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05/17
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Portrait
A.C. REED
Aaron Corthen : 9 mai 1926 (Missouri) – 24 février 2004 (Illinois)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
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Saxophoniste ténor, grande figure de Chicago, son style simple, carré, élégant, sans fioriture lui vaut l’estime de ses pairs et la considération de ses disciples.

Wardell est un bled perdu au sud de l’état du Missouri ; c’est là que le 9 mai 1926 Aaron Corthen voit le jour. Il est le fils de Lemon Corthen et Daisy L. Whittaker. Peu de temps après cette naissance, la famille déménage pour s’installer à Villa Ridge, un bourg campagnard plus au nord dans la périphérie de Saint Louis. La famille Corthen compte six garçons et deux filles.
blues ac reedL’enfant se sent très tôt attiré par la musique. Vers l’âge de 13 ans le saxophone s’impose à lui en entendant l'Erskine Hawkins Orchestra dans un juke-box. Adolescent il écoute les big bands de jazz dont c’est la grande époque dans les années 40. Il apprécie Lester Young ou Illinois Jacquet et il se met à rêver d’intégrer un big band si l’occasion se présentait.
Il quitte sa campagne et son enfance en 1942, à l’âge de 16 ans pour s’installer à Chicago. Il trouve un emploi dans une aciérie. Avec sa première paye il s’offre enfin un saxophone et suit des cours au conservatoire de musique de Chicago qu’il fréquente durant quelques années.

À cette époque, le piano est très populaire. La plupart des orchestres sont composés de piano, batterie et saxophone. La guitare n’occupe pas encore le devant de la scène. C’est le pianiste Willie Mabon qui tourne pas mal à Chicago qui marque le jeune musicien qu’il est. Ouvrier la semaine, il joue dans les clubs le week-end, mais à la fin des années 40 il se voue entièrement à la musique et se rebaptise Reed pour la scène, en hommage à Jimmy Reed. Et puis ce nom est exactement ce qu’il faut pour un saxophoniste (reed : roseau. The reeds : dans l’argot des musiciens désignent les instruments comme le saxophone dont l’anche est faite en roseau.)

Si ses influences viennent du jazz c’est dans le blues qu’il devient professionnel car ses premiers contrats se font dans les clubs fréquentés par un public qui préfère écouter Howlin’ Wolf ou Sonny Boy Williamson plutôt que Louis Armstrong ou Duke Ellington. J.T. Brown, le saxophoniste ténor d'Elmore James lui montre les différences entre le jazz et le blues : « La première chose qu'il m'a enseignée, était de jouer moins de notes, jouer plus simple et essayer de raconter une histoire avec mes solos ». Le jeune Reed joue aux côtés d’un grand nombre de musiciens. En fait, il assure le rôle de sideman avec pratiquement tous les grands noms du genre, Muddy Waters avec qui il enregistre trois disques, Earl Hooker avec qui il travaille 4 ans, Elmore James dont il apprécie beaucoup la musique et avec qui  il effectue une tournée en Oklahoma. D’Elmore James il dira d’ailleurs par la suite : « L’un des moments importants de ma carrière a été ma collaboration avec Elmore James quand il m’a demandé de travailler avec lui. J’ai beaucoup aimé cet orchestre et cette période. Elmore m’a beaucoup influencé dans sa manière de jouer le blues. ».

En 1956 il tourne avec Dennis ‘Long Man’ Binder, ancien membre de l’orchestre d’Ike Turner. Dans les années 1960 il enregistre abondamment comme musicien de studio pour les labels de Mel London Chief, Profile et Age. Il connaît un petit succès local en 1961 avec le single ‘This Little Voice’ qui parait chez Age. Toujours chez Age suivent ‘Come On Home’, ‘Mean Cop’, ‘I Stay Mad’. Puis, ‘I'd Rather Fight Than Switch’ sort sur le label USA en 1963, ‘My Baby Is Fine’ paraît chez Cool, et ‘Talkin' 'Bout My Friends’ sort en 1966 sur le label Nike, suivra ‘Things I Want You To Do’ en 1969 chez T.D.S.

En 1968, A.C. Reed épouse Danilla Ward. Danilla fait une fausse couche puis tombe gravement malade en 1972 en raison d'un dysfonctionnement rénal. Elle succombe à la maladie en 1974. A.C Reed ne se remariera jamais.

En 1967 A.C. Reed rejoint le band de Buddy Guy. Leur première rencontre remonte aux années 50 quand Guy arrive de sa Louisiane natale à Chicago. Reed part en tournée en Afrique avec le guitariste en 1969. Lorsque Buddy Guy forme son duo avec Junior Wells, Reed est toujours là. Il est sur les enregistrements que font Guy et Wells pour Vanguard, Delmark et Atco. Avec le duo il assure donc la première partie de la tournée mondiale des Rolling Stones en 1970. Il quitte Guy et Wells pour de bon en 1977.
blues ac reed
Sideman inspiré, il illumine un grand nombre d’enregistrements. Tous les guitaristes qui cherchent un saxophoniste font appel à lui. Il travaille alors avec Son Seals qui est sur le label de Bruce Iglauer, Alligator. En 1978 il part pour une tournée en Europe avec Seals. Plus tard vient Albert Collins avec qui il restera 5 ans. C’est Alligator qui l’a fait venir du Texas, il n’est pas connu à Chicago mais son style et sa façon de jouer le shuffle blues marque A.C. Reed. Une bonne entente s’installe dans l’orchestre. A.C. Reed apparaît sur les 5 enregistrements que fait Collins pour Alligator. Alors qu’il joue toujours avec le guitariste texan il enregistre sous son propre nom et grave 4 titres qui sortent sur la célèbre anthologie Living Chicago Blues vol.3 en 1980. En 1982 il reçoit un W.C Handy Award pour le disque Take These Blues And Shove’em paru chez Ice Cube la maison de disque qu’il a fondée avec le batteur Casey Jones. En 1985 il tourne en Europe avec son band the Spark Plugs en compagnie de Byther Smith et Larry Davis. En 1987, l’album I’m In The Wrong Business sur lequel apparaissent Bonnie Raitt et Stevie Ray Vaughan sort chez Alligator. En juillet 1988 il est sur la scène du Festival de Jazz de Montréal. En 1989 le label autrichien Wolf sort l’album Chicago Blues Sessions Vol.14 présentant A.C. Reed et l’harmoniciste Big Wheeler.

Noir ou blanc, le blues abolit la ségrégation, il affirme : « Vous savez avec Eric Clapton on ne sent pas la différence parce qu’il aime la façon de jouer de Buddy Guy et qu’il l’a assimilée, alors c’est du pareil au même. On a commencé de jouer pour un public blanc dans les années 50 et cela a pris de l’ampleur dans les années 60 quand les scènes du blues et du rock se sont confondues. De toute façon n’oublions pas que le rock vient du blues. Le blues est né dans le sud et tous les musiciens qui ont quitté le sud il y a de nombreuses années ont diffusé cette musique un peu partout à travers le pays et même au-delà, et les blancs évidemment l’ont écoutée. Nombreux sont ceux qui ont grandi avec cette musique noire, ils l’ont absorbée, et ils ont appris à la jouer. Effectivement il y a de plus en plus de blancs qui jouent le blues et il y en a de très bons ».

En 1996 il subit deux opérations chirurgicales et, sur les conseils du médecin et l’âge venant il lève le pied et ne joue plus que deux soirs par mois à Chicago, toujours dans le même club. Il prétend alors que ce n’est pas très bon de se montrer dans tous les clubs de la ville pour « une question de prblues ac reedincipe et de respect de soi-même ». Mais il y a heureusement encore parfois d’autres concerts dans les états voisins ou à l’étranger, comme la série de concerts en France en juin 1998. Ses deux derniers albums Junk Food paru en 1998 chez Delmark et I Got Money en 2002 chez Black and Blue sont couronnés de succès.

Sa vie de musicien l’a amené à jouer avec  pratiquement tout le monde sur disque ou sur scène. Compositeur talentueux avec un penchant pour les paroles humoristiques, ses chansons ont été enregistrées par Magic Slim, Charlie Musselwhite, Eddie Shaw…  
Figure majeure du Chicago blues, après plus de 60 ans de carrière, le mercredi 25 février 2004 dans une chambre du Provident Hospital, non loin des rives du lac Michigan, A.C. Reed perd sa bataille contre le cancer du poumon. Il est âgé de 77 ans. Il aimait rappeler : « Le plus important c’est d’aimer l’orchestre avec lequel on joue et surtout d’aimer la musique que l’on interprète, que l’on soit payé ou non pour cela ».
Il repose à l’Oakland Cemetery de Carbondale dans le sud de l’Illinois.

Gilles Blampain