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Portrait
JB LENOIR
5 mars 1929 (Monticello, Mississippi) - 29 avril 1967(Urbana, Illinois)


BLUES ARTHUR CRUDUP
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Révolté, contestataire et entertainer. Chantre de la cause afro-américaine, antiségrégationniste et showman incontesté, ses succès discographiques sont le reflet d’une carrière atypique.

Ce sont les registres municipaux de Monticello dans le Comté de Lawrence, dans le Mississippi qui attestent que JBblues jb lenoir Lenoir a vu le jour le 5 mars 1929. Il est le fils de Dewitt Lenoir et Roberta Ratliff qui vivent de leur travail de la terre. Il reçoit pour tout prénom juste deux initiales sans signification particulière (les autorités mettront fin à cette mode quelques années plus tard). Son père et sa mère sont musiciens. Lenoir senior connaît et aime interpréter le répertoire de Blind Lemon Jefferson, il apprend à son rejeton à jouer de la guitare quand il n’a que 8 ans. Plus tard le garçon s’initiera à l’harmonica.

Vers ses 15 ans JB part sur les routes et gagne sa vie comme ramasseur de coton, bûcheron, employé au chemin de fer.
En 1945 il est à New Orleans où il fait la connaissance de Sonny Boy Williamson II et Elmore James. Ils jouent ensemble au New York Inn. Il parfait sa formation musicale auprès de ses deux aînés et les influences qu’il absorbe en terre louisianaise marqueront son style pour la suite de son parcours.
En 1949, il quitte le Sud et file vers le Nord. Il arrive à Chicago et trouve un boulot dans une usine de viande en conserve. Pendant son temps libre il se produit dans la rue pour faire la manche. Habitué de Maxwell street, le marché où tous les musiciens se rencontrent, il est remarqué par Big Bill Broonzy. Broonzy l’introduit dans le milieu du blues local. On peut l’entendre à présent dans les clubs du South side. Pendant un court moment, il joue de l’harmonica aux côtés de Roosevelt Sykes. Lenoir est très sociable, il est apprécié et devient rapidement un membre reconnu de la scène blues chicagoane. Par la suite il joue au Robin’s, au Sylvio’s, au Gatewood, au Dew Drop Inn avec des gens tels que Memphis Minnie, Big Maceo Merriweather et Muddy Waters. Il s’impose déjà comme un véritable showman et il enflamme les scènes où il passe.  

A partir de 1950 il décide de mener une carrière solo. Il forme son propre band avec Sunnyland Slim au piano, Leroy Foster à la guitare, Alfred Wallace à la batterie et JT Brown au saxophone. On peut les voir au Sylvio’s et au Happy Home. Ils font également quelques déplacements à travers le Midwest.

En 1951 il enregistre pour JOB. JB Lenoir a à peine plus de 20 ans et ses compositions traduisent déjà la marque d’une contestation politique.
Son enregistrement de ‘Korea Blues’ sort sous le nom de J. B. and his Bayou Boys. Cette chanson parle de l’inquiétude des GI’s et de leurs familles face à la politique militaire du président Truman en Corée : 
« Seigneur, j’ai reçu mon ordre de mobilisation, l'Oncle Sam va m’envoyer loin d'ici.
Il m’a dit, JB tu sais que j’ai besoin de toi. Seigneur, moi, c’est de toi dont j’ai besoin en Corée du sud. Ma chérie ne t’inquiète pas, je commence à voler dans les airs. Maintenant, les Chinois me tirent dessus, Seigneur, je serai quelque part en Corée… ».

Avec ‘Deep In Debt’ il se livre à une critique de la politique économique. Lenoir apostrophe la classe dirigeante de son pays qui d’après lui bafoue la démocratie.

En 1952 les frères Chess le prennent sous contrat mais lui demandent de tempérer ses propos. Ils souhaitent que ses textes perdent de leur virulence. JB Lenoir revient donc à des chansons plus traditionnelles ‘I Have Married’, ‘The Mountain’, ‘Slow Down Woman’ ‘I Want My Baby’. En 1953 il décroche un premier succès avec ‘The Mojo’. Ces productions paraissent sous le nom de JB Lenore and his Combo.
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Lenoir est connu pour sa prestation scénique ravageuse, sa veste zébrée, ses boucles d’oreilles, sa coiffure excentrique et sa voix aigüe. Son jeu de guitare est aérien. L’ambivalence de JB Lenoir est d’être un showman hors pair doublé d’un protestataire à la conscience politique et sociale développée.

Dwight Eisenhower est à la tête du pays depuis janvier 1953. En 1954 Lenoir revient sur le front des idées, il s’en prend encore aux personnels politiques qui musèlent ses semblables. Avec ‘Eisenhower Blues’ il parle de la déroute économique des USA et du chômage qui s’installe, ce qui lui vaut évidemment l’ire de la Maison Blanche. Pour ce nouvel enregistrement JB Lenoir a signé avec le label Parrot. Al Benson, le patron du label, promet à Lenoir de ne pas censurer son texte, mais sous la pression des autorités la chanson est retirée du commerce et ressort sous le titre ‘Tax Paying Blues’ une version légèrement édulcorée où le fisc américain prend la place du président. Une autre composition, ‘I’m In Korea’qui est un hymne pacifiste et une chronique acerbe du conflit asiatique, provoque des remous dans les hautes sphères. Auteur-compositeur de talent son penchant pour le commentaire social le distingue de beaucoup d'autres bluesmen de l'époque.

En 1954 il fonde un nouveau groupe avec Joe Montgomery au piano, Al Gavin à la batterie, Ernest Cotton et Alex Atkins aux saxophones. Il se produit dans le cadre de cette formation jusqu’en 1960. En cette année 1954 paraît encore chez Parrot son plus grand succès commercial ‘Mamma Talk To Your Daughter’, qui atteint la 11ème place au Billboard R & B et qui sera repris par de nombreux musiciens blues et rock. 

En 1956, ‘Don't Dog Your Woman’, et ‘Don't Touch My Head’, autres beaux succès, sortent chez Checker. En 1958 il joue à New York, mais à la fin de cette décennie, les engagements se raréfient. Toutefois l’éclipse est de courte durée, sa carrière redémarre à la faveur d’un enregistrement chez USA records en 1963. C’est l’album J. B. Lenoir And His African Hunch Rhythm, développant son intérêt dans la percussion africaine. Il est accompagné pour l’occasion par Donald Hankins au saxophone, Lafayette Leake au piano, Milton Rector à la basse et Willie Smith à la batterie.  

En octobre 1965 Lenoir vient en Europe avec la tourne de l'American Folk Blues Festival qui présente Mississippi Fred McDowell, Big Walter Horton, Roosevelt Sykes, Eddie Boyd, John Lee Hooker, Buddy Guy, Big Mama Thornton, Dr. Ross, Lonesome Jimmy Lee. Pour cette participation à l’AFBF Lenoir abandonne le côté exubérant de sa prestation pour apparaître seul en scène comme un folksinger du Sud, guitare acoustique entre les mains, une attitude qu’il n’a aucun mal à adopter, cela n’étant qu’un simple retour à ses débuts. Il prolonge son séjour sur le vieux continent avec la tournée Alabama Blues jusqu’en décembre. De retour aux USA les contrats ne sont pas faciles à décrocher, la musique ne nourrissant pas son homme il travaille un certain temps à la cuisine de l'Université de l'Illinois à Champaign.

En 1966, Willie Dixon lui fait enregistrer des sessions acoustiques accompagné à la batterie par Fred Below. Le résultat est superbe avec ‘Alabama Blues’ (une complainte déchirante sur la conblues jb lenoirdition noire aux Etats-Unis, une dénonciation du Ku Klux Klan et des lynchages : « Ils ont tué mon frère et ma sœur, et on laisse ces gens courir en liberté. Je n’aimerai jamais l’Alabama, l’Alabama n’a jamais eu d’amour pour moi »), ‘Down In Mississippi’ (inspirés par les droits civiques et le mouvement Free Speech qui réclame la reconnaissance du droit d’expression) « Du Mississippi d'où je viens / Il y a une saison pour la chasse aux lapins / Si vous les tirez, vous allez en prison / Mais pour tirer sur moi la saison est toujours ouverte » et ‘Shot On James Meredith’ qui relate la tentative d’assassinat du premier étudiant noir de l’université du Mississippi « Ils ont tiré sur James Meredith comme sur un chien / Monsieur le Président, je me demande ce que vous allez faire maintenant? / Je ne peux croire que vous n’allez rien faire du tout. ». La rage de JB Lenoir contre le racisme reste intacte. Il est convaincu d’avoir légitimement son mot à dire dans le débat sur la reconnaissance des droits du peuple Noir.
Début avril 1967, JB Lenoir est victime d’un grave accident d’automobile. Il reçoit les premiers soins à l’hôpital mais le système de protection social américain ne lui permet pas un suivi sérieux et suffisant, il doit rentrer chez lui. Il décède 3 semaines plus tard à son domicile suite à une crise cardiaque. Il sera inhumé au cimetière de Monticello.

A l’annonce de sa disparition prématurée, John Mayall, bouleversé par la nouvelle, compose ‘The Death Of JB Lenoir’ pour lui rendre hommage. Le musicien britannique déclare avec beaucoup de tristesse que le monde vient de perdre un grand nom du blues. De fait, sa reconnaissance auprès du public blanc des deux côtés de l’Atlantique allait ouvrir d’autres perspectives à ce musicien qui dénonçait les injustices de son pays.

Gilles Blampain