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Portrait
AMOS MILBURN
Texas, 1er avril 1927, 3 janvier 1980


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Maître du piano boogie, Amos Milburn a vu le jour à Houston le 1er avril 1927 et est mort dans cette même ville un peublues amos milburn plus de 52 ans plus tard. Entre les deux, il a pilonné certains des boogies les plus sulfureux de l'après-guerre, enregistrant en général à Los Angeles pour le label Aladdin, innovant avec des beats soutenus marquant l’immédiate ère pré-rock. Il revendiquait les influences de Louis Jordan, Albert Ammons, Ivory Joe Hunter.
 
Autodidacte, dans sa jeunesse il joue du piano à l’église le dimanche et anime en semaine les soirées des juke joints. Il se fait un nom autour de Houston avant de rejoindre la marine alors qu’il a tout juste 15 ans et participe à la seconde guerre mondiale dans le Pacifique. Une fois libéré, Milburn joue dans divers clubs du Texas au sein d’un mini big band avant de rencontrer la femme dont les efforts vont le catapulter vers la célébrité. L’histoire raconte que son agent, Lola Anne Cullum, fait irruption dans la chambre d'hôpital Eddie Mesner, le patron d’Aladdin, avec un tourne-disque portable pour lui faire écouter la démo de Milburn. L’alité est convaincu.
Milburn signe avec Aladdin en 1946, son premier enregistrement inclus un tonitruant ‘Down The Road Apiece’. Mais Milburn est également capable de charmes subtils, tendre crooner, il envoie des blues ballades dans le style de Charles Brown.
En 1948, Milburn accroche un premier hit au Top Ten R’n’B avec ‘Chicken Shack Boogie’ qui s’écoule dès sa sortie à 50.000 exemplaires, un chiffre de vente rarement atteint dans cette catégorie. Plus tard, cette même année, ce sont ‘Roomin House Boogie’ et ‘Sax Shack Boogie’ qui assoient sa renommée. Il grave par la suite quelques titres préfigurant la déferlante rock’n’roll avec ‘Roll, Mr. Jelly’, ‘Let's Rock A While’ (1951) ou ‘Rock, Rock, Rock ‘(1952). Pionnier dans la sphère de la musique populaire, Amos Milburn fait le lien entre le jump blues des années 40 et la vague rhythm’n’blues et rock’n’roll des années 50. Milburn met l’accent sur le rythme faisant passer la mélodie et le chant en second plan ce qui donne plus de dynamisme au morceau. Sa frappe et son style influencent de nombreux pianistes, notamment Fats Domino et Little Richard.
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Quand elles ne vantent pas ses prouesses sexuelles, ses chansons louent les bonheurs de l’ivresse. Avec ‘Bad, Bad Whiskey’ qui dépasse les 100.000 ventes en moins de 4 semaines, Milburn est au sommet des charts en 1950 et signe une série de hits imbibés: ‘Thinking And Drinking’, ‘Let Me Go Home Whiskey’, ‘One Scotch, One Bourbon, One Beer’ (une tournée apparemment appréciée par John Lee Hooker), et ‘Good, Good  Whiskey’ (son dernier hit en 1954). Mais l'alcoolisme a raison du pianiste, donnant rétrospectivement à ces titres une touche sombrement ironique.

Un peu en perte de vitesse dans la deuxième moitié des années 50, Milburn fait toutefois une série d'apparitions dans le programme de Willie Bryant TV Showtime at the Apolloblues amos milburn. Aladdin lui garde sa confiance et affiche toujours Milburn à son catalogue même si les succès ne sont plus au rendez-vous. En 1956, Eddie Mesner l’invite à venir à la Nouvelle-Orléans où sa musique jouit d’une grande popularité pour enregistrer au fameux studio Cosimo avec quelques pointures du lieu, le saxophoniste ténor Lee Allen, le saxophoniste baryton Red Tyler et le batteur Charles ‘Hungry’ Williams. Ils gravent une nouvelle version de ‘Chicken Shack Boogie’ d'une manière si torride qu'il est impossible de ne pas en faire un succès, mais les temps ont changé et le marché du disque s’est tourné vers les adolescents, les nouvelles vedettes ont pour nom Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Chuck Berry. L’année suivante, en 1957, Milburn quitte Aladdin pour de bon.
En 1960, il enregistre pour King records un titre plein de feeling ‘Christmas (Comes But Once a Year)’ qui le remet en selle quelques temps. En 1962, Berry Gordy lui assure un vrai comeback en sortant chez Motown un album regroupant ses anciens hits. Puis sa carrière commence à décliner et rien ne semble pouvoir la relancer.
Sa santé se détériore. La toute dernière fois où Milburn se trouve dans un studio d’enregistrement c’est pour un album de Johnny Otis. On est en 1972, il a été frappé par un accident vasculaire cérébral, tant et si bien qu’Otis doit jouer les parties de piano de la main gauche pour son ami affaibli. Des attaques à répétition limitent ses déplacements et sa jambe gauche doit être amputée.
Le 3 janvier 1980, l'un des plus grands pionniers de l'histoire du rhythm’n’blues disparaissait.

Gilles Blampain