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Portrait: BIG WALTER HORTON Interview: WHODUNIT Dossier: CHANCE RECORDS
 


Interview
WHODUNIT


KING KONG BLUES
king kong blues
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BLUES LITTLE VICTOR





Ne dites pas Les Whodunit, encore moins The Whodunit, mais Whodunit, du nom de ces romans policiers à énigme popularisés par Agatha Christie.   

Probable qu’en entendant ça, ce qu’il reste de la vieille se retournerait dans sa tombe, mais soit… Après deux EP et trois albums explosifs, le groupe parisien déboule avec Memories From A Shit Hole, opus sauvage et maîtrisé. Issus du punk rock, les deux membres originaux Luc et Didier Whodunit (eh oui, façon Ramones) n’ont rien perdu de leur enthousiasme et de leur sens de la dérision. Venus d’horizons quelque peu différents, Frantz le batteur et Thomas le guitariste apportent pourtant une réelle cohésion à l’ensemble. C’est qu’au gré des allers et venues, la couleur musicale a pu varier au fil des ans, même si ces lascars n’ont jamais renié leurs engagements : punkabilly, garage sixties, blues trash sont toujours au menu de ces Mémoires sous haute tension. Mais il semble que ce soit le nouveau guitariste, grand fan du rock des Antipodes, qui ait imprimé cette touche australienne… On note même l’ajout inédit de claviers… Les livraisons précédentes avaient été produites par Lucas Trouble, le Kaiser, « L’Empereur du son analogique » - titre de la biographie proposée par Syned Tonetta aux éditions Camion Blanc. Le musicien/producteur nous fait la mauvaise blague de disparaître le 1er avril 2016… Trouble in Paradise ! Le combo parisien jette alors son dévolu sur Jim Diamond, la légende de Detroit (White Stripes, Bellrays, Sonics, Fleshtones…). La suite en compagnie de Luc, le bassiste/porte-parole, et Tom, qui débarque fort à propos…

Blues Again : Whodunit, donc : pourquoi ce nom curieux ? Une signification particulière ?
Luc : Un Whodunit, qui vient de « Who Done It ? », est une forme de roman policier dans lequel le but est d’essayer de trouver l’assassin avant la fin. Ce n’est pas de la littérature très prétentieuse, d’où le côté un peu série B… Et puis ça sonnait bien et ça nous plaçait à côté des Who dans les bacs !

Le nouvel album est produit par Jim Diamond : j’ai cru comprendre que vous étiez en contact depuis près de 10 ans, comment ça s’est concrétisé finalement ?
Jim s’est toujours intéressé aux groupes rock’n’roll garage français, les Holy Curse étaient allés enregistrer chez lui à Detroit il y a une dizaine d’années, je crois que c’est comme ça qu’on a eu notre premier contact. A l’époque, il nous avait proposé de mixer des titres mais comme on bossait avec le Kaiser qui faisait tout de A à Z et sur bandes analogiques, on avait décliné. Puis il est arrivé en France, a rencontré les Sonic Angels qui sont aussi des potes et quand Lucas nous a quittés on s’est naturellement tourné vers lui. Notre idée était qu’il ne se contente pas d’enregistrer mais qu’il fasse un travail de réalisateur (producer en anglais), il a coaché l’enregistrement géré par Triboulet au Studio de la Trappe, puis s’est chargé du mixage et du mastering.
blues whodunit
Comment se passent les choses avec lui ? Par rapport notamment à Lucas Trouble, qui avait produit vos albums précédents…
Ce n’est pas tout à fait la même méthode, Lucas gardait la prise à partir du moment où la batterie était bonne quitte à nous faire refaire pas mal de parties ensuite. Jim n’hésite pas à refaire jouer certains titres jusqu'à ce que le rendu global soit bon.  Ensuite je ne pense pas que la manière dont on ait travaillé avec lui soit représentative car on était dans une configuration un peu spécifique, avec Jim dans le rôle du chef d’orchestre et Triboulet et son assistant aux manettes. Il y avait même un stagiaire qui apprenait le métier, tu te rends compte 4 mecs pour nous enregistrer, on se serait cru sur une major !

Qu’est-ce qu’ils vous ont apporté, l’un et l’autre ?
Lucas nous a tout appris, on a compris la différence entre un disque produit et un disque brut de décoffrage, il excellait par exemple dans le traitement des voix. Pour Jim et je parle en mon nom, il a sa patte et je pense que tout ce qu’il fait lors de l’enregistrement est pensé en fonction du futur mixage qu’il a en tête. Il est un peu excessif mais c’est aussi son talent, par exemple si tu écoutes bien l’album tu remarqueras que la voix est très en avant sur ‘Salvation’ et effectivement ça fonctionne parfaitement. Un autre exemple, sur le refrain de ‘Because You’re Mine’, le premier mot « Because » est très fort en volume et ça fonctionne aussi… Beaucoup de titres ont pris une autre dimension après le mixage.

Lucas Trouble vous aurait dit au départ qu’au vu de vos lacunes techniques, il fallait vous en tenir au blues : c’est bien vrai, cette histoire ?
Oui c’était en décembre 2004 pour notre second EP Buried Memories From Plastic Land, faut dire qu’on était vraiment mauvais et notre premier batteur avait beaucoup de mal avec Lucas, d’ailleurs il n’a pas survécu à cet enregistrement.  Ceci dit merci Lucas, c’est lui qui nous a encouragés sur cette voix (de garage) et ça a forgé notre identité.

A chaque nouvel album, vous êtes soucieux de ne pas reproduire le précédent. En quoi  Memories From A Shit Hole est-il différent de vos premiers albums ?
Tom : L’arrivée de votre serviteur…
Luc : blues whodunitOui c’est exact, Tom avec ses nouvelles influences très australiennes. Il y a eu aussi une volonté d’essayer de s’éloigner de cette étiquette « Cramps/Gun Club » … Et puis aussi l’arrivée de J-B aux claviers (qui jouait dans les Rhinosonics, l’ancien groupe de Tom. Actuellement dans les Gelateens et Killing Flies, groupe de l’Australien Glen Burn, chanteur de Burn In Hell – concert commun au Black Star le 9 novembre)


Pour les textes, vous avez des sources d’inspirations particulières ? Un parolier, Eric Moinet, est crédité sur l’album…

Tom : Eric a écrit environ la moitié des textes, tous ses textes sont inspirés de thèmes soulevés par le groupe. L’idée était de profiter de sa belle plume afin de diversifier les styles d’écriture. Il a fait un super travail !

 


Qui compose, en fait ?

Tom : Quand l’un arrive avec une idée, on n’est jamais capable de se mettre d’accord, la semaine suivante on a généralement oublié ce qu’on s’est dit la semaine précédente. Les morceaux se font à l’usure et ce n’est qu’en studio qu’on touche à un produit fini, tout simplement parce qu’on a pas le temps de débattre en pleine session… C’est ça la démocratie !
Luc : Notre caviste a également été une grande source d’inspiration, exemple ‘You Fuck My Wine’ ! Plus sérieusement cet album était peut-être celui qui avait été le moins préparé avant l’enregistrement, nous n’avons pas fait de pré-prod et beaucoup de choses ont été plus ou moins modifiées ou improvisées en studio.

Et à part la musique et le bon vin, vos centres d’intérêt ?
Le rock et la bière, les tournées, les rencontres…

Vous ne cachez pas votre admiration pour les Dead Kennedys, Cramps, Von Bondies, le blues, le rock garage… Des références impeccables ! Il doit bien y avoir l’un ou l’autre goût improbable, voire des plaisirs coupables ?
Tom : La Compagnie Créole, un grand classique dans le camion. 
Luc : On a tous nos péchés, Frantz écoute beaucoup de métal, du ska et un peu de rap, Didier écoute du classique et de la chanson française. J’écoute aussi de la chanson française, du reggae, de la cold wave...

On a vu surgir ces dernières années une nouvelle vague de groupes français, dans des styles parfois fort différents. Il y en a dont vous vous sentez proches ? 
Tom : L’univers des groupes français est un petit milieu, nous nous sentons plus ou moins proches de certains groupes d’un côté affectif mais du côté musical, l’objectif n’est pas de tous faire la même musique mais de se distinguer, c’est ce qui fait la beauté de la chose.
Luc : Effectivement, il y a surtout le côté humain, il y a des groupes comme les Smash, Les Plastic Invaders, Les Brain Eaters, Head ou les Denyals avec qui on s’entend très bien et pas qu’humainement parlant.

Vous avez eu le triste privilège de jouer lors de la fermeture de La Féline. Commblues whodunitent ça s’est passé ? Quel était l’état d’esprit ?
Pour être exact, on a joué 4 jours avant la fermeture officielle, on était très attachés à ce lieu, on y a fait une bonne douzaine de concerts. J’ai aussi participé à l’aventure « La Féline Prod » qui consistait à organiser des concerts estampillés ‘La Féline’ en dehors du bar. Durant la seconde partie des années 2000 (2005-2010) il y a eu une vraie explosion garage à Paris avec des lieux comme La Féline, La Mécanique Ondulatoire ou le squat de La Miroiterie… Avec la disparition de la Féline c’est un peu tout l’esprit de cette époque qui disparaît. D’ailleurs on va bientôt fêter nos 16 ans d’existence et on fait un peu office de survivants… Il y avait forcément beaucoup de monde pour notre concert, mais ce n'était rien à côté du dernier soir… La rue était pleine à craquer, on estime qu’il y avait à peu près 1000 personnes venues voir des concerts dans un bar qui en contient 70… Tous les fûts ont étés vides ainsi que tous les fûts des autres bars du quartier !

La situation des salles de concerts à Paris n’est pas réjouissante…
Luc : Non, à noter quand même l’ouverture du Black Star où nous organisons notre release Party le 17 Novembre en compagnie de Head On !

Votre meilleur souvenir de scène ?
Tom : Albi en 2016, trois personnes venues par hasard de Valence (pour un autre concert) entrent dans le bar déjà bien animé et transforment le concert en un show mémorable à grands coups de slam dance et de pogos (même s'il n’y avait pas la place : rien n’est impossible). Une chance qu’on s’en rappelle car en général, pour les bons conceblues whodunitrts - et il y en a eu beaucoup - on ne se rappelle pas de grand-chose…
Luc : Pour les 3 autres, je pense que c’était en 2010, on ouvrait pour les Fleshtones et les Bellrays dans une salle d’environ 600 places, on commençait le set par ‘Waiting’, Didier devait arriver seul sur scène et lancer l’intro, puis nous devions le rejoindre. Le pauvre Didier a fait son intro devant une salle complètement vide, mais bizarrement la salle s’est remplie très vite jusqu'à être bondée à la fin du titre. Là, il y a eu un second moment d’angoisse, allaient-ils tous ressortir et aller au bar ? Et bien non, ils sont tous restés jusqu'à la fin du set et nous avons fait un putain de bon concert.

Le pire ?
Tom : Un festival un dimanche après-midi, même pas eu le temps de prendre l’apéro avant de jouer ! Les conditions de travail se détériorent de nos jours… Mention spéciale aussi au bar « Américano-Hipster » où le public ne daignait pas arrêter de jouer au billard ou aux fléchettes pendant le concert.
Luc : Il y a aussi eu un concert catastrophique à Sète ou Frantz et moi avions tous les deux plus de 40 de fièvre… Ou un autre dans les catacombes à 4 heures du matin dont je n’ai absolument aucun souvenir sauf que je suis tombé plusieurs fois et que cela ne faisait pas partie du jeu de scène.

Un mot sur le choix de la pochette, encore une fois très réussie ?
Tom : un clin d’œil à une mésaventure que j’ai vécue aux Etats Unis dans un hôtel glauque au possible. Ce clin d’œil est d’ailleurs repris dans la chanson ‘Room 204 ‘. Bon nombre des chansons de l’album sont tirées de faits plus ou moins cocasses de notre existence. L’idée de la pochette est de mettre chacune de toutes ces histoires/chansons dans un environnement commun, l’hôtel glauque, sans pour autant qu’elles se croisent car chacune d’entre elles se déroule dans une chambre différente. D’où le titre de l’album…
Luc : Il faut remercier Samuel Pagel pour son superbe travail, il est également batteur de Dick Tracy Lords

Et maintenant, la suite du programme ?
Luc : On focalise sur la release party le 17 novembre, puis un saut en Belgique (on joue à Liège le 1er décembre), un saut en Bretagne pour une seconde release Party chez notre nouveau Label (Beast Records) puis une tournée dans le sud-ouest de la France début 2019. Sinon on se remet à composer, notre caviste n’existe plus il a été remplacé par un bar à eaux minérales, ce qui devrait accélérer la productivité, en espérant que ce ne soit pas aux dépens de la créativité !

Marc Jansen – octobre 2018

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blues whodunit