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12/22
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Portrait
MISSISSIPPI SHEIKS
1930 – 1935 (Mississippi)



blues kansas joe mc coy
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Millionnaires du dimanche

Rudolf Valentino joue son dernier rôle en 1926 : Le Fils Du Cheik.
Une bande de virtuoses qui ratisse les piqueniques du Mississippi s’emparent du nom et deviennent, entre 1930 et 1935, les nababs dMISSISSIPPI SHEIKSu Midi américain.
Les Sheiks ont un répertoire pour les Noirs et un répertoire pour les Blancs. Chez eux les muses les plus décaties frayent avec les inspirations les plus modernes. Ils jouent velours dans les théâtres, et jouent rude chez les bouilleurs clandestins.
La maison Chatmon, dont est issu le gros de la troupe, termine une dynastie d’entertainers qui prend sa source avant l’abolition. Ils mettent au goût du jour le vieux music-hall du ragtime et du jazz qu’ils tournent comme un blues du Nord, vaudeville hokum, double entendre spécial sourds et malentendants (‘Une banane dans ta corbeille de fruits’, ‘Queue de bélier’, ‘Je vais vous faire craquer tout ça’), jazz old time au croone country, old time… qui est la pop de l’époque (‘Lazy Lazy River’). Ils y impriment leur simplicité provinciale, coon songs, rengaines campagnardes (‘Yodelling Fiddling Blues’), hillbilly (‘The Jazz Fiddler’), folk (‘Jackson Stomp’). Ils savent écrire des mélodies, des arrangements, des valses (‘Morning Glory Waltz’) et d’étranges compositions aux sombres harmonies (‘Fingering With Your Fingers’).
Pour schématiser, les Sheiks sont la moitié des Mississippi Mud Steppers, l’autre moitié étant les Mississippi Blacksnakes. Les Sheiks s’étoffent ou diminuent selon les disponibilités.
Au départ c’est un duo : le violoniste Lonnie Chatmon et le chanteur-guitariste Walter Vinson. Bo Carter, alias Armenter Chatmon (guitare et chant), enregistre déjà pour son compte quand il les rejoint.
S’y agrègent Sam Chatmon (guitare et chant) et le vieux Texas Alexander dont ils deviennent les sidemen. Quand le mandoliniste vedette Charlie McCoy arrive, ils poursuivent sous le nom de Mud Steppers.
Puis McCoy se retire avec Bo pour former les Blacksnakes.
Cette effervescence se déroule à Shreveport, San Antonio, Jackson, Atlanta, Grafton, Chicago et La Nouvelle-Orléans, pour OKeh (parfois dans les séries hillbilly), Paramount et Bluebird. Leurs disques ont tellement de succès que les labels les pistent sur la route des tournées, improvisant des studios dans les chambres d’hôtel pour leur arracher quelques faces.

Les Chatmon produisaient du gaz carbonique à Bolton, incidence agricole du Mississippi que peuplaient également les familles Vinson et Patton.
Charley Patton avait grandi avec les fils Chatmon. Il était plus qu’un voisin. Henderson Chatmon, le père des uns, et Anney Patton, la mère de l’autre, s’étaient un peu assis sur le septième commandement du Décalogue.
Charlie McCoy, dont le frère Kansas Joe épousera Memphis Minnie, a peut-être rallié les Sheiks à Jackson où ils résident tous à la fin des années 20, tous recommandés à divers labels par HC Speir, le talent scout de la ville.
McCoy joue de la mandoline sur les premiers titres de Tommy Johnson en 1928.
Du reste les épinards des Sheiks commencent à crawler dans le beurre deux ans plus tard avec ‘Stop And Listen Blues’, un plagiat du ‘Big Road Blues’ de Tommy Johnson.
Cet écart se régla-t-il au tribunal ? En tout cas le copyright de ‘Big Road’ a ironiquement fini dans les griffes de Ralph Peer, le cake de Victor Records.

Les épinards c’est bien, mais l’immortalité dure plus longtemps. Walter, Lonnie et Bo l’acquièrent dès la deuxième séance des Sheiks, le 17 février 1930 à Shreveport : ‘Sitting On Top Of The World’, splendide reprise d’une chanson de Leroy Carr et Scrapper Blackwell (‘You Got To Reap What You Sow’). Charley Patton la leur chapardera (‘Some Summer Day’), Robert Johnson aussi (‘Come On In My Kitchen’), et pourquoi pas ‘You Gotta Move’ tant qu’à faire ? Une bonne partie du show-business a gobé cette énorme mouche de gosier. On peut l’entendre notamment dans le film d’Elia Kazan, Un Homme Dans La Foule (1957).
Plainte fine, nuances harmoniques subtiles, c’est bien leMISSISSIPPI SHEIKS violon qui confère aux chansons leur mollesse champêtre. La virtuosité des guitaristes, Walter et Bo, s’exerce dans les graves. Ils creusent des passes mélodiques et tendent des rideaux de basses chantants. Quand Charlie McCoy arrive avec une mandoline, sa machine-à-coudre purge les titres de tout ce que le violon pouvait leur donner de pathétique. La mandoline rend les timbres plus clairs et l’urgence plus folle. Les Sheiks n’ont jamais été aussi impressionnants que sous le nom de Mud Steppers.

Dans la seconde partie des années 30, le chaland leur préfèrera les duos piano/guitare. Ils retournent tous aux champs sauf Bo, roi du double entendre, qui poursuit une belle carrière solo jusqu’à l’armistice. Il revient alors au ruisseau. Walter Vinson et Sam Chatmon sont redécouverts dans les années 60 et enregistrent quelques disques. Walter meurt misérable, dans un hôpital psychiatrique, en 1975. Sam, lui, se laisse pousser la barbe et fait fructifier sa légende jusqu’à ce que la biologie le refroidisse en 1983.

Christian Casoni  

 

 

 

 

 

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