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Portrait
JOE HILL LOUIS
Lester Hill: Tennessee – 23 septembre 1921 – 5 août 1957  


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BIG BILL BROONZY





Joe Hill Louis fait partie du club très restreint des one-man-bands qui ont marqué l’histoire du blues. Avec un son saturé, distordu, certains perçoivent son approche de la guitare électrique comme l’embryon du heavy metal.

Lester Hill voit le jour en septembre 1921 à Raines dans le Tennessee, une toute petite commune qui intégrera le périmètrejoe hill louis de Memphis en 1958. Il est encore très jeune lorsque sa mère meurt. Son père se remarie et sans tarder sa nouvelle belle-mère le met à la porte de la maison alors qu’il n’a que 14 ans. Le jeune garçon erre dans les rues de Memphis mais il a la chance de tomber sur Drew Canale qui a fait fortune dans les distributeurs automatiques et qui deviendra sénateur du comté de Shelby.
Lester est donc recueilli et hébergé par la famille Canale dont il devient le domestique puis le chauffeur et il restera presque tout le reste de sa vie proche de cette famille. Ce sont les enfants Canale, qui durant son adolescence l’encouragent  à mettre une raclée à la terreur du voisinage, un petit voyou qui se fait appeler Prince Henri. Suite à ce combat dont il sort victorieux, Lester gagne le surnom de Joe Louis (nom du champion du monde de boxe catégorie poids lourds) qu’il accole à son patronyme.
A la fin des années 30 il joue de la guimbarde, s’initie à l’harmonica et tâte aussi de la guitare et de la batterie. Dès qu’il a un moment de libre il se rend au Handy’s Park de Memphis où il rencontre Will Shade et Willie Borum, membres du Memphis Jug Band, tous deux guitaristes et harmonicistes.

Vers 1947-1948 il se produit seul en homme-orchestre, le fait de jouer de plusieurs instruments lui évite d’avoir à partager ses gains. On peut l’entendre au coin des rues ou dans quelques cafés de Memphis où il a ses entrées. Il se rend également parfois dans le Mississippi à Tunica ou Robinsonville où il retrouve des musiciens locaux.
En 1949 il grave ses premiers enregistrements pour Columbia à Nashville grâce à l’appui de Drew Canale. Il joue de la guitare, de l'harmonica et la batterie simultanément sur les quatre faces. Il s’agit d’un blues basique en mode shuffle. Il utilise alors une guitare acoustique et le son n’est pas encore déformé comme il le sera par la suite ce qui sera l’une de ses caractéristiques.

Comme one-man-band il a une expression fruste et exubérante. Un jeu de guitare sommaire mais enflammé avec un chant fougueux ponctué de passages d’harmonica stridents soutenu par un tempo infaillible martelé sur sa grosse caisse. Blues et boogie sont à son répertoire.

joe hill louis

Joe Hill Louis a une bonne réputation, il est élégant, bien organisé, c’est un homme plaisant et reconnu comme un artiste qui sait être divertissant. Devenu très populaire dans la région il est engagé par la radio WDIA pour une intervention de dix minutes durant lesquelles il joue son blues à l’heure du déjeuner et où il est présenté comme le Be Bop Boy. Il gardera ce job jusqu’au milieu des années 50. C’est à cette époque qu’il se marie. Cependant son alliance avec Ruthie Mae avec qui il aura un fils sera de très courte durée.

En 1950, Louis est approché par Sam Phillips qui l’a probablement entendu sur WDIA et qui l’enregistre. En août paraît sur le label Phillips Recordings ‘Boogie In The Park’, qu’on pourrait qualifier de rockin’ blues boogie. Joe Hill Louis fait entendre un son saturé, distordu en martelant le tempo sur un kit de batterie rudimentaire. C’est le tout premier enregistrement effectué par Phillips avant qu’il fonde Sun records en 1952. Par la suite, chez Sun Joe Hill Louis devient également musicien de studio, notamment en accompagnement de Rufus Thomas. Certaines sessions Sun révèlent quelques pépites d’une rare qualité comme une fantastique séance en novembre 1952 qui a vu Joe Hill Louis soutenu par Big Walter Horton à l'harmonica et Mose Vinson au piano.

Sam Phillips est en relation avec les frères Bihari propriétaires des labels Modern et Meteor, le premier étant distribué sur la côte Ouest et le second dans le Sud et également avec les frères Chess pour Checker à Chicago ; les enregistrements de Louis vont donc au-delà de Memphis. Certains sont diffusés sous le pseudonyme de Sunny Boy Chicago. De 1950 à 1954 les enregistrements de Joe Hill Louis paraissent également sur les labels Big Town, Vendor, Mimosa, House Of Sound. La plupart de ces sessions du milieu des années 50 se font avec un groupe au complet, y compris un saxophoniste ténor, tentative évidente de mettre au goût du jour sa couleur musicale et de rivaliser avec l'essor du rock'n'roll.joe hill louis
A cette époque on voit souvent Louis à Memphis au Blue Light, au Brown Jug, à la Tennessee House. En 1956 il tourne en Floride et grave quelques faces pour le label Rockin. Cependant, malgré sa bonne renommée et pas mal d’enregistrements Joe Hill Louis ne vit pas dans l’opulence.
Bien que ses disques soient distribués dans les villes du Nord et sur la côte Ouest, le fait qu’il ne s’éloigne pas beaucoup de Memphis et peut-être un manque de promotion l'ont certainement maintenu loin de la notoriété. Sa musique avec un son amplifié et distordu était aussi sans doute un peu en avance sur ce qu’attendait le grand public à ce moment-là. Et bien sûr sa disparition prématurée ne lui a pas permis de bénéficier de la reconnaissance que certains de ses contemporains ont connu avec le revival des années 60.
Durant l'été de 1957, Joe fait quelques travaux de jardinage pour les Canale quand il se coupe le doigt. Il n’y prête pas garde mais sa blessure s’infecte avec l'engrais qu'il utilisait et il ne prend pas la peine de se faire soigner, peut-être à cause du coût que ça représentait. Quelques jours plus tard, il s’effondre sur Beale Street. Transporté d'urgence à l'hôpital, le 5 août 1957, il meurt du tétanos à l'hôpital John Gaston.

Gilles Blampain