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10/19
Chroniques CD du mois Interview: PIERRE SIBILLE Livres & Publications
Portrait: LOUIS JORDAN Interview: ZU Portrait: PAUL SAMSON
 


Portrait
PAUL SAMSON


blues kansas joe mc coy
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Il a entraîné derrière lui une formidable vague de groupes novateurs.

Ça ricane sur son passage. Les petits punks locaux le voient arriver avec son matériel pour investir la scène du Music Machine de Londres avec sa dégaine de hard-rocker. Ça persifle sur son pantalon de cuir, ses cheveux longs et bouclés, et sa moustache. Il n'est pas vraiment un gamin non plus, mais l'histoire révélera que de nombreux punks ne l'était pas en réalité. Paul Samson est né le 4 juin 1953 dans le comté de Norwich. La scène anglaise de la fin des années 60 va l'ouvrir à la guitare. Il est un inconditionnel de Jimi Hendrix, Cream, Led Zeppelin et du blues anglais : Savoy Brown, Chicken Shack, Fleetwood Mac… Il a aussi découvert un trio américain qui l'influence pas mal : ZZ Top.
Paul Samson n'a pas attendu bien longtemps pour créer un groupe à son nom. Il a été rejoint par un grand bonhomme chauve à barbiche à la basse : John McCoy. Ce n'est pas un inconnu, puisqu'il a fait partie du groupe de rock progressif – jazz-rock Zzebra. Paul connaît bien cette scène prog anglaise qu'il croise dans les clubs londoniens qu'il fréquente également comme guitariste. Considéré comme le plus célèbre des guitaristes inconnus de l'underground de Londres, le voir fonder son propre groupe est une bonne nouvelle, et l'appui de McCoy, qui s'ennuie à jouer du jazz-rock, est un atout. Après tout, Gordon ‘Sting’ Sumner et Stewart Copeland, eux aussi de la scène prog-jazz, ont bien formé un groupe de punk du nom de The Police. Ils sont rejoints par le batteur Roger Hunt. La formation trouve rapidement des concerts malgré le contexte très défavorable pour le hard-rock en 1977. Interviewé par Geoff Barton de Sounds, Samson déclarera en 1979 que son groupe assura près de 230 concerts durant cette année punk, au mépris complet de la presse musicale.
La formation évolue. John McCoy ne peut refuser l'offre de l'ancien chanteur de Deep Purple, Ian Gillan, de rejoindre son propre groupe de hard-rock, Gillan. Il est remplacé par un bassiste à la gueule en biseau et au jeu sec : Chris Aylmer, transfuge des obscurs Maya. Un jeune homme au jeu fougueux et puissant prend les caisses : il s'appelle Clive Burr. C'est ce trio, avec Paul Samson au chant, que l'on retrouve sur les deux premiers simples : 'Telephone/Leavin' You' en octobre 1978, et 'Mr Rock'N'Roll/Drivin Music' en mars 1979. Samson devient un habitué du Music Machine à Londres.
Lorsque le second simple sort, Clive Burr est déjà parti. Il est remplacé par une espèce de frappadingue des fûts qui va faire faire un grand pas à Samson. Barry Purkis, dit Thunderstick, se présente cagoulé, affublé d'un costume léopard ou d'une combinaison de travail. Son jeu furieux, directement hérité du jazz-rock dont il est aussi friand, à base de roulements de toms et de tempi frénétiques, allié à son jeu de scène extravagant, va faire de Samson l'attraction heavy-metal londonienne. La nouvelle scène anglaise se limite à Samson, Tygers Of Pan-Tang, Sledgehammer et à trois énervés de Newcastle-Upon-Tyne du nom de Raven.
En janvier 1979, Samson entre en studio. Pas vache, John McCoy leur produit le disque. En mai, Samson s'embarque dans une tournée conquérante afin de mettre à genoux ce punk à la con qui les empêche de jouer ce qu'ils veulent. Elle s'appelle la Heavy-Metal Crusade, et le trio est accompagné en première partie par deux jeunes formations : Angel Witch et Iron Maiden, les deux battant le fer du metal anglais contre vents et marées depuis 1977 avec Samson. Le succès est là, et le journaliste Geoff Barton, de Sounds, les suit avec attention. C'est lui qui définit le patronyme de cette nouvelle vague : la New Wave Of British Heavy-Metal (NWOBHM). Pour ce numéro, c'est Thunderstick avec sa cagoule qui illustre la couverture.
Il devient évident que Samson a besoin d'un chanteur. Vu le trio déjanté, un chanteur comme celui des Heavy-Metal Kids, Gary Holton, serait parfait. Un moustachu trapu à cheveux longs est toutefois en ligne de mire. Il chante dans une comédie musicale rock dans un pub nommé le Prince Of Wales à Gravesend. Paul Samson débarque tout de cuir vêtu avec sa moustache, ses cheveux longs bouclés et un chapeau melon. Chris Aylmer porte une sorte de mulet et des pattes teintes en blond. Purkis débarque en costume nazi, avec des cheveux rouges et des boucles d'oreilles fluorescentes. Une audition est programmée, et le jeune homme s'en sort magnifiquement. Il s'appelle Bruce Dickinson, mais décide de se faire appeler Bruce Bruce, inspiré par le sketch des philosophes des Monty Python.
L'arrivée de Dickinson est capitale. Il apparaît sur la pochette de l'album Survivors en juin 1979, alors qu'il n'y chante aucune note. L'album en lui-même est sympathique, non dénué de bonnes chansons, mais elles manquent cruellement de mordant. Les versions ultérieures sur scène révéleront leur puissance. Le disque ne fait pas bouger l'onde sur le lac, mais est historiquement le premier album de la NWOBHM. Le visuel est bien plus violent que la musique. La suite doit être décisive.
Suivant une stratégie aussi ancestrale qu'efficace, Samson joue partout où il le peut. Il assure la première partie de Gillan, Randy California, Robin Trower, et joue même en tête d'affiche avec une formation nommée Nicky Moore Band en ouverture. Le travail porte ses fruits, et l'album Head On, qui sort en juin 1980, atteint la 34ème place des classements anglais. Sa pochette marque les esprits avec Thunderstick dans un halo rouge, portant une hache. En réalité, ce visuel et cette musique est déjà dépassée par la fougue de formations comme Iron Maiden, Saxon, et Def Leppard. Le disque en lui-même est considérablement meilleur que son prédécesseur. Toutes les qualités du quatuor sont là : la virtuosité, le brio musical, les compositions…. 'Take It Like A Man', 'Vice Versa', 'Hammerhead', 'Walking Out To You'…. Sont autant de preuves de cet instant de grâce. Samson assure un show spectaculaire d'à peine une demi-heure lors du Festival de Reading 1980. Thunderstick joue dans une cage, le public rugit. C'est le festival de l'explosion de la NWOBHM avec Iron Maiden, UFO, Budgie, Samson, Def Leppard, Blizzard Of Oz…
Tony Platt va être appelé pour le prochain album. Il va d'abord remixer Head On pour les marchés allemand et français, pressages uniquement disponibles en vinyle d'époque jusqu'à 2019. Puis Platt entame les sessions de Shock Tactics, entre décembre 1980 et janvier 1981. L'album sort en mars 1981.
Shock Tactics ne s'impose pas dans les classements anglais. C'est un disque solide, où vibre la folie du blues électrique de Paul Samson. Véritable boogieman halluciné, il gratte des riffs rigides, puissants, soutenu par une rythmique impeccable, mais forcément moins exubérante. Le disque, capté en décembre 1980, s'ouvre sur 'Riding With The Angels', écrit par le faiseur de tubes hard-FM Russ Ballard, qui va aussi travailler avec succès avec Rainbow sur le titre 'I Surrender' la même année. Il y a de bonnes chansons, pourtant quelque chose se délite déjà. Le chant extravagant et lyrique de Bruce Dickinson ne fonctionne pas toujours sur certains morceaux. Il brille sur 'Earth Mother' ou 'Nice Girl', mais pas du tout sur 'Bright Lights' ou sur la démo de 'Losing My Grip'. Les circonvolutions vocales gâchent le blues rageur de Paul Samson. Il en fait trop. 'Communion', qui clôt l'album, ouvre pourtant une route nouvelle, alliant superbement le chant de Dickinson et les arpèges délicats de Paul Samson. Un alliage de douceur mélodique et de fermeté que l'on retrouvera sur la chanson 'Children Of The Damned' de l'album The Number Of The Beast d'Iron Maiden, le premier avec Dickinson, morceau dont il est le co-auteur. Il semble qu'il n'y ait qu'une issue fatale : le départ de Dickinson.
Il se fera fort involontairement en réalité. Samson intervient donc pour une petite demi-heure sur la scène du Festival de Reading 1980, avec Thunderstick dans une cage. C'est l'avènement médiatique de la NWOBHM. Def Leppard, Budgie, Iron Maiden, Samson, Praying Mantis, Angel Witch… sont là. L'année suivante, Samson fait partie des pré-têtes d'affiches qui peuvent jouer un set complet. Thunderstick et sa cage sont partis pour laisser place au kit double grosse caisse de Mel Gaynor. Purkis n'a pas supporté les rythmiques trop carrées du nouveau disque, et s'en est allé juste après sa sortie. Il créera son propre groupe.
L'édition 1981 du Festival de Reading va être un des pinacles médiatiques de Samson, mais aussi son tombeau. En effet, Rod Smallwood, le manager d'Iron Maiden, va observer leur performance attentivement. Il a repéré le chanteur, tout comme le bassiste Steve Harris. Le set sert en réalité d'audition à un nouveau chanteur pour Iron Maiden. Le quintet est en quête d'un nouveau vocaliste pour remplacer Paul DiAnno, à bout de forces, consommant drogues et alcool pour tenir le rythme, au détriment de sa voix. A la fin du set, Dickinson est courtisé, et il ne met pas longtemps à accepter la place de frontman au sein d'Iron Maiden.
En septembre 1981, Bruce Dickinson est parti. Il est remplacé par une sorte d'ours mal léché du nom de Nicky Moore. Le bonhomme n'a rien de sexy : ventripotent, un collier de barbe et des yeux globuleux, il n'a rien du leader à la Robert Plant. Pourtant, le bonhomme est une légende de la scène anglaise. Il a débuté dans un groupe de blues-rock nommé Hackensack en 1969, qui sortira un premier album culte en 1973, puis il fera partie du super-groupe de blues anglais nommé Tiger avec Big Jim Sullivan à la guitare, pointure des studios anglais dans les années 60 avec un certain Jimmy Page.
L'homme n'est pas très chouette physiquement, mais là n'est pas l'objectif. Samson est un alliage de gaillards certes peu jeunes et sexy, mais d'un niveau musical au-dessus de la moyenne. Ils approchent tous la trentaine. Aylmer a toujours sa gueule taillée à la serpe, Samson celle d'un épagneul, sa chemise blanche sur son jean et ses bottes de desperado. Et puis il y a Nicky, avec sa brioche et son gros ceinturon de cuir, et surtout son gosier bleu d'enfer. Gaynor se sauve pour laisser sa place à un jeune homme rapide et efficace : Pete Jupp. Dès la fin de l'année 1981, Samson nouvelle formule se produit sur scène, notamment au Marquee de Londres, où il enregistre quelques pistes, dont de vieux titres de ses débuts remodelés par les nouveaux musiciens.
Avec Head On, Samson avait atteint un pinacle artistique où se mêlait hard-rock, blues et virtuosité jazz avec le chant de Dickinson et le jeu de batterie de Purkis. Mais cet équilibre établi sur les égos était fragile. Il trébucha avec Shock Tactics, lorsque Paul Samson voulut revenir à la simplicité de la pulsion du boogie.
Malgré le départ de Bruce Dickinson, que l'on pensait fatal à Samson, le groupe se relance. Première opportunité de choix : un contrat sur la major Polydor. Un EP en juillet 1982 précède le nouvel album, Before The Storm, qui sort en octobre. Sous une pochette heroic-fantasy un peu kitsch, mais très à la mode dans le hard-rock du début des années 80, Samson délivre neuf nouveaux morceaux. La greffe Nicky Moore a pris à merveille. Le timbre puissant et blues du chanteur se mêle parfaitement aux riffs hard'n'blues de Paul Samson, les deux hommes étant solidement appuyés par Aylmer et Jupp. Le jeu simple du bassiste fonctionne à merveille sur ces riffs hargneux et percutants. Pete Jupp est bien moins exubérant que Purkis. Il délivre une assise rythmique précise et carrée, ce qui n'exclut pas quelques roulements de caisses pour ponctuer les mélodies. Mais il ne cherche nullement à voler la vedette. Il assure un magnifique travail de batteur, la pulsation d'un groupe qui a frôlé l'infarctus fatal. Polydor laisse une paix royale à Samson dans ses choix musicaux, et le quatuor a donc eu toutes latitudes pour travailler comme il l'entendait.
Before The Storm est le meilleur album de Samson avec Head On, bien que jouant dans des univers hard-rock bien différents. Head On est trépidant, Before The Storm est puissant, menaçant, et mélodique. La musique de ce nouvel album va aussi définir un genre de hard-rock nouveau qui ne va subsister que quelques courtes années, mais va offrir quelques albums décisifs. Mêlant l'expérience de musiciens matures, des racines croisant Cream, Hendrix et Peter Green's Fleetwood Mac, et un sens aigu de la mélodie, Samson dessine un hard-rock puissant, aux apparences simples, efficaces, mais qui nécessite une précision liée à plusieurs années de travail de musicien passionné. De 1980 à 1985, quelques formations de vieux limiers vont façonner ce son hard hérité du blues anglais : Trapeze avec notamment l'album Hold On dès 1979, Whitesnake de David Coverdale avec Ready'N'Willing en 1980 et Slide It In en 1983, Fastway avec ses deux premiers albums en 1983 et 1984, UFO avec Mechanix en 1982 ou encore Blackfoot avec Siogo en 1983. Samson s'ajoute à cette liste de prestigieux musiciens qui ont su trouver un équilibre fin entre hard-rock teinté de blues et mélodie sans basculer dans le hard-FM racoleur. La place grandissante des synthétiseurs et les clips MTV mettront fin à ce subtil alliage.
La formation tourne en Grande-Bretagne, mais aussi dans toute l'Europe. Si le disque n'accroche pas les charts anglais, il se vend très bien en Allemagne et en Scandinavie, où Samson est une attraction scénique appréciée. Les dates se poursuivent sur 1983, avant que le quatuor ne retrouve les studios.
Le disque qui en ressort s'appelle Don't Get Mad, Get Even. Il sort en 1984, et sa sonorité a subi un lifting peu heureux. La production est certes solide, mais laisse bien moins de place aux saveurs originelles de Samson. Plus calibré, avec des refrains massifs, Don't Get Mad, Get Even se montre plus ouvertement commercial. Les chansons manquent aussi de cette petite subtilité hard-blues-mélodique qui fit l'éclat de Before The Storm. Elle apparaît par intermittence, comme sur le superbe solo de guitare de 'Are You Ready'. Les batteries électroniques font leur apparition, ainsi que les synthétiseurs, avec toutefois de la mesure. Quelques morceaux brillent toutefois : 'Burning Up', 'Into The Valley' ou le fascinant 'Don't Get Mad, Get Even' avec son tempo obsédant. Samson a mordu l'accotement, mais les qualités du groupe sont intactes.
De nombreuses chansons vont se révéler sur l'album live Thank You And Good Night de 1985. Entre-temps, le groupe commence à ressentir la pression de son label. Après deux albums sans que celui-ci ne se soucie de ses poulains, il finit par se pencher sur les comptes. Samson fait des bons disques, et remplit les salles de concert, mais il n'y a pas de tube. Peu à peu, la pression se fait sentir. Le hard-rock qui se vend en 1984 est sexy. Aussi conseille-t-on à Paul Samson de virer leur vilain bassiste vieillissant. Paul refuse, mais Aylmer lui simplifie le travail : il s'en va de lui-même, fatigué de la vie sur la route.
Merv Goldworthy, transfuge de Diamond Head, prend la basse, Dave Colwell se joint à la guitare rythmique. Le groupe devient un étrange laboratoire où se mêlent deux camps : ceux plus attachés à la qualité des chansons et du son que de l'image : Samson, Moore, Jupp, et les nouveaux, peu concernés par l'âme du groupe. Le disque live est très bon, mais il aurait été au combien supérieur dans la configuration Samson-Moore-Aylmer-Jupp, soit la quintessence du hard-rock-blues mélodique.
La pression de la maison de disque sur Samson à propos de son image devient insupportable. Cette fois, c'est Nicky Moore qui est dans le viseur. Le label veut un groupe sexy, typé Mötley Crüe – Bon Jovi, et pas un ramassis de vieilles scies rock des années 70. Paul Samson juge qu'il est désormais temps de se séparer afin de se libérer de la pression de Polydor. Le disque live Thank You And Good Night sera le moyen de clore le contrat.
En 1986, Paul Samson refait surface avec un disque à son nom, mais avec le chanteur Nicky Moore : Joint Forces. Il signe avec le label alternatif Raw Power. Ce nouveau disque dispose d'excellents morceaux hard'n'blues mélodiques. La quintessence est indiscutablement le puissant et implacable 'That Ain't All'. Mais n'oublions pas les très bons 'The Chosen Few', 'Burning Emotion' alternant heavy-speed abrasif et hard mélodique, le beau blues-rock 'Tell Me', 'Power Of Love' qui ressemble terriblement à ce que compose Legend en 1983, exceptionnelle formation NWOBHM de Jersey.
L'album ne sera malheureusement suivi d'aucun concert dans cette formation d'enregistrement. Nicky Moore part fonder Mammoth avec John McCoy, ex-Gillan et Samson. La scène heavy-metal a bien changé en cette fin des années 80. Le thrash-metal est roi avec Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax. Les Guns'N'Roses sortent leur premier album en 1987. Mötley Crüe, WASP et Poison sont les rois du glam-metal US. Les dernières braises de la NWOBHM se sont éteintes vers 1985, dépassées par les nouveaux groupes qu'elle a elle-même inspirés. Seules les mieux managés ont survécu : Def Leppard, Saxon, Iron Maiden.
En cette fin des années 80, Paul Samson a constitué un nouveau groupe nommé Paul Samson's Empire. Un live paraît en 1986 : Live At The Marquee. Le guitariste compose avec une formation variable. Le chant est souvent tenu par Peter Scallan. L'homme est capable, le coffre calibré pour le son hard commercial de l'époque. Mais les enregistrements en concert dévoilent rapidement leurs limites. Les albums 1988 en 1988, Look To The Future en 1989 et Refugee en 1990, sortis sous le nom de Samson, dévoilent quelques bonnes compositions : 'Good To See You', 'Room 109', 'Love This Time'…. Toutefois, les synthétiseurs, la voix de Scallan, et le look hair-metal rapproche Samson de Bon Jovi.
Ce hard-rock est balayé dans la première moitié des années 90 par le grunge. Les formations de la NWOBHM bénéficient toutefois d'un coup de projecteur salutaire signé Metallica. En 1990, le batteur Lars Ulrich arrange en effet une double compilation regroupant tous les groupes qui ont influencé sa musique pour fêter les dix ans de cette vague : New Wave Of British Heavy-Metal '79 Revisited. Diamond Head, Venom, Iron Maiden, Saxon sont au programme, mais aussi Savage, Paralex, Holocaust, Angel Witch et bien sûr Samson. Plusieurs de ces formations vont en profiter pour se reformer, enregistrer un nouvel album et faire quelques concerts lucratifs. Samson, qui n'a en réalité jamais disparu, poursuit sa route.
Nineteen Ninety-Three sort en 1993. Il continue la musique rock mélodique des précédents disques. Samson est à nouveau un trio comme à ses débuts, avec Paul au chant et à la guitare. Chris Aylmer a fait son retour à la basse. Le trio est une attraction des clubs rock anglais, retrouvant le relatif anonymat de ses débuts.
En 1997, Paul Samson assemble un album composé de divers enregistrements en concert captés dans des clubs et des pubs entre 1981 et 1997. La plupart du temps sous la forme de trio, le guitariste reprend du Jimi Hendrix, Peter Green's Fleetwood Mac ou ZZ Top. Il s'y révèle authentique, sans filtre, passionné. On y découvre le guitariste inspiré, improvisant avec brio dans son style hargneux, presque psychédélique. Son jeu est coriace, rageur, halluciné, son picking féroce. Les versions de 'Louise' en 1981 et 'Voodoo Chile' en 1993 valent à elles-seules l'achat du disque.
En 1999, le vent de la nostalgie souffle pour Paul Samson. Bruce Dickinson a quitté Iron Maiden en 1993 pour se lancer dans une carrière solo. Après quelques albums plus expérimentaux qui ne font pas l'unanimité, notamment chez les fans de son ancien groupe, Dickinson assemble une nouvelle formation avec son ancien camarade Adrian Smith, lui aussi dissident d'Iron Maiden. Le chanteur revient à la formule heavy-metal à l'ancienne, celle qui fit son succès. Des tractations débutent avec Paul Samson pour une possible reformation du Samson de l'époque Head On en 2000, année des vingt ans de l'album mythique. Chris Aylmer est déjà sur les rangs, Barry « Thunderstick » Purkis est également partant. Les dates s'organisent, Head On est même réédité sur le propre label de Dickinson, Air Raid Records.
Pourtant, le chanteur est aussi démarché par un Iron Maiden en difficulté avec leur nouveau chanteur, Blaze Bayley. Le quintet a souffert du départ de Dickinson, et est en perte de vitesse. Le choix entre la reformation de Samson et le retour dans Iron Maiden va être vite fait. Paul Samson se retrouve sans chanteur pour les dates à venir. Trahi, mais pas abattu, il fait appel à Nicky Moore, devenu professeur de chant.
Le concert du 26 mai 2000 à l'Astoria de Londres est capté pour constituer la matière d'un nouvel album en direct. La set-list propose des morceaux de Samson de ses débuts à sa séparation en 1985. La présence de Nicky Moore permet d'élargir le choix des morceaux, et Purkis se prête volontiers à cette ouverture de répertoire. Malgré une prise de son brut et un peu rustre, le groupe est en grande forme. Moore, malgré son look de producteur de légumes bio, a conservé toute sa puissance vocale. Purkis a une frappe précise et moins volubile. Il a retrouvé sa fameuse cage sur scène. Paul Samson est toujours inspiré, et semble dynamisé par l'enjeu de cette reformation qui a bien failli tourner au fiasco. Il a à cœur de prouver que le quatuor en a toujours dans le ventre. Cette tournée anniversaire culmine par une participation au Wacken Open Air, immense festival heavy-metal en Allemagne, le 4 août 2000.
Ce sera le chant du cygne pour Paul Samson. Atteint d'une leucémie, il s'éteint le 9 août 2002 après plusieurs mois de souffrance. Il sera suivi par Chris Aylmer le 9 janvier 2007, d'un cancer de la gorge. Nicky Moore rendra un hommage à son compagnon d'arme le 12 juin 2004 au Sweden Rock Festival avec un concert intitulé « Nicky Moore Plays Samson », avant de retrouver ses activités de professeur.
Paul Samson aura produit de la musique tout au long de sa vie, contre vents et marées. Il n'aura que peu céder aux exigences de labels qui ne surent jamais quoi faire de cet homme si singulier. Il aura été avec son groupe le déclencheur d'une formidable vague de groupes novateurs, et aura été le tremplin d'un des meilleurs chanteurs de rock du monde : Bruce Dickinson. Il aura brièvement profité de la célébrité, et aura vécu une existence modeste et humble lorsque les projecteurs se seront éteints. Il aimera descendre avec sa guitare dans le pub du coin pour jouer le blues-rock qui l'a inspiré. Le frêle garçon aux cheveux bouclés et aux yeux de chien triste était un grand guitariste pétri de blues. Son sourire timide est justifié : il aura survécu de plus de vingt ans aux punks qui se moquait de lui en 1978.

Julien Deléglise