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05/20
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Portrait
JUNIOR PARKER
Herman Parker - 27 mai 1932 (Arkansas) – 18 novembre 1971 (Illinois)



blues kansas joe mc coy
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Bealestreeter.

Herman a planté deux jalons dans l’histoire du rock’n’roll : ‘Feelin’ Good’ et ‘Mystery Train’ (Sun 1953). Il a aussi planté un poteau blues junior parkerdans celle du R&B : ‘Next Time You See Me’ (Duke 1957). ‘Feelin’ Good’ dérivait de ‘Boogie Chillen’. John Lee Hooker avait fait un tel tabac avec son boogie funkyforme, que tout le monde voulait le même. Quant à ‘Mystery Train’, il l’avait enregistrée à 21 ans. Elvis Presley en aurait vingt quand il la reprendrait en 1955, dans une version plus tendue et toute aussi fascinante. Herman ne fit pas de vieux os chez Sun. Ce deuxième 45-tours, ‘Mystery Train’, n’était pas encore sorti, qu’il tomba dans les griffes de Duke Records, le label de Houston. Avant Sun, il avait effectué un passage encore plus fulgurant chez Modern. Ike Turner lui avait organisé une séance à West Memphis pour le compte des frères Bihari, qui dirigeaient l’étiquette de Los Angeles. Ils en gravèrent un seul et unique exemplaire : ‘You’re My Angel’ (Ike Turner au piano, Matt Murphy à la guitare). Ce jump n’alla pas voleter bien loin, mais il suait déjà de grosses auréoles de rockabilly.

Au rockabilly, Herman préférait pourtant ces lourdes ballades californiennes, qui lui permettaient de suffoquer langoureusement en chantant ses peines de cœur. Or, Sam Phillips ne voulait pas de crooners chez lui. Chez Sun, Herman fit cependant bien plus que jouer le jeu. Il entra en résonnance avec les loquedus de l’Arkansas : il renouait avec le show de Rice Miller sur la KFFA (il fut sa doublure au sein des King Biscuits Boys), il revisitait la zone de prédation d’Howlin’ Wolf dont il partagea la course un instant, il donnait une suite naturelle aux Beale Streeters, groupe informel de Memphis dans lequel il chantait et jouait de l’harmo en compagnie de Johnny Ace, BB King et Bobby Bland, il mettait à jour toutes ces rythmiques spasmodiques que Memphis recueillait depuis plusieurs décennies, celle de ‘Rollin’ And Tumblin’ ’ et de ‘Cool Drink Of Water’.
Ses sidemen avaient la même écorce. ‘Love My Baby’, petite sœur de ‘Mystery Train’, était l’autre grand titre de ces sessions de 1953. Le picking que brodait Floyd Murphy (frère de Matt) venait probablement de la country blanche et n’attendait que Scotty Moore et Brian Setzer. Rocker, chanteur de ballades, fantaisiste de R&B, Herman était une quintessence sudiste, nourri de cette culture transraciale qui irriguait le blues, la country, le rockabilly, le R&B et bientôt la soul.

Il appartenait au club restreint des bluesmen qui, dans les années 60, placèrent des hits nationaux dans les charts noirs, alternative sophistiquée à un Chicago blues claquemuré dans son ghetto. C’était un bluesman du chitlin’, un standard supérieur à celui des punaises de juke-joints. Quand il ne tournait pas avec les Blue Flames (tantôt Floyd Murphy, tantôt Pat Hare à la guitare), il labourait le Sud au sein de la Blues Consolidated Revue, un spectacle monté avec son poteau Bobby Bland. Bland et Herman avaient eu la même initiation : Modern, Sun et maintenant Duke.
Ici intervient l’inquiétant Don Robey, déjà propriétaire de Peacock Records. Il lorgnait depuis un moment sur Duke, le macaron de David Mattis et Bill Fitzgerald. Robey s’immisça d’abord dans le capital de la maison sans invitation des fondateurs, puis il géra le changement de proprio en les priant d’admirer son revolver. Les choses en étaient là quand la Blues Consolidated Revue entra dans Houston. On dit que Robey fit à Herman le genre d’offre qui ne se refuse pas. Robey perdrait son procès BLUES junior parkercontre Sam Phillips, il lui devrait 17 500 dollars pour pouvoir garder Herman. De toute manière Phillips n’enregistrait plus de Noirs.
Robey est tyrannique, mais Herman lève chez lui une grosse moisson de hits, à commencer par le plus fracassant d’entre eux : ‘Next Time You See Me’. Rien qu’en 1961, Herman cartonne quatre fois. Il ne se revitalise pas dans la soul comme Bland ou Milton, il conduit un bulldozer de rhythm’n’blues très swinguant, parfois variété (‘Seven Days’), des ballades pour les flambées de voix (‘That’s Just Alright’), des blues lowdown pour les vieux, du rock’n’roll de music-hall (‘Marie Jo’) et même une courte parenthèse doo-wop pour les jeunes, dans des orchestrations de plus en plus chargées en cuivres, sous la houlette du trompettiste Joe Scott. Les sidemen, saxophonistes, batteurs, guitaristes, sont affûtés au fil. L’œuvre d’Herman est pêchue, colorée, de plus en plus marquée par le swing anachronique des big bands, puis par une soul commerciale et tardive, hachée funky, chez Groove Merchant ou Capitol : ‘Outside Man’ en 1970, et quelques inutiles resucées des Beatles. Il raccroche sur deux bons albums enregistrés avec Jimmy McGriff, l’organiste qui avait programmé ses derniers gigs au Golden Slipper, son club de Newark. A même pas quarante ans, Herman avait déjà fait son temps. Il ne lui restait plus qu’à trépasser, ce que lui suggéra de faire une tumeur au cerveau.

Christian Casoni