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04/17
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Portrait
MANCE LIPSCOMB
Texas : 9 avril 1895 – 30 janvier 1976


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Si la reconnaissance du public a été tardive, l’apport de Mance Lipscomb dans le cadre du revival des années 60 et au-delà a été d’une importance considérable.

blues mance lipscombMance Lipscomb est né le 9 avril 1895 d’un père esclave (plus tard affranchi) acheté en Alabama par un propriétaire texan du nom de Lipscomb et d’une mère à demi-amérindienne Choctaw. Il abandonna son prénom de naissance, Bowdie Glenn, et se rebaptisa Mance en l’honneur d’un vieil ami de sa famille nommé Emancipation quand celui-ci mourut. Son goût pour la musique lui fut transmis par son père qui jouait du violon et sa mère chanteuse de gospel. Il eut sa première guitare entre les mains vers l’âge de 12 ou 13 ans.
Durant la majeure partie de sa vie Mance Lipscomb a passé plus de temps à gratter la terre dans les champs que sur scène mais il a joué régulièrement durant de nombreuses années dans des rassemblements locaux appelés Saturday Night Suppers organisés par les gens du coin. Jusqu’en 1960 il a également lui-même organisé avec son épouse quelques réunions musicales dans ce qu'il appelait son périmètre, c’est à dire la région autour Navasota, la ville où il résidait.  Le plus loin étant d’aller à Brenham, une commune distante d’un quarantaine de kilomètres de Navasota, avec Sam Rogers, un musicien aveugle, reprenant volontiers les vieilles chansons qu’il avait apprises dans ses jeunes années et qui avaient été au goût du jour au début du 20ème siècle comme ‘Sugar Babe’ ou ‘Shine On, Harvest Moon’ et ‘It's A Long Way To Tipperary’. Il n’hésitait pas non plus à interpréter quelques chansons de ses contemporains les bluesmen Blind Willie Johnson, Blind Lemon Jefferson ou chanteur country Jimmie Rodgers. En 1922, son talent attira l’attention d’un promoteur de spectacles qui proposa à Mance Lipscomb de partir en tournée, offre qu’il déclina.

Entre 1956 et 1958 Mance Lipscomb a vécu à Houston. Travaillant pour une entreprise de bois pendant la journée, il jouait le soir dans les bars où il rivalisait pour le public avec Sam Lightnin’ Hopkins qu’il avait rencontré à Galveston en 1938. Après avoir touché une indemnisation suite à un accident sur son lieu de travail, Lipscomb est retourné à Navasota où il a réussi à acheter un terrain et construire sa propre maison.
Il travaillait comme contremaître d'une équipe d’entretien des routes dans le comté de Grimes lorsque Chris Strachwitz fondateur d’Arhoolie Records et l’ethnomusicologue Mack McCormick qui écumaient alors le grand Sud en quête de musiciens de la scène folk et blues l’ont trouvé en 1960. C’est donc à l’âge de 65 ans que son talent allait être largement révélé au monde.  blues mance lipscombLipscomb était parmi les derniers descendants des songsters du 19ème siècle, musiciens qui jouaient une grande variété de styles, communs aux Noirs et aux Blancs dans le Sud, interprétant des ballades, des valses, des reels, des polkas et des chansons populaires, sacrées et profanes. Mance Lipscomb insistait d’ailleurs sur le fait qu'il était avant tout un chanteur, pas simplement un guitariste ou un chanteur de blues, car il abordait toutes sortes de musiques. Et le fait que son répertoire éclectique qui comprenait environ 350 titres soit composé de nombreuses chansons du début du 20ème siècle avant que le blues ne devienne populaire chez les Noirs s’explique peut-être par l'isolement relatif de Lipscomb dans l'Est du Texas rural dans les premières années de sa vie, loin des routes de migration du Mississippi qui ont façonné le blues.
Chantant d’une voix douce et expressive il s’accompagnait à la guitare acoustique avec une belle technique de fingerpicking. Jouant une ligne de basse continue avec arpèges sur les cordes aiguës son jeu fluide et plutôt virtuose était assez proche de celui des musiciens de la côte Est. Il ne dédaignait pas pour autant le jeu en slide qu’il maîtrisait parfaitement. Le style particulier de Mance Lipscomb pouvait être considéré comme une forme de pré-blues puisant dans les ballades et les worksongs.

Dans le cadre de son projet de collecte de documents et d’enregistrements de blues rural dans le Sud Chris Strachwitz n’eut pas de mal à convaincre Mance Lipscomb de l’enregistrer. L’affaire se fit à Navasota dans la cuisine de Lipscomb le 11 août 1960 en puisant dans le vaste répertoire du texan. Pour cette première production Chris Strachwitz privilégia bien sûr le blues : ‘Going Down Slow’, ‘Baby Please Don’t Go’,  ‘Rock Me All Night Long’, ‘Jack O’Diamonds’… Le 3 novembre 1960, 250 copies du 33 tours Texas Sharecropper And Songster furent éditées. Ce disque révéla alors un musicien exceptionnel.

Après sa découverte par McCormick et Strachwitz qui se concrétisablues mance lipscomb par plus de 10 ans de collaboration, Lipscomb devint une figure importante dans le renouveau du folk-blues des années 1960 et il s’attira les ovations du public. Il fut à l’affiche du Festival Folk de Berkeley en 1961, où une foule de plus de 40 000 personnes pu l’applaudir et il y revint en 1966. Il se produisit également dans les clubs folk-blues de différentes villes des Etats-Unis, notamment à l'Ash Grove à Los Angeles et le Cabale à Berkeley.
En mai 1964, on le vit au Festival Folk de Monterey où il réapparut en 1973. Mais son talent put également être apprécié dans les festivals au-delà du Texas et de la Californie. En 1965 il se produisit à New Port (Rhode Island), en 1970 à Ann Arbor (Michigan) et Beloit (Wisconsin) et en 1971 à South Bend (Indiana).
Grâce à cette notoriété, plusieurs albums de blues, ragtime et folk furent édités. Après Texas Sharecropper And Songster, c’est chez Reprise records que Trouble In Mind sortit en 1961, le propriétaire du label, Frank Sinatra, étant tombé sous le charme. Mais c’est surtout avec Chris Strachwitz que Mance Lipscomb continua de collaborer. En tout, sept albums de l’artiste texan témoignant d’une époque révolue ont été publiés sur le label Arhoolie.
Bien que sa carrière ait été limitée aux dernières années de sa vie, son influence a été grande et a eu un impact significatif sur presque tous les artistes de blues qui ont émergé dans les années 1960. En outre, il était l'un des seuls chefs de file du revival folk et blues à pouvoir revendiquer un répertoire couvrant deux siècles de musique.

Mance Lipscomb est mort à Navasota le 30 janvier 1976, deux ans après avoir subi un accident vasculaire cérébral. Depuis août 2011une statue représentant l’artiste a été érigée dans le Parc Mance Lipscomb au centre-ville de Navasota.

Gilles Blampain