blues again en-tete
09/21
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Portrait
MEMPHIS MINNIE
Lizzie Douglas - 3 juin 1897 (Louisiane) – 6 août 1973 (Tennessee)



blues kansas joe mc coy
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L’oiseau bleu

Entre 1929 et 1959, une étoile nommée Minnie scintilla au firmament du blues, rayonnant dans tous les quartiers du blason : rural, bluebird, postwar. Minnie. Un quidam de chez Columbia lui avait collé ce diminutif à New York, parce qublues memphis minniee cette splendide jeune femme, qui arrivait de Memphis avec son mari, lui rappelait, paraît-il, la fiancée de Mickey Mouse. Minnie a enregistré pour tous les gros moulins d’avant-guerre (Columbia, Vocalion, Bluebird, OKeh), puis pour quelques officines indépendantes, montées dans l’appentis après le bain de sang (Checker, Regal, JOB). Elle a chanté dans toutes les salles du pays, lounges bourgeois des banlieues blanches, clubs du ghetto, joints pouilleux du Sud, et même dans les premiers festivals folk de la Côte Est. Elle a connu tous les bluesmen de la galaxie, tourné avec la moitié d’entre eux, couché avec le quart, à commencer par ses trois époux guitaristes, Casey Bill Weldon, Kansas Joe et Little Son. Minnie a peuplé toutes les villes des États-Unis, surtout Memphis et Chicago pour ses intermittences les plus longues.
Elle commence à éparpiller ses pénates à treize ans, quand un cirque passe par Walls, Mississippi. Parmi cette honorable société métayère, personne, et surtout pas les grillons du foyer confits dans la bible, ne songe à la retenir. Cette adolescente gracile, un peu allumeuse, ferait n’importe quoi pour éviter de se mettre de la terre sous les ongles. Loin de Walls en revanche, elle est parfaite. Une voix de chanteuse de vaudeville, bien timbrée et joliment désabusée, excellent compositeur, excellente parolière, excellente guitariste, l’une des premières à étrenner une National steel puis à se mettre au tout-électrique. Minnie joue toujours lead, quels que soient ses maris et ses partenaires. Menace sexuelle flagrante, elle prend ses solos debout, quand les guitaristes jouent encore assis, dans ces clubs que Beth et Paul Garon, biographes, présentent comme des foyers de subversion contre l’ordre blanc et, dans le cas de Minnie, contre la vanité des mâles. Elle lamine Broonzy au 708 lors du grand contest de blues de Chicago, surclasse Muddy Waters et tout son band au Du Drop Lounge. Elle brave les hommes aussi quand elle boit, paie leurs verres et ne se donne même pas la peine de cracher sa chique de Brown Mule en montant sur scène.

Chicago. La prohibition abolie, les tavernes à juke-boxes poussent comme des champignons. Les pianos et les harmos montent en régime. Les sections rythmiques noyautent les combos. Voletant de night-clubs en théâtres, donnant des soirées assez marquantes pour être annoncées par le Chicago Defender, Minnie franchit un cap en 1935 chez Bluebird Records. Elle rompt avec Kansas Joe, avec Memphis et le country-blues. Ce papillon des villes chante avec un réalisme sudiste presque démodé, n’empêche, Minnie devient la figure de proue du bluebird avec Big Bill Broonzy. D’après les Garon, c’est elle qui impose ce style et le promeut mieux que quiconque, parce qu’elle vend plus de disques que ses pairs. Depuis ses débuts chez Columbia en 1929, elle a versé quelques standards au fonds commun: ‘Bumble Bee Blues’ (1929), ‘New Dirty Dozen’, ‘What’s The Matter With The Mill’ (1930), ‘Hoodoo Lady Blues’, ‘If You See My Rooster’ (1936), ‘Me And My Chauffeur Blues’, ‘Black Rat Swing’ (1941), ‘Killer Diller Blues’ (1946). A la fin des années 40, elle devine que Broonzy et John Lee Sonny Boy ne resteront pas longtemps ses concurrents.
Le danger vient de ses jeunes protégés qui l’appellent aunt Minnie, Muddy Waters ou Little Walter. Pas besoin de commander une étude de marché pour sentir le vent. A Chicago elle passe partout, au Music Box, au DeLisa, à l’Indiana Theatre, partage l’affiche du club gay Joe’s DeLuxe aBLUES memphis minnievec Jay McShann et Coleman Hawkins, triomphe dans les blue Monday parties du Gatewood’s, pousse des novices comme JB Lenoir, Jimmy Rogers ou Billy Boy Arnold, elle est chez elle au 708 et au Silvio’s.
Minnie tente les petits macarons du blues nouveau, serrée par la bande à Muddy : Sunnyland Slim, Little Walter, Big Crawford, Elga Edmonds, et taille encore quelques encoches sur sa crosse : ‘Kid Man Blues’ (Regal 1950), ‘Broken Heart’ (Checker 1952), ‘World Of Trouble’ (JOB 1953).
Sur scène aunt Minnie foudroie toujours les hommes, robes et bijoux détonnants, incisives 18-carats. Rien ne pressait vraiment, elle aurait pu se maintenir et terminer cette troisième carrière entamée chez Regal Records, mais Little Son était malade. Ils se retirèrent dans un trou des environs de Memphis, perdirent l’habitude de cachetonner et commencèrent un concours d’infarctus. Little Son gagna ce contest-là en 1961, Minnie reçut un fauteuil roulant pour lot de consolation. Jusqu’à son trépas elle pleura les 180 faces de sa vie, et tout ce boulot abattu pour les autres qui ne lui serait jamais crédité. Elle chantait : « Money is my love stone ». Elle avait cette réputation mais ce n’était pas vrai, Little Son le savait bien.

Christian Casoni  

 

 

 

 

 

 

 

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