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06/17
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Portrait
CHAMPION JACK DUPREE
4 juillet 1910 (New Orleans, Louisiane) - 21 janvier 1992 (Hanovre, Allemagne)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
blues arthur crudup






Maître du boogie woogie, il est parmi les musiciens qui ont le plus enregistré dans la période de l’après-guerre. Avec son style exubérant il a influencé un grand nombre d’artistes.

C’est le jour de la fête nationale américaine, le 4 juillet 1910 à New Orleans, que William Thomas Dupree pousse son premier cri.blues champion jack dupree Son paternel est un marin originaire du Congo Belge, sa mère est une indienne Cherokee. Il a tout juste un an quand ses parents périssent dans l’incendie de leur maison allumé par les affreux encagoulés du Ku Klux Klan. L’enfant qui a échappé à la catastrophe est placé dans un orphelinat pour enfants abandonnés ou errants où Louis Armstrong l’a précédé. Durant son enfance un prêtre de cette institution lui apprend les rudiments du piano. Mais à l’âge de 14 ans les adolescents doivent laisser la place à d’autres malheureux. Le jeune Dupree quitte l’établissement qui l’a recueilli et se retrouve à la rue. Pour gagner sa vie il mendie sur les trottoirs puis trouve un emploi chez un laitier. Il tente sa chance dans les bars du Vieux Carré Français ou de Storyville en recherche de pianiste. Il fait la connaissance de ses aînés, Tuts Washington, Willie ‘Drive 'Em Down’ Hall auprès desquels il perfectionne son style. Il joue alors dans les barrelhouses et autres bars peu recommandables.

En 1927, le jeune Dupree part vers le Nord. Le voilà à Chicago, là il rencontre Georgia Tom Dorsey avec qui il joue quelques temps. Il tombe amoureux de Ruth, lui passe la bague au doigt ; il partage avec elle sa vie et la scène. En 1932, il se met à la boxe et c’est à Detroit qu’il rencontre le futur champion du monde poids lourd Joe Louis. Ce dernier l’encourage à persévérer. Il décroche le trophée des Golden Gloves et gagne son surnom de Champion Jack. Plus tard, en 1935, il se retrouve à Indianapolis où il se lie avec Scrapper Blackwell, Leroy Carr et Peetie Wheatstraw. Durant ces années-là, il vit de la musique tout autant que de divers petits boulots tout en continuant à monter sur le ring. En 1940, après plus de 200 combats il raccroche les gants et se consacre entièrement à la musique. Il se fixe à Indianapolis et se produit au Cotton Club en compagnie de Scrapper Blackwell et de la chanteuse Ophelia Hoy. Il part en tournée, se retrouve à New Orleans, traverse d’autres villes puis remonte à Chicago. Dans la Windy city, Dupree entre en contact avec le producteur Lester Melrose qui lui fait faire la connaissance de Big Bill Broonzy et Tampa Red. Entre 1940 et 1941 il enregistre plusieurs titres pour Okeh, ‘Cabbage Greens’, ‘Dupree Shake Dance’ et remporte un certain succès avec ‘Chain Gang Blues’.

Le 7 décembre 1941 la flotte américaine est pilonnée par les forces japonaises à Pearl Harbor. L’Amérique entre en guerre. En 1942 Jack Dupree est mobilisé. Il est affecté dans la navy dans le Pacifique. La marine de l’Oncle Sam en fait un cuisinier. Prisonnier des Japonais il reste 2 ans à Java. Il avouera par la suite que cet épisode n’a pas été trop douloureux : « Je cuisinais pour les officiers japonais, donc je devais manger ce qu'il leur était servi, pour être sûr qu’ils ne seraient pas empoisonnés. J’avais de l’aide, une belle chambre, une bouteille de cognac par mois, des cigares, des cigarettes – c’était comme travailler dans un hôtel, mais sans aucune sortie ».
En 1944 il est libéré. Il rentre aux USA et s’installe à New York. Il obtient un engagement au Spotlight. On le voit également de façon régulière au Ringside Bowl. Tout pourrait aller pour le mieux, mais sa vie privée est endeuillée par le décès de Ruth.
Les années passent. En 1948 il se remarie avec Lucille Dalton. Il se produit au Mayfair Club, à Italian Frank’s et enregistre plusieurs disques pour différents labels, Continental, Apollo, Gotham, Abbey, Alert… sous son nom ou en prenant divers pseudonymes, Willie Jordan, Meat Head Johnson, Brother Blues. En 1953 il sort sur le label Red Robin le très dynamique ‘Shim, Sham, Shimmy’. Il grave plusieurs faces en compagnie de Sony Terry et Brownie McGhee, Mickey Baker et Larry Dale. C’est pour King qu’il enregistre ‘Stumbling Block’, ‘Me And My Mule’ et surtout ‘Walkin’ The Blues’, titre qui lui vaut de rester 5 semaines au Top Ten en 1955. Viendront par la suite d’autres airs tout aussi excitants, Mail Order Woman’, ‘Let The Doorbell Ring’ et ‘"Big Leg Emma's’. Cette même année il part en tournée dans le Sud en compagnie de Hal Singer, George Smith et Little Willie John.
De 1957 à 1959 il dirige une petite formation qui anime les soirées du Celebrity Club de Freeport à Long Island.  En 1958 il sort le remarquable album Blues From The Gutter produit par Jerry Wexler chez Atlantic, sur lequel on trouve ‘Stack-O-Lee’, ‘Junker's Blues’, ‘Frankie & Johnny’, ‘Nasty Boogie’. Mais les temps sont durs pour Champion Jack Dupree car à la fin des années 1950 le bebop de Dizzy Gillespie explose et son boogie rugueux, son blues de barrelhouse n’a plus trop la faveur du public.
blues champion jack dupree
Sa musique est un mélange de blues rural et urbain. Avec un jeu riche et puissant, il joue des phrases sobres soutenues par un rythme bien marqué qui accompagne une voix rugueuse aux accents plein d'émotion. Mêlant swing et humour, Champion Jack Dupree donne dans la plaisanterie aussi facilement que dans le tragique.
Fin 1959 Champion Jack Dupree part pour une série de concerts en Grande-Bretagne. A l’issue de cette tournée il décide de poser ses valises sur le vieux continent où le racisme est beaucoup moins virulent qu’aux Etats-Unis. « Il y a des racistes partout dans le monde, mais ici en Europe, je suis un invité spécial, et je fais partie du circuit musical. Ici, je suis traité comme un homme. ».
Il réside dans un premier temps à Londres, puis ce sera Copenhague en 1961 et 1962. Il déménage par la suite à Zurich où il reste deux ans de 1962 à 1964. Il signe alors plusieurs engagements pour se produire en Suède, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Suisse. En 1965 il déménage à nouveau et s’installe à Halifax (entre Leeds et Manchester), la ville de Shirley Ann Harrison qu’il a connue alors qu’elle était serveuse dans un club londonien où il s’était produit et qu’il a épousée après avoir divorcé de Lucille. Durant sa période anglaise il travaille avec la génération montante, John Mayall, Mick Taylor, Eric Clapton, Tony McPhee.
Il continue de tourner régulièrement en Europe et participe à différents festivals : Jazz Expo à Londres en 1969. American Folk Blues Festival en compagnie de Bukka White, Shakey Horton, Sonny Terry, Brownie McGhee, Willie Dixon, Lee Jackson, Lafayette Leake, Clifton James en 1970. Montreux où il apparaît en 1970 et 1971. Il continue d’enregistrer pour différentes maisons de disque, Folkways, Atlantic, Storyville, Sonet, Blue Horizon…

En 1976 il divorce, quitte l’Angleterre et va s’installer à Hanovre. Il tourne alors pas mal en Scandinavie. Performer exubérant, durant toute la décennie 80 il tourne et enregistreblues champion jack dupree toujours en Europe où le succès ne se dément pas.
En 1989 on lui diagnostique un cancer. Sentant peut-être sa fin approcher, Dupree retourne en Amérique en 1990 où il revoit son fils aîné qu’il croyait disparu. En 1991 Il effectue une tournée de 7 semaines qui traverse le Canada et les USA. Il se retrouve à l’affiche à Oakland dans la Baie de San Francisco avec Count Basie qu’il avait croisé sur une autre tournée à la fin des années 1930. Puis il revient à la Nouvelle-Orléans pour la première fois depuis 36 ans. Il se produit au Jazz & Heritage Festival où il est très chaleureusement accueilli et enregistre un album pour Bullseye Blues, Back Home In New Orleans. Deux autres albums Forever And Ever qui est couronné par un WC Handy Award  du Best Traditional Album et One Last Time seront également enregistrés sur le même label.
Sa dernière tournée britannique prévue en 1991, est annulée en raison de son mauvais état de santé. Il décède à son domicile allemand le 21 janvier 1992. Il laisse derrière lui 11 enfants et environ 280 albums. Ses funérailles qui ont lieu à Hanovre réunissent plus de 500 personnes et se font en musique avec un jazz band dans la pure tradition néo-orléanaise.

Gilles Blampain