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11/17
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Interview
TONY 'TS' Mc PHEE
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Dans un pub de la grise banlieue londonienne, un homme aux faux airs de druide joue du blues. Il y a dans ses chansons un feu intérieur furieux. Tony McPhee n’aime guère les journalistes, il a du mal à parler de lui et de sa musique. Il a aussi de vieilles blessures causées par cette presse musicale britannique si féroce avec ses idoles, qui conduisirent son groupe, les Groundhogs, à plonger de la hype musicale du début des 70’s dans un oubli rapide dès 1974. Depuis, Tony McPhee survit entre petites salles et pubs.

Blues Again : Tony, comment jeune anglais, as-tu découvert les légendes du blues noir ?
Tony McPhee : J’avais un frère plus âgé qui ramenait des disques de différents magasins d’import. Un jour, il a acheté des enregistrements de bluesmen fait par Alan Lomax pour la Library Of Congress. Parmi ceux-ci, il y avait un Fred McDowell, qui m’a tout de suite accroché. Je me suis alors mis en quête d’autres albums de cette musique fascinante, parmi lesquels ceux de John Lee Hooker, Muddy Waters ou Howlin’ Wolf. Découvrir la guitare d’Hubert Sumlin fut mon déclic !

Tu as joué avec John Lee Hooker en 1965 et 1968 en Grande-Bretagne. Quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Il y en a tellement… Je crois que simplement voyager et seconder cet homme merveilleux m’a définitivement convaincu de faire de la guitare, ma vie.

En 1965, tu as dissous les Groundhogs originaux, puis tu as joué dans un certain nombre de groupes parmi lesquels Herbal Mixture. Le directeur de Liberty aurait dit à ton agent qu’il voulait enregistrer un album des Groundhogs. Est-ce vrai ?
C’est vrai. Andrew Lauder travaillait pour Liberty Records, et notre manager était photographe. Il était venu montrer son travail à son bureau et Lauder lui a demandé des nouvelles des Groundhogs. Il lui a alors annoncé que nous n’existions plus. Le reste appartient à l’histoire. Nous avons donc signé sur Liberty.

Le premier album est vraiment dans le British Blues Boom. Dans le deuxième, ton jeu de guitare et ton talent de compositeur se révèlent véritablement, entre blues et musique progressive. Que s’est-il passé entre les deux ?
J’ai réalisé qu’il était extrêmement difficile et redondant de composer strictement dans le format des 12 mesures. J’ai donc décidé de sortir du strict cadre blues.

Parallèlement, tu as participé à deux compilations de blues avec d’autres artistes sur Liberty. Tu hésitais déjà entre la carrière des Groundhogs et une carrière solo ?
C’est encore le cas !

En 1970 sort le premier classique des Groundhogs, Thank Christ For The Bomb. Cet album est un véritable OVNI pour l’époque. Il aborde des thèmes très politisés, à propos de la Première guerre mondiale,  et la musique est la jonction entre le blues de John Lee Hooker et une forme de hard-blues, dans un sens presque punk. Dans quel état d’esprit as-tu écrit ces chansons?
J’ai toujours été stupéfait et profondément attristé par la stupidité du traitement de l’humanité par l’homme lui-même. C’est d’ailleurs un peu pour ça que j’ai toujours préféré les animaux. Avoir réussi à extérioriser mes sentiments et mes pensées sur ces chansons fut pour moi un privilège. Mon écriture est un travail difficile, un agencement complexe entre riffs et séquences d’accords. Et plus le temps passe, plus ça devient difficile.

Split, paru en 1971, est encore plus progressif. Quelle était l’influence du rock progressif sur le groupe ?
En fait… Split fut une évolution naturelle après que je me sois procuré une pédale wah-wah.

Sur ce disque, je trouve des similitudes entre ton jeu et celui de Peter Green au sein de Fleetwood Mac en 1970. Etait-il une influence ? Et Jimi Hendrix ?
Nous avons enregistré Thanks Christ… et Split dans le même studio et avec Martin Birch, le même ingénieur du son que pour Fleetwood Mac pour Oh Well. Ceci explique peut-être cela. Quant à Jimi Hendrix, il a eu sans aucun doute une ENORME influence sur mon jeu.

En 1972, la musique progressive est au sommet des charts. Les albums Who Will Save The World ? et Hogwash montrent une très claire avancée dans ce domaine avec l’utilisation du mellotron. Quelle était ton influence à ce moment-là ?
Oh, c’est très simple. Quand nous avons enregistré Who Will Save The World ?, j’ai trouvé le mellotron qu’avaient utilisé les Beatles dans ce même studio et j’ai toujours aimé essayer de nouvelles choses.

Dans le même temps, tes soli de guitare sont devenus moins longs. Une contradiction avec le rock progressif. Le syndrome Peter Green ?
Ah ! Ah ! Non, ils devenaient juste beaucoup trop longs !

En 1974, les Groundhogs publient un des plus sombres albums de l’histoire du rock : Solid. A mon avis le meilleur disque de cette époque, comparé à Berlin de Lou Reed et Tonight’s The Night de Neil Young. Comment étais-tu, sur ces sessions BBC, ça semblait… border.
Silence… Encore une fois, j’avais en moi toujours énormément à dire au sujet de l’état consternant de l’humanité.

Après un disque solo très expérimental, tu as reformé les Groundhogs en 1975 avec de nouveaux musiciens. Tu as enregistré à cette occasion ce qui est pour moi un de vos meilleurs disques, Crosscut Saw. Comment cela s’est-il passé ?
Je voulais absolument fuir le passé et défricher de nouveaux horizons. Cela s’est traduit par des basses plus puissantes et funky et une batterie différente.

Sur cet album, il y a ‘Boogie With Us’. Une réponse au ‘Boogie Chillen’ de Hooker ?
Non, en fait c’est un jeu de mots. J’aime bien les jeux de mots dans les titres de chansons comme ‘I Love Miss Oginy’ sur Hogwash. Il y avait à l’époque cette actrice britannique Googie Withers, son nom m’a toujours fasciné. Donc, je lui ai rendu hommage. Ah ! Ah !

‘Fullfillment’, ‘Live A Little Lady’ et ‘Eleventh Hour’ sont mes titres préférés. Comment te sont-ils venus ?
Mmh. Les deux premiers sont mes observations de la société, de l’humanité et sur l’étroitesse d’esprit, la troisième est hélas autobiographique !

Après ce superbe disque, vous publiez moins d’un an après Black Diamond, qui est beaucoup plus accessible. Que s’est-il passé entre ces deux albums ?
Pas grand-chose. J’aime vraiment Black Diamond. Tout comme Howling Wuellf du groupe punk US The Nurses, donc ce disque ne doit pas être si accessible que ça ! Ah ! Ah !

Après ce dernier enregistrement et la séparation des Groundhogs, il n’y a plus trace de Tony McPhee, à part une participation au disque du producteur Mike Batt, Tarot Suite en 1979. Qu’est-ce qui a freiné ta carrière solo ? Qu’est-ce qui t’a poussé à arrêter les Groundhogs ?
C’est compliqué… Disons que je suis arrivé dans une impasse naturelle. Je crois qu’il était temps que je m’arrête quelques temps.

En 1985, tu reviens avec un nouvel album des Groundhogs. Ce disque est très heavy. As-tu eu du mal à revenir après le punk et la New Wave Of British Heavy-Metal ?
Je n’ai absolument pas eu de problème avec les groupes punks, parce qu’ils aimaient ma musique. Pour ce qui est de la NWOBHM, je n’aime pas trop. Ce sont pour moi des gentils garçons qui tentaient d’avoir l’air méchant. Ma musique était plus grungy. D’ailleurs, on m’a parfois surnommé le grand-père du grunge.

Les albums live des Groundhogs sont de très bonne facture, particulièrement No Surrender en 1988. Par contre, les disques studio se font rares. Quelles étaient tes difficultés ?
Silence… Eh bien, je crois que je ne devais plus avoir grand-chose à dire à ce moment-là.

Tu as reformé les Groundhogs originaux en 2004 avec Ken Pustelnick à la batterie, viré en 1972 et Peter Cruickshank à la basse, démissionné en 1974. Ce fut de courte durée? Quel sentiment as-tu eu de les voir tourner par la suite sous le nom Groundhogs Rhythm Section ?
C’était une idée de notre manager dont je t’ai parlé plus haut. Mais ce n’était pas une bonne idée. De toute façon, je n’aime pas regarder en arrière. Eux par contre, ont décidé de continuer dans ce revival. C’est leur choix.

Aujourd’hui, tu joues dans les clubs en compagnie de ta femme, Joanna Deacon. As-tu un album en solo en projet ? Et les Groundhogs ?
Tourner tous les deux, avec Joanna, est incroyablement simple et j’apprécie vraiment ça. On ne se prend pas la tête avec d’autres musiciens. J’ai suffisamment donné. Et oui, j’ai un album solo en préparation, et cela passera avant n’importe quoi des Groundhogs.

Quel est ton regard sur les nouvelles scènes blues et rock ?
La nouvelle scène blues est intéressante, même si elle est parfois un peu rébarbative. Mais bon, quelqu’un comme Seasick Steve arrive à entrer dans les charts !  La nouvelle scène rock ? Elle n’en a que le nom.

Enfin Tony, peut-on toujours dire: Thanks Christ For The Bomb?
Tout ce que je peux dire, c’est que le monde en a déjà trop parlé !

Julien Deléglise

A lire : un superbe livre paru en 2005, Hoggin’ The Page par Martyn Hanson, une bible sur les Groundhogs et Tony McPhee, grâce à la participation active de Tony et de tous les musiciens.