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Portrait
EDDIE KIRKLAND
16 août 1923 (Kingston - Jamaïque) – 27 février 2011(Tampa - Floride)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
blues arthur crudup






Musicien créatif, avec un son brut et cinglant assez particulier, il a imposé un style où se mêlent dans des riffs puissants, blues, gospel, rock et country.

Petit, Eddie Kirkland croit que sa mère est sa grande sœur. En effet leur différence d’âge peut le laisser penser. Ils n’ont que 12 ans d’écart. C’est à Kingston sur l’île de la Jamaïque, le 16 août 1923, que l’adolescente doblues eddie kirklandnne le jour à un fils, fruit d’une relation avec un pêcheur cubain. Peu de temps après, suite à un court séjour à New Orleans, Edward Kirkland se retrouve à Dothan en Alabama où il passe toute son enfance.
Élevé par l’une de ses grand-mères, gospel, blues, mais surtout country music à travers les programmes radiophoniques du Grand Ole Opry bercent son enfance. Il a huit ans quand il s’initie à l’harmonica. Quelques années plus tard il apprend à jouer de la guitare sous la houlette de Junior Bailey et Blind Murphy, deux musiciens locaux. Et comme tous les enfants de son âge il chante le gospel à l’église.
Le jeune garçon a 12 ans quand The Sugar Girls Medecine Show, un spectacle itinérant qui monte ses tentes tous les ans à Dothan, lui fait germer une idée d’évasion. Fasciné par cette troupe il se faufile à l’arrière d’un camion, tard un samedi soir, quand l’équipe est sur le départ et il se cache au milieu du matériel. On découvre sa présence à l’arrêt suivant dans le Tennessee. On lui demande qui il est, d’où il vient, et on s’interroge sur ce qu’on va faire de lui. Le gamin ne se démonte pas et dit qu’il veut un job. Le voilà intégré au show faisant des claquettes et jouant de l’harmonica. Après le Tennessee, il traverse le Kentucky. Au bout de deux ans le spectacle itinérant s’arrête. Il se trouve alors à Dunkirk dans l’Indiana, c’est là qu’il retourne un certain temps sur les bancs de l’école. Les annales ne rapportent pas la réaction de sa mère et sa grand-mère par rapport à cette fugue prolongée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale Eddie Kirkland rejoint les rangs de l'armée pour deux années, où dit-il, sévit fortement le racisme. Une bagarre avec un officier blanc lui vaudra d’ailleurs quelques tracas. Une fois démobilisé en 1945, il revient à Detroit où il retrouve sa mère qui s’y est installée et il perfectionne sa technique de guitariste blues. Il joue un temps dans l’orchestre de Percy Webb. Il façonne son propre style avec un jeu en accords ouverts et implante le style rugueux du Delta dans l'ère électrique en utilisant son pouce, plutôt qu’un médiator. Travaillant le jour sur la ligne d'assemblage de la Ford Motor Company, il fréquente la nuit les house rent parties avec sa guitare. C’est là qu’en 1948 il rencontre John Lee Hooker avec qui il va collaborer épisodiquement durant un certain nombre d'années. On le retrouve ainsi derrière le Boogie man dans les enregistrements de ce dernier entre 1949 et 1962 et devient même son road manager pour des tournées qui les mènent jusque dans le Deep South. Leur collaboration cesse en 1962 quand John Lee Hooker part pour une série de concerts à l'étranger. Mais durant cette période, Kirkland joue aussi pour son propre compte, ce qui l’amène en 1952 à graver un single ‘It's Time For Lovin' To Be Done’/‘That's All Right’ qui paraît sous le nom de Little Eddie Kirkland. Il délaisse le ‘Little’ en 1953 pour sortir ‘Please Don't Think I'm Nosey’/‘No Shoes’.
Parti s’installer au soleil de la Georgie au début des années 1950, Kirkland revient à Detroit en 1959, trouve un engagement à l’Apex Club sur Oakland avenue et enregistre sur le label Fortune. En 1960 il se fixe à Cleveland, Ohio, mêlant de plus en plus à son blues les sonorités alors en vogue de la soul music. En 1961 il enregistre à New York pour Tru Sound, filiale de Prestige, un superbe albumIt's The Blues Man en compagnie de l'orchestre de King Curtis. Malheureusement cet enregistrement est peut-être en avance sur son temps et ne rencontre pas son public. Après un bref séjour à Detroit, il décide en 1962 de repartir pour la Georgie où il se fait disc-jockey dans une radio locale. Mais il semble ne pas vouloir ou savoir se fixer quelque part, il déménage en Floride où il vit un court laps de temps puis revient en Georgie et s’installe à Macon.
C’est à Macon où il vit désormais qu’il est remarqué un soir dans un club par un jeune artiste dont l’heure de gloire approche, il s’agit d’Otis Redding. Celui-ci emballé par sa prestation décide de l’intégrer dans son groupe de scène et en fait le band leader. Redding permet à Eddie Kirkland d'interpréter à chaque show quelques morceaux en vedette et surtout d'enregistrer plusieurs 45tours pour Volt, son label. En 1963, il sort sous le nom d’Eddie Kirk les singles ‘The Hawg’ part 1 et 2. Mais ces disques sont un peu éclipsés par ceux de Rufus Thomas dont le style est plus prisé à ce moment-là. Après la mort inattendue de Redding en décembre 1967, Eddie Kirkland est sous le choc, il se sent désabusé, un peu découragé par la mévente de ses disques. Il n’entre pas dans des cases préétablies. Pour les puristes du blues il n’est pas assez blues quand il l’est trop pour les amateurs de soul. A partir de là, il délaisse alors un peu la musique pour gagner sa vie comme mécanicien auto.
blues eddie kirkland

Chanteur possédant une extraordinaire voix de ténor, guitariste au son farouche accentué par la slide, Eddie Kirkland joue sans médiator. Cela lui permet d’enchaîner de subtils accords et de puissants riffs riches en rythmes et en tension harmonique, couvrant simultanément les lignes de basse et le contrepoint.
L’ethnomusicologue et producteur Peter B. Lowry rencontre Kirkland à Macon au début des années 1970 et le convainc d'enregistrer à nouveau. Les premières sessions acoustiques se font dans une chambre de motel et donnent le LP Front And Center. Un second album le funky The Devil... And Other Blues Demons, se fait en studio. Les deux sortent sur le label de Lowry, Trix Records. Au milieu des années 1970 Kirkland est toujours avec Lowry et c’est à cette période qu’il participe à l’émission de télévision Don Kirshner's Rock Concert avec Muddy Waters, Honeyboy Edwards et Foghat, groupe de blues-rock britannique avec qui Kirkland se lie d'amitié. Une amitié qui ne faiblira pas puisque 40 ans plus tard, en 2010, Eddie Kirkland apparaitra en invité sur leur album Last Train Home. C’est une période où il joue partout où sa musique peut être jouée, dans les bars, les universités, les prisons, les hôpitaux. En 1973 il aprticipe au festival de Chapel Hill en Caroline du Nord et de Ann Arbor dans le Michigan, plus à l’ouest il se produit  dans le Wyoming et le Montana. C’est au début des années 1970 qu’il adopte cette tenue qui lui vaudra le surnom de Gypsy of the Blues, un gilet chamarré passé sur une chemise rouge, portant au cou un gros médaillon et la tête coiffée d’un bandana façon corsaire. Il est également connu pour ses pitreries acrobatiques sur scène faisant des culbutes ou jouant tout en se tenant sur sa tête.
Au milieu des années 70, il est blessé dans une fusillade dans un club en Géorgie. Il perd son œil gauche et devient sourd de l’oreille gauche. Il parle également d’une balle dans le genou, mais était-ce au même moment ou à une autre période et ailleurs ? Car sa vie n’a semble-t-il pas été un long fleuve tranquille. Certains biographes rapportent qu’il a été jugé pour avoir tué un homme en état de légitime défense, qu’il a passé trois ans en prison et a été contraint au travail dans un chain gang.
En 1980 sort sur le label anglais JSP Pick Up The Pieces. En 1983 c’est Have Mercy sur Pulsar recordings. Dans les années qui suivent Kirkland continue de se produire sur la côte Est et en Europe.
Dans les années 1990 Eddie Kirkland est enfin reconnu comme un artiste qui compte, il est invité dans les grands festivals aux USA comme en Europe où il tourne accompagné par le groupe finlandais Wentus Blues Band. C’est à cette époque que Randy Labbe, propriétaire du label Deluge, devient son agent. Trois albums paraissent sur ce label,All Around The World en 1992, Some Like It Raw en 1993 qui est une captation live dans un club de Vancouver et Where You Get Your Sugar? en 1995. Pas de temps mort pour la création puisque par la suite sortent Lonely Street chez Telarc en 1997 et Movin' On chez JSP en 1999.
Au début de la décennie suivante, Kirkland se retrouve seul à nouveau, gérant lui-même son planning de concerts, se déplaçant dans sa Ford County Squires, traversant le pays plusieurs fois par an. En 2004 sort l’album Democrat Blues chez Blue Suit records, suivi en 2006 par Booty Blues chez Hedda records. En novembre 2010 à Pensacola Beach en Floride, la Gulf Coast Blues Society  honore Eddie Kirkland en créant le premier Eddie Kirkland Blues Festival dont il est bien entendu la vedette principale. Sa performance laissera un souvenir mémorable aux organisateurs comme aux spectateurs. blues eddie kirkland
A 85 ans passés, Eddie Kirkland semble infatigable et continue inlassablement de tourner.
Seul au volant de sa voiture il va de ville en ville. Mais en février 2011 il ne se doute pas qu’il a déjà donné son dernier concert, il disparaît tragiquement dans un accident de la route le 27 de ce mois. La presse relate sa disparition: « Eddie Kirkland, 88 ans, légende du blues connu sous le nom ‘Gypsy of the Blues’ a été tué en Floride, sa voiture ayant coupé la route d'un bus Greyhound. D’après le rapport de police, Kirkland voyageait au sud-est sur la US highway 98 à Crystal River, au nord de Tampa, quand vers 8h30 dimanche il a essayé de faire un demi-tour devant un bus. Le bus, qui roulait en direction du nord-ouest a poussé la Ford Taurus de Kirkland sur environ 200 yards avant que les véhicules ne s’arrêtent. Eddie Kirkland a été transporté à l’hôpital de Tampa où il est décédé quelque temps plus tard. Personne dans le bus n’a été blessé.».

Il laisse derrière lui sa seconde épouse Mary et trois filles nées de cette union, cinq filles et deux fils nés de son premier mariage avec Ida Mae Shoulders, décédée avant lui, et de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants. Et bien sûr une abondante discographie.
Gilles Blampain