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06/17
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Portrait
BIG JOE WILLIAMS
16 octobre 1903 (Mississippi) – 17 décembre 1982 (Mississippi)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
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Figure emblématique du Delta blues, compositeur prolifique, musicien itinérant, il a marqué quatre décennies avec son style original et sa guitare à 9 cordes.

Joseph Lee Williams voit le jour le 16 octobre 1903 dans le comté d'Oktibbeha à quelques miles à l'ouest de Crawford, Mississippi. blues big joe williamsFils de métayer, il fabrique lui-même sa première guitare alors qu’il n’a que 7 ans. Clem Ellis, un musicien qui vit près de sa famille, ainsi que son grand-père maternel et son oncle, lui enseignent quelques rudiments et lui apprennent plusieurs chansons.
En 1918, encore très jeune, il quitte la ferme familiale pour travailler d’abord comme bûcheron puis comme ouvrier sur les chantiers de chemin de fer ou les digues de retenue du Mississippi. C’est à Greenville qu’il fait ses premiers pas de musicien dans des house parties et des picnics. En 1921, il passe quelques mois en Louisiane avant de repartir pour l’Alabama où il séjourne 3 ans travaillant à nouveau comme bûcheron et jouant dans les bars de Mobile durant son temps libre. Il se joint parfois aux harmonicistes Burl Jaybird Coleman et George Bullet Williams. A différentes occasions il rejoint le medecine show itinérant de Doc Bennett ou la revue Rabbit Foot Minstrels.
En 1925 il est toujours sur les routes. Il se produit dans les bars et les picnics à travers le Mississippi. En 1926 il croise la route de Little Brother Montgomery avec qui il se produit un moment. En 1927 il poursuit son périple au Texas mais n’y reste pas très longtemps puisqu’il repart en direction de la Georgie. En 1928 il s’installe à Saint Louis, Missouri. Cette ville restera son port d’attache jusqu’en 1949. Tout au long de ces années, il participe à des house rent parties avec Saint Louis Jimmy et fréquente des artistes locaux comme Walter Davis et J.D Short et se produit dans les rues et les bars de la ville.
Il enregistre avec le Birmingham Jug Band durant l’année 1930 pour Okeh records, mais il n’est pas question de se fixer, il reprend ses pérégrinations. On le voit souvent dans le Mississippi à Greenwood ou à Vicksburg. En 1932 il s’associe un certain temps avec le jeune Honeyboy Edwards. Ce dernier confiera en interview quelques décennies plus tard : « A 17 ans je suis parti sur la route avec Big Joe Williams, il devait avoir 29 ans. Il était venu jouer à Greenwood où j’habitais puis nous sommes allés à New Orleans, mais là-bas il buvait beaucoup, il était souvent ivre et se battait fréquemment. Alors je suis retourné à la maison ».  A travers ce témoignage on voit que la vie de vagabond n’est pas toujours de tout repos. D’ailleurs à plusieurs reprises ses voyages sont interrompus par des séjours en prison. Il a déjà connu les rigueurs de détention de la Parchman Farm dans le Mississippi, et en cette année 1932 Big Joe se retrouve au pénitencier d’Angola en Louisiane où il a pour compagnon de détention Leadbelly. Une fois libéré son errance continue. Au gré de ses voyages à travers le Deep South Williams joue à Natchez, Indianola, Memphis, New Orleans.
 En 1934, de retour à Saint Louis il tient avec Charley Jordan un studio de répétition où se retrouvent les musiciens locaux. C’est à cette époque qu’il épouse la chanteuse Bessie Mae Smith qui se produit sous le nom de Blue Belle ou Saint Louis Bessie pour se démarquer de son illustre homonyme déjà surnommée l’Impératrice du blues.
En 1935 il rencontre le producteur Lester Melrose. Il signe un contrat avec Bluebird chez qui paraissent ‘Baby, Please Don’t Go’/‘Wild Cow Blues’ et plus tard  ‘Crawlin' King Snake’, repris au fil des années par de très nombreux musiciens. En 1936 il rencontre l’harmoniciste John Lee Sonny Boy Williamson et se produit en sa compagnie dans les clubs de Saint Louis. Ils enregistrent ensemble plusieurs faces pour Bluebird et Columbia jusqu’en 1947. C’est à la fin des années 1930 que Big Joe Williams adopte sa fameuse guitare à 9 cordes, essentiellement dira-t-il pour que personne n’ait plus l’idée de lui emprunter son instrument. Cette guitare dotée de trois cordes supplémentaires et équipée d’un micro électrique rudimentaire dont les câbles s'enroulent autour de la caisse élargit sa palette sonore. Ancré dans le Delta blues Big Joe Williams, un onglet sur son pouce et un autre à l’index, envoie de puissants riffs de slide et marque des percussions intenses sur le bois de l’instrument. Son chant rude est parfois ponctué de falsetto.
En 1940 il s’associe parfois à Lazy Bill Lucas et se rend fréquemment à Chicago. Durant la période de 1941à 1945, toujours sur les routes, il forme un petit groupe et se produit dans les clubs de Saint Louis ou de Clarksdale. En 1947 il remonte à Chicago et grave quelques titres chez Columbia avec John Lee Sonny Boy Williamson.
L’année 1949 est marquée par le décès de sa compagne. Se retrouvant seul, Big Joe reprend la route vers le sud. En 1951 et 1952 il grave quelques titres pour Trumpet et Speciality. Il remonte à Saint Louis mais les temps ont changé et sa popularité faiblit un peu malgré un enregistrement paru chez VeeJay. Les goûts du public ne sont plus les mêmes, après la seconde guerre mondiale le blues électrique attire de nombreux adeptes et les bluesmen traditionnels sont un peu délaissés par le public. Et puis la vague déferlante du rock’n’roll balaye tout sur son passage.
blues big joe williams
A la fin des années 1950, Bob Koester étudiant dans une école de cinéma à Saint Louis et déjà épris de jazz et de blues rencontre Big Joe Williams et lui apporte son soutien pour relancer sa carrière. En 1958 Williams s’installe à Oakland en Californie. En 1960 et 1961 il signe un engagement avec le club Ash Grove à Los Angeles. Les années suivantes il se produit à Chicago à l’Oxford House, au Blind Pig et au Fickle Pickle, à New York c’est au Gerde’s Folk City qu’il est applaudi. Il passe également sur les scènes de Minneapolis et de Saint Louis. Il enregistre abondamment pour Delmark, Arhoolie, Folkways… des dizaines d'albums se succèdent : Piney Wood Blues (Delmark 1958), Tough Times (Arhoolie 1960), Blues On Highway 49 (Delmark 1961), Blues For Nine Strings (Prestige 1963), At Folk City (Bluesville 1963), Back To The Country (Testament 1963), Don’t You Leave Me Here (Storyville 1964), Studio Blues (Prestige 1965), Classic Delta Blues (Milestone 1966)… Sur des sessions de 1962 il est accompagné à l’harmonica par un jeune musicien blanc nommé Bob Dylan.
Au milieu des années 1960 il revient s’installer à Crawford. En 1963 il participe à la tournée européenne de l’American Folk Blues Festival aux côtés de Sonny Boy Williamson (Rice Miller), Muddy Waters, Otis Spann, Lonnie Johnson, Matt Murphy, Willie Dixon, Memphis Slim et Victoria Spivey. Il est à nouveau sur le vieux continent avec l’AFBF en 1968. En 1969 il se produit au festival d’Ann Arbor et l’album Hold Me Down My Old Walking Stick sort chez Liberty. Dans le courant de 1970 c’est RCA qui publie le LP Crawlin’ King Snake. En 1971 c’est avec la tournée du Chicago Blues Festival qu’il revient en Europe. En 1972 il est de nouveau avec l’AFBF et participe également au New Orleans Jazz And Heritage Festival et l’album Blues From The Mississippi Delta paraît sur le label Blues On Blues. En 1973 le tourneur du Chicago Blues Festival le rappelle. L’année 1974 le voit toujours créatif et il grave pour Bluesway 11 titres qui sortent sur l’album Don’t Your Plums Look Mellow Hanging On Your Tree. En 1975 il effectue une tournée au Japon. En 1979 il est dans les studios de Muscle Shoals, Alabama, pour graver une série de chansons qui resteront comme un héritage, elles seront éditées par Gitanes Jazz au début des années90 sous le titre The Final Years. En 1980 c’est l’album Back To The Roots qui paraît sur le label Ornament. Concerts, studios, le bonhomme semble infatigable, durant toute cette période il trouve toujours le temps d’enregistrer. En novembre 1982, il reçoit le W.C. Handy Award «Pioneer of the Blues» pour l’ensemble de sa carrière.
Suite à une longue lutte juridique soutenue par quelques rock stars renommées, la paternité de ‘Baby Please Don't Go’ lui est reconnue. Le tribunal lui confirme le rôle de créateur de lablues big joe williams chanson au titre que si la musique originelle n’est pas de lui il y a imprimé sa marque personnelle et en a fixé les paroles qui jusque-là variaient d’un interprète à l’autre. Avec les royalties qui en découlent, Big Joe  Williams aurait pu finir ses jours dans une petite maison ou un appartement mais son attachement à la vie de hobo qu’il a mené de longues années fait qu’il vit dans une caravane, comme pour pouvoir partir à tout moment.
Victime d’une attaque, miné par ses abus d’alcool et le diabète, il est hospitalisé début décembre 1982 à l’hôpital de Macon dans le Mississippi où il décède le 17 décembre à l'âge de soixante-dix-neuf ans.   
Il est enterré dans un cimetière à l'extérieur de Crawford, à la limite du comté de Lowndes. Sa pierre tombale principalement payée par des amis est en partie financée par une collecte organisée par Dan Forte (éditorialiste et guitariste) auprès des musiciens du club de Clifford Antone à Austin, Texas. Charlie Musselwhite prononce l'éloge funèbre lors du dévoilement de l'épitaphe composée par Forte, qui déclare le défunt « King Of The 9 String Guitar »
L'une de ses guitares à neuf cordes est conservée sous le comptoir du Jazz Record Mart de Bob Koester à Chicago.
Big Joe Williams a été intronisé au Blues Hall of Fame le 4 octobre 1992.

Gilles Blampain