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été 19
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Portrait: JAMES COTTON Interview: FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL Portrait: ROBIN TROWER
 


Portrait
JAMES COTTON
1er juillet 1935 (Mississippi) – 16 mars 2017 (Texas)


blues kansas joe mc coy
blues kansas joe mc coy








Mr. Superharp
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Combien de temps lui reste-t-il ? On ne peut s’empêcher d’y penser quand on entend ‘Bonnie Blue’, le dernier titre de son dernblues james cottonier album (Cotton Mouth Man – Alligator, 2013). Cotton a pris beaucoup de boissons et de substances. Au milieu des années 90, il chope un cancer de la gorge. Rayons, bistouri. Il ne chantait plus sur ses disques depuis l’album Fire Down Under The Hill (Telarc, 2000) où Darrell Nulisch lui prêtait déjà ses cordes vocales. Bonnie Blue, c’est le nom de la plantation où il avait contracté la vie en 1935. Il remonte le fil de son existence jusque là et, comme s’il n’avait plus rien à sauver, il pousse dans le micro cette boue mourante, sombre et récalcitrante. Sa voix leste et radieuse n’est plus qu’une affreuse blessure. Cotton ne joue plus la section de cuivres funky dans son harmo, comme dans les années 70 quand il coiffait son public en arrière et débâchait les camions. Aujourd'hui il ne chante plus qu’à travers sa gaufrette… mais avec un muscle curieusement préservé malgré la découpe des chirurgiens. Depuis qu’il ne peut plus faire voler les anches, qu’il doit anticiper ses phrases et articuler ses notes, il se trouve encore meilleur, beaucoup plus relax.

Début des années 50. Un jeune harmoniciste de blues ne peut rêver d’un moment plus propice pour s’en aller cuire dans le bouillon de Memphis. De l’autre côté du pont : l’Arkansas. Ce môme est capable de ramasser 45 dollars en soufflant dans une râpe à quinze cents. Il a neuf ans, il est recueilli par Rice Miller qu’il écoute sur la KFFA, et dont il imite le jeu et la façon de parler. Il trouve maintenant les musiciens du gig pour son idole, s’assure qu’ils seront à l’heure et en état de jouer. Les potes de Miller s’appellent quand même Elmore James, Robert Lockwood, Pinetop Perkins… Et puis Miller se casse à Milwaukee. Cotton est trop jeune pour tenir la meute, pénétrer dans un joint ou se louer une piaule. Il s’accroche à Howlin’ Wolf et poursuit sa sédimentation avec cette nouvelle bande, Jr Parker, Matt Murphy, Pat Hare… Ils écument les beuglants qui galonnent la 61, Cotton reste à la porte, il joue la première partie dehors. Plus tard Wolf, puis Cotton, puis Parker naviguent sur les ondes de la KWEM, ils dopent leur renom sur la radio de West Memphis. Cotton débute en studio derrière Wolf en 1952, chez Sam Phillips. L’année suivante, il enregistre quatre titres sous son nom : Pat Hare plante un grabuge d’ampli dont les garagistes les plus ultras cherchent encore la formule. Quand Wolf se casse à son tour dans le Nord, fin 52, le jeune Cotton passe le pont. Memphis. Muddy Waters le cherche quand il arrive en ville en 1954. Jr Wells l’a largué, Muddy a besoin d’un harmoniciste. Cotton est à la hauteur, Muddy le monte à Chicago où Cotton retrouve quelques copains et encaisse deux années d’humiliation.

Dans les clubs, Muddy veut l’entendre jouer les solos de Little Walter à la note près. Dans les studios il fait tapisserie, Chess veut Walter, pas un ersatz rustique de Rice Miller. Cotton laisse une première trace sur ‘All Aboard’ (1956) : Walter joue le premier harmonica et Cotton, les mugissements de la locomotive au fond ! Il est crédité sur ‘Got My Mojo Working’ (fin 56), mais c’est probablement Walter qui souffle. Cotton fait taire à jamais les sarcasmes en 1960 sur la scène de Newport, toujours dans l’orchestre de Muddy. Il a la tempête, le contrôle et l’endurance, il n’est plus Rice Miller ni Little Walter. Il est le bras droit du boss, et contient sa substance hautement explosive jusqu’en 1966. Il monte alors sa boîte : le Jimmy Cottonblues james cotton Blues Band, avec le guitariste Luther Tucker. Il figure sur la série des Chicago The Blues Today (Vanguard) et entre tout de suite chez les Blancs. Albert Grossman s’occupe de lui, Cotton fait les premières parties de Janis Joplin, et la fête avec Bloomfield, Steve Miller et Johnny Winter. Saltos et culbutes sans lâcher l’harmonica, Cotton bombe les murs des deux Fillmore et enfile les festivals mémorables, trop grand pour le South Side, trop exogène pour les radios noires. Il taille sa route sur du billard quand ses concurrents prennent leur part de désert. Dans les années 70, il mord dans le funk, le rock et le jazz et devient une puissante synthèse de tous les souffleurs de blues (cf. les albums Buddah Records de 74 et 76, 100 % Cotton et Live & On The Move). Il arrache de son dix-trous des contrepoints de guitare lead, toujours porté par une chaufferie d’élite, Matt Murphy, Charles Calmese, Kenny Johnson, deux ou trois saxos. Une bête ! Il retrouve Johnny Winter sur Hard Again en 77, pour le comeback de Muddy Waters.

En 1984, dans sa course pavée d’albums infaillibles, il polit quelques miroirs étincelants chez Alligator. Il est l’un des quatre incendiaires de Harp Attack. Un coup de bistouri, et Mr Superharp arrête le chant. Il tombe encore les excellents Giant et Cotton Mouth Man, devenant le sideman de ses sidemen… sur le marchepied de sa légende. Christian Casoni