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06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Portrait
DENNIS DUNAWAY












Qui chantera un jour les louanges de ce bassiste félin qui, pendant sept ans, insinua ses reptations mélodiques dans le fabuleux bestiaire du groupe Alice Cooper ?
En ce temps-là Alice Cooper était le nom d’un groupe, pas encore le pseudonyme exclusif du chanteur. Ça se passait entre 1969 et 1974. Le gang de Phœnix crevait le plafond, catapulté par sept albums anti-hippies dont la pop, classée hard à défaut de mieux, était orchestrée comme une minuscule symphonie rock. La voix et les quatre instruments s’épousaient en pointillés, galbaient en se superposant une véritable torpille mélodieuse.

Les rôles ne se répartissaient pas entre une guitare rythmique et une guitare solo, avec la section basse-batterie en canevas. Non. Chaque musicien personnalisait la chanson, jouant une partition suffisamment ajourée pour laisser à ses partenaires de vastes couloirs de circulation. Dans ce gymkhana croisé, la basse tenait la dragée haute aux guitares, aux frappes lourdes (mais inventives) du batteur et à la voix formidable de Vincent Furnier (aka Alice Cooper).
Et cette basse était tenue par un maître discret, un géomètre comme le rock'n'roll en a rarement connus.

Alice Cooper vous caressait d’abord le foie. Entre Ennio Morricone, James Bond et Gene Vincent (ce reliquat de rockabilly imperceptible mais omniprésent), c’est la basse de Dunaway et sa mélodie rasante qui caractérisait les chansons du groupe, plus que la beauté du chant, les enluminures des guitares, les charges enjouées de la batterie.
L’intro d’‘Eighteen’, le final de ‘Dead Babies’ où la corde basse ondule en cahots harmonieux, le zigzag fugace qui zèbre le refrain de ‘Billion Dollar Babies’ et le fait soupirer… Dunaway imposait la couleur d’un titre d’une simple walking bass magnifiquement pesée (‘Is It My Body’), d’un gimmick étonnant (l’interminable descente chromatique de ‘Blue Turk’, les élongations élastiques de ‘Muscle Of Love’), ou en slapant des Zone de Texte:  arpèges clairs-obscurs et savants (‘Gutter Cat’).

L’homme passait impérialement du baiser au coup de poing : les arrachées de ‘Desperado’, les furieux embrayages qui lancent les couplets de ‘Billion Dollar Babies’, l’autorité avec laquelle il corsète la voix et les guitares hargneuses de ‘School’s Out’.

Dennis Dunaway utilisait sa basse comme une guitare, comme un tambour… et parfois même comme une basse ! Il avait le pouvoir de multiplier les cordes au besoin, ou d’allonger le manche.
Lorsque Vincent Furnier partit rejouer son rôle à la mode de Broadway, son bassiste se fourvoya au sein de diverses formations hard-rockantes. Au début du millénaire, c’est son initiale qui fournissait le « D » du trio BDS (Bouchard, Dunaway, Smith). Le « S » était apporté par Neal Smith, batteur historique d’Alice Cooper, qu’on présentait alors comme le seul authentique frappadingue du groupe. Il s’était mis une balle dans le pied pour échapper au Vietnam. Quant à Bouchard, voir du côté de Blue Oyster Cult… Que reste-t-il, aujourd'hui, à Dennis Dunaway ? Je sais pas. Quelques royalties peut-être bien. Et un album tombé dans les bacs fin 2005, Bones From The Yard.

Christian Casoni