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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Portrait
LIGHTNIN' SLIM
Otis Hicks –13 mars 1913 (Missouri) – 24 juillet 1974 – (Michigan)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
blues arthur crudup






Avec sa voix granuleuse et son jeu de guitare rudimentaire, et souvent rien de plus qu'un harmonica et une batterie, il est le maître du swamp blues.

Otis Hicks est né dans une ferme située dans les environs de Saint Louis, Missouri, le 13 mars 1913. En grandissant le jeuneblues lightnin slim garçon sera un temps garçon de courses. En 1926 la famille Hicks déménage en Louisiane, s’établissant d'abord à Saint Francisville, une petite localité située à 25 miles au nord de Baton Rouge. Le jeune Otis travaille alors dans une plantation ; ses premiers rudiments de guitare il les acquiert grâce à son père, mais celui-ci meurt assez jeune. Plus tard c’est avec son frère aîné Layfield qu’il perfectionne sa pratique de l’instrument. S’il n’est pas un virtuose, les bases qu’il maîtrise lui suffisent pour prendre de l’assurance, et vers 1938 il devient un pilier du circuit local des picnics et country suppers autour de Saint Francisville. En 1946, il déménage à Baton Rouge, trouve un emploi dans une fabrique d’engrais et joue le week-end dans les bars du ghetto local où on commence à connaître  son nom tout d'abord comme membre du band de John ‘Big Poppa’ Tilley qui se produit au Johnny’s café, puis en solo.
A l’aube des années 50 il fait équipe avec l’harmoniciste Schoolboy Cleve. Lightnin’ et Schoolboy travaillent ensemble en club et à la radio. C’est le disc-jockey de la station locale WXKO, Ray ‘Diggy Do’ Meaders qui persuade JD Miller d’enregistrer Lightnin' Slim. Il restera 12 ans chez Excello, collaborant fréquemment avec Slim Harpo ou Lazy Lester. En 1954 sort le single ‘Rock Me Mama/Bad Luck Blues’. Grâce au succès rencontré par ses disques, Slim devient populaire au-delà de Baton Rouge et en 1958 il entame une série de tournées en Louisiane et au Texas à la tête d’un petit orchestre. Quand il revient se poser à Baton Rouge c’est au Lucky Mule Club qu’on peut le voir assez souvent. En 1959 son titre ‘Rooster Blues’ gagne les faveurs d’un large auditoire.  
En 1960 il trouve un engagement à Chicago. Il se rend dans la Windy city en compagnie de Slim Harpo et Lazy Lester. Toutefois cette escapade nordique ne porte pas ses fruits. En effet, à la demande de l’agence qui les a faits venir ils doivent, pour soi-disant contenter les attentes de l’assistance, jouer les titres popularisés par BB King ou autres musiciens en vogue à ce moment-là plutôt que le swamp blues de Louisiane qui n’a, paraît-il, pas son public dans le nord.
En 1963 sortent deux 45tours ‘I’m Evil/If You Ever Need Me’ et ‘Blues At Night/Don’t Mistreat Me Baby’. L’année suivante il fidélise son public louisianais avec ‘Have Mercy On Me Baby’. Pendant ce temps de l’autre côté de l’Atlantique le label anglais Stateside fait paraîtrele LP A Long Drink Of Blues présentant sur une face 6 titres gravés par Lightnin’ Slim et sur l’autre 6 titres de Slim Harpo. En 1965 paraissent ‘Lightnin’ Blues/I Can’t Be Successful’, le succès reste local mais est encore au rendez-vous. En 1966 il continue sur sa lancée avec ‘Just A Lonely Stranger/Goin’ Away Blues’.

blues lightnin slim

Lightnin’ Slim joue un down home country blues qui se détache du courant dominant. Premier bluesman enregistré au catalogue du producteur JD Miller, il combine la légèreté du country blues de Lightnin’ Hopkins avec la force de Muddy Waters. Doté d’une belle voix il est un parfait conteur de blues, même quand il se réapproprie les compositions d’autres musiciens.  
En 1966 suite à un accident alors qu’il conduit un véhicule appartenant à JD Miller et craignant une embrouille avec celui-ci, Lightnin' Slim quitte la Louisiane pour le Michigan et s’installe un temps à Detroit. Il n’arrive pas à vivre de son art aussi quitte-t-il la Motor city et trouve un emploi dans une chaudronnerie dans la petite ville de Romeo plus au nord de l’état. A la fin de 1967 il déménage à Pontiac où une sœur de son beau-frère Slim Harpo lui loue une chambre. Il conserve son poste d’ouvrier mais son travail à la fonderie lui inflige la souffrance d’avoir trop souvent les mains exposées à des températures élevées. Il pense toujours que sa voie est la musique mais ses tentatives pour revenir sur scène sont infructueuses, entre 1968 et 1969 il ne décroche que deux contrats, l’un au Steve Paul’s Scene à New York et l’autre au Grand Ballroom à Detroit.  
Durant l’été 1970, Lightnin’ Slim croise la route de Fred Reif, musicien de Detroit qui va lui remettre le pied à l’étrier. Reif lui trouve quelques engagements mineurs puis en janvier 1971 il participe au Folk Festival de l’Université de Chicago. Il est accompagné à l’harmonica pour cette prestation par Lazy Lester son ami de longue date. La vie semble à nouveau lui sourire car dans la foulée il retrouve le chemin des studios et enregistre l’album High And Low Down qui paraît encore chez Excello dont la nouvelle direction n’est plus en contact avec Jay Miller. Cet album est enregistré en trois jours avec une section de cuivres dans les studios de Muscle Shoals (Alabama). La pochette du disque affiche quelques lignes signées BB King : « Au fil des années, j'ai écouté beaucoup de disques et différents types de musique. Quand j’étais disc-jockey je diffusais des sonorités d’horizons divers, mais comme performer je suis plus exigeant avec les interprètes de blues. Le  nouvel album de Lightnin’ Slim a toutes les qualités qu'un grand artiste et qu’un album à succès devraient avoir. Voilà un super son ».
Une deuxième carrière s’ouvre à lui avec le public européen et les festivals américains. On le voit à présent souvent accompagné par Moses ‘Whispering’ Smith à l'harmonica. En 1972 il est sollicité pour jouer en Europe. Sur scène il joue principalement ses compositions mais n’hésite pas à reprendre des titres de Chuck Berry, Elmore James, JB Lenoir ou Willie Dixon. En mars il fait partieblues lightnin slim de la tournée de l’American Folk Blues Festival en compagnie de Jimmy Dawkins, Big Joe Williams, Bukka White, Memphis Slim, T.Bone Walker, Big Mama Thornton, Johnny Young, Roosevelt Sykes et Robert Pete Williams. A Londres, lors d’une brève pause dans la tournée, Mike Vernon patron du label Blue Horizon n’hésite pas à produire deux séances d’enregistrement avec  Lightnin’ Slim les 5 et 6 Mars 1972 au Marquee studio. Le fruit de ces sessions donnera l’album de 12 titres intitulé London Gumbo.
L’été c’est sur la scène de Montreux que le public européen peut encore l’applaudir. Revenu aux USA, il participe au festival d’Ann Arbor en septembre.
En février 1973 toujours accompagné de Whispering Smith il retourne sur le vieux continent avec la tournée American Blues Legends qui sillonne la Grande-Bretagne et dont l’affiche présente également Homesick James, Snooky Pryor, Red and Mose, Washboard Willie et Boogie Woogie Red.
Depuis de longs mois Lightnin’ Slim souffre de fortes douleurs à l’estomac. Il est hospitalisé pour subir des examens. Les résultats sont alarmants, les médecins diagnostiquent une tumeur cancéreuse. Le 24 juillet 1974, Lightnin’ Slim meurt à Detroit, Michigan, il a 61 ans. Il est enterré à l’Oak Hill Cemetery à Pontiac.
Il laisse derrière lui une belle discographie où dans un style brillant il dessine toute la subtilité du blues de Louisiane.

Gilles Blampain