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05/17
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Portrait
PEE WEE CRAYTON
18 décembre 1914 (Rockdale, Texas) – 25 juin 1985  (Los Angeles, Californie)


pee wee crayton
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Avec son style élégant et un swing remarquable, aussi à l’aise dans un registre feutré que sur un rythme trépidant, son nom est attaché au son West coast.

Connie Curtis Crayton voit le jour à Rockdale, non loin d’Austin au Texas. L’histoire raconte que son père l’aurait surnommé Pee Wpee wee craytonee en l’honneur d’un pianiste local. Tout jeune il se bricole une guitare avec une boîte de cigares et plus sérieusement apprend à jouer de l’ukulélé puis s’initie à la trompette et c’est tout naturellement qu’il intègre l’orchestre de son école. Dans les années 30 il est fan des big bands de jazz, il écoute Louis Armstrong et Duke Ellington.
Il part en Californie en 1935, et s’installe dans un premier temps à Los Angeles mais n’exerce aucune activité musicale. Son premier job est vendeur de voitures. Vers 1941 ou 1942 il déménage à Oakland près de San Francisco où pendant la guerre il travaille dans les chantiers navals.
C'est vers la trentaine qu’il se met sérieusement à la guitare en s'inspirant de Charlie Christian. Sur les conseils éclairés de son ami T.Bone Walker il développe son propre style mêlant un son jazzy à un rhythm and blues endiablé. Il est évident que parmi les facteurs importants dans le développement de la scène musicale californienne et du succès de Pee Wee Crayton à cette période, le progrès de la technologie électronique dans la fin des années 1930 qui a donné naissance à la guitare amplifiée a été déterminant.
En 1945 il se produit en trio dans les clubs de la baie de San Francisco (Slim Jenkins Club, Colony Club, Clef Club, Sam’s Barbecue…) où il rencontre un franc succès. En 1946, il retourne à Los Angeles et rejoint l’orchestre du pianiste Ivory Joe Hunter avec qui il se produit durant une année. On peut les écouter au club Adam, au B            arrelhouse, au Cooks Union Hall. Avec Hunter, en tant que leader ou sideman, il enregistre sans trop de succès quelques disques qui paraissent sur le label Pacific. Il remonte dans la baie de San Francisco et créé sa propre formation avec David Lee Johnson au piano et Candy Johnson à la batterie. Ils se produisent sur la scène du New Orleans Swing Club à Oakland.

En 1947 il grave un premier disque sous son nom pour le label Four Star, mais c’est dans les clubs qu’il est repéré par les frères Bihari. Ces derniers, propriétaires du label Modern, apprécient Crayton et veulent surtout avoir dans leur écurie un musicien du style de T.Bone Walker dont le son est au goût du jour. En 1948 un contrat est signé, Crayton enregistre le très swinguant ‘Texas Hop’ et le plus sentimental ‘Blues After Hours’ ainsi qu’une ballade ‘I Love You So’ qui rencontrent un réel succès. A partir de là il s’installe comme l’une des valeurs montantes de la scène musicale de Los Angeles et enflamme toutes les lieux où il se produit.  Il part en tournée à travers les Etats-Unis à la tête de son orchestre.

En 1950 il est applaudi au Savoy Ballroom de New York. De retour à Los Angeles, en juin il joue dans le Wrigley Field Stadium pour le show « Cavalcade of Jazz » qui réunit à l’affiche Tiny Davis, Roy Milton, Dinah Washington et Lionel Hampton et son orchestre. En juillet il joue au Shrine Auditorium avec Dinah Washington, Helen Humes, Jimmy Witherspoon, Roy Milton, Tiny Webb, Roy Hawkins, ‘Slo’ Walsh, Joe Lutcher, Lillie Greenwood, dans le cadre du « Rhythm & Blues Jubilee ». Il tourne également dans le Sud avec Roy Milton, dans l’Est et le Midwest avec Ray Charles, Big Maybelle et Dinah Washington
En 1951, Pee Wee Crayton signe avec les frères Mesner qui dirigent le label Aladdin. En novembre il enregistre deux titres ‘When It Rains It Pours’ et ‘Daybreak’ qui paraissent en décembre. Début 1952 Crayton est sur la scène du Lincoln Theater de Los Angeles en compagnie de Mabel Scott et The High Hatters. Durant les mois qui suivent il continue de se produire dans les clubs de la côte Ouest. Son contrat avec les frères Mesner n’est pas reconduit et les seuls nouveaux disques de lui qui paraissent à cette époque sont des fonds de catalogue de Modern Records pour qui il a abondamment enregistré.
En 1953, victime d’un accident de voiture près de Galveston au Texas, il reste éloigné de la scène et des studios durant de longs mois.
Remis sur pieds, en 1954 il tourne au Texas, au Colorado et au Nouveau Mexique. C’est en juin qu’il signe avec le label néo-orléanais Imperial qui sort sans tarder  ‘Do Unto Others’ et ‘Every Dog Has Its Day’ suivis peu de temps après par ‘Win-O’ et ‘Hurry Hurry’ puis en décembre ‘I Need Your Love’ et ‘You Know Yeah’.

pee wee crayton

Son jeu de guitare agressif est marqué par un phrasé volubile doté d’un swing remarquable et des riffs prolongés soulignés par des cuivres. Son style élégant intègre également des boogies au tempo enlevé et, dans un registre plus calme, des ballades sentimentales exprimées avec une voix chaleureuse.

En janvier 1955 grâce au concours d’Alan Freed, le très entreprenant disc-jockey new-yorkais, ‘I Need Your Love’, qui mêle rhythm’n’blues et country music, s’impose sur la côte Est et commence à se vendre à travers tous les USA. En février il effectue une tournée dans les états du Nord-Ouest, en avril ce sont les états du Sud qu’il sillonne avec Eddie Vinson, Chuck Higgins et Dolores Gibson.
En 1956 il s’installe à Detroit. Pendant ce séjour, il devient la source d'inspiration du jeune guitariste Kenny Burrell avec qui il se lie d’amitié. En septembre il se rend à Chicago et enregistre une douzaine de pistes chez la très jeune compagnie Vee-Jay dont ‘I’ve Found My Peace Of Mind’, unechanson dans une veine soul dans laquelle son chant mélodieux et le son cristallin de sa guitare sont mis en valeur par un chœur masculin et ‘The Telephone Is Ringing’ un archétype du blues lent. La guitare de Pee Wee Crayton atteint alors des sommets, l'accompagnement et la production sont remarquables.
Dans la capitale de l’automobile Crayton se retrouve sur scène avec T.Bone Walker lors d’un show mémorable pour s’affronter dans une Battle of the Guitars. Mais il ne reste pas cantonné à Detroit, il tourne en Pennsylvanie, en profite pour enregistrer pour le label Jamie basé à Philadelphie, et se produit également dans le New Jersey et dans l’Indiana. Cependant le succès est fuyant, sa bonne étoile est sur le déclin. Sa musique qui mêle blues, swing et jazz n’est plus dans l’air du temps, l’heure est au rock’n’roll.
A la fin des années 1950 il retourne en Californie, ralentit ses activités et ne se produit plus que localement. Il enregistre pour les labels Jamie ‘Taint Nobody's Business’ et ‘Little Bitty Thing’ (1960), Guyden ‘I'm Still In Love With You’ et ‘Time On My Hands’ (1961), Smash ‘Git To Gittin' et ‘Hillbilly Blues’ (1962). Mais c’est avec un emploi de chauffeur routier qu’il gagne sa vie à présent.

En 1968 il réapparaît au club Ash Grove à Los Angeles en compagnie de Lowell Fulson. En août 1970 il participe au festival d’Ann Arbor dans le Michigan. Mais c’est surtout grâce à Johnny Otis et sa Traveling Caravan of R&B Stars qu’ilrefait surface, et le double album live du show pee wee craytoncapté au Festival de Monterey (paru chez Epic) prouve que Pee Wee Crayton est toujours un excellent performer. A partir de ce moment-là il reprend une activité musicale régulière. Il est à l’affiche de spectacles en compagnie de Big Joe Turner et Big Mama Thornton. On le voit dans différents clubs californiens et fait même un passage remarqué chez Antone’s à Austin. Il enregistre pour Vanguard (album Things I Used To Do - 1971) et Blues Spectrum (‘Texas Hop’, ‘If I Ever Get Lucky’ - 1973). En 1973 il retourne à Ann Arbor.
A la fin des années 1970 il passe ses journées sur les greens pour assouvir sa passion pour le golf et en donne le soir, çà et là, quelques concerts. Après dix ans loin des studios, il fait ses dernières sessions d’enregistrement en 1983 avec l’album Make Room For Pee Wee, et malgré l’approche de ses 70 ans on peut noter que sa musique est toujours aussi enlevée.   

Certains avancent que Pee Wee Crayton a été le premier guitariste de blues à utiliser une Fender Stratocaster qui lui aurait été donnée par Leo Fender en personne. Figure marquante de l'histoire du blues de la côte Ouest, Pee Wee Crayton est mort d'une crise cardiaque en 1985 à Los Angeles et a été enterré dans le cimetière d'Inglewood Park.

Gilles Blampain