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Portrait
ETTA JAMES


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Jamestta Hawkins
25 janvier 1938 (Californie), 20 janvier 2012 (Californie). 

Elle aperçut le diable au début des années 80, là, parmi les drag-queens du Stud Bar, un tout petit club de San Francisco où elle tentait de rallumer les cendres de sa vie. Elle croyait être en chemin pour la rédemption, mais un blues etta james troisième œil venait de s'ouvrir en elle et la prévenait qu'elle était encore loin du compte. Elle avait démarré par le doo-wop en 1955 au sein des Peaches. Johnny Otis les avait auditionnées dans sa chambre du Manor Plazza, à Los Angeles. Jamesetta était tellement inhibée en temps-là qu'elle s'était planquée dans la salle de bain pour chanter, tandis que ses deux copines gazouillaient devant Otis, de l'autre côté de la cloison. Elle avait réécrit la chanson d'Hank Ballard, ‘Work With Me Annie’ et l’avait intitulée ‘Roll With Me Henry’. Le jive étant composé, pour moitié, de métaphores de la baise, Modern Records avait sorti la chanson sous le titre ‘The Wallflower’. Elle avait bien marché, sans commune mesure toutefois avec le succès que connaîtrait, un peu plus tard, la version blanche de Georgia Gibbs, laquelle Gibbs était allée la chanter chez Ed Sullivan. Élevée dans le gospel, raisonnablement délinquante, cheveux courts et peroxydés, Jamesetta obéirait, pendant plus de quarante ans, à cette boussole qui la ramènerait au ruisseau quoi qu'elle fasse ou chante, malgré sa peau claire et quelques hits, elle qui n'était qu'une adolescente dans l'abattage des Top Ten Tours. Chez Modern les frères Bihari l’avaient arnaquée pendant cinq ans, à Chicago les frères Chess l’arnaquèrent seize ans durant.blues etta james Le patron était rude et sa protégée, d’une légèreté décourageante, mais Len Chess lui témoignait une sympathie dont il était peu coutumier avec d'autres. Bon, Len, les royalties lui collaient curieusement aux doigts. Il l'enferma tout de suite dans un rôle de pauvre fille délaissée, avec des ballades aux violons de plus en plus lourds, ‘All I Could Do Was Cry’ ou ‘At Last’, gros jackpot pour le label qui put vendre des disques aux teenagers blancs, tout juste un pourboire pour celle qu'on présentait maintenant comme la nouvelle Billie Holiday. Pour faire bon poids, un soir à la Nouvelle-Orléans, elle goûta de cette poudre blanche, beaucoup plus puissante que le brown sugar mexicain qu'on fumait à Los Angeles. Jamesetta X, black muslim révoltée, se sentait invincible et se pistonnait des doubles-shoots, comme Billie Holiday, matin, midi et soir. Elle se perdait avec des petits caïds et des macs qui la frappaient, courtisant l'un pour qu'il la débarrasse de l'autre. Dans cette déchetterie, seul Artis Mills valait le coup, lui, d'une noblesse exceptionnelle. Elle l'avait épousé. Quand les stups les coincèrent dans ce Holiday Inn de San Antonio, Artis s'était accablé pour la couvrir et tirait dix ans de pénitencier à sa place. Jamesetta frayait avec le gratin du R’n’B le soir et restait, le jour, une délinquante courant les rues en quête de smack, mouillée dans des escroqueries minables, junkie d'abord, chanteuse à l'occasion. Elle devint pourtant une solide valeur de la soul dans la routine de l'héro. En 1967 elle quitta les studios de Muscle Shoals avec des titres comme ‘I'd Rather Go Blind’. Len Chess était en larmes : “Etta, it's a mother!”. Mais après Chess elle dégringola pour de bon, bien qu'elle eût largué l'héro, découvert l'amour que lui vouait encore le public européen, à Montreux en 1976, enregistré pour Warner un album de funk produit par Jerry Wexler, et ouvert pour les Stones à Washington. Rien à faire, le nom d'Etta James s'éteignait, comme celui de la plupart des gloires de la soul d'ailleurs. Elle avait laissé ses fils à Dorothy, grand-mère disjonctée, elle devenait un aspirateur à coke et repartait de zéro dans les petits clubs gay de San Francisco, en formation minimale, furieuse et gonflée à bloc, même pas pour le cachet, juste pour se refaire une clientèle. Le Stud Bar était si exigu qu'elle s’était changée en face, au Hamburger Mary's. Soudain, en plein concert, elle l'avait vu parmi les drag-queens, le diable. “Je pouvais entendre sa respiration, confia-t-elle à son biographe, David Ritz. Ses yeux étaient pires que tout, flamboyants, directement plantés dans les miens. Il faisait le vide autour de lui. Comme il s'approchait, je priais le ciel de dresser un cercle d'anges autour de moi. ‘Seigneur, si tu me délivres de cet homme, j'arrête de déconner, je jure de filer doux !’ Dieu avait dû toper le marché car l'homme s'était évanoui aussi mystérieusement qu'il était apparu.”blues etta james Jamesetta tint parole. Elle arrêta la dope, les pilules, l'alcool, les clopes et reprit sa famille et sa carrière à bras le corps. Elle fit un peu de rock'n'roll et, le blues ressuscitant pour la deuxième fois, c’est cette forme que prendrait désormais son gospel. On la vit chanter aux Jeux olympiques de Los Angeles, à l'Hollywood Bowl et crouler sous les honneurs. Il avait suffi qu'elle le veuille et tout se passa comme elle l’avait décidé. En 2003, une étoile à son nom apparut sur le Walk of Fame d'Hollywood. En 2008, son nom s’afficha au 22ème rang dans le classement des « 100 plus grands chanteurs de tous les temps » (« 100 Greatest Singers of All Time ») publié par le magazine Rolling Stone. 

En décembre 2011, son entourage annonçait qu’elle était atteinte d'une leucémie en phase terminale. Le 20 janvier 2012, Etta James décédait à l'hôpital de Riverside, elle avait 73 ans.

Christian Casoni