Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Portrait
FERRE GRIGNARD
Météor du folk blues européen


blues fred mc dowell
blues fred mc dowell








Au mitan des années 60, un folk-blues singer continental faisant jeu égal avec les Anglo-Saxons déboule dans le paysage. Il fallait qu’il soit belge ! Natif de la cosmopolite Anvers. Comment en aurait-il été autrement ? 

Anarchiste
S’il entreprend des études de peinture à la fin des années 50, Ferré Grignard commence par se faire connaître dans le milieu artistique anversois à travers la musique, en chantant et en s’accompagnant à la guitare dans les cafés. Son répertoire est fait de protest songs, de blues et de chansons de marins.
Il quitte l’Europe pour un court séjour en Amérique. Sa rencontre avec la beat generation ne le laisse pas indifférent, mais les autorités américaines le prient de retourner chez les Belges car elles n’ont que faire d’anarchistes de son acabit.
Revenu à Anvers, il se veut définitivement musicien et fait le choix de s’exprimer en anglais. Découvert en 1964 par Hans Kusters, patron de maison de disques, Grignard perce assez vite grâce à son titre ‘Ring, Ring, I've Got To Sing’, un rythme assez enlevé qui accroche tout de suite l’oreille. Cette chanson lui ouvre les portes d’un succès international et le mène sur la scène de l’Olympia en 1965.
Ferré Grignard porte barbe et longs cheveux, ce qui n’est pas vraiment encore une mode. Son jeu n’est pas celui d’un virtuose, mais l’ensemble est plus que convaincant. Dans le paysage musical de l’époque, son chant bouleversant et pénétrant fait souffler un vent nouveau. Il possède une voix et un feeling qui fouillent les âmes et ne laissent rien intact après son passage. Son style est entraînant et son chant véhicule une certaine révolte, joyeuse et sûre d’elle-même. Dans la lignée des skiffle-bands, il s’accompagne à la guitare et est entouré d’un contrebassiste, d’un harmoniciste et d’un percussionniste au washboard. Si sa musique puise ses racines dans le folk-blues d’antan, ses textes sont au goût du jour, dans l’esprit contestataire et libertaire de l’époque.
D’abord chez Philips, il signe chez Barclay en 1967. Il inscrit quelques titres dans les hit-parades européens et ses chansons passent souvent sur les ondes : ‘She’s Gone’, ‘Drunken Sailor’, ‘La Si Do’, ‘Diggin’ My Potatoes’, ‘My Crucified Jesus’, ‘Hash Bamboo Shuffle 1702’, ‘On The Bowery’, ‘Yellow You, Yellow Me’,…

Vrai beatnik
Marginal et contestataire, Grignard ne l’est pas seulement dans les textes de ses chansons. Il ne veut pas d’un confort bourgeois, il veut vivre sans contraintes, comme bon lui semble. Il investit les bénéfices de ses premiers succès dans une immense maison et s’y installe avec une vingtaine de personnes. Musique, peinture, poésie et happenings festifs sont, ici, les préoccupations majeures. L’argent file, mais Grignard n’en a cure. Il oublie de payer ses impôts et tout va de mal en pis. En 1968, son album Captain Disaster (Barclay) ne rencontre pas le succès escompté, les ventes ne sont pas très bonnes. En 1969, il sort encore: ‘Yama, Yama, Hey’, et ‘I Don't Have A Dance’.
Les années 70 ne lui sont pas favorables. Libre et sans attache, Grignard n’a pas géré de ‘plan de carrière’. Il tourne de festivals en petites salles, mais vu ses dettes, les recettes filent directement dans les caisses du receveur des impôts. On le voit encore parfois apparaître de temps à autre, comme un revenant dans de rares émissions de télévision (comme Pop 2 en France), mais il tombe peu à peu dans l’oubli. En 1972 il sort un single : ‘Lazy John’ et ‘She’s Back’. En 1973, un nouveau single 2-titres voit le jour : ‘Knockin' Me Down’, ‘When I'm Down’. Hélas, les contrats pour les salles de spectacles sont toujours aussi rares. Il retourne chanter dans les cafés, et les années 70 s’effilochent dans les échos d’une ritournelle qui n’en finit pas. S’il est ignoré du show-biz et n’a plus la reconnaissance du grand public, il s’est mué en une véritable légende dans la mémoire de ceux qui n’ont pas pu se détacher de son cri de révolté.
Comme un dernier soubresaut, en 1978 paraissent: ‘I Warned You’, ‘All right’, ‘Railroad Bill’, ‘Maybe Tomorrow’. La fin de la décennie n’est pas très brillante, Ferré Grignard reste toujours en marge et malheureusement, tombe malade.

Peu avant son décès d'un cancer de la gorge en 1982, il vivait dans une pièce sous les toits, sans confort, ni chauffage. Il avait bien tenté un dernier come-back, mais la maladie l’a rattrapé et la camarde l’a emporté.

Voilà un artiste qu’on aurait tôt fait d’inscrire aux oubliés de l’histoire, mais plus d’un quart de siècle après sa disparition, Ferré Grignard ne laisse pas qu’un souvenir, il est revendiqué comme une influence majeure par de nombreux artistes de la scène belge de Arno à dEUS en passant par Elmore D.

En 2007 Universal a ressorti un CD - Master Série : Ferré Grignard.

Gilles Blampain


blues

Ring, ring, l've got to sing

She's gone

My crucified Jesus

Drunken sailor