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été 18
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Portrait
frankie lee sims
30 avril 1917 (Louisiane) – 10 mai 1970 (Texas)


blues kansas joe mc coy
blues kansas joe mc coy








Avec son jeu de guitare particulier et une sonorité originale il est considéré comme l'une des figures importantes du Texas blues d'après-guerre.

Son nom et son seul portrait connu circulent un peu parmi les séides du lumpen rock. Si la silhouette reste floue, le corps qui s’y cache est considérable. Le blues texan lui doit beaucoup de son éternelle jeunesse. Lightnin’ Hopkinsblues frankie lee sims et même T-Bone Walker, qui était déjà un castor raffiné à l’époque, disent lui avoir grappillé quelques doigts. Sims est donné comme le cousin de Hopkins et le neveu de Texas Alexander. Il a pris forme à la Nouvelle-Orléans et consommé son enfance à Marshall, Texas. Instituteur à Palestine, un bled de l’État, bluesman le samedi soir, Marine pendant la guerre, musicien professionnel après sa démobilisation, le voici à pied d’œuvre à Dallas. Il dore sa cote dans les clubs avec T-Bone, quand le castor ramène par-là ses ulcères et ses musiciens, ou avec Smokey Hogg, excellent chanteur de Deep Ellum qui a gravé un disque pour Decca dix ans plus tôt (on est en 1947), et enregistrera le tube ‘Long Tall Mama’ chez Modern deux ans plus tard. Hogg a une gâche chez Bullet, il prend Sims comme sideman. Puis l’instituteur se retrouve chez Blue Bonnet, un label local qui lui compte deux cires à son crédit. Ces quatre faces remarquables sortent dans le courant de l’année 1948. Le premier 78 tours est presque un disque de songster, avec son picking électrique instable retiré des mains de Tommy Johnson, influence manifeste. Sims s’ébroue, accompagné d’un contrebassiste et d’un pianiste. ‘Home Again Blues’ : il place le genre d’accroche riffée qu’on entend aussi chez Lightnin’ Hopkins. ‘Don’t Forget Me Baby’ : il prétendra que ce bottleneck, pouffant des vapeurs de chemin-de-fer au swing élémentaire, était celui du futur Carl Perkins. Ben voyons. L’instituteur chante déjà très bien, nerveux, effaré, plein de zèles folks en séquences courtes et précipitées, dont les bouts rimés, parfois verbeux, donnent du cachet aux textes. On pense forcément à Dylan. Il y a une séance Gold Star avec Lightnin’ Hopkins en 1949 à Houston, en attendant le coup décisif de 1953 : ‘Lucy Mae Blues’. Cette année-là et la suivante, Sims est enregistré trois fois à Dallas pour Speciality, un macaron de Los Angeles. Il est servi par un contrebassiste et un certain Herbert Washington aux gamelles. ‘Lucy Mae’, son premier hit régional, balise un périmètre que sa renommée ne parviendra jamais à déborder : l’ouest du Texas, la région de la Nouvelle-Orléans et celle de Jackson, Mississippi. ‘Lucy Mae’ est un de ces boogies limés sur l’étau, assaut de basses, riffs en contrepoint, qui toquent son style. On la compare au ‘Big Road Blues’ de Tommy Johnson, mais le titre évoque plutôt le ‘Keep It Clean’ de Charlie Jordan. Speciality presse trois singles. ‘I’m Long Long Gone’ se vend moins que ‘Lucy Mae’, et ‘Rhumba My Boogie’, moins que ‘Long Gone’. Le label publiera un album posthume, juste après la mort de l’instituteur, ramassant les nombreux titres non-retenus, souvent du premier choix comme ‘Married Woman’, boogie rapide, hypertendu, qui monte Tommy Johnson chez Canned Heat, et le blues du Delta chez Rock’n’Roll. 1955. Johnny Vincent, l’ancien producteur de Speciality, fonde Ace à Jackson, pour enregistrer du RnB néo-orléanais. Sims en profite. Ace lui organise trois longues sessions en 1957, dont Vincent débourrera assez de matériel pour tenter les DJs jusqu’en 1960. Sims se glisse tant bien que mal sur le marché du RnB et du rock’n’roll, d’abord avec piano et batterie (Jimmy Mullen, par ailleurs très bon chanteur), puis contrebasse, un premier saxo pour la touche RnB, un second saxo s’y ajoutant lors de la troisième séance. Ça fait sept disques sous étiquettes Ace, Vin et Ric : quatre singles à l’actif de Sims, trois à l’actif de Jimmy Mullen, qui devient Mercy Baby. Les radios du Sud font surtout mousser ‘Walkin’ With Frankie’, à la fois RnB modal, suprême de boogie et prêche de garage. Le temps valorisera deux autres boutoirs, ‘What Will Lucy Do’ et ‘She Likes Toblues frankie lee sims Boogie Real Low’, repris par Johnny Winter ou les Flamin’ Groovies. Pour ‘Walkin’’, voir du côté de Barrence Whitfield (‘Walking With Barrence’). Dans ce crépuscule millésimé, il y a aussi ‘My Talk Didn’t Go No Good’, encore un boogie fantasbuleux, si obstinément heurté qu’il en devient étale, cool comme du swamp. King Curtis était passé en coup de vent dans l’orchestre de Sims. Il l’emmène à Harlem chez Enjoy Records, un label naissant. Sims rencontre le patron mais, de la quinzaine de titres qu’il laisse à New York, rien ne sortira de son vivant. Rien avant 1985, quand les Anglais de Krazy Kat fracturent l’oubliette. Tandis que Lightnin’ Hopkins ouvre ses ailes sur les campus et les festivals, Sims, rocker provincial au jeu saignant qui eut tort d’avoir raison loin de Memphis, tombe au fond de la bouteille. Quelques billets signalent, évasifs, ce coup de feu de 1963 qui altère sa santé. En 1969 Chris Strachwitz, le taulier d’Arhoolie, veut enregistrer l’instituteur. Chris aurait sûrement dû s’y prendre un peu plus tôt…

Christian Casoni