se frottent également à la chanson ‘Sailing’, un tube pour Rod Stewart l'année précédente. L'album se clôt sur une transe obsédante comme une cérémonie vaudou nocturne : ‘Messin' The Blues’. Long Misty Days sort en octobre 1976 et atteint la 24ème place aux USA, offrant un quatrième disque d'or consécutif au groupe, et la 31ème en Grande-Bretagne.
Au même moment, un changement s'opère : le trio devient quatuor avec l'arrivée de Rustee Allen à la basse, permettant à James Dewar de se consacrer uniquement au chant. Allen est un nouveau transfuge de Sly Stone, et son jeu très funk apporte un surplus de puissance musicale : il comble mieux le vide laissé par la guitare lorsque Trower part en chorus. Dewar, lui, malgré son immense talent de vocaliste, n'a pas vraiment l'étoffe d'un frontman comme Robert Plant ou Roger Daltrey. Autrefois cacher derrière sa basse, pouvant se reculer pour laisser le guitariste faire le show, il doit animer le devant de la scène, et cela le pétrifie de trac. Il va progressivement combler cela en se cachant derrière un set de congas, mais surtout en buvant de plus en plus.
Les dates se poursuivent aux Etats-Unis, sans temps mort. Un nouvel album est publié le 15 juin 1977 : In City Dreams. La heavy music laisse place à des compositions plus complexes, moins directement hard-blues : ‘Somebody Calling’, ‘Bluebird’, ‘Falling Star’…. Enregistré en Floride, les musiciens apparaissent bronzés comme des surfeurs californiens. Les chansons délicates sont plus promptes à séduire les radios FM friandes de belles chansons pop comme celles de Fleetwood Mac, Boston, Doobie Brothers, Journey, Heart… Cette tentative ne va pourtant pas vraiment porter ses fruits. Le disque sera à nouveau disque d'or, mais ne se classe que 58ème aux USA et 25ème en Grande-Bretagne. Scéniquement, la formation atteint un nouveau pinacle, comme le prouve le live In Concert enregistré le 18 octobre 1977 au Coliseum de New Haven. Les nouvelles chansons passent parfaitement le cap de la scène, plus funk qu'en studio. Quant aux grands classiques comme ‘Daydream’ ou ‘Bridge Of Sighs’, ils sont transfigurés par de nouvelles improvisations portées par la basse épaisse de Allen et la batterie puissante de Lordan. L'interminable tournée s'achève le 18 décembre à Tampa.
Puis, le Robin Trower connaît une curieuse période de silence scénique. L'album Caravan To Midnight paraît en 1978 et atteint la 37ème place des ventes aux Etats-Unis, mais aucune tournée ne l'accompagne, laissant le disque sans réelle promotion. Caravan To Midnight poursuit la voie ouverte avec In City Dreams, à savoir un rock plus aventurier, moins hard. Il se dégage pourtant un sentiment étrange de ces chansons, comme la mélancolie de la fin d'une époque. Trower explore des sonorités de guitare et des lignes mélodiques où se croisent blues, new wave et sonorités exotiques, avec une légère influence de Santana. Malgré ses qualités, l'album ne satisfait ni les radios US, ni les fans de la première heure de Trower qui apprécient la pyrotechnie guitaristique.
La sensation de fin de règne se confirme avec l'annonce au début de l'année 1980 du départ de Rustee Allen. James Dewar est revenu à son poste de bassiste-chanteur, et le Robin Trower est donc redevenu le trio de l'ère 1975 à l'heure où le heavy-metal fait son grand retour en Grande-Bretagne après l'énervement punk. Pendant, ces deux années de stand-by, les musiciens se sont reposés, en particulier Dewar, qui a pu mettre à profit ce temps pour ralentir la bouteille. Trower a voulu sauver son vieux complice en pleine déroute, lui qui a co-signé sur les trois derniers albums la quasi-totalité des morceaux.
Le trio revient avec un disque brillant : Victims Of The Fury. La musique est un heavy-blues féroce et sans aucun temps mort : ‘Jack And Jill’, ‘The Ring’, ‘Mad House’, ‘Into The Flame’… Deux mois de tournée visitent la Grande-Bretagne et les Etats-Unis jusqu'à fin avril 1980. Deux ultimes dates du trio ont lieu le 2 juillet à Birmingham et le 2 novembre à Manchester.
En mai 1981, Robin Trower s'associe au bassiste-chanteur Jack Bruce, ex-Cream, et une des idoles du guitariste Bill Lordan qui tient la batterie, et le trio devient BLT, les initiales des musiciens. Il semble qu'un nouvel album fut programmé avec le trio incluant Dewar, puisque l'un des morceaux du disque, ‘No Island Lost’, est co-signé par lui. Toutefois, il semble que Trower n'ait pu résister à l'opportunité de jouer avec Bruce. BLT est un bon disque, qui croise le blues lourd de Trower avec les mélodies aux teintes jazz de Bruce. ‘Into The Money’, ‘Won't Let You Down’, ou ‘End Game’ montrent un alliage réussi. Le disque se classe 37ème aux Etats-Unis, mais ne sera pas suivi d'une tournée, Bruce jouant avec son propre groupe solo incluant à l'époque le batteur Billy Cobham, le pianiste David Sancious et l'ex-Humble Pie Clem Clempson.
BLT est dissous en 1982 pour laisser la place à l'association Trower-Bruce sur l'album Truce. C'est Reg Isidore, qui collabore alors avec Peter Green, qui se remet derrière les caisses. Son jeu plus sec, moins exubérant, correspond mieux à ce nouvel opus enregistré à la fin de l'année 1981. Si l'on retrouve la guitare bleue de Trower, les teintes funk, new jazz, mais aussi new wave sont plus prégnantes. On les distingue sur ‘Gonna Shut You Down’, le splendide et poignant ‘Gone Too Far’, ‘Thin Ice’ ou ‘Fat Gut’. Le disque se conclut toutefois sur une puissante machine heavy-blues : ‘Little Boy Lost’. Moins évident que son prédécesseur, il montre une nouvelle facette de la collaboration entre les deux musiciens. Une fois encore, le disque n'est pas suivi d'une tournée, et les ventes s'amenuisent : à peine 109ème dans le Billboard US.
Jack Bruce et Robin Trower repartent à nouveau chacun dans leur coin, et le guitariste doit retrouver de nouveaux musiciens. Il fait à nouveau appel à James Dewar, qui vient d'enregistrer un album solo qui ne verra finalement le jour qu'en 1998, Stumbledown Dancer. La batterie est tenue par Bob Clouter qui a joué avec Legend de Pete Jupp et Chicken Shack, et la basse par Dave Bronze. Le résultat est l'album Back It Up en 1983. Il poursuit le travail entamé avec Truce, à savoir l'alliage entre blues-rock et sonorités nouvelles, new wave et funk. Toutefois, le disque est aussi un joli fourre-tout dans lequel on retrouve une chanson de l'album Victims Of The Fury, ‘None But The Brave’, des choses plus directement inspirées du Robin Trower Band des années 74-76 comme ‘River’, ‘Time Is Short’ ou ‘Black To Red’. Et puis il y a les étonnantes réussites proto-new wave comme ‘Back It Up’ et ‘Benny Dancer’, du funk avec ‘Captain Midnight’ et même un blues particulièrement poisseux ‘Settling The Score’. Ce dernier morceau est la parfaite conclusion d'une époque, celle de l'ère James Dewar du Robin Trower Band, et du contrat sur la major Chrysalis. L'album accroche péniblement la 191ème place des ventes aux USA, et une fois encore, aucun concert ne s'en suivra.
Libre de tout label, Trower monte un nouveau groupe avec Dave Bronze à la basse et Davey Pattinson, ex-Gamma, au chant. Ils signent sur Crescendo, un petit label indépendant, et sortent Passion en 1985. C'est le premier album de Robin Trower à voir apparaître des synthétiseurs, très en vogue à l'époque. Le disque se vend mieux, notamment grâce à une tournée mondiale pour le promouvoir, la première pour le guitariste depuis cinq ans. Depuis, Trower sort régulièrement des albums, souvent intéressant, parfois très bons, comme Living Out Of Time en 2003. Toutefois, la quintessence de son œuvre se trouve dans ces années 1973-1983, avec l'immense et sous-estimé chanteur James Dewar. L'homme sera victime d'une attaque en 1987 qui le laissera lourdement handicapé. Il sera obligé de vivre ses quinze dernières années dans un établissement spécialisé, parlant avec difficulté, oublié de tous. Il s'éteint en 2002, laissant Robin Trower orphelin de sa voix.
Julien Deléglise