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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Portrait
LOWELL FULSON
31 mars 1921 (Tulsa, Oklahoma) – 7 mars 1999 (Long Beach, Californie)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
blues arthur crudup






Novateur, il a forgé le son West coast. Son chant décontracté, son jeu de guitare note par note soutenue par une rythmique impeccable, lui ont rapidement valu une grande popularité.

C’est le 31 mars 1921 que Lowell Fulson voit le jour à Tulsa dans l’Oklahoma. Il est le fils de Martin Fulson et Mammie Wilson. Son histoire familiale raconte que son grand-père arrivé dans les cales d’un navire négrier vers 1850blues lowell fulson s’échappe plus tard de la plantation où il est asservi et est recueilli par une tribu d’Indiens Choctaws où il retrouve sa dignité et se lie avec la future grand-mère de Lowell, d’où ce métissage africain-amérindien.
Son grand-père est violoniste et sa mère chante et joue de la guitare. Dans son enfance Lowell Fulson apprend l’art des claquettes et à 12 ans il s’initie à la guitare. A 17 ans, il maîtrise suffisamment son instrument pour jouer au sein du Dan Wright String Band, imposant orchestre de western swing qui se produit à Ada (Oklahoma), pour animer country suppers et house parties. En 1939 il croise la route du chanteur Texas Alexander qui l’embauche pour remplacer J.T Funny Papa Smith. Ensemble, ils vont sillonner l’Oklahoma et le Texas où le jeune Lowell s’imprègne des répertoires de Blind Lemon Jefferson et Little Hat Jones. Auprès d’Alexander Fulson gagne en maturité et apprend l’art de l’improvisation scénique. En 1941 il reprend son indépendance et se fixe à Gainesville (Texas) où il se fait embaucher comme garçon de café ou cuisinier quand les contrats de musiciens se font rares.  
En 1943 l’Amérique qui est en guerre l’enrôle dans la Navy et l’envoie sur l’ile de Guam dans le Pacifique. Quand son emploi du temps militaire lui en laisse le loisir il anime de petites fêtes pour les GI’s et c’est à cette époque qu’il adopte la guitare électrique. En 1945 la paix revenue, il quitte l’uniforme revient en Oklahoma mais n’y reste pas longtemps, rapidement il part s’installer à Oakland en Californie où il travaille sur les chantiers navals. Le week-end il se produit dans les bars du coin en compagnie du pianiste Ellis King Salomon. Il délaisse à cette époque le blues rural texan qu’il jouait à ses débuts pour aborder un style musical plus sophistiqué, influencé par la musique de Lonnie Johnson.
Il signe un contrat avec Big Town records, et son tout premier enregistrement est un duo avec son frère Martin qui est aussi son manager jusqu’en 1959. De nombreux disques sont gravés pour Big Town entre 1946 et 1948. En 1949 c’est chez Down Beat qu’il sort ‘Come-Back Baby’ qui grimpe à la 13ème place du Billboard Rhythm’n’Blues.
En 1950 il quitte Oakland pour se fixer à Los Angeles. Il recrute alors le pianiste Lloyd Glenn et le saxophoniste Earl Good Rockin’ Brown pour se produire dans les clubs. Il signe avec le label Swing Time et enregistre ‘Everyday I Have The Blues’ qui remporte un beau succès. D’autres titres comme ‘Low Society’, ‘I’m A Night Owl’ ou ‘Blue Shadows’ qui atteint la première place dans les charts enthousiasment aussi le public.
Il participe à de nombreux spectacles sur la côte Ouest où il partage la scène avec Charles Brown, T.Bone Walker, Ivory Joe Hunter. Ces musiciens  forgent un tout nouveau blues, plus fluide et plus sophistiqué que le son urbain et râpeux de Chicago. En 1951 Fulson part en tournée sur la côte Est avec un nouvel orchestre dont le pianiste est le jeune Ray Charles. A New York il monte sur la scène de l’Apollo. Par la suite le band part tourner dans le Sud.
blues lowell fulson
Son style novateur et dynamique donne un coup de  jeune au blues d’après-guerre. La fluidité de ses notes dans un langage intimiste et sa voix chaude avec une expression décontractée séduit un nouveau public et influence une nouvelle génération de musiciens.
Après quelques séances d’enregistrement à New Orleans en 1953 pour Aladdin, Fulson signe un contrat avec Chess en 1954. Il entre en studio à Dallas le 27 septembre 1954 sous la supervision de Stan Lewis, propriétaire de Jewel records et associés des frères Chess. Son premier single pour le label de Chicago paraît en 1955 sur Checker (filiale de Chess). ‘Reconsider Baby’, blues mid-tempo, rencontre un vif succès et reste 15 semaines dans les charts Rhythm & Blues où il grimpe jusqu’à la troisième position. Ce succès  devient rapidement un classique repris par de nombreux artistes au premier rang desquels Elvis Presley qui lui offre une couverture mondiale en 1960. En février 1956 c’est dans les studios Chess de Chicago qu’il enregistre ‘It’s All Your Fault Baby’ et ‘Tollin’ Bells’ avec le concours de Willie Dixon. Mais Fulson se rend rarement dans le Nord, depuis le début des années 50 il s’est établi à Fort Worth et se produit essentiellement jusqu’au début des années 60 au Texas, en Louisiane et en Floride, allant également de temps à autre en Californie.
En 1962 il quitte définitivement le Texas et s’installe à nouveau à Los Angeles. Il se produit très activement sur la scène californienne. On peut le voir régulièrement au Ash Grove à L.A et au Savoy Club à Richmond. En 1964 il rompt avec Chess avec qui les relations sont devenues plus ou moins tendues et rejoint une autre maison de disques. C’est donc sur le label Kent que paraissent ‘Tramp’, repris plus tard avec succès par Otis Redding et Carla Thomas, et ‘Black Night’. Les deux titres reçoivent un très bon accueil du public.
En 1966 sa rupture avec Chess ne l’empêche pas de se rendre à Chicago et de jouer dans plusieurs clubs. En 1968, il est dans les studios Muscle Shoals en Alabama et enregistre quelques chansons qui paraissent sur le label Jewel. En 1969 il se produit par deux fois en Europe. Il vient d’abord en mai, puis en novembre c’est en compagnie de John Lee Hooker qu’il remet le pied sur les scènes du vieux continent. En 1970 il est à l’affiche du festival d’Ann Arbor (Michigan). Le chroniqueur du magazine Down Beat écrit à son sujet : « Les superbes notes de guitare de Fulson sur l’intro de ‘You’re Gonna Miss’ ont atteint des sommets lors de sa prestation. Sa voix profonde et assurée était un plaisir à entendre. ».

L’influence de Lowell Fulson est importante et dans son livre Rock Is Rhythm & Blues, paru en 1974, BB King révèle sa dette musicale et son admiration pour Fulson: «J'ai appris beaucoup de Lowell Fulson. En fait, mon premier grand enregistrement en 1952, ‘Three O'Clock Blues’, a été écrit par Lowell. Et je l’aime toujours. »

En janvier 1975 il participe au festival de l’Université de Chicago, puis il traverse l’Atlantique pour jouer à Montreux en juillet. En 1978 il est sur la scène du San Francisco Blues festival. Très actif tout au long des années 1970 et 1980 Lowell Fulson se produit régulièrement dans différents festivalsblues lowell fulson et c’est dans les clubs californiens qu’on peut le voir quand il revient chez lui : au Ash Grove à Los Angeles, au Rick’s Bar à Venice, au Continental Club et au Ruthie’s Inn à Oakland, au Fergie’s à Santa Barbara, au Dottie’s Stardust Café et au Cat’s Craddle à San Francisco. Il ne néglige pas pour autant le travail en studio et sort quelques albums. Le remarquable It’s A Good Day qui sort chez Rounder en 1988 prouve qu'il n'a rien perdu de sa capacité créatrice avec son style incomparable et ses brillantes inflexions. Mais durant la décennie 80 si son talent est toujours reconnu, on peut dire que sa popularité n’est plus tout à fait à son zénith. Sa carrière redémarre en 1992 quand paraît chez Bullseye Blues Hold On enregistré avec Jimmy McCracklin et le saxophoniste Bobby Forte. En 1995, sur le même label, son nouveau LP Them Update Blues est également bien accueilli. Cette même année sort chez Night Train, sous le titre Sinner’s Prayer, une compilation de titres enregistrés entre 1947 et 1952, mais encore jamais édités.

Victime du diabète, Lowell Fulson décède suite à une déficience rénale et une insuffisance cardiaque, à Long Beach en Californie, le 7 mars 1999, il ne fêtera pas son 77ème anniversaire. Il avait quatre enfants et était grand-père de treize petits-enfants. Il repose au cimetière d’Inglewood Park au sud-ouest de Los Angeles.
Lowell Fulson est l'un des rares bluesmen dont le son de guitare et une approche subtile reste enracinée dans l'authentique école du blues de l'après-guerre initié par T-Bone Walker.

Gilles Blampain