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03/17
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Portrait



blues josh white


James Mathis Reed, 1925 (Mississippi) – 1976 (Californie)

Jimmy Reed était d’abord la marque d’un produit de blues’n’roll conçu par trois designers, avant d’être l’identité d’un chanteur, guitariste et harmoniciste à succès. Il y avait donc Jimmy, l’exploitant. Son épouse Mama Reed, parolière hypocoristique dont la poésie, bête comme la vie, accrochait les ados. Eddie Taylor enfin, l’ami d’enfance, raffineur de son et sideman de rêve. Simplicité consensuelle des chansonnettes, comme Chuck Berry, puissance du minimum, comme John Lee Hooker, Reed constella les hit-parades de miniatures sentimentales, façonnées à la six-quatre-deux, mais dont le roulis était immédiatement addictif. Avec ses trois organes, il faisait la balance à lui tout seul. Graves : il s’accompagnait presque exclusivement d’une basse ambulante, et ne devait changer les cordes aiguës de sa Kay qu’une fois par décennie. Medium : un chant flegmatique de moyenne volée, presque inexpressif par moments. Aigus : l’harmo piaillait des jingles, ou entonnait la chanson avec des inflexions perçantes, étonnamment mélodieuses, d’autant que Reed soufflait dans un Zone de Texte:collier porte-harmonica qui se prêtait mal au dessin des nuances. Là-dessus, Eddie Taylor. Les deux guitares se fondaient dans un shuffle psychotonique, roulaient avec le même son un peu gras, un peu caverneux, dissonaient imperceptiblement comme si l’une voilait l’autre, et créaient une harmonie étroite, fruste mais prégnante.
Ainsi naquit ce style qu’on appellerait swamp, d’un trois-fois-rien fait de nonchalance et de tendresse louisianaises, conciliant la nudité du Chicago-blues et ce modelé spécial qui commençait à faire fureur sous le nom de rock’n’roll. Toutes les radios du pays qui programmaient du rhythm’n’blues et du rock’n’roll jouaient les disques de Jimmy Reed, mais c’est au Texas et en Louisiane qu’il trouvait son zénith. Il était le roi du North Texas push, le slow des cats.
Reed touchait une clientèle noire d’âge mûr, devenue la planche à billets du blues. Mais, fait exceptionnel, il harponnait aussi, depuis Chicago, la jeunesse blanche du Sud éprise de danse. Des DJ comme Alan Freed, des impresarios de la trempe d’Irvin Feld, montaient un orchestre le temps d'une tournée, et organisaient de gigantesques surboums dans les théâtres et les dancings. A la fin des années 50, Reed embarquait pour de longs périples à travers les Etats-Unis, dans ces barnums annoncés comme une “Cavalcade of stars”. Il partageait l’affiche avec Fats Domino, Chuck Berry, Little Richard, Paul Anka, des starlettes du doo-wop ou du rockabilly, n’importe quel pousse-mégot qui avait décroché un hit et pouvait faire lever la cuisse.

 

Le barnum était mixte, le public l’était aussi. Même si la police veillait à ce que les races ne se mélangent pas dans les dancings, même si le Mr Loyal de ces package-shows présentait les artistes avec une désinvolture parfois blessante (BB King s’était fait traiter de pastèque devant les mômes), certains se sont aventurés à penser que le Texas push et le Carolina shag avaient précédé la politique : en amenant les adolescents blancs à danser comme de jeunes Noirs, ces prestataires de baloche auraient accéléré la reconnaissance des droits civiques !
Reed hantait donc les charts du R&B et du rock’n’roll. Il attaqua ceux de la pop au début des années 60, quand il subjugua les teenagers anglais en quête d’un répertoire facile à jouer, d’un son et d’un exotisme qui serait leur cosa nostra.
Zone de Texte:  ‘Big boss man, can you hear me when I call.’ D'Elvis Cosby au Greatful Cream, quelle créature de music-hall à élytres, à trompe ou à tentacules n'a pas chanté ça ? ‘You don't Have To Go’ (53), ‘Honest I Do’ (57), ‘Going To New York’ (58), ‘Baby What You Want Me To Do’ (59), ‘Hush-Hush’ (60), ‘Big Boss Man’, ‘Bright Lights Big City’, ‘Aw Shucks, Hush Your Mouth’ (61), ‘Shame Shame Shame’ (63), Vee-Jay l'emmenait graver chez le grand cake de la console, le Bill Putnam d'Universal Studios. L’homme du s’angoisser plus d'une fois, car le style si cool de Jimmy Reed n'était peut-être que la vicissitude d'une cuite sans fin, qui lui aliéna l'amitié d'Eddie Taylor, fatigué de jouer les assistantes sociales, l'amour de Mama Reed, fatiguée de cohabiter avec un junkie en décrochage perpétuel, la bienveillance des critiques, fatigués de le voir se livrer à ses sordides extravagances, au Carnegie ou à l'Apollo, devant la gentry new yorkaise. Reed fatigua tout le monde en fait, sauf les jeunes. En 1966 il perdit sa dernière béquille dans la faillite de Vee-Jay. Son delirium masquait une épilepsie sévère qui fut diagnostiquée bien trop tard, et le mit au tapis pour le compte. “J'ai fait un gig, j'ai ramassé 5 000 dollars, j'ai ramassé une bagnole pour me rentrer à l'hôtel, j'ai ramassé une bouteille de whisky, j'ai ramassé une fille. Je me réveille le lendemain, la bagnole s'était envolée, les 5 000 dollars s’étaient envolés, la fille s'était envolée, et tout le whisky s'était envolé aussi.”

Christian Casoni

 

 


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