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12/20
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Portrait
JOHNNY "GUITAR" WATSON
3 février 1935 (Texas) – 17 mai 1996 (Yokohama, Japon)



blues kansas joe mc coy
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La machine à avancer le temps.

Tout môme, sa mère l’envoyait en cours, sapé comme un petit marquis de la Camorra, puis il s’exhiba en gangsta avec un soBlues johnny guitar watsonurire Klondike. John ne sera devenu le monstre qu’il rêvait d’être qu’en 1976, pour quatre ans seulement, avec Ain’t That A Bitch et A Real Mother, sous l’étiquette britannique DJM, deux bouquets de la Côte Ouest au funk cool, doucement rappé, fraîcheur jazzy, mais blasphèmes de guitare blues pour mettre un peu de viande dans ce rêve climatisé. Aucun critique ne lui a jamais donné « le baiser de la mort » (c’est son expression) en le sacrant roi du disco. Les journalistes en ont toujours parlé comme d’un bluesman d’avant-garde. Bluesman.
Dès les années 50, on trouve déjà dans sa discographie quelques prototypes de funk et de rap, ces deux futures moissonneuses-batteuses de la musique noire. Poli par Gatemouth Brown, Ray Charles, Charles Brown et T-Bone Walker, John est ce qu’on appelle un génie, le vapocraqueur qui produit Jimi Hendrix, Prince, Sly Stone, George Clinton, et même quelques vertèbres de Frank Zappa, son plus grand fan. Il lègue, à tous les scratcheurs de la planète, une longue collection de lignes à sampler.
Il aurait pu être surnommé Johnny Piano Watson, car Oscar Peterson sort, lui aussi, de ses manches. Johnny a laissé deux albums de piano jazz superbes, I Cried For You en 1963 (Cadet/ Chess) et In The Fats Bag en 1967 (OKeh), mais une guitare est beaucoup plus sexy pour le show

. Quand l’ado de Third Ward, Houston, arrive à Los Angeles, l’école n’est déjà plus un souci, il pianote pour des orchestres locaux. En janvier 1953, poussé par le pygmalion de la vallée, Johnny Otis, il commence à faire chanter la cire avec un honnête R&B sur brise de cuivres, entre T-Bone et Fats Domino. Un an plus tard, l’alien perce sous l’apprenti. ‘Half Pint Of Whiskey’ trahit déjà une sacrée personnalité, mais l’instrumental en face B, ‘Space Guitar’… on n’avait jamais entendu ça en 1954. John, qui vient d’acquérir l’un des premiers amplis Fender à reverbe, dissout la guitare de Gatemouth dans une profondeur psychédélique turbide, scénarisant ses phrases et traçant un solo narratif époustouflant comme le fait son maître Gatemouth, cette année-là, sur ‘Okie Dokie Stomp’.
John joue la main droite sans médiator, comme Gatemouth, et la gauche, sous un capo qui lui permet de frapper les cordes à vide et de faire claquer le son, comme Gatemouth. Il est l’un des trois « guitaristes cosmiques » cités par Buddy Guy, avec Ike Turner et Earl Hooker. En parlant de guitares claquantes, il y a ces séances de 1956 (‘Three Hours Past Midnight’, RPM). Personne n’avait jamais arraché les notes comme ça, et décoché une telle volée de carreaux d’arbalète avec cette dextérité.
Versatile, John se retrouve en 1957 chez Keen, avec un titre emblématique, qui marchera surtout repris par des Blancs comme Steve Miller : ‘Gangster Of Love’. Ce n’est qu’une chanson savoureuse de RnB avec beaucoup de piano, que John réinterprète en 63 chez King, dans une version hoochie, puis en 78 chez DMJ, plus blues rock. Encore un disque dans lequel les spécialistes discernent le germe du rap.
John fond maintenant comme un sucre dans les ballades raffinées et les blues lents. En 61 il sort ‘Cuttin’ In’, chef d’œuvre enviolonné que Johnny Hallyday reprend sous le titre ‘Excuse-Moi Partenaire’, comme il reprendra ‘Sweet Lovin’ Mama’ sous le titre ‘Pour Moi Tu Es La Seule’.

John est impatient. Il fait tous les labels de la Côte et, malgré quelques coups régionaux, la renommée lui entre par une poche et le quitte par l’autre. Il est plus connu des gens du métier que du public. Il se dit qu’il pourrait atterrir en plein swinging London avec son copain Larry Williams, lui-même en petite forme, plier les monarchistes et rentrer au pays comme le fils prodigue. Il arrive chez les Rosbifs, il leur dit qu’il est le guitariste d’Elvis Presley, ils le regardent comme le sideman de Larry Williams. John boit encore la chance à la fourchette, mais son association avec Larry donne au moins un bon single chez OKeh, en 67 : ‘Too Late’, pure Northern soul sur-orchestrée.BLUES johnny guitar watson
Un jour Mike Vernon, autre grand fan et fondateur du label anglais Blue Horizon, pousse John dans les bras d’un confrère, Dick James, lui, patron de DJM. C’est Dick James qui lui prêtera la planète pour quatre ans.
Après son quart d’heure de prédation mondiale, John passe mal les années 80, entre les psaumes et la coke. Il se débarrasse de sa super villa panoramique d’Encino pour une maison à bardeaux sur Budlong, un ghetto mexicain de Los Angeles. Il commençait à se refaire avec des albums comme Bow Wow (1994), et prenait même une revanche sur la tournée japonaise catastrophique de 1985. Yokohama était la troisième des quatre dates programmées dans l’Archipel. John avait fait poiler ceux de son équipe dans les loges avec un pas de moonwalk mais, en montant sur la scène du Blues Café, quelque chose le préoccupait. Il chantait mal. Ça s’est passé au milieu de ‘Superman Lover’, premier titre du show. Il est tombé, les yeux injectés de sang.

Christian Casoni