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Portrait
FRED BELOW
1926 (Illinois) - 1988 (Illinois)


sreamin jay hawkins
sreamin jay hawkins








En conduisant cet attelage de gamelles et de fûts inventé par les jazzeux, Fred Below devint l’un des rares batteurs de blues dont la signature pèserait quelque chose. Il ne venait pas du Sud comme la plupart de ceux qu’il servirait et qui le rendraient célèbre.blues fred below Il avait ouvert les yeux à Chicago, la ville de ce Gene Krupa qu’il irait regarder swinguer au Vendome et au Regal. Lui-même s’était dégourdi les baguettes à l’école Du Sable avec ses copains saxophonistes, Johnny Griffin et Red Holloway. Il avait perfectionné son be-bop sous les drapeaux, à Fort McClellan, Alabama, jouant avec une tête de turc nommée Lester Young. De retour à Chicago il avait rempilé deux fois, la première dans l’étude des percussions à la Knapp School, encore trop jeune pour fréquenter les clubs (il fallait avoir 21 ans), la deuxième chez les trouffions, dans l’orchestre du 427e d’infanterie. Il resta caserné en Allemagne de 1948 à 1951.
Entretemps le be-bop avait déménagé à Los Angeles et Harlem, sans attendre que Fred eût l’âge légal de promener son kit dans les clubs. Avec toute cette gueusaille qui affluait par trains entiers, la musique de Chicago commençait à prendre un drôle d’accent. Son pote Elgar pouvait en témoigner, qui battait dans l’orchestre de Muddy Waters. Elgar l’avait présenté aux frères Myers, Louis et Dave, guitare et basse. Avec l’harmoniciste Junior Wells, ils avaient monté les Aces et cherchaient un sonneur de toms. Ils l’essayèrent lors d’un gig au Brookmount Hotel. Fred était trop instruit pour taper le blues. “Je ne pigeais rien de ce qu’ils faisaient, je n’étais pas dedans du tout. Il me fallut un mois pour choper le bon swing.”

 blues fred below

Peu après, Junior Wells largua les Aces pour prendre la place de Little Walter chez Muddy Waters. Little Walter, qui se lançait en solo, récupéra les frères Myers et leur batteur atypique, ce Fred Below dont la frappe désuète collait parfaitement à son jeu.
Fred était un auxiliaire solide, ni caractériel ni alcoolique. Sans être un virtuose, il jouait bien. Les virtuoses de l’époque, Cozy Cole, Max Roach ou Roy Haynes, faisaient de toute façon carrière dans le jazz. Fred n’aurait jamais pris la lumière en se frottant à des concurrents pareils. Pour le blues en revanche, il savait rester sobre et possédait un bagage suffisant pour ajouter ce brin de frime qui donnait de l’élégance à ses accompagnements, quand il faisait claquer la baguette à la fois sur le cercle et la peau, ou laissait rouler ses poignets sur les toms pour relancer la chanson, avec cette manière savoureusement démodée qui transportait l’orchestre de Little Walter à la pointe du blues. Fred ne poussait pas de l’avant comme faisaient ces boppers à l’invitation toujours explosive. Au contraire, il jouait en arrière, très cool, tout au fond du temps, presque en retard, à la limite de l’incident. Backbeat. Little Walter et Fred Below faisaient vraiment la paire. Walter était peut-être vaniteux, mais peu de bluesmen laissèrent à leurs batteurs des cadeaux comme ‘Off The Wall’ (1953), où Fred lui arrachait la vedette.
En devenant session-man chez Chess à partir de 1955, il accompagna d’innombrables chanteurs à succès dont les hits standardisèrent ses shuffles. Fred devenait la frappe même de Chicago en jouant pour Muddy Waters, Howlin’ Wolf, les Moonglows, Etta James… un décompte à deux zéros. A part Sam Lay, les batteurs de blues n’étaient pas réputés pour avoir une personnalité dévorante, et bien souvent les patrons de label jetaient leur chapeau sur la charlé sans les voir. On ignore ainsi qui a tapé la jungle du premier tube de Bo Diddley, cette chanson dont le titre est aussi le nom de l’auteurblues fred below : ‘Bo Diddley’. Dans les années 70, au Lincoln Center de New York, Bo fit applaudir Clifton James comme le batteur de son premier disque. Or, en 1965, Fred déclarait à un journaliste: “I recorded with Bo Diddley the first record he made. That was ‘Bo Diddley’.”
Fred Below s’illustra surtout dans les grandes bordées de Chuck Berry. L’excellent batteur Simon Boyer l’entend monter en binaire et devenir vraiment moderne, en cet instant crucial où le rhythm’n’blues change de feeling : “Sur ‘Johnny B. Goode’, la guitare de Berry démarre binaire mais Below joue encore ternaire. Un an plus tard, avec ‘Little Queenie’, c’est fait, Below laisse encore un peu rebondir sa baguette, mais il joue vraiment à plat cette fois. C’était tout nouveau en 1958. La plupart des batteurs ne pouvaient s’empêcher de swinguer, ils n’avaient que le jazz comme référence. Le binaire a fait basculer la musique.”
Fred fut le batteur de l’American Folk Blues en 1965 puis il boucla un grand pèlerinage africain en 1968, vingt ans après Art Blakey. Dahomey (futur Bénin), Togo, Haute Volta (futur Burkina Faso), Côte d’Ivoire, Sénégal, Niger, Mali… Fred accompagnait Junior Wells, dans une grande tournée financée sur la gratte du Département d’Etat… Junior Wells, un ancien déserteur, entretenu par les Affaires étrangères !

Christian Casoni