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été 17
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Portrait
BO WEAVIL











Du funk à présent. En 21 ans, jump mis à part, le gars Bo Weavil a revisité tous les âges du blues. Il frôlait le hip hop en 2013, il attaque maintenant une sorte de pulp funky. Le blues, qui l’a protéiné si longtemps, n’envahit plus que par capillarité ce nouvel avatar, y propageant une proximité invasive. Mieux : la préhension spontanée d’un protest song.

Quand il était loupiot du côté de Lyon, Matthieu Fromont cajolait le bitume sur un skate, écoutait de la musique africaine, de l’afro beat, du hip hop, du reggae, du mauvais rock. Un jour, le blues. Il découvre les disques de son père et s’établit bluesman professionnel. On est en 1994, il a 22 ans, il monte à Paris et fonde le groupe Bo Weavil, un trio, un duo, ça dépend des jours. Jusqu’en 2007, Bo Weavil est cité comme le parangon du blues trad. Trois grands albums, deux chez Lenox, un chez A*Rag/Wagram. Matthieu rejoue la chronologie du blues : les années 20 et 30 d’abord puis, l’électricité venant, l’immédiate après-guerre de Memphis, façon Joe Hill Louis. Quelques belles tournées européennes plus tard : un divorce, deux divorces et quelques galères. Il déménage à Nantes et revient tout seul chez Lenox. Bo Weavil, c’est lui désormais, comme d’autres s’appellent Bo Derek ou Bo Diddley. Un album fringant sous ce nom : Split Up, basse électrique, guitares cristallines, réverbe, années 60. Le public de Lenox est essentiellement composé de rockies revivalistes. Hors label, il a les parterres du blues. En 2013, la rupture. Matthieu passe chez Dixiefrog et sort Mr. Bo Weavil. Il croyait rattraper l’histoire du blues, il est cueilli par son adolescence, les beats d’harmo hip hop, les arpèges africains, le son de sa solitude dans un home studio en Vendée, son dernier domicile connu. Un funk de one man band. “J’avais passé deux ans à mettre au point des situations scéniques avec des stomps analogiques, j’ai eu tout-à-coup besoin de voir du monde.”
Bo Weavil se souvient avoir été fan de funk psyché dans le temps, il adorait George Duke, ses albums Dukey Stick et Reach For It, Taj Mahal, Ben Harper et les deux premiers Kravitz, fusions de rock, de reggae, de folk et de funk, le Sheffield Steel de Joe Cocker… produit par “le plus grand producteur de tous les temps”, Chris Blackwell. Direction les 70’s, afro beat et funk rock. Il nomme cet hybride pulp blues.

A Son of Pride
Sauf Bastien Alzuria, le soliste, Bo Weavil réunit une garde venue du funk : Alain Baudry (“un jeu de grosse caisse exceptionnel, vital pour le funk”), Nicolas Mary aux claviers, Igor Pichon à la basse, Yvan Don Tamayo aux percus. Tout ce monde débarque chez lui pour une séance de pré-prod, trois jours de travail et d’apéros, deux home-studios. “C’était comme une répète en live. Les musiciens étaient libres des arrangements, ils les pliaient en un quart d’heure.” Les prises libèrent une énorme gifle qu’ils ne retrouveront pas, sept mois plus tard, lors de la séance au propre. Bo Weavil et Simon Oriot, l’ingénieur du son, décident alors d’exploiter les bouts d’essai. Six titres, sur les dix de l’album, sont pris sur ces trois jours de réglages et transfusés à la nitro, un merdier à mixer. Les dents grincent chez Dixiefrog, mais Bo Weavil a une méchante envie de fracasser la baraque.
Et maintenant ? “Je garde le band pour les grandes scènes, je passe en one man band sur les petites. Je ne veux pas d’une formule bâtarde, genre band en comité restreint. Je me suis bricolé des stomps electro que j’utilise en one man band. Tout en temps réel, rien de préenregistré. Je produis un blues dance floor qui fonctionne au poil, et… je crois bien être le seul à sonner ainsi.”

Christian Casoni – octobre 2015