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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Portrait
lonesome sundown
Cornelius Green- 17 décembre 1928 (Louisiane) – 23 avril 1995 (Louisiane) 


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blind willie mc tell
BIG BILL BROONZY






Un son clair et pétillant pour un blues décontracté empreint de soul. Pour le producteur Jay Miller c’était The sound of the swamp. Sa carrière a été brève mais la qualité a toujours été au top. Ses pépites musicales font scintiller le catalogue Ace/Excello.

Cornelius Green ouvre un œil sur le monde en décembre 1928 à Donaldsonville en Louisiane. Durant son adolescencelonesme sundown il apprend à jouer du piano. En 1946 il arrive à New Orleans où il exerce plusieurs petits boulots avant de prendre un emploi de portier dans un casino, le New South Port Club. Deux ans plus tard, en 1948, il retourne à Donaldsonville. C’est l’époque où Muddy Waters, John Lee Hooker rencontrent leurs premiers succès discographiques. Fort de cette influence, Green laisse tomber le piano et se met à la guitare avec l’aide de l’un de ses cousins. En 1952 il s’installe à Jeannerette où il trouve un emploi dans une plantation de canne à sucre puis devient un temps chauffeur de camion. En 1953, il déménage à Port Arthur au Texas pour travailler à la raffinerie Gulf Oïl. Durant son temps libre il joue de la guitare, la musique reste pour lui une passion. Il se rend chaque fin de semaine au club Blue Moon où se produisent pas mal de musiciens venus de la Louisiane toute proche, de l’autre côté du pont marquant la frontière. Son artiste préféré est Clifton Chénier. En 1955 Chénier l’invite à monter sur scène, la prestation semble lui convenir puisqu’il engage Green dans son orchestre The Zydeco Ramblers. Chenier lui propose le poste du second guitariste (Philip Walker étant le premier), il accepte immédiatement. Green part avec le band. Le groupe de Chenier  donne quelques concerts le long de la côte du Golfe puis part à Chicago et Los Angeles où il se produit dans les clubs, notamment au 5-4 Ballroom. A Los Angeles, Green est auditionné chez Speciality par le producteur Robert Bumps Blackwell, mais sans succès

Fin 1955 il se marie, quitte les Zydeco Ramblers, revient en Louisiane et se fixe à Opelousas, où il commence à jouer avec le trio de Lloyd Reynauld qui passe au Domino’s Lounge. En 1956 il écrit ses propres compositions. Il enregistre une démo et la transmet au producteur JD ‘Jay’ Miller à Crowley. Miller est impressionné. Il rebaptise Green ; il sera dorénavant Lonesome Sundown pour la scène et les disques. Miller est doué pour les noms de scène qui accrochent, Slim Harpo (James Moore), Lightnin’ Slim (Otis Hicks) et Lazy Lester (Leslie Johnson) lui sont aussi redevables.

En 1956 le premier single de Lonesome Sundown, ‘Leave My Money Alone’, ‘Lost Without Love’, sort sur le label Excello. Miller a son studio d’enregistrement mais il a un contrat avec Excello à Nashville pour une plus large diffusion. L’enregistrement suivant en 1957, ‘Lonesome Whistler’, ‘My Home Is A Prison’, rencontre un franc succès. Lonesome Sundown devient dès lors l'un des musiciens de  l'écurie de Miller. Bien qu'il n'a jamais eu un hit dans les charts, il enregistre pour Miller pendant huit ans, et ses disques se vendent en quantités respectables : ‘Don’t Say A Word’ (avec Lazy Lester à l'harmonica), ‘I’m A Mojo Man’, ‘You Know I Love You’, ‘I Stood By (And Watch Another Man Steal My Gal)’, ‘Gonna Stick You Baby’... Autant de titres qui deviendront des classiques du genre. En 1961 il sort seulement un 45 tours, ‘Lonesome Lonely Blues’, ‘I’m Glad She’s Mine’. Miller, comme il l’a déjà fait pour d’autres de ses artistes, veut mettre le son de Lonesome Sundown au goût du jour et lui adjoint une section de cuivres.

Le style de Lonesome Sundown instantanément reconnaissable est décrit par Miller comme ‘the sound of the swamp’. Il excelle autant dans le blues que dans les ballades pop. Son style vocal peut être tour à tour mélancolique ou enjoué. Son chant est clair et bien articulé ; son jeu de guitare qui ne recherche pas la virtuosité est pétillant, spontané et empreint de soul. Le swamp blues a généralement un tempo lent et intègre des influences de zydeco et de musique cajun, mais la marque particulière de Lonesome Sundown est de renvoyer des échos du son âpre du Chicago blues plutôt que les habituels boogies basiques ou le style plus lyrique des orchestres Zydeco de Louisiane.  

lonesome sundown

L’année 1962 débute avec l’une des meilleures productions de Sundown ‘My Home Ain’t There’ et ‘I Woke Up Crying (Oh What A Dream)’ suivront quelques temps plus tard ‘I’m A Samplin’ Man’ et ‘When I Had I Didn’t Need (Now I Need, Don’t Have A Dime)’. Jusqu’à la fin de 1962 il est à la tête d’un orchestre de 5 musiciens, mais les engagements se faisant de plus en plus rares il dissout la formation.
En 1964 il enregistre le single ‘Hoo Doo Woman Blues’, ‘I’ve Got A Broken Heart’, considéré comme parmi les derniers blues destinés exclusivement au marché Noir. Il reprend une vie de travailleur et retourne gagner sa vie sur les chantiers de construction. En février 1965, après, un divorce difficile et la désillusion de son manque de succès commercial, nouveau changement de cap ; il se tourne vers la religion et l’Eglise apostolique (The Lord Jesus Christ of the Apostolic Faith Fellowship Throughout the World Church) dans laquelle il est ordonné ministre du culte.

En 1969, le producteur Bruce Bromberg le retrouve un peu par hasard et lui propose de revenir en studio, il décline la proposition. Un retour dans le milieu musical ne le tente pas. Toutefois, en 1977, toujours à l’initiative de Bromberg, Lonesome Sundown consent à reprendre sa guitare pour entrer en studio car l’affaire se fait en compagnie de Phillip Walker qu’il avait connu au sein des Zydeco Ramblers dans les années 50. Le style West coast de Walker et le swamp blues de Sundown se fondent en un alliage exceptionnel qui donne le superbe album Been Gone Too Long qui sort sur le label Joliet records. Malheureusement les ventes du disque ne sont pas à la hauteur des attentes du producteur.
lonesome sundown

En 1978, Lonesome Sundown effectue un bref comeback, donne à nouveau quelques concerts mais de façons épisodiques. En 1979, il participe au New Orleans Heritage Festival et effectue quelques tournées en Europe et au Japon, mais il se lasse rapidement de la scène et préfère tirer un trait sur sa carrière musicale. En 1980 il s’installe à Baton Rouge. A cette époque l’historien de la musique Johnnie Allan le filme jouant sur sa vieille Telecaster devant une Cadillac toute neuve ce qui semble attester que tout va bien pour lui à ce moment-là.

Victime d’un grave accident vasculaire cérébral en 1994, Lonesome Sundown perd l’usage de la parole. Il décède l'année suivante, le 23 avril, à Gonzales, une petite ville entre New Orleans et Baton Rouge où il était venu vivre.
A titre posthume, en 2000, il a été intronisé au Louisiana Music Hall of Fame.

Gilles Blampain