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Portrait
Jerry deewood
Des histoires d’hommes


blues jerrry deewood








Jerry Deewood, pionnier belge du rock'n'roll, n'est pas un Elvis dégriffé, ni un biopic en or pour Benoît Poelvoorde, ni le Roberto Rastapopoulos du Vol 714 Pour Sydney. Jerry est un gentleman dont le rêve monte en beauté à mesure que son innocence se profile.

« J'avais treize ans, c'était un jour d'été ultra paisible. J'ai entendu ‘Rock Around The Clock’ dans la rue, et le feu d'artifice a commencé. Personne n'aurait pu me calmer ! » Jerry a l'âge de Keith Richards et de Johnny Hallyday. Un premier 45-tours en 1961 (‘Lonely Girl’, Polydor), puis neuf autres singles, deux LP, quatre CD, quelques compilations comme celle du Belgian Artistic Promotion pour le Midem, un n°1 au hit-parade belge en 1979 (‘Lovers In Between’) mais la renommée arrivera plus tard, après 2004, le temps de rencontrer Shaun Nielsen.
Sherrill ‘Shaun’ Nielsen était un fantastique ténor de gospel, auteur et choriste d'Elvis Presley, et chanteur préféré du King. Un jour, Jerry et Shaun appareillent pour une Atlantide qu'on appelait Memphis. Dans le studio hanté de Sun, Jerry enregistre les meilleurs titres de Shaun Nielsen avec des musiciens du cru, deux albums majestueux au son dodu, aux chœurs flamboyants, au rock'n'roll plein de gospel, le doublet Jerry Deewood Sings From And With Sherrill Nielsen. Jerry : « La reconnaissance est venue des États-Unis aussitôt le premier disque sorti. J'étais le premier Européen à placer un album dans le top-20 du Southern Gospel News, référence mondiale en la matière, et pendant sept mois d'affilée. Je me suis même maintenu un mois à la dixième place. Début 2008, j'apparaissais encore dans leur hot top-20 devant Brenda Lee. »
L'écriture de Shaun Nielsen épouse comme un gant la personnalité, les fantasmblues jerry deewoodes et la voix de l'homme de Bruges, entre Frankie Laine et Elvis Presley, chaude, enveloppante comme celle d'un grand frère, si humble et tellement légendaire dans sa coloration.

Qui en Europe connaît Jerry Deewood, homme d'honneur pétri de bondieuseries et de fidélités anachroniques, d'une droiture admirable ? « La scène musicale belge est un très mauvais tremplin à cause de la désunion catastrophique des médias, à cause des problèmes d'ego qui embarrassent les programmateurs. C'était un phénomène déjà important dans les années 70 et 80. Dès les années 90, les chaînes de télé ont banni la musique de leurs grilles. Quant aux radios, elles ne sont qu'un ramassis de tout et n'importe quoi. »

Quand on décide de tomber malade aux États-Unis, mieux vaut pour ses proches choisir une agonie rapide. Celle de Shaun Nielsen, décédé fin 2010, fut lente et Brenda, sa veuve, n'a plus rien. Jerry contacte alors le patron d'Adonda Records, l’un des plus anciens labels indépendants de Nashville. Il lui propose de fondre les deux albums de Memphis en un seul et d'en rétrocéder les bénéfices à son amie Brenda. Adonda accepte. Jerry Deewood Sings With Sherrill Nielsen & Friends est un music-hall volant dont les chansons, ‘There's A Fire Below’, ‘Freedom Demands’, ‘Where Stupid Begins’, en un tour de disque, deviennent aussi familières que ‘Don't Be Cruel’ ou ‘All Shook Up’. Du reste, ‘There's A Fire Below’, Elvis aurait dû la chanter si la canicule de l'été 77 n'avait été si rude. A fire below… Sûrement le barbecue sur lequel sont mis à rôtir les pauvres pécheurs. Ou alors est-ce ce feu sacré que Jerry Deewood n'a jamais laissé s'éparpiller…
Christian Casoni