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06/17
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Portrait
BIG BILL BROONZY
Juin 1893/98 ou 1903 (Mississippi ou Arkansas) –14 août 1958 (Illinois) 


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BIG BILL BROONZY






Big Bill Broonzy s’impose comme l’essence du Chicago blues. Dès les années 1930 son empreinte dans le milieu musical a marqué les contours de ce que le genre engendrera de meilleur par la suite. Il a ouvert la voie pour Willie Dixon ou Muddy Waters, a composé plus de 300 chansons et a été l’émissaire du blues en Europe.
 
Les sources divergent quant à la date et au lieu de naissance de Big Bill Broonzy. Il prétendait lui-même être né à Scott (Mississippi), le 26 Juin, 1893 (bien que certaines sources disent 1898). Toutefois, des recherches récentes menbig bill broonzyées par la bibliothèque de l’Arkansas attesteraient qu’il soit né près du lac Dick en Arkansas, le 29 Juin 1903, sous le nom William Lee Conley Bradley. Il est l’un des 17 enfants qu’ont eu ses parents Frank Broonzy (Bradley) et Mittie Belcher. Bill Broonzy passe la majeure partie de son enfance sur une plantation proche de Little Rock dans la région de Pine Bluff (Jefferson County). Il commence à jouer de la musique à un âge précoce sur un violon de fortune fabriqué avec une boîte de cigares, il s’initie par la suite au banjo et anime les mariages et les fêtes familiales. Il se met à la guitare, instrument avec lequel il va rencontrer le succès, vers l’âge de 14 ans. En plus des petits boulots en tant que musicien, Broonzy a également servi en tant que pasteur dans la région de Pine Bluff avant son enrôlement dans l’armée.
Entre 1917 et 1919, sans être sur le front, il est en Europe où la guerre fait rage. Une fois démobilisé il rentre en Arkansas pour se produire dans les clubs autour de Little Rock. Cette expérience européenne où il a côtoyé la population a changé le cours de sa vie. Revenu en Amérique, il n’est plus disposé à accepter une existence de servitude et d'asservissement racial. Il est humilié quand un employeur qu’il connaissait avant la guerre lui demande d'enlever rapidement ses vêtements de l'armée et de mettre une salopette parce que l'homme ne voulait pas voir un nègre porter l'uniforme de l'Oncle Sam. Cet incident est l'étincelle qui lui fait intégrer sa colère dans une musique au son plus tranchant, et il écrit ‘When Will I Get To Be Called A Man?’ 
En 1920 il s’installe à Chicago. Il gagne sa vie comme gardien, porteur, cuisinier, ouvrier dans une fonderie… Il fréquente les musiciens locaux, notamment Papa Charlie Jackson, figure tutélaire de l’époque probablement rencontré en jouant sur Maxwell street, et participe à des house rent parties. Grâce à Jackson il décroche une audition chez Paramount. Dès 1926 il grave ses premiers 78 tours mais travaille toujours comme livreur durant la semaine se produisant le week-end dans le South side où il connaît une certaine popularité. En 1928, il rencontre son premier grand succès avec ‘Big Bill Blues’.

Chanteur à la voix puissante, claire et prenante, c’est un guitariste complet au doigté fluide et au phrasé aérien dont le style innovant sera par la suite abondamment imité. Il est aussi à l’aise dans le fingerpicking que dans le jeu avec un médiator qui se généralisera avec la guitare électrique. Il compose une musique très structurée et dansante conjuguant les influences du blues rural et du ragtime et désignée parfois comme Bluebird Beat.

big bill broonzy

Entre 1930 et 1932, il enregistre de nombreux disques pour différents labels (Okeh, Vocalion, Bluebird, Columbia, Mercury…) sous le nom de Big Bill Johnson. Ce sont plus de 300 faces qui paraissent où il est en vedette ou en qualité d’accompagnateur d’autres grands bluesmen comme Washboard Sam, Jazz Gillum, Tampa Red, Lonnie Johnson et John Lee ‘Sonny Boy’ Williamson. C’est également à cette époque qu’il grave avec Tampa Red et Georgia Tom Dorsey plusieurs 78 tours sous le nom des Famous Hokum Boys.
Pendant les années 30 il se produit régulièrement au Ruby Gatewood’s Tavern, en solo ou en compagnie d’un pianiste et participe aux Blue Monday Parties (joutes musicales) organisées par Memphis Minnie. Il accueille et devient le mentor de nombreux jeunes musiciens venus du Sud chercher fortune dans la Windy city et bon nombre d’entre eux qui se révèleront à la fin des années 40 lui seront redevables.
En 1934 Broonzy signe un contrat chez Bluebird et enregistre avec le pianiste Bob ‘Black Bob’ Call. Sa musique évolue vers un son plus puissant de rhythm’n’blues, son chant semble plus assuré et personnel. En 1937, il est rejoint par le pianiste Joshua Altheimer, et joue avec un petit ensemble comprenant batterie et contrebasse ainsi qu’un ou plusieurs instruments mélodiques, saxophone et/ou harmonica.
Sa réputation a grandi. En 1938, Big Bill Broonzy qui est à présent chez Vocalion remplace à l’affiche du spectacle From Spirituals To Swing, concert produit par John Hammond au Carnegie Hall de New York, Robert Johnson mort de façon inattendue. Cet événement qui réunit un grand nombre de musiciens dont Louis Armstrong et Benny Goodman rencontre un franc succès et une suite sera donnée en 1939. Broonzy devient alors un personnage clé dans la scène blues de Chicago. C’est à la fin de cette décennie qu’il rencontre Lester Melrose, impresario et producteur, avec qui il va rester lié jusqu’en 1949.

Dans les années 40, il tourne dans le Sud avec Lil Green et occupe les fonctions d’agent recruteur et de conseiller auprès de Lester Melrose. Son style évolue, devient moins fruste, plus urbain et électrifié. On le voit souvent dans les clubs comme le Purple Cat, 708, Sylvio’s, Beehive et il enregistre chez Mercury et Columbia. Son travail durant cette période montre qu'il possède un spectre musical plus large que n’importe quel autre bluesman, ses compositions intègrent ragtime, country blues, blues urbain, folk, spirituals et chansons aux accents jazzy.
Malheureusement au début des années 50 sa popularité décroit quelque peu et il quitte Chicago pour prendre un emploi de concierge à l’Iowa State University. Cela sera de courte durée. Après un engagement au Drop Lounge il est engagé pour une tournée européenne.

Alors que le blues électrique qu’il a contribué à faire émerger et qu’il a pratiqué avec talent est en pleine ascension, Broonzy veut se démarquer. Il se réinvente et devient un partisan actif big bill broonzydu folk blues. Doté d’un remarquable sens commercial, pour sa première tournée en Europe, où il est accueilli avec enthousiasme en 1951, il abandonne alors son instrument branché sur amplificateur ainsi que sa section rythmique pour revenir à la formule soliste des origines en interprétant les vieux chants folkloriques du Sud. Il est présenté aux spectateurs comme « un laboureur noir du Sud » ou comme « le dernier des bluesmen vivants ». Il joue dans de grandes salles comme dans de petits clubs. Il reviendra en Europe en 1952, 1953, 1955, 1956 et 1957 (Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, France, Espagne). Il se produira également en Afrique, en Amérique du Sud et dans les territoires du Pacifique.
Ses apparitions ont été particulièrement influentes en Grande-Bretagne où émergent skiffle et blues rock. Son succès a également préparé le terrain pour des artistes tels que Sonny Boy Williamson II et Muddy Waters qui viendront plus tard dans les salles européennes. Au cours de ses séjours sur le vieux continent il grave quelques disques qui sortent sur les labels Vogue, Melodisc, Nixa, Philips et Storyville.

Grand buveur et coureur de jupons, deux Rose (Texas Rose et Chicago Rose) ont succédé à sa première épouse Gertrude et toutes ont été trompées. Un aspect moins connu de sa vie révèle que durant ces tournées à travers l’Europe et loin de la ségrégation raciale sévissant aux USA, il a rencontré et est tombé amoureux d’une Néerlandaise, Pim van Isveldt. Ensemble, ils ont eu un enfant prénommé Michael.

En Juillet 1957, un jour avant de subir une opération de la gorge et des poumons, Big Bill Broonzy termine l'enregistrement de son dernier album. Ces ultimes sessions, faites pour Verve à Chicago, font entendre sa voix à la fois mélancolique et prenante dans les versions de classiques du blues qui lui tenaient particulièrement à cœur comme ‘Saturday Evening Blues’, ‘Key To The Highway’, ‘Trouble In Mind’, ‘C.C Rider’ et quelques titres gospel comme ‘This Train’ ou ‘Hush Somebody’s Calling My Name’.

Artiste majeur dont l’apport été considérable dans le développement du blues urbain tout au long des années 30 et 40, il  meurt le 14 août 1958, un peu oublié à Chicago mais salué par toute la presse en Europe.

Gilles Blampain