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Interview flyin' saucers gumbo special Portrait lightnin' hopkins Dossier MARTIN LUTHER KING
     
 


Portrait
colette magny
Subversive et sans compromis


blues fred mc dowell








Découverte au début des années soixante, elle était inclassable. Diva au physique enveloppé qui chantait le blues comme personne, son combat artistique était aussi un combat politique. Elle a payé sa liberté d’expression et son intransigeance au prix fort. Mais ses disques sont là.

Blues Again - Le blues dans tous ses états

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04/12
Interview ROBERT MANTHOULIS Portrait BIG JOE DUSKIN Dossier ROBERT JOHNSON
     
 


Portrait
colette magny
Subversive et sans compromis


blues fred mc dowell








Découverte au début des années soixante, elle était inclassable. Diva au physique enveloppé qui chantait le blues comme personne, son combat artistique était aussi un combat politique. Elle a payé sa liberté d’expression et son intransigeance au prix fort. Mais ses disques sont là.

Elle avait un physique imposant, un visage de diva tragique et une voix, quelle voix ! Une de celles qui donnent le frisson. Grave et émouvante. Chanteuse de blues ? Certainement. Témoin de son temps, engagée, enragée contre la souffrance et menant son combat contre les injustices d’où quelles viennent. Toujours aux côtés des damnés de la terre.

Collette Magny chantait ‘Basin Street Blues’, ‘The House Of The Rising Sun’ ou ‘Love Me Tender’ comme si elle avait vu le jour du côté de Memphis, alors qu’elle avait grandi à Paris où elle était née le 31 octobre 1926.

Auteur compositeur aux textes coups de poing, elle n’a pourtant pas hanté les cabarets Rive Gauche, guitare en bandoulière, durant les années d’après-guerre. Jusqu’en 1962, elle occupe sagement un emploi de secrétaire dans un organisme international. Passionnée de chanson, elle ne se produit que pour un cercle restreint d’amis qui peinent à la convaincre que son talent pourrait lui ouvrir des portes. Elle finit par franchir le pas et passe avec succès une audition au cabaret parisien La Contrescarpe, où elle rode son tour de chant durant quelques mois. Un plus large public la découvre en décembre grâce à la télévision, dans Le Petit Conservatoire De La Chanson de Mireille, véritable pépinière de talents. Tout s’enchaîne alors assez vite, avec un premier 45-tours (EP) chez CBS ‘Basin Street Blues’/‘Co-Opération’/‘Melocoton’/‘Nobody Knows You When You’re Down And Out’.

Un premier succès sur les radios : ‘Melocoton’, étrange dialogue imaginaire entre deux gosses où l’espoir le dispute à la tristesse, et où un rayon de soleil aimerait percer un futur angoissant. Cinq autres singles paraîtront jusqu’à la fin de 1964.
En 1963, c’est la scène de l’Olympia pour une première partie de Claude François et de Sylvie Vartan. Elle enregistre dans la foulée un 33-tours distribué par Le Chant du Monde.
Appréciée du public, promise à une belle carrière, elle chante en français des textes de poètes (Victor Hugo, Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine…), et des classiques du blues, ‘Saint-James Infirmary’, ‘Rock me More And More’, ‘Any Woman's Blues’.
Les années soixante frémissent et se mettent à bouillonner en mai 1968, laissant certaines cicatrices. Quelques temps plus tard, Colette Magny chante ses propres textes. Elle prône la révolution, ses combats de prédilection sont la lutte contre la misère, le racisme et la solidarité avec les minorités opprimées : ‘Les gens De La Moyenne’, ‘Vietnam 67’, ‘A Saint-Nazaire’, ‘Viva Cuba’. Son cheminement artistique n’est pas éloigné des combats de Woodie Guthrie ou d’Odetta. A partir de là, les média et le pouvoir en place n’entendent plus son chant de la même façon.

Libre, grande gueule, militante politique, défendant ses idéaux, Colette Magny n’est pas formatée pour une société policée et bien pensante, mais les censeurs ne réussissent pas vraiment à la faire taire. La télé ne veut plus d’elle et les radios ne diffusent plus ses disques. Qu’importe, elle chante partout où son militantisme trouve un accès. Les MJC l’accueillent volontiers. Sa carrière est en demi-teinte mais ses enregistrements trouvent un public. Personnalité hors norme au talent original, elle chante aussi bien des comptines pour enfants que l’hymne des Black Panthers, et l’émotion renverse tout sur son passage.

Toujours l’esprit en alerte, quitte à déstabiliser un auditoire restreint mais acquis, dans les années 70 elle aborde les rivages du rock progressif et explore les méandres du free-jazz. Elle travaille même un temps avec le Workshop de Lyon. Autre défi, elle mêle musique et arts plastique dans un spectacle à La Cartoucherie de Vincennes. Dans les années 80, elle retourne à une expression plus traditionnelle en publiant au Chant du Monde le 33-tours Chansons Pour Titine, sur lequel elle reprend des standards comme ‘Strange Fruit’, ‘You Go To My Head’, ‘My Man, Titine’, ‘My Heart Belongs To Daddy’, ‘The House Of The Rising Sun’… En 1991 paraît un disque de blues-rap autoproduit ‘Rap Toi D' Là Que Je M'y Mette’. C’est l’ultime enregistrement de cette artiste atypique qui avait choisi une voie originale et difficile, sans concession, faite de beaucoup d’exigences, et qui assurait : « Si on ne me laisse pas chanter ce que je veux, je préfère me taire ».

Colette Magny est morte en 1997 dans un petit village du Tarn-et-Garonne, où elle s’était retirée quelques années auparavant.

Gilles Blampain