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11/19
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Interview
ZU


KING KONG BLUES
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Zu et ses Zigs, dans leur dernier album, nous proposent du Blues bio. Tiens, tiens, tiens, quésaco ? Petite rencontre avec l'artiste.
   

Blues Again : Un album vient de sortir, 'Acte I, Scène I' mais avant de savoir ce que contient cet album, j'aimerais savoir comment a commencé ton histoire avec le blues, car tu le chantes uniquement en français.blues zu
Zu : Alors, le blues en français, ça fait très longtemps en fait, mais ce n'était pas exclusivement ça. J'étais dans un format chanson, format dans lequel il y avait du blues en français, parce que forcément, mes chansons étaient en français. Il se trouve que j'ai toujours aimé le blues, américain, français, peu importe. Quand j'ai décidé de devenir professionnel, je me suis dit : « La chanson française est tellement bouchée, il y a tellement de talents que ce n'est même pas la peine d'essayer ». A l'âge que j'avais, 48 ans à l'époque, en 2011, j'ai pensé : « Pourquoi ne pas aller dans un secteur qui n'est pas très développé ». S'il n'est pas développé c'est qu'il doit y avoir une raison, que je comprends encore mieux avec le temps. Alors, j'ai enfoncé le clou et j'ai décidé de faire du blues en français.

C'est la passion qui parle, mais c'est du courage, voire de la témérité…
Et de la ténacité, surtout. Pour être honnête et direct, sinon je n'en parlerais pas là, je n'ai pas de problème avec ce blues en français, avec le public. Le public est là, quand il est là, du moins, parce qu’il faut le faire venir. Mais quand il est là, il repart enchanté. Une fois j'ai même enregistré, avec mon petit téléphone, un Anglais qui était là. Je l'ai interviewé avec mon dictaphone et je lui ai demandé ce qu'il pensait du blues en français. Il m'a dit qu'il ne comprenait pas les paroles mais que tout ça fonctionne, ça va, ça sonne, il n'y a aucun problème. Donc, c'est vraiment un a priori sur le blues en français qui est purement Franco-Français. C'est complètement bizarre, parce qu'il y a un problème avec ça chez les programmateurs, chez les tourneurs, chez les professionnels.

Pour toi, c'est de là que vient le problème ?
C'est de là, parce que le public, lui, il prend. On est dans une époque très formatée et les gens prennent ce qu'il y a, mais je trouve quand même qu'il y a beaucoup de choses à jeter dans la musique aujourd'hui. Je ne suis pas là pour balancer quiconque ni pour faire mon vieux con, mais je pense qu'on lui donnerait des choses comme je propose et comme d'autres aussi proposent, des trucs un peu plus différents, le public prendrait. S'il y avait les moyens, les moyens marketing en fait.

Tout vient de là ?
Il faut aussi un peu de talent. On peut faire aussi des marionnettes musicales qu'on jette quand c'est fini, ça se fait, ce sont des produits marketing quoi. Je suis complètement en dehors de ce débat justement parce que je n'ai pas voulu aller dans la chanson où je pense que c'est un peu ce qui se passe, il faut déjà arriver à se faire connaître, à sortir du lot. C'est difficile même en blues.

Avec cet album, on en est au troisième. Tous blues chantés en français, mais totalement différents…
Le premier, c'est Les Blouzayeurs (duo guitare, chant, accordéon), le second c'est solo avec plein d'invités, Mûr Pour Le Blues.

Le Blouzayeur a été une carte de visite fabuleuse. Pour moi, une grande claque dans la gueule…
Merci, ça fait plaisir. En fait, cette histoire de blues en français, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'appeler ça du Blues Bio. Pour arrêter avec cette histoire de Blues en Français. J'en connais qui sautent par terre en disant « Je fais du Blues en Français, bordel ». Je le faisais aussi tu vois. En fait, j'ai compris que c'est pas ça le problème. Il faut juste faire du blues. Après, qu'il soit en français, en turc, en ce que tu veux... c'est dans un deuxième temps. Maintenant je parle de mon blues. J'ai quand même ajouté bio parce que ça permet de dire que c'est local, que c'est authentique, que c'est du coin, que ça parle des problématiques d'ici, etc... et accessoirement on comprend que c'est en français. C'est une façon un peu détournée et d'arrêter d'employer ce terme français parce que j'ai un peu peur de l'écueil qui consisterait à penser que c'est franchouillard, que c'est un peu trop national, nationaliste, patriotique et tout ça. Ce n'est pas du tout ça. C'est juste un réflexe naturel de parler dans ma langue natale. J'ai modifié mon vocabulaire pour qualifier mon blues parce que je me suis aperçu qu'il y avait plein d’ambiguïtés, d'incompréhension. Alors là, attention, je suis sûr et certain que je me suis fait, pas des ennemis, mais que je me suis mis des mecs à dos à cause de cette terminologie bio, aussi.

Mais les types qui réagissent comme ça, il faudrait qu'ils écoutent, non ?
Oui, je pense. Je veux parler de musiciens. Dans le monde du blues, je suis un solitaire, j'aime pas trop frayer, c'est mon caractère, c'est dommage. Je suis sûr que je passe à côté de plein de choses, que je passe pour un rigolo auprès de pas mal de musiciens blues qui doivent se dire « Mais qu'est-ce que c'est que ce mec qui fait du Blues Bio ? ». Je suis sûr qu'il y en a qui prennent ça au premier degré alors qu'en fait, c'est aussi détourné, c'est du cynisme, c'est de l'humour.

Il y en a qui ne voient ni les seconds ni les troisièmes degrés. Pourtant tu es un spécialiste de la chose…
Ouais, si on veut, mais j'aime aussi les choses brutes au premier degré. Tu sais, je ne crains pas du tout ZZ Top où il n'y a pratiquement pas de texte, parce que je comprends quand même un petit peu ce qui se raconte dans le blues américain récent.
Blues zu
Donc, au bout de trois albums plus un recueil de tes chansons on trouve dans ce dernier opus des sujets éclectiques, tu as trouvé des Zigs de grande qualité, dont le pianiste Georges-Henry Peyrin qui a dû toucher au jazz, non ?
Oui, tout à fait, au jazz-rock. Il avait monté un groupe à Lyon qui a eu du succès, qu'il remonte en parallèle des Zigs. Il a un niveau jazz et c'est une personnalité. Le monde du jazz l'emmerde au plus haut point tu vois... On a tous plus ou moins nos histoires de parcours tordu Il n'est pas grillé, c'est un peu une tête de cochon mais adorable.

Le batteur aussi donne dans le jazz, non ?
Oui, Laurent Coulaud a eu un gros diplôme de batterie, américain je crois. Il a un très très bon niveau, il peut jouer de tout. En fait, ils peuvent tous jouer de tout. C'est ce qui est génial.

Au niveau du bassiste il semblerait qu'il y a eu changement…
Oui, oui, parce que dans l'histoire du groupe, Jean Michel Fabrice, celui qui est revenu remplace Jérémie Vinet qui n'a joué que sur l'album. Au départ, il a intégré le groupe et comme il a plusieurs casquettes musicales, il enseigne, il vient de monter une boîte de sonorisation et lumière, il joue dans plusieurs groupes, ça fait beaucoup. Il a longuement réfléchi et a fait le choix de ne pas s'engager. C'est malheureux car j'aimais son jeu mais je ne regrette pas du tout car Jean Mimi, qui est le bassiste originel, qui avait dû abandonner pour d'autres raisons, est revenu car il avait du temps.

Et cet album de Blues Bio, est chargé de sujets éclectiques…
Oui. Comme c'est un live, il y a des morceaux qui apparaissaient dans les deux albums précédents et il y a aussi, bien sûr, des nouveautés. Ces versions live sont très différentes des précédentes. Soit dans un cas, dans le duo, c'était accordéon, guitare acoustique donc quand on passe de ça à un quartet électrique, c'est forcément différent. Et puis différent aussi de mon exercice solo avec des invités parce que là ça a été tout fait en home studio donc, forcément, il n'y a pas cette dimension live non plus, ni en son, ni en énergie.

Et cet album Acte I, Scène I, sert un peu de carte de visite pour montrer ce que vous faîtes en public.
J'ai choisi ce titre Acte I, Scène I car tout ça, c'est de la comédie, du théâtre. Comédie ne voulant pas dire que l'on ne fait pas les choses sérieusement, c'est juste que c'est le démarrage du groupe. Or, c'est volontairement gonflé de vouloir commencer une carrière discographique et même scénique par un live qui est issu d'un unique concert. Je n'ai pas de honte à le dire. Pour l'instant nous n'avons fait qu'un concert et c'est ce concert qui a été filmé d'une façon professionnelle – donc, j'ai l'intégrité du concert filmé – avec un très bon son. L'idée de l'album est venue plus tard. Au départ, je n'avais pas du tout envisagé de faire un album live, mais c'est à force de regarder tout ça que je me suis dit, pourquoi pas. C'est une forme de pari en fait ce quartet. Zu et les Zigs, est un pari. Je n'ai pas peur de dire, ça passe ou ça casse.

C'est un peu gonflé, non ?
Je me dis que si on n'y va pas franco, il ne se passera pas grand-chose. J'ai fait une petite formation de quelques jours avec une nana pour les réseaux sociaux et avec un tourneur. C'était très intéressant mais le tourneur m'envoyait plus vers le secteur de la chanson car il ne connaissait pas forcément bien le blues à cause des textes en français. Il y a une espèce de formatage dans ce domaine mais je n'ai plus l'âge de faire les démarches qu'on ferait quand on est un gamin et qu'on débarque aujourd'hui. J'ai envie de brûler les étapes parce que j'ai de la bouteille, les Zigs, sont trois mecs qui sont professionnels depuis l'âge de vingt ans et il est difficile de convaincre que le groupe, c'est pas parce qu'il est récent, qu'il n'a pas d'expérience. Le seul concert que nous avons fait, le retour vidéo et les gens qui étaient là, c'est excellent. C'est un pari. On aurait pu se vautrer sur ce concert parce que c'était le premier. Ben non, au contraire.

Et je confirme, ça tient vraiment la route à part une arnaque. Dans 'Blues Des Shoes' il y a quelques mots anglais. Il y a shoes, win et lose.
Oui, oui, il y a d'autres chansons où je mélange un peu l'anglais et le français.

Quelques hommages dans cet album…
Ouais, Benoit blues ZUBlue Boy, le premier forcément. Quand j'avais 18 ans j'ai découvert son premier album qui doit dater de 79. Je crois que c'est JB Mondino qui lui a fait la photo recto où on le voit souffler dans le ballon et la photo verso où le ballon est prêt à éclater. Indépendamment de ça, c'était du blues en français, super bon, et ça m'a juste carrément plu. Je ne me suis pas du tout posé de questions, savoir si c'était mieux ou pas bien ou différent. Pour moi, c'était du blues, quoi. J'ai rangé ça à côté de Johnny Winter ou Jimi Hendrix ou Muddy Waters et compagnie.

Et l'autre, c'est Bill Deraime, dont je trouve que tu te rapproches plus au niveau style, voix et surtout l'esprit.
C'est possible oui, parce qu'il est vrai que dans les trois pionniers, Benoit, Bill et Paul Personne, avec lequel j'ai moins d’affinités...

Verbeke, non ?
Ben, Verbeke, oui, mais je connais assez mal son domaine en français. Paul Personne a un univers très texte que j'aime beaucoup. Il a un truc à lui, assez poétique. Benoit Blue Boy, c'est plus décontracté, c'est léger, on ne se prend pas la tête.

D'ailleurs, la chanson que tu as choisie ‘Allonz' Au Tortillage’, c'est pour danser, pour donner de l'ambiance.
A ben oui, complètement et Bill Deraime, il est dans le social, ça a toujours été comme ça. Donc, tous les trois différents et je ne cherche à ressembler à quiconque mais peut être effectivement, je suis plus près des thématiques de Bill Deraime, quoi que j'aime bien aussi les rengaines, les trucs simples. On ne peut pas passer un concert complet à faire des trucs poétiques, engagés.

Non mais c'est un savant mélange ce que tu fais c'est pourquoi je parlais de sujets éclectiques. C'est un album qui est sorti grâce à une campagne participative.
Ouais, crowdfunding. J'avais déjà pratiqué une souscription. Mais là, ça s'est organisé et j'ai fait ça avec Ulule, par contre, ça ne se fait pas comme ça en claquant des doigts. Ulule te conseille, ils font ça très bien. Il faut animer sans cesse la campagne, tu détermines une durée et il ne faut surtout pas attendre, les bras croisés, que les gens payent. Il faut constamment alimenter, relancer, mettre des vidéos, du son, des textes, il faut faire vivre la campagne.

C'est difficile de faire le voyageur de commerce ?
Ben oui et non. Avant d'être musicien pro, j'étais dans la communication, dans la pub.

Ça doit aider. Blues ZU
Oui, oui, ça aide énormément. Surtout que j'ai eu plusieurs casquettes. Infographiste, rédacteur, commercial, donc effectivement, ça m'aide vraiment beaucoup. Mais faire le voyageur de commerce en solo, vendre mes prestations, qu'elles soient blues ou autres, ce n'est pas difficile par contre vendre un quartet, là on aborde un autre domaine, un autre sujet, une autre question.

Cet album, comment fait-on pour se le procurer ?
On peut le trouver par le biais du label Bluesiac avec qui on a fait la sortie officielle en septembre. www.bluesiac.com

Je pense qu'on peut recommander aux tourneurs et autres professionnels de la musique d'aller jeter une oreille et faire un tour sur ton site. C'est le but de cet album, parce qu'en face, dans la salle, on entend qu'il y a du répondant.
Oui, c'est ça, tout à fait, ça a bien marché. Le but, c'est de faire venir les gens. Je casse ma croûte avec la musique mais je ne fais rien d'alimentaire. Je prends du plaisir partout où je joue de la musique. Je ne donne pas de cours, je vis vraiment des concerts.

Mesdames, Messieurs, testez le Blues Bio, vous en ressortirez avec une meilleure santé et comme le dit Zu dans sa chanson 'Mûr Pour Le Blues' : « J'vous jure qu'il y a de l'écho en France » et vous ferez partie de l'écho, n'est-ce pas ?
Absolument, pour résumer cet album, c'est une carte de visite et c'est aussi pour dire : « Purée, qu'est-ce que vous voulez de plus, j'ai des vidéos live, j'ai des CDs live, il n'y a pas de tricherie là ». On ne peut être que meilleurs si on fait une tournée. On filme un concert à la fin d'une tournée, nous, on n’avait même pas de tournée et on a filmé le premier (rires). Quand quelqu'un aura compris ça et qu'en plus derrière il y a tout le marché de la Francophonie, hé bé, normalement ça devrait tourner, mais il faut convaincre. On m'a aussi dit qu'il faut être patient. Effectivement le quartet n'a pas encore fait beaucoup parler de lui. Les programmateurs veulent remplir les salles ou les festivals alors on en est plus tellement au pari découverte. Il y a des coups de cœur, ça arrive mais on n'est plus dans cette époque-là, c'est fini. Faut rentabiliser.

César – septembre 2019

https://zublues.fr/

Blues ZU