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Portrait
ARTHUR CRUDUP
24 août 1905 (Forest, Mississippi) – 28 mars 1974 (Nassawadox, Virginie)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
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Il a été l’un des premiers guitaristes ‘électriques’, auteur d’un grand nombre de standards du blues son nom reste néanmoins lié à l’histoire du rock’n’roll.

Arthur Crudup pousse son premier cri le 24 août 1905 dans la petite commune de Forest au centre de l’état du Mississippi.blues arthur crudup Il vient de fêter ses 11 ans quand sa famille déménage dans l’Indiana. Il a à peine 14 ans quand il est embauché pour travailler dans une fonderie. Son seul contact avec la musique durant son enfance et son adolescence se borne aux spirituals qu’il chante à l’église. En 1926 il retourne à Forest où il vit de différents boulots, fermier ou employé aux chemins de fer. En 1937 il s’initie à la guitare auprès d’un bluesman du coin du nom de Papa Harvey. Il refait sa valise et quitte Forest pour aller à Belzoni où il trouve un emploi sur une plantation. Il travaille sa technique à la guitare et même si son jeu est assez rudimentaire il est assez hardi pour se produire chaque fin de semaine et faire danser ses congénères. Pendant un temps il intègre un quartette de gospel The Harmonizing Four.
Au tout début de 1940 il monte à Chicago. Niveau boulot, ce n’est pas la joie, la vie n’est pas facile, pendant un temps il zone dans la rue couchant sous le métro aérien. Mais sa bonne étoile brille quand un jour de 1941 alors qu’il fait la manche en jouant de la guitare sur un trottoir il est remarqué par l'éditeur de musique Lester Melrose, figure bien connue de la scène blues de la Windy city. Melrose l’invite à jouer le soir même dans une soirée privée où Crudup fait la connaissance de Big Bill Broonzy et Tampa Red. A l’automne 1941 Crudup signe un contrat d’enregistrement avec Bluebird et grave ses premiers titres ‘If I Get Lucky’ et ‘Black Pony Blues’. Mais le blues ne nourrit pas son homme, c’est comme livreur dans un magasin de spiritueux qu’il gagne sa vie. En 1942 il enregistre ‘Mean Old Frisco’, qui entrera plus tard dans le répertoire de Muddy Waters, Little Walter et beaucoup d’autres musiciens. Tout au long des années 40 il aligne quelques succès : ‘Rock Me Mama’, ‘Who's Been Foolin' You’, ‘Keep Your Arms Around Me’, ‘Ethel Mae’...

En 1944 il redescend dans le Mississippi, s’installe dans les environs de Yazoo City et là encore occupe divers emplois, bûcheron, cantonnier, fermier. Il est évident que dans les années 40 et 50 si sa réputation en tant que chanteur et compositeur est plutôt bonne, comme de nombreux musiciens de blues de l'époque il lui est difficile de vivre de son art. La musique reprend ses droits le week-end et on peut le voir à Forest ou à Silver City où il anime des soirées dansantes à la tête d’une petite formation dans laquelle joue l’un de ses fils. Arthur Crudup est le père de trois garçons, George, James et Jonas qui, une fois adultes, se produiront sous le nom des Crudup Brothers.

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Big Boy Crudup chante d’une voix haute qui ne manque pas de puissance et s’accompagne d’un jeu de guitare assez simple et plutôt rythmé. Son style est plein de vigueur et ses phrases musicales sont courtes comme s’il voulait s’économiser. Son tempo solide dégage une ambiance bien particulière qui influencera un grand nombre de musiciens.

En 1946 il enregistre ‘That's Allright (Mama)’ et ‘So Glad You're Mine’ deux titres qui marqueront l’histoire du blues et du rock. Au cours de l’année 1948 il joue avec Elmore James et Sonny Boy Williamson II dans les juke joints de Belzoni et de Little Rock. De la fin des années 40 au début des années 50 il se rend régulièrement à Chicago où il grave chez RCA Victor (maison mère de Bluebird qui distribue à présent ses enregistrements) des titres qui rencontrent un certain succès. Succès commercial relatif puisque la diffusion se limite aux populations noires des ghettos.

En 1950 il crée ‘My Baby Left Me’ titre qui entrera dans la légende, mais il ne le sait pas encore. La session a lieu le 8 novembre, c’est un mélange de blues et de hillbilly. Crudup, au chant et à la guitare, est accompagné par Ranson Knoling à la contrebasse et Judge Riley à la batterie. C’est à cette époque qu’il se met au goût du jour en introduisant piano, harmonica et saxophone dans ses accompagnements.
S’il va régulièrement chez RCA Victor à Chicago, entre 1952 et 1953 il se rend aussi de temps en temps à Jackson et Memphis pour enregistrer sous différents noms d’emprunts (Elmer James, Percy Lee Crudup, Arthur Crump) pour les labels Ace, Trumpet et Checker.
Fin 1953 il a de nouveau la bougeotte, il s’installe à Franktown en Virginie et renonce peu à peu à la musique lassé par les batailles qu’il doit mener face à Lester Melrose qui le spolie sans vergogne sur ses droits d’auteur. Il devient chauffeur de camion.
De la fin des années 50 au début des années 60 des disques reprenant d’anciens enregistrements continuent de paraître sur différents labels, Champion, Fire, Groove…

Début 1967 Bob Koester, fondateur du label Delmark, sort Arthur Crudup de l’ombre, il le fait participer au festival de blues de l’Université de Chicago. Dans la foulée il lui fait enregistrer deux albums qui paraissent sur son label. En 1969 Big Boy Crudup est à l’affiche du festival d’Ann Arbor (Michigan) blues arthur crudupet à Berkeley (Californie). En 1970 il participe au festival de Washington (DC) et en 1972 il est sur le campus de l’Université de Siena (New York). On le voit également en Californie et au Canada. Il effectue deux tournées en Grande-Bretagne en 1970 et 1971 et une en Australie en 1972. Sa dernière prestation a lieu à New York début mars 1974. Le 28 du même mois il décède d’une crise cardiaque.

Si ses compositions ont été interprétées par beaucoup d’artistes, Arthur Crudup n’a pas eu les retombées financières que l’on pourrait imaginer. Comme un certain nombre de bluesmen il été victime d’un système de royalties favorable aux exploitants, aux maisons de disques ou aux DJs pour qui l’escroquerie semblait aller de soi, et même si le fait qu’un chanteur aussi populaire qu’Elvis Presley qui a fait connaître mondialement ‘That's Allright (Mama)’, ‘So Glad You're Mine’, ‘My Baby Left Me’, aurait dû lui être profitable, il n’a pas vu beaucoup de billets verts revenir sur son compte en banque. Arthur Crudup a vécu ses derniers jours dans une certaine pauvreté. Ses descendants, suite à des actions engagées, ont pu jouir, eux, de la créativité du Big Boy.

Gilles Blampain