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été 18
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Portrait: EDDY CLEARWATER Dossier: MOTOWN RECORDS  
 


Portrait
EDDY CLEARWATER
Edward Harrington : 10 janvier 1935 (Mississippi) – 1er juin 2018 (Illinois)


blues kansas joe mc coy
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Showman de premier ordre avec son style particulier il était reconnu comme un précurseur du West Side blues.

Depuis 65 ans, Eddy The Chief Clearwater trouve du rock dans le blues et du blues dans le rock. En 1950, il se fait Chicagoan pourblues eddy clearwater la vie. Avec les 175 billets économisés sur une plonge à 37 dollars la semaine, il réunit une Epiphone, un petit ampli et deux compères pour un rhythm’n’blues à propulsion boogie, reprenant Fats Domino, Lloyd Price et Little Richard. Les Cutaways d’Eddy Guitar sont John Hudson à la seconde guitare et Richard Rogers à la batterie. Ils font quelques clubs aujourd’hui ; Eddy, lui, fera les États-Unis demain, l’Europe, l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique du Sud, la Russie et même Hongkong après-demain. Au milieu des années 50, Eddy se laisse embarquer par ses nouveaux amis et frontmen, Otis Rush et Magic Sam. Otis Rush… encore un sacré gaucher qui joue à l’envers, comme lui. Les marchands ne vendent pas encore de guitares inversées. Eddy devient un bluesman du West Side, augmenté d’un simili-Chuck en 1957. Ce soir là, l’autoradio de la Ford balance ‘Oh Baby Doll’. Eddy encaisse le choc. Ses premières spirales, l’année suivante, sont marquées au fer rouge par le style de Chuck Berry, la voix, les double-stops et même la duck walk : ‘Hill Billy Blues’, ‘Boogie Woogie Baby’, ‘Clear Waters’… Car Eddy Guitar s’appelle maintenant Clear Waters, un amical coup de menton de la piétaille à l’adresse de Muddy. Il clone Chuck Berry mais reste collé au West Side : ‘Minor Cha Cha’, ‘I Don’t Know Why’. Eddy a bouclé son bagage pour toujours avec les sons de sa génération : le West Side et le rock’n’roll. Les distinguos seront l’affaire des producteurs.
Eddy enregistre ses trois premiers 45 chez Atomic H, le label du révérend Houston Harrington, oncle loufoque à l’invitation duquel Eddy avait quitté Birmingham, Alabama, pour la Windy. Houston tenait une boutique misérable dans le ghetto ouest, que Bruce Iglauer avait visitée. Houston lui avait montré les plans du sous-marin volant qu’il venait d’inventer. Son catalogue est un confetti qui héberge les premières œuvres d’Eddy, et celles de quelques houserockers à la ramasse comme Lazy Bill Lucas ou Jo Jo Williams.
Après Atomic H, Eddy fait circuler son rock-a-blues, ainsi qu’il qualifie le genre, chez LaSalle, Versa, et obtient un petit succès chez Federal en 1962, avec ‘A Real Good Time’, décalque de ‘Johnny B. Goode’. Eddy enregistre peu jusqu’en 1976, mais joue beaucoup. Les échantillons qu’on lui grave sont correctement couverts par les DJ, c’est bon pour les gigs. Il est un peu connu à Chicago depuis son passage au Bandstand Matinee, une émission de la télé locale. La règle veut qu’on décroche d’abord un gig, et qu’on réunisse ensuite les musiciens qu’on peut. Eddy, tout le monde l’aime bien, il est fiable et, comme il dit, la gentillesse est l’argument principal de sa longévité. En 65 ans de carrière, il n’a eu peur qu’une fois : le disco, la grosse hi-fi dans les clubs et dégun à l’affiche. Il s’introduit alors dans les banlieues blanches et dans le North Side. Les petits bourgeois du Wise Fools, du Elsewhere, du Kingston Mines, du Biddy Mulligans, sont jeunes, branchés rock, et du rock, Eddy, il peut leur en donner.

En 1976 la Française Marcelle Morgantini débarque une nouvelle fois à Chicago, guidée par Jimmy Dawkins. Elle vient enregistrer les bluesmen de la ville dans des clubs vides, pour le petit label MCM. La séance de Black Nights est organisée au Ma Bea’s, avec Dawkins et Fred Below. En investissant le marché des albums, Eddy prend de la surface. En 1980 The Chief sort chez Rooster Blues. La pochette, qui fait briller son quart de sang cherokee, verrouille le marketing pour la quinzaine d’albums qui va suivre, Eddy terminant ses concerts coiffé d’une magnifique parure de sachem. Il sait chanter,blues eddy clearwater il a fait partie des Five Blind Boys Of Alabama dans le temps, il sait écrire et solote tous terrains. Eddy est compatible avec à peu près tout le monde. « C’est mon agent de Nashville qui m’a présenté Los Straitjackets. » Ce groupe mexicain de surf garage s’est posé à Nashville. Ils sont quatre, cagoulés, mi-catcheurs, mi-déités de manga, qui entourent the Chief, ce grand Noir sous un bonnet de plumes. Ce groupe carrément décadent chaudronne son album au merlin, Rock’n’roll City (Rounder, 2003), qui fait forte impression. Qu’est-ce qu’il lui manque, à Eddy ? Être anobli par Alligator, avec une belle production. Le privilège s’appelle West Side Strut (2008), l’un des albums de blues de la décennie : cylindrages de blues-rock herculéens, effervescences d’harmonica (Billy Branch), cuivres oppressés, guitares fatidiques… le West Side comme il n’a jamais sonné (‘Gotta Move On’). Eddy n’a plus beaucoup de cheveux à se faire, maintenant qu’il a épousé son manager, Renee Greenman. C’est la veuve d’un comptable qui habite Skokie, une banlieue confortable de Chicago. The Chief peut continuer à rayonner de toutes ses plumes et lamper ses bières sans alcool, bercé par cette confiance enfantine qu’il a toujours eue. Enfin, ça, c’était avant le 1er juin 2018…

Christian Casoni